Walpole l'avait bien grondée de ce voyage à Chanteloup
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charge de tant de choses et si tendres pour vous , que je ne puis vous les redire. Je me suis acquittée, d'ailleurs, de toutes vos commissions. Madame de Tessé prétend qu'elle a été bien maussade avec vous et qu'elle en a été d'autant plus fâchée qu'elle vous a trouvée bien aimable. M. du Bucq assure qu'il ne vous oubliera pas et je le crois.
Madame de Brionne, mademoiselle de Lorraine, madame de Grammont, toutes ces dames veulent que je vous parle d'elles et que je vous en parle beaucoup , parce qu'elles me parlent beaucoup de vous. Le marquis1 mérite bien son petit article à part. 11 nous quitte bientôt et c'est encore un de mes regrets. Il m'a chargé de lui donner souvent de vos nouvelles.
Je vous renvoie billet pour billet pour notre évoque. Diteslui encore mille tendres choses pour moi ! je n'oublierai jamais que je lui ai dû le bonheur de vous voir. Tâchez de dormir, ma chère petite-fille, pour conserver votre beauté et surtout votre santé, dont j'ai besoin pour ma tranquillité et pour vous revoir l'année prochaine; continuez à m'aimer comme vous faites, et soyez assurée que ma constance égalera ma tendresse.
Il faut que vous n'ayez pas reçu une lettre que je vous avais adressée à Étampes par le duc de Noailles. A propos, j'ai fait mon début à la comédie. J'ai pensé m'évanouir de frayeur sur le théâtre.
LETTRE CCCLV
DE MADAME DU DEFFAND A L'ABBÉ BARTHELEMY
Paris, ce 90 juin 1772.
Je suppose, mon cher abbé, que la grand'maman a fait son petit voyage à Orléans, que vous l'y avez suivie, et que c'est la cause que je n'ai point de vos nouvelles.
i. De Castellane.
Je vous écris par M. de La Ponce. Je n'ai rien de bien particulier à vous mander, si ce n'est une visite que doit faire le chancelier à l'abbé de Rreteuil. L'accommodement pourra- t-ii se faire sans révoquer les protestations?. et comment se résoudre à les révoquer? le temps l'éclaircira!... On dit qu'il y a de la division entre la Prusse et la Russie ; que c'est un trait d'habileté de M. de Kaunitz; mais ces sortes de nouvelles sont au-dessus de ma portée.
Madame Poirier fera partir incessamment la lanterne et une partie des porcelaines que la grand' maman a demandées. 11 faut avoir le temps de faire faire les autres ; madame Poirier a dû expliquer tout cela.
J'ai laissé ma gaieté, ma beauté , ma santé , à Ghanteloup. Je n'ai plus de plaisir à espérer que de votre correspondance.
Je vous envoie les harangues de M. de Toulouse, et de nouveaux ouvrages de Voltaire. J'imagine qu'ils ne plairont guères. Adieu, l'abbé, dites mille choses tendres pour moi à la grand'maman; je ne saurais écrire à sec, il me faut de vos lettres pour que les miennes puissent valoir quelque chose. Je vous renvoie aussi la lettre de la grand'maman.
LETTRE CCCLV1
DE MADAME DU DEFFAND A L'ABBE BARTHELEMY
Ce jeudi , 8 juillet 1772.
Après que j'eus envoyé hier mon paquet chez M. de La Ponce, je reçus votre lettre et celle de la grand'maman sur les quatre ou cinq heures du soir ; je croyais La Ponce parti, mais j'appris qu'il ne partirait qu'aujourd'hui sur les neuf ou dix heures; j'en fus ravie, j'ai le temps, mon cher abbé, de vous dire tout ce que je sais; la dominante et le soumis, l'in-
comparable et sa dame \ mon neveu l'archevêque * et quelques autres très -indifférents soupèrent hier chez moi. On ne dit point de nouvelles. Je m'informai des projets de tous ces gens -là ; vous aurez les deux premiers vers le 15 ; la dominante jusqu'au mois de septembre, le soumis trois semaines , l'archevêque le 23 ; il partagera entre Chanteloup et Meun quinze jours qu'il destine à ce voyage. Vous savez la situation de l'incomparable, vous ne le verrez que pendant les vacances. Madame la D. de G5, écrit du bien de moi, à ce que l'on dit, mais elle croit ne m'avoir point plu , ce qui me fait penser que j'ai mal réussi auprès d'elle ; j'en suis très-fâchée ; faites de votre mieux pour détruire cette prévention ; vous connaissez ma méfiance, je voudrais n'en point avoir, et bâtir des châteaux en Espagne pour Tannée prochaine ; ils ne peuvent avoir de fondement que la sécurité de ne déplaire à personne.
Je ne me porte pas bien, je suis triste, je regrette ce que j'ai quitté; comment en ai-je eu le courage? Me reverra-t-on avec plaisir? dites-le-moi de temps en temps; il n'y a que votre amitié et celle de la grand'maman sur quoi je compte. Je n'ai encore vu aucune des personnes qui étaient à Chanteloup, cela me fâche. La grand'maman a-t-elle fait son voyage à Orléans? Je soupai avant-hier chez la petite sainte; il y avait beaucoup de monde, nous ne pûmes point causer à notre aise; j'y souperai samedi pour parler de Chanteloup ; tout autre entretien m'ennuie. Je vous plains d'avoir perdu le marquis4; j'imagine qu'il a chanté en partant : Voici les dragons qui viennent, etc. La M. de L*. ne sait que devenir, elle court de prince en prince; je suis médiocrement bien avec elle; elle voudrait être importante , sentencieuse , épigrammatique, elle
1. Le prince et la princesse de Beauvau, le prince de Baaffremont et la marquise de Boufflcrs.