Allusion à. l'indisposition du Roi
43i COKRESPONDANCE
je viens d'apostropher l'abbé , souffrez, ma grand'maman , que je continue à lui parler.
J'ai vu hier madame Ménage, je l'ai déjà proposée à plusieurs personnes, à M. le prince de Conty; j'ai cru qu'il l' allai prendre, et puis il a dit que non; à M. le maréchal de Richelieu qui en a eu aussi beaucoup d'envie, mais comme c'était en présence de madame d'Aiguillon, et qu'il aurait renvoyé une ménagère qu'elle lui avait donnée, elle s'y est opposée. L'évêqui de Saint-Omer qui voudrait l'avoir pour lui ou pour un de se chanoines , c'est sur quoi l'on pourrait compter, mais elle n< veut pas s'éloigner dô son mari. Si on peut placer ce mari dam la même ville, cette affaire sera bientôt conclue. Comme vou: me dites que je suis tout le monde pour vous, je tâcherai 'd< bien remplir ce rôle.
Votre style de prophète m'a extrêmement plu, vous êtes ui vrai Protée ; je ne sais de quelle forme je vous aime le mieux parlez comme lui ou comme Isaïe, et dites-moi si cette anné je reverrai la grand'maman.
En voilà assez pour vous , l'abbé , je reviens à elle.
Vous montrez donc mes lettres au grand-papa? Et vou m'exposez à sa moquerie et à rougir d'avoir une si sotte petite fille? J'ai toute honte bue avec vous, il n'en est pas de mêm< avec lui, il sait bien que j'ai dit :
Dès qu'on, cesse d'être gentille, On est rave de la famille . Du grand-papa.
Puisque vous me faites entendre qu'il se soucie de moi dites-lui que je l'aime et l'aimerai toute ma vie à la folie.
Je ne sais ni quand et par qui cette lettre partira, j'écri toujours en attendant, peut-être sera-ce les Beauvau qui vou la porteront et que j'y ajouterai tous les jours quelque chose je suis résolue d'écrire tout ce qui me passera parla tête, fût-c les plus grandes bêtises !
. O lun«!i, 3 février.
Que pourrais-je ajouter? Des nouvelles que les Beauvau sauront mieux que moi et qui, peut-être, changeront d'ici à demain. Il n'y a point eu de nomination, par l'opposition (dit-on) du tyran breton, il ne voulait point le Monteinard ni le marquis
de Chauvelin ; le Roi voulait l'un et l'autre; on prétend que la dame fut fort surprise en apprenant hier matin qu'il n'y aurait point Je nomination. J'espère que vous. apprendrez mercredi au soir qu'41 n'y a plus de La Vauguyon. Je lui donne la place de maître des logis dans l'autre monde.
.LKTTRE CCCXV1I
DE LA DUCHESSK DE CIIOISEUL A MADAMK DU DKFFAND
A Chanteloup, ce «1 février 17Î2.
Demain, c'est madame de Beauvau ; il faudra n'être occupée que d'elle et l'être tout le jour; jeudi, M. de Liancourt part de grand matin, il aura fait trois ou quatre postes avant que je sois éveillée. Point de temps donc pour écrire à ma chère petitefille si je ne m'y prends dès aujourd'hui; je ne veux pas qu'il en arrive comme à la dernière occasion où je n'en eus pas le temps, parce que les choses se trouvèrent arrangées comme aujourd'hui? et il ne faut pas que cette chère petite-fille se croie abandonnée de ses parents, elle que j'aime tant, qui m'aime tant, qui est isolée, triste, malheureuse, parce qu'elle a perdu une amie, et qu'elle craint.pour un autre. Ma chère enfant, que je vous plains d'avoir perdu une amie, puisque vous savez aimer, et qu'on trouve difficilement à faire l'emploi de ce sentiment! Je suis bien aise d'avoir l'abbé, mais je regrette que vous l'ayez perdu dans un moment où il vous était si nécessaire. Mandez-moi des nouvelles de M-. de Pont-de-Veyle, je m'y intéresse et pour vous et pour lui; parlez-moi, parlez-moi beau-
coup de tout ce qui vous touche; je le partage, non pas du bout des lèvres, mais du fond du cœur, c'est-à-dire que vous lui faites éprouver toutes les impressions des sentiments qui vous agitent
Oui, madame de Poix nous a tout dit et ne nous a pas dit grand'chose; le roi était malade, il ne l'est plus. Eh bien! qu'est-ce que cela fait? Madame du Barry, à ce qu'on dit, est malade aussi; on craint la rougeole, peut-être n'est-ce rien aussi; mais qu'elle meure ou qu'elle vive, le sort en est jeté. Nous ne sortirons pas d'ici, à moins de grands événements, et ce n'est pas dans le petit appartement qu'il faut attendre votre grand'maman ; c'est ici qu'il faut la venir chercher, et où vous la verrez plus heureuse que partout ailleurs.
Enfin, le prince incomparable a reçu ma lettre, j'ai sa réponse; il vous l'aura communiquée, et je vous remercie d'avance de vos bontés pour mes pauvres réformés ; je ne sais par quel hasard ma lettre à M. Barthélémy vous est tombée; il n'y a autre chose à faire que de la mettre à la poste ; c'est une réponse, un compliment de bonne année.
Je suis charmée de vos nouvelles amours avec M. de Goritaut; je vous en suis obligée à tous deux; il me semble qtlte vous vous aimez en moi; il s'était déjà vanté ici du souper qufe vous devez lui donner.
Vous demandez si je lis. Guère, parce que je n'en ai pas le temps; j'en suis à présent à Le Vassor, il m'amuse quelquefois par son humeur; vous aimez la prévention et moi j'aime l'humeur, pourvu que je n'en souffre pas; il m'intéresse de temps en temps, mais le plus souvent il m'ennuie, et, quand il m'ennuie, c'est à mourir.
Je ne lirai point les lettres de Bussy ; je n'aime plus lés rois, et je n'ai jamais aimé les courtisans.
Vous voyez, ma chère petite-fille, que je réponds à tous les articles de votre causerie; c'est que je m'y plais, c'est qu'elle m'est agréable en soi, c'est que rien ne m'est plus cher que son auteur.
DK L'ABBÉ BARTHELEMY A MADAME DU DEFFAND
5 février 177$.
Monsieur et madame la princesse de Beauvau viennent d'arriver un moment avant souper. On s'est mis tout de suite à table. Nous voilà dans le salon où il y a un bruit effroyable. Je me mets dans un petit coin pour vous écrire. Le prince m'a dit que vous vous portez bien ; mais point de lettre de vous ! J'étais au désespoir quand la grand'maman m'a montré une lettre, moitié pour elle, moitié pour moi.
le vous remercie des bontés que vous avez eues potlr madame Ménagé; je vous en remercie infiniment. J'aime à vous devoir, parce que je ne serai jamais embarrassé de là reconnaissance que je vous devrai. Au nom de Dieu ne renoncez pas au projet de venir. Cette espérance est si douce pour vous, pour la grand'maman, pour moi! J'irai vous chercher à Étampes, à Paris s'il le faut. Monseigneur l'évêque d'Arras viendra avec nous. Vous serez avec un évêque et un bachelier en théologie; car je l'étais autrefois, et je crois l'être encore. Cette qualité est plus inamovible que celle de secrétairegénéral des Suisses. A propos de secrétaire, la grand'maman veut que je lui en serve pour répondre à la lettre qu'elle a reçue ce soir. Elle vous avait écrit dans la journée, et elle ne veut rien ajouter à ce qu'elle vous avait dit. Elle me charge donc de vous assurer qu'elle a trouvé votre lettre charmante, les assurances de votre amitié charmantes aussi ; mais elle est surprise de ce que vous ne lui avez pas parlé de M. de Pont-de- Veyle. Elle en est inquiète, et pour l'intérêt qu'elle prend à sa santé, et pour l'amitié que vous avez pour lui. J'aurais beaucoup de regrets à vous exprimer. Et les soupers chez madame de La Vallière , et les petits soupers chez Vous, et les
visites de l'après-midi!... La vie n'est qu'une continuité de sacrifices. Heureux qui n'en a point à faire! Mais où se trouvent ces gens-là? En tout cas, ils ne seront jamais mes $tmis.
LETTRE CCCXIX
DE MADAME DU DEPFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce mardi , février 1772.
11 faut, ma grand'maman, que je vous raconte tous mes * triomphes; le fier, l'inaccessible, l'invincible Gontaut, que je voulais depuis si longtemps conquérir, qui avait résisté à toutes mes entreprises, s'est enfin rendu ; il est venu hier chez moi, chère grand'maman, avec toute sa gaieté et ses grâces naturelles; il a fait plus : il s'est engagé à souper chez' moi lundi, 17 ; je suis actuellement occupée du choix de la compagnie ; la maréchale et la belle-fille, cela va sans dire ; je vous rendrai compte de tout. Mais savez-vous ce qui m'a plus charmée de sa visite? C'est la lettre que vous lui avez écrite; il faisait semblant de ne pas vouloir la montrer; mais il aurait été bien attrapé si je n'avais pas insisté; et pour sauver son indiscrétion, il a dit qu'il vous devait cette vengeance, que vous lisiez ses lettres en plein salon. Si ces lettres sont de 4a tournure de la vôtre, il a bien raison d'être en colère.
Yous êtes charmante, rhère grand'maman, et je vois avec un plaisir infini que vous êtes parfaitement gaie et heureuse; je dis comme le confesseur de l'Ëpigramme, quand on me raconte ce que vous dites et ce que vous faites :
Quel diable de train! quelle chienne de vie i ! Vous croyez bien que je n'omets p^s la fin de l'Ëpigramme.
Tandis que vous vous amusez si bien, nous pleurons ici la
perte (il faut croire irréparable) du grand duc de La Vauguyon;