‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 60 sur 108 · DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL · texte numérisé non relu

DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Les voilà , ma chère petite-fille , ces douces paroles que vous avez eu la bonté de désirer ; vous voyez que c'est ma faute si vous ne les avez pas eues plus tôt, on ne demandait pas mieux de vous les écrire; je n'y ajouterai rien , je ne pourrais que les affaiblir; mais il faut pourtant que vous sachiez, malgré ma discrétion , que ma tendresse pour vous ne le cède en rien à celle que le grand-papa vous a vouée depuis si longtemps , et qu'ainsi que la sienne , la mienne s'accroît chaque jour; c'est le propre du sentiment véritable, de ne point connaître de bornes.

LETTRE CCCXC

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Paris , le 21 septembre 1778.

Je vous félicite, chère grand'maman , de la visite du général Burgoyne; je suis bien de votre avis sur tout le bien que

vous m'avez dit de lui ; je voudrais que vous le gardassiez longtemps et que vous réunissiez souvent de pareilles visites. Il parle de vous comme tout l'univers, il connaît ce que vous valez comme les gens d'esprit et de goût, et il vous aime à la manière de l'abbé et de moi. Plus je vis, chère grand'maman, plus je trouve qu'il n'y a de bonne société que celle des gens pour qui l'on a du penchant et qui en ont pour nous; tout le reste me semble des spectacles froids et sans intérêt. Heureusement il n'y en a point de cette sorte à Chanteloup; leur théâtre est sans doute à la cour, mais il en est aussi à la ville, j'en puis répondre; mon tonneau est ma loge, j'applaudis rarement, parfois je siffle et très-fréquemment je bâille. Je suis occupée présentement des événements de la Suède. En êtes-vous contente? Le début de ce roi donne- 1- il prise à la critique? Prudence, activité, humanité, pouvaient -elles être poussées plus loin? 11 vient d'abolir les tortures. Je vous envoie la lettre de M. Scheffer au comte de Creutz. Voltaire vient de lui envoyer une grande pancarte de vers à la louange de son roi. Je l'ai trouvée trop longue et pas assez piquante pour la faire copier. Je n'entends plus parler de lui depuis ma dernière lettre ; l'abbé voulait vous la porter et l'a oubliée ; il me boude. C'est Voltaire , car pour l'abbé cela ne peut être , cela ne sera jamais.

Les Beauvau reviennent aujourd'hui de La Ferté. Je suis infiniment contente du prince, et j'ai lieu de le croire véritablement mon ami.

Votre incomparable dit qu'il ira vous trouver les premiers jours d'octobre; nous verrons, mais j'en doute.

Je vous écris de ma propre main , c'est l'usage que je fais de mon insomnie. Wiart copiera mon griffonnage pendant le temps de mon sommeil, si je puis en espérer.

Adieu, chère grand'maman, vous me tenez lieu de tout; vous êtes toute ma famille, tout mon plaisir et tout mon bien. Faites, je vous en supplie, une petite amitié pour moi à l'abbé.

LETTRE CCCXCI

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