LETTRE CCLIII
DE L'ABBÉ BARTHELEMY A MADAME DU DEFFAND
A Chanteloup, ce 12 juillet 1771.
La lettre du baron \ que je vous renvoie, nous a déchiré le cœur. Que je le plains! La grand'maman croit qu'il n'est pas convenable qu'elle écrive en pays étranger, et surtout à un homme chargé d'un ministère. Cependant elle voudrait que le baron fût instruit de l'intérêt et des sentiments qu'elle conserve toujours pour lui. Elle vous prie instamment de le lui mander. Je lui écrirai incessamment, et je lui dirai la même chose. Quant au parti qu'il veut prendre, c'est une folie, à moins que l'air de Naples ne soit en effet aussi contraire à sa santé qu'il le dit, et que j'ai de peine à le croire. Quelle influence pourrait avoir cet air sur des vaisseaux dilatés dans la cuisse et la jambe? Il faut opposer à cette crainte, peut-être imaginaire, la diminution énorme de son revenu, la cherté de la vie à Paris, les circonstances présentes qui rendent le séjour de cette ville si désagréable. Hélas! peut-être même qu'il ne serait pas en état de faire le sacrifice qu'il médite. Je lui ai ouï dire qu'il avait une partie de son bien en viager, et voilà que l'abbé Terray vient de décimer ces sortes de rentes. Je vous avoue que ce baron me parait être un scandale de la nature. C'est l'homme du monde le plus aimable, le plus honnête et le plus malheureux ! Je vous fais mon compliment sur l'arrivée de M. et madame Churchill. Je vous en fais un second sur celle de M. Walpole. Je regrette de n'avoir pas pu vous procurer le livre. Il serait inutile de s'adresser à Caperonnier. L'original n'est pas à la Bibliothèque du Roi, mais au Dépôt des affaires étrangères, d'où l'on a extrait ce que vous avez lu. Je reviens