DU COMTE DE SCHEPPER AU COMTE DE CBEDTZ
(Incluse dans la précédente.)
Stockholm , 28 août 1772.
Tout va à merveille, mon cher comte. Ce qui met le comble à notre bonheur, ce sont les nouvelles qui nous viennent de la joie de toutes les provinces. Le peuple ne se plaint que de ce que le roi n'a pas gardé le pouvoir absolu, tant il craint encore tout ce qui pourrait le rejeter de nouveau dans l'affreuse anarchie d'où nous venons de sortir. Le roi est tellement adoré qu'il ne peut plus se montrer sans qu'on entende des cris d'allégresse qui retentissent jusqu'aux nues. Lorsqu'il va à cheval dans les rues, le peuple se bat pour approcher de lui et pour baiser ses bottes ; enfin il est regardé à la lettre comme une divinité sur la terre * et je dis hardiment malheur à celui qui attaquera la Suède tant que les Suédois auront Gustave III à leur tête.
Une action à jamais mémorable, que vient de faire cet incomparable monarque, c'est la destruction de ce lieu détestable qu'on nomme ici Rosen-Lammern. Vous savez que c'était là qu'on mettait à la torture les grands criminels, surtout les grands criminels d'État.
Le roi, dans son travail d'hier avec le chancelier de la justice, lui reprocha l'usage qu'on avait permis des tortures dans un temps où la nation prétendait cependant être libre, et lui fit voir, par conséquent, combien elle avait peu connu la vraie liberté. A présent, ajouta le roi, elle jouira de ses avantages, et je veux que les tortures soient abolies à jamais. J'ordonne même que le lieu qui y était destiné sera détruit, afin