‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 33 sur 108 · Le duc do Gontaut, père du duc de Luiizitn · texte numérisé non relu

Le duc do Gontaut, père du duc de Luiizitn

\%t CORRESPONDANCE

muse et me divertisse. J'ai quatre ou cinq sortes de livres sur m$ table, je les prends, je les rejette ; si ce sont des voyages, si ce sont des mémoires, je m'étonne que les auteurs aient pu se persuader que les détails dans lesquels ils entrent pourraient intéresser la postérité; je n'aime que les lettres, l'abbé pourra vous avoir dit que je lis avec assez de plaisir celles de Bussy, je passe cqlles au Roi, j'aime son style sans aimer sa personne. Yoiis voyez, chère grand'maman, combien j'aime à causer ^yecyous; je me ferais scrupule d'une telle causerie si vous ^viez beaucoup mieux à faire , mais autant vaut écouter votre enfant que le babillage de tant d'autres. Adieu, chère grand'maman, je n'écris point aujourd'hui à l'abbé, ce sera pour la première occasion.

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL

Ce jeudi, 30 janvier n*J2.

Je ne peux pas souffrir, chère grand'maman, que vous me disiez de me calmer, de ne me pas tant tourmenter pour votre bureau, je vois que voijs me croyez une tatillonne qui me tourmente, qui me tracasse, que je pense à avoir l'affaire la plus importante du monde à traiter, qu'il s'agit de l'échange d'une province, etc., etc. Ah! vouj vous trompez. Il fallait que je répondisse aux questions que Ton me faisait, j'ai }a mémoire infidèle, et j'ai transcrit les réponses que vous m'avez faites. Je doute que le marché puisse se conclure. Les Anglais, en général , sont comme la belle-mère de madame d'Amblimont, ils ne jettent pas les gigots par la fendre. Us perdent tous leurs biens au jeu et se détournent de quelques lieues pour éviter de payer cinq sols. Tous les hommes sont fols, rien n'est si rare que de trouver un sage. Gardez bien celui que vous avez, cela ne vous coûtera guère, up seul de vos che-

DE MADAME DU DEFFAND. m

veux sera une assez forte chaîne; il s* entend à aimer, mais il n'y a pas grand mérite, sans vous il n'aurait pas acquis cette science, vous seule la savez enseigner, mais sans votre existence on ne pratiquerait jamais cette science. Oh ! cela est vrai, chère grand' maman; aujourd'hui tout le monde se hait, personne n'est aimable, ceux en qui l'indifférence domine son): les plus recherchables ; je ne m'afflige point 4'èlre vieille, je serais fâchée d'avoir à rétrograder et d'avoir à repasser par le chemin que j'ai fait; celui qui me reste à faire nesaurait être bien long et c'est tant mieux. Si vous reveniez ici, je ne penserais pas de même, mais être séparée de vous, c'est un grand ennui. Ah ! oui, je me persuade, le plus qu'il m'est possible, que j'irai vous voir, mais je fais plus, je me persuade que vous viendrez me retrouver ; et pourquoi pas? L'estomac, les entrailles, c'est d'où partent les oracles qui décident du sort des humains ; ils commencent à vouloir parler1, je suis fort attentive à ce qu'ils diront; ils peuvent s'expliquer de plus d'une manière ; en attendant voici des vers pour mettre au bas du portrait de la dame.

En écrivant ici : portrait de la plus belle, Je vois que l'Amour a souri.

Ces mots, jadis, source d'une querelle.

En vont produire une nouvelle; I/un dira c'est Vénus; l'autre, c'est Du Barry.

Ne croyez pas, chère grand'maman, que je sois contente de la louange que l'abbé me donne en disant que je chante ma chanson aussi bien que pourrait faire Géliot; mille fois mieux, monsieur l'abbé, et je suis au désespoir que la grand'maman ne me l'entende pas chanter, elle parviendrait peut-ôtre à m'iroiter, et avec sa jolie voix ce serait une merveille. Puisque

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