‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 31 sur 108 · La disgrâce de M. de Cboiseul · texte numérisé non relu

La disgrâce de M. de Cboiseul

que je pense sur cette réversibilité de pension dont vous me faites compliment; sans la crainte de nuire à M. de Choiseul, par un refus qui pourrait déplaire et dont on se vengerait sur lui , et l'espérance de pouvoir lui en procurer un jour des avantages en l'abandonnant à son profit, je la refuserais. Il faudra donc me justifier du vernis odieux qu'elle jettera sur moi, et qui blesse également mon honneur et mon sentiment; si l'on eût eu égard à mon refus , on m'aurait épargné l'humiliation d'une justification ; tout eût été dans l'ordre; il n'y aurait eu rien à dire, j'aurais fait mon devoir et Ton n'aurait pas parlé de moi.

Vous avez écrit une lettre charmante au grand-papa; vous avez bien fait de lui écrire. Je crois qu'il vous répond aujourd'hui par le prince.

Je vous ménage M. d'Esterhazy qui me paraît flatté de votre recherche; je voudrais bien vous procurer des plaisirs, ma chère petite-fille, en attendant que j'aie celui de vous voir, qui sera le plus grand pour mon cœur rempli de tendresse pour vous.

LETTRE CCCVIII

A Chanteloup , ce 29 décembre 1771.

Je suis très-fâché du départ du prince , ma chère petitefille. Qu' est-il nécessaire qu'il aille soigner si promptement sa future femme? Si elle a mal au talon, la chanson dit qu'elle n'a qu'à se le gratter par le trou de la pochette. Mais le prince part, et nos instances ne peuvent le retarder.

Vous seriez plus avisée que moi si vous aviez prévu ce qui vient de m'arriver. Je ne m'y attendais pas du tout au bout de Tannée. Quoi qu'il en soit, et sans me laisser aller à des complaintes inutiles, j'ai pris mon parti sur les Suisses comme si

je n'en avais jamais eu la charge. Je sens même de la douceur à n'avoir plus à combattre l'inquiétude de mes amis sur ces objets. Je doute que l'on puisse me rien ôter dorénavant et je vais m'arranger pour, en dépit de la méchanceté et des méchants , vivre heureux avec ce qui me reste. J'ai tout lieu d'espérer que l'abbé gardera sa place. Je ne crois pas qu'il soit l'ennemi de M. d'Aiguillon, c'est-à-dire que M. d'Aiguillon ait un intérêt à lui faire du mal. Cette place de l'abbé est la seule chose qui m'intéresse sensiblement dans ce moment-ci, relativement aux Suisses ; et relativement à mon bonheur, je désire bien vivement que ma chère petite-fille me conserve les sentiments que j'éprouve d'elle depuis si longtemps, et qu'en la revoyant un jour je puisse en jouir tranquillement. Votre grand'maman vous écrit sans doute.

DE MADAME DU DEFFAND A LA DDCHESSE DE CHOISEUL

Ce 31 décembre 1771.

Je souhaite la bonne année à la grand'maman, au grandpapa. Je fais mille vœux pour leur conservation et autant pour leur retour. Je leur demande leur bénédiction ; je leur promets d'être bien sage et de mériter, par ma bonne conduite, la continuation de leurs bontés. Je les prie de trouver bon que je leur présente des fruits du jardin de notre monastère. La pomme est pour le grand-papa ; les marrons pour la grand'maman. Je les envoie tout cuits. Elle n'en donnera point à sa chienne, et, en les mangeant, elle pensera à sa petite-fille qui ne cesse de penser à elle et d'en parler avec le grand abbé.

Je n'ai pas trop bonne opinion des affaires de ce pauvre capitaine. Il en a moins d'inquiétude que moi. Il me confirme bien ce que je savais déjà, qu'un véritable attachement tient lieu de tout. Il ne pense qu'à retourner à Chanteloup. Pourvu

qu'il ne soit jamais séparé de vous, ni du grand-papa, rien ne pourra altérer sa bonne humeur et son bonheur. Je penserais bien de même si je n'avais que soixante ans et que je n'eusse besoin du secours de personne. Je serais toujours auprès de vous et auprès du grand-papa, et je quitterais tout le reste sans pousser un soupir, sans verser une larme.

Je vous enverrai par l'abbé une chanson que j'aime à la folie et que je chante à merveille. J'y ai fait faire un accompagnement de clavecin et de flûte. Vous me manderez si vous la trouvez jolie ; c'est une traduction de Melastasio, par M. de Saint-Lambert. Elle lui aurait obtenu ma voix pour l'Académie bien plutôt que ses Quatre Saisons.

Je reçus l'autre jour une lettre d'Horace. L'abbé vous dira dans quels termes il parle de vous et de l'événement présent. Ah! je ne l'aimerais pas tant s'il ne pensait pas pour vous comme il fait ! L'abbé vous rendra compte de tout ce qui se passe dans mon âme ; il y a lu à livre ouvert. C'est pour moi un délice que de pouvoir parler avec confiance. J'étouffe de tout ce que je ravale ; mais j'ai eu avec lui une grande évacuation, et elle m'a fort soulagée. A chaque chose que je lui dis : « Vous le direz à la grand'maman! » J'ai pour vous, ainsi que lui, une amitié très-éclairée , et nous nous piquons de vous connaître et de vous juger mieux que personne.

Votre petite sainte depuis quelques jours a eu un peu de fièvre; elle a été saignée. Les nouvelles que j'en ai eues ce matin étaient qu'elle se portait mieux. Adieu.

A Chanteloup , ce 4 janvier 1TT2.

Vous avez traité le grand-papa comme une Vénus en lui envoyant la pomme, vous me traitez comme un chat en m'en-

Ht CORRESPONDANCE

voyant les marrons à retirer du feu : votre pomme et la belle bourse qu'elle renfermait, vos marrons et tous les jolis petits bouchons d'or qu'ils renfermaient, et qui feront un parfilage charmant1, la charmante et odorante corbeille qui renfermait tout cela, forment l'ensemble du plus joli présent du monde; mais, ma chère petite-fille, pourquoi nous donner des étrennes? Je suis devenue si provinciale que je ne sais plus comment on les reçoit, et vous m'avez réellement affligée et embarrassée.

Ce qui arrive à l'abbé n'est-il pas bien piquant? Y a-t-il jamais eu espérance mieux fondée que celle que j'avais qu'il conservât sa place? Je suis vraiment au désespoir aujourd'hui de la lui voir perdre, après m'être flattée qu'il la conserverait; je vous recommande toujours de ne pas le laisser partir que

1. Le parfilage continuait à faire fureur. Cette mode dura très-longtemps, et il en est souvent question dans cette correspondance. C'est à cette époque qu'il faut placer la chanson suivante, trouvée dans les papiers de madame du Deffand, et dictée par elle à Wiart.

Sur l'air : Attendez-moi sous Corme,

Vive le parfilage !

Plus de plaisir sans lui !

Cet important ouvrage Chasse partout l'ennui.

Tandis que l'on déchire Et galons et rubans, L'on peut encor médire Et déchirer les gens.

Autrefois dans la vie L'on n'avait qu'un amant; Maintenant la folie Est d'en changer souvent.

On défile et partage , L'amour comme un ruban;

F.t, même au parfilage, On met le sentiment.

Tel qui lit une page Peut paraître un savant, S'il a du parfilage Le secret imposant.

La plus petite idée Qu'on attrape en passant , Etant bien parfilée, Tiendra lieu de talent!

son affaire ne soit terminée; je crains toujours qu'il ne se nuise par trop de générosité ou de précipitation. Pourquoi faut-il, ma chère petite-fille, que j'attende son retour pour c^voir cette chanson que vous chantez si bien? Je suis bien inquiète de la petite sainte et de madame d'En vil le qui est aussi malade. Les maux et les malheurs de mes amis font mon tourment; cela doit vous engager à vous ménager, ma chère enfant, eh faveur d'une grand'maman qui vous aime bieq tendrement.

Le grand-papa vous embrasse et a été enchanté de sa bourse.

LETTRE CCCXI ne là duchesse ne croiseul a madame du defpand

A Chanteloup, ce 10 janvier 1772.

le vous remercie, ma chère petite-fille, de commencer par me donner des nouvelles de la santé de mes amies< C'est certainement ce qui m'intéresse le plus...

Je ne suis pas du tout contente de la tournure qu'a prise l'affaire de l'abbé. Le petit comte d'Artois1 , qui me paraît un enfant charmant, voulait qu'il gardât tout ; et on ne lui donne que la moitié. Je voudrais qu'on lui donnât un dédommagement pour le reste, et je voudrais le revoir.

le vous suis obligée de vouloir bien vous charger d'envoyer en Angleterre l'échantillon de mon bureau. Je ne puis vous dire le prix que j'en voudrais, parce qu'il m'a été donné; mais ] entends dire que ces ouvrages sont estimés en Italie, qu'ils y *>Dt devenus assez rares. J'ai imaginé qu'on en ferait plus de cas en Angleterre qu'ailleurs. Si le prix qu'on m'en offrira me convient, je donnerai le bureau ; s'il ne me convient pas, je le garderai. Voilà tout ce que j'en peux dire, parce que je n'ai nulle idée de sa* voleur; peut-être n'en a-t-il pas; peut-être en

î. Le roi avait donné la charge de commandant-g^n<'ra) des Suisses ,\ monsih,r ïp comte d* Artois.

a t— il beaucoup? c'est M. de Cambray qui en a ramassé les tableaux pendant qu'il était en Italie, et la plupart lui avaient été donnés. C'est parce que ce bureau me vient de M. de Cambray que sa vente est un secret.

A propos, je mets une condition à là vente de mon bureau î c'est que M. Walpole ne l'achètera pas ; sans cela je croirais que ce n'est que pour me faire plaisir, et je ne le lui vendrais pas.

DE MADAME DU DEFKAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce lundi, 13 janvier 1772.

Je ne pourrai vous écrire qu'un mot, chère grand'maman, je m'éveille et il est près de cinq heures. Mon sommeil est si impertinent, si désordonné, qu'il dérange toute ma vie, ma santé, ma conduite. Ne concluez pas de là que je sois malade: il n'en est rien. Je ne comprends rien à ce dérangement. Je me porte bien le jour ; je ne dors point la nuit, et j'ai de temps en temps, mais rarement, des excès de sommeil.

Je vais me hâter de vous rendre compte de ce qui vous intéresse. D'abord madame d'Enville se porte bien. La petite sainte vient de me mander tout à l'heure qu'elle se porte mieux. J'ai pensé comme vous; je n'ai cessé de dire qu'il faut absolument qu'elle aille à Barèges. Insistez, chère grand'maman; il est très-important de l'y déterminer.

J'aurai bien de la peine à retenir l'abbé. Il n'est pas impossible que son affaire traîne encore quelque temps. Il y a toute apparence qu'il est question de supprimer la place. Il faudrait bien dans ce cas-là qu'on lui laissât les appointements en entier. Je vais lui conseiller de faire un tour à Versailles. Il faut qu'il voie d'Affry et madame de Durfort. C'est à vous à lui défendre de partir pour Chanteloup, car je n'ai ni la force ni le pouvoir de le retenir.

DE MADAME DU DEFFAND. m

J'écrirai à M. Walpole suivant vos ordres. Je lui ai mandé de me faire savoir ce qu'on en offrirait; je vous le ferai savoir; mais je voudrais que vous disiez à quel prix vous le voulez laisser. Si , par hasard, on n'en offrait que 50 ou 60 louis, apparemment que vous ne voudriez pas vous en défaire.

On ne sait si le mariage de mademoiselle de Bé thune est rompu. On doute qu'il y ait un premier écuyer; enfin on ne sait rien.

Adieu, chère grand'maman, je m'en rapporte à l'abbé; il vous informera de toutes les nouvelles bien mieux que moi, et même de mes sentiments. Adieu, adieu. Il faut que je me lève.

A Chanteloup, ce 18 Janrier 17*74.

le suis persuadée que l'abbé sera parti dès qu'il aura Su son affaire expédiée. C'est ce qui fait que je ne lui écris pas. Dite%le-lui, s'il est encore à Paris. Je suis comme un enfant du plaisir de le revoir, et j'ai besoin de joie au milieu de toutes les occupations tristes que j'ai. Le prince vous les dira. Je lui èft écris aujourd'hui une longue lettre. Si vous trouvez le moyen de me placer quelques-uns de mes pauvres gens réformés, vous me rendrez un grand service; j'ai le cœur serré de cette réforme.

Je vous répondrai toujours de même pour mon bureau. Je ne sais ce que j'en veux ; je ne sais ce qu'il vaut, mais cinquante ou soixante louis ne vaudraient certainement pas la peine de l'envoyer en Angleterre. Ce que je sais, c'est que des tableaux en mosaïque de Rome, qui ne sont que des pierres de composition, de même grandeur que la plupart de ceux de mon bureau, coûtent ce prix-là ; que les miens sont en pierres fines, ouvrage de Florence très-estimé et devenu très-rare. Mais ces sortes de choses ne sôrit point connues ici. Mon petit tapissier

s'est avisé de le faire estimer, je ne sais pas pourquoi. On Ta estimé douze cents livres , qui est le prix de la cage dont les bronzes et la marqueterie sont assez maussades, ôt que j'es- Urne rien. Si l'on fait cas dé ces sortes çTouvrages en Angleterre, je le vendrai, si le prix qu'on m'en offrira vaut la peine que je 1q vende. S'il ne le vaat pas, je garderai le meuble et j'y aurai toujours gagné de savoir que je n'ai rien, au lieu de . l'erreur de croire que j'avais quelque chose.

Adieu , ma chère petite-fille ; on me presse et je n'ai que le temps de vous enobcasser bien tendrement.

DE MADAME DU DRFPAND A LA DUCHESSE DE CUOISEUL

Ce «1 janvier 1772.

L'abbé espère partir jeudi; vous l'aurez vu avant que de lire cette lettre; c'est lui qui vous la remettra; le voilà bien content. La sûreté de pouvoir vous dévouer tous les moments de sa via le console de la perte qu'il fait de la moitié de son bien ; je penserais bien de même et je ne croirais pas trop acheter le plaisir de vivre avec vous. Oui, chère grand' manian, je puis vous en assurer et sans exagération ; ma tendresse pour voftis augmente tous les jours et me fortifie dans le dégoût que j'ai pour tout le reste du monde. Pourquoi faut-il que Chantelôup soit' à soixante et tant de lieues d'ici ? Et pourquoi cette 'distance est-elle le moindre inconvénient? Pourquoi mon âge et ràon infirmité me donnent-ils de si justes défiances? Et pourquoi faut-il que je ne prévoie que malheur pour l'avenir? Mais je ne veux point vous ennuyer ni vous attrister; je ne vous parlerai donc plus de moi. Je remets à l'abbé le soin de vous dire tou(, ce que je pense, tout ce que je fais, tout ce que je désire, tout ce que j'appréhende , etc., etc. . J'ai appris par le public* tous les sacrifices que vous faites,

nouveau sujet d'admiration, mais non pas de surprise; il n'y a rien qu'on ne puisse attendre de vous; personne n'a autant que vous de droit à la gloire et personne ne la recherche moins. Mais si vous avez le cœur content et satisfait, vous n'achetez pas trop ce bonheur; et si vous en jouissez réellement, vous serez une personne unique dans tous les genres, et par le mérite . et par le bonheur. *

J'ai fait plusieurs petits soupers avec l'abbé et le président de Cotte; nous disions à tout moment : si la grand* maman était ici! Je vois partir cet abbé avec joie puisque c'est vous qu'il va trouver, mais je le regrette infiniment; je n'aurai plus personne à qui parler; j'ai besoin d'épanchements, je ne suis pas assez forte pour renfermer tout ce que je pense, et c'est cependant le parti qu'il faut prendre. Qu'est-ce que c'est que les amis que l'on a? La plupart des ennemis déguisés qui écoutent volontiers le récit de nos chagrins, parce qu'ils s'applaudissent de n'en point avoir, croyant le devoir à leur bonne conduite , à leur esprit et à leur raison. Si l'on a quelque conteolement , ils vous portent envie et vous font entrevoir tout ce qui peut le dimitaue!'; enfin quelqu'un disait l'autre jour qu'à présent tout le monde se haïssait. J'ai peur qu'il ne dise vrai.

J'ai envoyé par M. de Guignes l'échantillon de votre bureau: je ne peux pas encore en avoir de réponse; j'ai marqué à M. Walpole tout ce qu'il devait faire, que vous ne vouliez point qu'il en fit l'emplette pour lui, qu'il eût à me mander combien on l'estimait; il faut, de votre côté, que vous 'me fassiez savoir à quel prix il peut le laisser. J'attends de ses nouvelles demain, je ne fermerai ma lettre qu'après l'arrivée de la poste, et je vous manderai ce qu'il m'aura écrit.

Ce mercredi 28, à 2 henrea.

Je soupai hier pour la dernière fois avec l'abbé chez. madame de La Vaîlière; il m'a promis de me voir un moment aujourd'hui. Je lui donnerai cette lettre; il vous la portera et je

14tt CORKKSPONDANCE

voudrais bien qu'il m'emportât avec lui. J'ai véritablemen une grande peine à résister à l'extrême désir que j'ai de vou:

revoir.

Je reçus hier votre lettre fort tard. Je n'ai point vu 1< prince, je l'attendais pour le questionner ; je crus que ce prinq était M. de Beauvau; comme je vis celui-là, je l'interrogeai mais c'était de l'incomparable dont vous vouliez parler. J< compte le voir aujourd'hui. Notre liaison ne se resserre point tout au contraire ; il ne voit presque plus aussi madame de U Vallière; ce n'est pas qu'il aime mieux sa dame, mais c'esi qu'il est tout d'habitude, son âme est immobile; il est étonnam qu'il soit d'aussi bonne société avec aussi peu de sentiment ; aussi on le trouve et on le perd sans s'pn apercevoir. Qu'il y a peu de gens qu'on puisse aimer! Il n'y en a guère davantage qu'on puisse estimer. Quand vous serez vieille, chère grand' maman , vous en serez bien convaincue.

Jp youdrais J)ien pouvoir rendre service aux gens dont vous yoMS {tëfftites. Je vous plains de ces retranchements; votre p}u$ gntnçl malheur e3t pour ainsi dire le bien que vous ne poi)vez plus foire. Cette pauvre M,,cde C^umont, que deyiendra-t-ellpl Et le petit de Lindre? pt tant d'autres? Je ne puis m'empêcber de regretter vos (Tenants , quoique je sois bien persuadée que p'est lç moipdre dp vos sacrifices. La seule chose dont je sois satisfaite, c'est que yoij£ ne quitterez point votre maison ; tout Hipjj désir, p'est de vivrp assez de temps pour nie retrouver encqfP d^ns ce petit appartement; je ne puis me rappeler le moment où je ypus y ai embrassée pour la dernière fois sans être prête k pleurer. Quand on est vieille, chère grand'maman, op aime bien peu de chose , mais on est bien fortement attachép % ce que l'on aime.

Vous possédez le comte de Jarnac; vous aurez, le 4 du mois prochain, le comte de Chabot ]; vous allez avoir aussi le

1. Le comte de Chabot prit en 1775 le titre de duc de Chabot, et hérita de

DK MADAME DU DEFFANI). 419

marquis de Lava] ; vous ne passerez point Tannée sans voir madame de Luxembourg. M. et madame de Beauvau vous iront trouver immédiatement après la Chandeleur, et moi, chère grand'maman , où serai-je tandis que tous ces gens-là seront avec vous ? Comme le sort arrange toutes choses !

Le facteur vient d'arriver, il n'y a point de courrier d'Angleterre, peut-être arrivera-t-il demain, mais vous attendrez sans impatience des nouvelles de votre bureau.

Adieu, chère grand'maman, ne vous refroidissez jamais pour votre petite-fille.

LETTRE CCCXV

DK MADAME DU DRPFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEl'L

O lundi, 27 janvier 11*79.

Je me trouve cent fois plus éloignée de vous, chère grand'maman, depuis le départ de l'abbé, il me semblait qu'il n'y avait que lui entre vous et moi, qu'il vous tenait d'une main et me tenait de l'autre ; il m'a échappé , s'est tourné vers vous et me voilà toute seule.

Je vous écris par madame de Poix, qui vous dira tout ce Qu'elle sait, et elle en sait certainement plus que moi.

Je reçus hier un billet de la maréchale pour me dire d'avertir son frère d'aller à Versailles pour une troisième indigestion, je ne sais pas quelle suite elle aura eue, et c'est ce que madame de Poix vous dira !.

<^loi de duc de Rohan en 1701 , par la mort de son cousin germain, Louis-Marie Bretagne-Dominique, duc de Rohan, dernier de sa branche. — Le comte de Jarl,*c, frère du comte puis duc de Chabot, et de la princesse de Beauvau, mort en Angleterre, en 1812. Il avait épousé mademoiselle de Pons, dont la mère (mademoiselle de Betz) était soeur de la comtesse de Choiseul, la petite sainte. M. de J&rnaceut de sa première femme une fille qui devint madame de Castellanc, mère du maréchal de Castellanc, et de sa seconde femme (mademoiselle Smith), le vicomte de Chabot.

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