II
elle ne partira que le dimanche à midi. Wiart1 demande pardon à M. l'abbé de ce qu'il ne la recevra que lundi au soir. 11 le supplie de n'en rien dire. Cela n'arrivera plus.
LETTRE CCCLXXXI1!
A Chanteloup , ce 5 septembre 1772.
J'ai vu arriver monseigneur de Toulouse et votre lettre, ma chère petite-fille, avec bien du plaisir; il n'était désiré, attendu , reçu avec plus d'empressement d'aucun des maîtres du château plus que de moi. Je souhaite qu'il se plaise ici, que nous puissions l'y retenir quelque temps; qu'il soit content de nous, qu'il le soit de moi en particulier. Je ne puis pourtant me flatter que j'aie aucune part à son voyage. Je n'ai pas encore trouvé le moment de lui exprimer la reconnaissance que j'ai de ses procédés pour M. Choiseul, et de la bonté qu'il a de s'occuper des affaires qui l'intéressent. Car quoique je n'aie pas la fatuité de m'approprier les services, il est certaines gens vis-à-vis desquels j'aime à me charger de la reconnaissance, et monseigneur de Toulouse est de ce nombre. La lettre qu'il m'a remise de vous m'aurait fait peur par sa tristesse, s'il ne m'eût aussitôt rassurée sur votre santé. J'ai pensé dire: Ah ! elle n'est que l'effet de l'ennui; comme si l'ennui n'était pas le pire des maux , mais au moins il n'est pas de nature à inquiétei l'amitié. Vous demandez, mi chère petite-fille, qui est-ce qui est heureux? Si on en jugeait par les apparences, on répondrait : Tout le monde. Je ne vois que des visages riants; je n'entends que des chants, la gaieté m'environne, elle semble l'expression du bonheur. Je ne suis pas si gaie, et cependant je ne m'en
1. C'est d'après ce post-scriptum, où Wiart donne lui-même l'orthographe de son nom , qu'on a rétabli le double W partout où les premiers éditeurs avaient mis un V.
crois pas moins heureuse. La gaieté, même la plus soutenue, ne me parait qu'un accident ; le bonheur est le fruit de la raison, c'est un état tranquille, permanent, qui n'a ni transport ni éclats, peut-être est-ce le sommeil de l'âme, la mort, le néant. Je n'en sais rien, mais je sais que tout cela n'est pas triste, quoiqu'on y attache des idées lugubres.
Je connais cependant deux personnes parfaitement heureuses et dont le bonheur est différent de celui-là et différent entre eux : c'est M. de Choiseul et madame de Gramont. Celuici est heureux par le passé , par le présent et par son caractère ; celle-là est heureuse par l'oubli du passé, par l'imprévision de l'avenir1, par la jouissance de tous les moments qui sont tous également bons pour elle. Vous dites que vous ne connaissez que deux personnes dans le monde qui soient parfaitement gaies et contentes, madame de Caraman et madame de Beauvau ; je crois que la première est contente parce qu'elle est environnée d'objets de satisfaction que sa raison approuve et sur lesquels son sentiment se repose; pour l'autre, je crois qu'elle n'est que gaie , et sa gaieté tient moins encore à la manière plaisante dont les objets se peignent à son imagination qu'au prodigieux mouvement de son âme. Mais si sa vanité lui procure des triomphes, elle doit lui occasionner des mécomptes, et rien n'est plus opposé au bonheur et au contentement que les mécomptes. Qui serait plus heureuse que vous , ma chère petite-fille, si vous ne vous ennuyiez pas? vous n'avez pas de prétentions et vous avez des amis , mais croyez que vous n'en n'avez pas dont vous soyez plus tendrement aimée que de moi.
1* Elle aurait sans doute été moins heureuse si elle avait su quel serait cet avenir, et que l'échafaud l'attendait !
24i CORRESPONDANCE
LETTRE CCCLXXXIV
DE LA DUGHBSSB DB GHOISBUL A MADAME DU DBFPAND
A Charteloup, ce 8 septembre 1772.
Il me semble , ma chère petite-fille, que je ne puis pas décemment ne point vous écrire par monseigneur de Toulouse, qui a eu la bonté de m' apporter une lettre de vous , et mon sentiment se trouve fort d'accord avec la décence dans cette occasion ; mais mon esprit n'y est pas, je n'ai rien à dire, je ne dirai donc rien, car je ne pourrais faire qu'une lettre plate et ennuyeuse.
Au désir que je vous ai marqué dernièrement de garder un peu de temps monseigneur de Toulouse, vous pouvez juger du regret que j'ai de le voir partir si vite; il nous a promis de revenir cet hiver et de nous donner plus de temps ; j'espère qu'alors je le verrai mieux, car je ne l'ai point vu dans ce voyage. Peut-être ne se doute-t-il pas que je sois digne de le voir et de l'entendre, vous devriez l'en aviser; pourquoi pas moi comme tant d'autres? 11 a cependant ea la complaisance de me venir parler de mes affaires , c'est une politesse qu'il m'a faite, il ne manque à rien; mais c'est justement en ne manquant à rien qu'on peut manquer a tout; mes affaires ne m'intéressent guère (il ne faut pas dire cela), et cependant je lui en ai parlé avec intérêt, pour avoir l'air de l'intérêt en lui parlant. Assez malheureuse, comme vous savez, pour avoir des affaires ecclésiastiques, j'ai été assez heureuse pour qu'elles lui fussent toutes renvoyées ; son adresse et sa bonté les termineront sûrement à ma satisfaction. Ainsi à cet égard tout est pour le mieux.
L'abbé prétend qu il n'est réellement pas bien avec vous, que vous ne lui écrivez pas ; le pauvre abbé est véritablement inquiet. Allons, ma peti te- fille , un peu de douceur; accordez
la pardon des péchés ; ne faites pas souffrir plus longtemps un ami, et ne vous refroidissez jamais pour votre grand'maman qui vous aime de tout son cœur.
LETTRE CCCLXXXV
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CBOISEUL
Ce 7 septembre.
J'ai reçu ce malin, chère grand'maman , votre lettre du 5. Vous ne me parlez jamais de votre santé. Vous n'êtes occupée qu'à me convaincre de votre bonheur. Ah! je n'en doute pas! vous jouissez de tout ce qui peut rendre heureux, et s'il y manquait quelque chose, votre raison y suppléerait.
Quand vous recevrez cette lettre, l'archevêque * ne sera plus avec vous. Je l'ai accompagné en esprit dans son séjour à Chanteloup. Je l'ai vu avec vous, avec le grand -papa, avec madame de Grammont et avec l'abbé. Il a bien rempli tous ses devoirs; il a eu de la gaieté, peu de conversation générale, quelquefois un peu d'embarras, mais toujours de l'agrément.
J'irai demain, s'il fait beau, à Roissy avec madame de Beauvau. Ainsi, je me trouverai entre les deux personnes que je prétends être le plus heureuses, l'une par le contentement qu'elle a d'elle-même et l'autre par celui qu'elle reçoit de tout ce qui l'environne. Je doute que l'amour-propre de la première lui cause jamais le plus petit chagrin. Cet amour-propre est cuirassé; elle ne respire que gloire et hommage, elle vit de nectar et d'ambroisie, ne respire que l'encens. Elle dédaigne trop ceux ^ ne l'adorent pas, pour pouvoir jamais être offensée de leur indifférence. Elle est parfaitement heureuse, elle doit son
t< De Toulouse, depuis le cardinal de Loménie.
bonheur à son caractère , et comme il est très-bon, il lui atti l'estime de ceux qui la connaissent l.
Je ne vous parlerai pas du grand événement de Suède. ( sera Tunique objet des conversations pendant bien du temp J'en ai eu beaucoup de joie par rapport au neveu de l'abbé, aussi par rapport à M. de Creutz, qui aurait été le plus malhe reux des hommes si la chance eût tourné autrement.
Vous aurez bientôt, je crois, madame d'En vil le. Je sei bien aise de la savoir auprès de vous et que vous la gardi longtemps. Je ne vous crois pas beaucoup de monde à présen j'en suis bien aise. Vous avez besoin de repos; le grand nomb vous fatigue ; vous ne pouvez pas vous empêcher de faire d efforts. Votre amour-propre n'est pas du genre de celui de no dame de Beauvau. Il vous fait vous oublier vous-même po ne vous occuper que des autres. Le mien fait que je ne si jamais contente de moi et que je me hais à la mort.
L'abbé vous a-t-il dit que j'attends notre baron au premi jour?
Le général Burgoyne est ici ; je le dois voir cette aprè dlnée. Il me doit remettre une lettre pour vous. Par une qu m'écrivit hier je juge qu'il me demande la permission de vo aller trouver. Vous la lui accorderez, sans doute.
Adieu, chère grand'maman , j'aime beaucoup votre pet sainte. Sa belle-fille n'attend que le moment. Ce ménage «
1. Marie-Charlotte-Sylvie de Rohan-Chabot , née le 12 décembre 1729, tu quise de Clermont-d'Amboise , veuve en 1761 , épousa en deuxièmes noces. 14 mars 1764 , le prince de Beauvau , maréchal de France, mort le 10 mai 17 Son premier mari était veuf de mademoiselle de Fitz-James , fille du maréchal à de Berwick; le second, de mademoiselle de la Tour-d'Auvergne, sœur du duc Bouillon. Le duc de Lévis, dans ses Souvenirs , fait un portrait plein decnann de la maréchale de Beauvau , aussi remarquable « par son esprit que par ses sa timents, ses principes. » « Elle a, disait madame du Deffand, l'ascendant sur toi ce qui l'environne ; sa place dans le paradis sera à la tête des dominations. »
Le maréchal de Beauvau était devenu l'aîné de sa maison par la mort de tro frères; son père, le prince de Craon, avait eu vingt enfants, dont la marqni de Boufflers et le chevalier de Beauvau , depuis prince de Craon , qui a contint la famille.
heureux et aimable. Le fils de la petite sainte a de l'esprit et la gaieté de son âge. Il me plaît beaucoup.
D'Ussé est très-dangereusement malade ; sa sœur Ta quitté pour aller trouver son évêque ; il n'y a pas grand mal. Son absence lui évitera l'annonce des sacrements.
L'incomparable dit toujours qu'il vous ira trouver dans le courant de ce mois. Sa dame seule sait ce qui en sera.
DE L'ABBÉ BARTHÉLÉMY A MADAME DU DEFPAND
Chanteloup, 10 septembre 1772.
Je ne vous parlerai plus de ce qui s'est passé, il faut que je n'aie pas su m'expliquer; vous êtes tentée de prendre pour des prétentions de ma part de légères plaintes inspirées par le sentiment. Je me borne à vous faire ma profession de foi en deux mots. Vos bontés vous mettent en droit de tout exiger de moi, et ma reconnaissance m'a toujours porté et me portera toujours à vous rendre tout ce que je vous dois. Je n'ai jamais douté de ces bontés, pourquoi douteriez -vous de leur effet? Quand je vous fais ces protestations, croyez que la vérité est dans mon cœur ainsi que dans ma bouche , et que le moindre soupçon sur mon attachement me rendrait malheureux.
Je vous rends mille grâces de la relation que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Cet événement fait honneur à la fermeté du roi de Suède. Je vous prie de dire à M. le comte de Creutz le tendre intérêt que je prends à sa satisfaction. Je ne lui écris Pas de peur de l'importuner, mais vous voudrez bien lui dire <* que je ne pourrais lui exprimer qu'imparfaitement. Recevez mon compliment sur le prochain retour de notre cher baron. Ma joie serait entière si l'incertitude où il est de venir tout de ^te à Paris ou à Lausanne ne me donnait de l'inquiétude sur 8* santé. Ce n'est pas auprès de M. Tissot qu'il la rétablira,
c'est auprès de vous et auprès de vos parents alternativement.
Vous m'affligez en m'apprenant que vous ne vous portez pas bien. J'avais été content de l'état où je vous avais trouvée, où je vous avais laissée. J'ai toujours plus redouté le mal physique que le moral, parce que le premier amène ou grossit le second, et que ce dernier ne fait pas la même impression sur une âme enfermée dans un corps sain et vigoureux. Quand on réfléchit sur tout cela, on est bien dégoûté de tous ces traités, de tous ces poèmes que des hommes communément fort tristes ont composés sur le bonheur. Mais il faut bien que les gens oisifs écrivent sur des réalités ou des chimères. A propos d'écritures, connaissez -vous trois volumes in-octavo qui ont paru depuis près d'un an, qu'on v^ut attribuer à M. de Voltaire et qui sont intitulés: le Compare Mathieuï Gomme vous aimez l'érudition, la métaphysique et la théologie , je vous promets que votre goût sera satisfait. C'est un voyage de quatre ou cinq coquins qui se disent philosophes ; le compère Mathieu est visiblement Jean-Jacques. L'auteur, quel qu'il soit, a voulu imiter Rabelais. Dans certains endroits on croirait reconnaître en effet M. de Voltaire, mais ils sont clair-semés. Je l'ai lu, je ne l'ai pas dévoré, mais c'est lui qui m'a dévoré.
Croiriez -vous que la dispute s'est renouvelée l'autre jour au sujet du vers :
Et rendez-lui ses droits usurpés par l'amour!
M. de l'Isle l'a défendu avec la même force de paroles qu^ la première fois. Tout le monde s'est rangé de son côté, excepté la grand' maman et moi. Nous avons dit à M. de l'Isle une chose qui est très-vraie : c'est que, dans une pareille circonstance, il n'aurait pas employé un pareil vers. N'êtes-vous pas de cet avis? Je ne vous rappelle cette misère que pour ajouter qu'on n'a pas manqué cette occasion de parler de votre esprit,
de votre goût, etc., etc., et qu'il n'y a pas eu de partage d'opinion.
Le G. P. écrira le premier mot. Si son esprit ne le devinait pas, son cœur le devinerait sur-le-champ. Depuis que j'ai reçu votre lettre, je n'ai pu trouver un instant pour le joindre. Ce sera pour la première occasion. La grand' maman ne vit plus que d'indigestions qui ne sont pas méritées. Je suis persuadé qu'elle aurait prévenu ce dérangement d'estomac si, comme les autres années, elle était souvent montée à cheval. Le temps est à présent très-mauvais, et voilà ce qui résulte de la paresse. Elle est cependant assez bien et assez gaie, surtout quand elle reçoit de vos nouvelles.
Ma lettre vous ennuiera. J'ai eu cependant du plaisir à vous
écrire, et je n'en ai pas moins à vous protester que je vous
aime plus que jamais.
LETTRE CCCLXXXVII
DE MADAME DU DEFFAND A L'ABBE BARTHELEMY
Mardi, 15 septembre 1772.
Je ne suis pas fâchée contre vous , je ne l'ai point été , je °e le serai jamais. Je ne vous aimerais pas autant que je fais si je doutais de votre amitié. C'est M. votre neveu * qui a écrit fe relation. M. de Creutz n'en doute point. Cet événement est fort heureux pour lui; il comble de gloire le roi de Suède. M. d'Eisestein lui a écrit une lettre que madame de Beauvau ne manquera pas d'envoyer à madame de Grammont. Le baron de Uéven, qui a apporté la nouvelle, n'a cessé de me prier de dire à la grand'maman qu'il conserve la plus parfaite recon-
1. Ce neveu, dont il a déjà été fait mention , et qui fut successivement secrète d'ambassade à Stockholm, à Vienne et à Londres, est celui qu'on a vu de- Ns directeur sous la République, sénateur sous l'Empire, pair sous la Restaura- ^oni et jouissant justement de l'estime publique dans ces différentes fonctions.
naissance de ses bontés; qu'il donnerait toutes choses au monde pour pouvoir lui marquer son respect, son attachement, etc.
Notre baron est ici depuis cinq ou six jours , plus malade, plus vaporeux que jamais. Je suis ravie de le revoir. 11 a la plus grande impatience de rendre ses hommages au grandpapa et à la grand' maman et de vous embrasser. Dès que ses affaires et sa santé le lui permettront, il partira.
Adieu, l'abbé, une autre fois je causerai plus longtemps avec vous.
LETTRE CCCLXXXVIII
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce 16 septembre 1772.
Je me reprocherais, chère grand'maman, de laisser passer une occasion de vous écrire sans en faire usage. C'est peut-être tant pis pour vous , je suis extrêmement stérile , je n'ai jamais rien à vous apprendre, vous savez tout de la première main, et aujourd'hui, excepté la Suède, il me semble qu'il n'y a rien de nouveau.
Je ne doute pas que vous n'ayez vu la lettre de M. d'Eisestein qu'il a envoyée à madame Geoffrin pour qu'elle la rendît publique. Cette lettre ne me paraît pas claire. // reporte y dit-il, son hommage ; il le peut en bonne conscience. (Hommage est-il l'équivalent de serment?) Dans la lettre que le roi lui a écrite il ne lui donne d'autres motifs que de rétablir la constitution de Gustave- Adolphe, adaptée au teynps présent. Ce pouvait être celle de Charles XI, ce qui lui a fait prendre le parti qu'il a pris. Il ne lui reste plus qu'un second parti, qui est de remettre ses emplois.
Pourquoi ne lui reste-t-il que ce second parti? il persiste donc dans le premier, et c'est apparemment parce qu'il a du
regret d'être forcé à n'en pas prendre d'autres que la plume lui tombe des mains. Quel est votre sentiment, chère grand' maman ? Je vous envoie cette lettre quoique je sois persuadée que vous l'avez.
Le baron de Liéven qui a apporté la nouvelle est trèsaimable, il vous aime passionnément, il dit avoir reçu de vous mille marques de bonté , il donnerait toutes choses au monde pour vous voir; il m'a fait répéter cent fois que je vous parlerais de son respect, attachement, etc. Il sera parti quand je recevrai votre réponse. Le bon ami Creutz vous est toujours fort attaché, il est dans la béatitude éternelle.
Les Beauvau sont partis pour la Ferté aujourd'hui, ils en reviennent samedi ou dimanche, ils iront ensuite au Raincy et puis à l'Ile-Adam, où sont actuellement mesdames de Luxembourg et de Lauzun , et puis à Fontainebleau vers le 1 0 ou le 12 octobre.
M. de Toulouse est très-content de son voyage, il a le projet d'en faire un plus long au mois de février.
J'ai mandé à l'abbé le retour du baron , je ne doute pas que vous ne le voyiez incessamment; il en a un grand désir. Sa santé est toujours mauvaise; il n'est pas décidé au parti qu'il prendra, mais il restera en France au moins jusqu'à Pâques. Sa fortune , quoique médiocre, peut lui permettre d'y rester toujours, mais l'Italie a pour lui bien des charmes.
La petite sainte se porte beaucoup mieux. Sa belle- fille n'était point encore accouchée hier, depuis quinze jours elle n'attend que le moment. D'Ussé n'attend que celui de la mort; elle sera pour lui un bien, car il souffre beaucoup.
Je ne vois pas de fois madame de Caraman qu'elle ne me demande de vos nouvelles et qu'elle ne me fasse promettre de vous parler de son attachement. Je ne vous dirai rien du mien, chère grand'maman, vous savez qu'il est immuable, sans pouvoir augmenter ni diminuer.
LETTRE CCCLXXX1X
19 septembre 1778.
Je ne croyais pas qu'il fût nécessaire d'écrire des sentiments aussi anciens et aussi véritables que les miens pour en persuader ma petite-fille ; madame de Choiseul, qui a oublié deux mois de me dire que vous désiriez un billet doux de ma part , vient, à mon lever, comme je sors de mon lit, me proposer d'écrire que j'aime ma petite-fille de tout mon cœur; oui, c'est de tout mon cœur, c'est ma première pensée, et je la prie de croire qu'elle sera toujours la même.