De Lamoignon
1 Du 5 juillet.
mots, j'imitai son écriture pour tromper M. Wiard. Je voulus d'abord, pour vous étonner, faire quelques plaisanteries un peu fortes. Vous m* auriez trop tôt reconnu; je me contentai de hasarder des expressions dont elle ne se sert jamais, et vous y avez été trompée. Je m'en féliciterais si vous aviez la moindre défiance; mais ni la nature ni l'expérience n'ont pu vous en donner.
Je n'avais pas pris mon cul pour mes chausses quand je vous avais dit qu'elle était enrhumée, elle Ta été depuis son retour de Meun, mais sans fièvre et sans une trop forte toux. Elle est seulement un peu maigre ; elle ne tousse plus que rarement et par un reste d'habitude.
Elle est bien flattée ainsi que le grand-papa des regrets que vous témoignez de les avoir quittés. Us disent toujours r « Pourquoi s'en aller?» et, en effet, il est impossible d'en pénétrer la raison. Mais cette leçon prolongera votre voyage l'année prochaine. Vous y viendrez certainement, je vous le prédis, je me le promets; et quand vous y serez, je tuerai tout simplement ceux qui proposeront de vous ramener.
Le grand Christophe a pensé s'en aller ces jours-ci. Il voulait renvoyer un de ses compagnons suisses, aussi habile que lui, à ce qu'on dit. Il a proposé le renvoi. Le grand-papa l'a refusé. Aussitôt il a joué son jeu, qui est de menacer de quitter. Le voilà donc à la toilette de la grand' maman pour prendre congé. On s'y attendait. Il a dit qu'il avait mal aux jambes. — « Adressez -vous au chirurgien. — Il m'a guéri les pieds, sauf votre respect, l'année dernière, mais à c't'heure ce sont les jambes. — Eh bien, il les guérira! — Oh! non, car les jambes et les pieds sont deux choses. — Il me semble pourtant que vous vous portez bien. — Oh ! je ne me suis jamais si bien porté. — Vous n'êtes donc pas content de nous? — Moi? je ne trouverai jamais de si bons maîtres, mais il faut absolument que je m'en aille ! — Eh bien! si vous voulez partir, toutes les portes vous sont ouvertes ; si vous voulez -rester, restez. — Eh
bien! cela étant, je m'en vais à mon devoir!... car mes pauvres vaches m'attendent... » Et sur cela il a pris le parti de 'rester.
LETTRE CCCLXIV
DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL A MADAME Dl' DEFFAND
A Chanteloup, ce 17 juillet 1772.
Madame de Château-Renaud m'a remis très-exactement, ma chère petite-fille , et votre lettre et les serviettes. Je n'ai pas trouvé celles-ci si vilaines que vo'us le dites, et j'ai trouvé la lettre beaucoup plus jolie que vous ne la croyez. Je mande à Ribot d'aller payer les serviettes, et je vais tacher de payer la lettre; mais je ne me flatte pas que ce soit en aussi bonne monnaie. Je n'ai point entendu parler de madame Poirier; faites-lui dire que puisqu'elle a des commissions pour M. de Choiseul, elle mette les petits articles qui sont pour moi sur le même mémoire.
Je savais avant l'arrivée de madame de Château -Renaud que je ne savais plus quand nous aurions le prince et la princesse, parce que cela dépendait du rétablissement ou de la mort de madame de Craon. Madame de Poix en a reçu un bulletin que vous auriez dit qui était ineffable ; c'est la plus ridicule chose que j'aie jamais vue. Madame de Gèvres en a ri aux éclats pendant toute une soirée! Je serai bien aise de voir le prince avec quarante mille livres de rentes de plus, quoiqu'il n'en puisse pas disposer ; elles mettront du moins une grande aisance dans sa fortune, et il a besoin d'aisance. Je suis fâchée de vous trouver si sévère pour les dettes du chancelier; ne vous souvient-il plus que nous en avons eu aussi? Il me semble que des talents supérieurs et des vertus éminentes méritent quelque indulgence pour certaines faiblesses ; ayez-en donc pour ï« de Choiseul. Vous voulez que je vous repète la réponse