‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 8 sur 108 · De Gleichen · texte numérisé non relu

De Gleichen

toujours à vous protester que le refus ne vous est pas personnel, ni à M. Walpole. Des raisons trop longues à déduire, et dont la grand'maman vous a donné une idée, ont engagé à soustraire ce livre. Le grand-papa le tient sous la clef, et il Ta refusé tout récemment à des personnes qui le lui demandaient, sous prétexte qu'il Ta envoyé à Paris. Je vois avec un plaisir infini que vous passerez ce mois et le suivant dans le sein de l'amitié, et que vous viendrez de là vous replonger dans un autre sein. Mais pourquoi votre ami ne vous accompagnerait-il pas? La compagnie qui est ici partira à la fin d'août. On n'aura que peu de monde au mois de septembre, et ce peu n'effarouchera personne. 11 serait aussi libre qu'à sa maison de campagne. Je pourrais, si je le voulais, passer toute la journée dans ma chambre ou à la promenade, et pour vous citer un exemple plus frappant, M. de Castellane, qui est parti il y a huit jours, a été des semaines entières sans même se mettre à table. Il paraissait un moment au déjeuner, revenait dans le salon après souper, et se retirait à minuit. C'était un petit rhume qui l'avait d'abord engagé à ce genre de vie, et comme il s'en trouvait bien, il Ta continué jusqu'à la veille de son départ. Du reste, il ne jouait jamais, car on ne force personne à quoi que ce soit, et je puis vous protester deux choses : l'une que l'on -est parfaitement libre, l'autre que M. Walpole serait parfaitement bien accueilli, et que la grand'maman surtout en serait ravie.

Quant à présent, voici la compagnie de Chanteloup : M. et madame de Beauvau, madame de Poix, madame de Tessé, madame de Ghauvelin, qui part demain, M. le duc d'Ayen, M. d'Estrehan, M. de Schomberg1, M. de Boufflers, M. de

I. Le comte de Schomberg, lié avec Voltaire , d'Alembert et la société philo- -sophique, était connu dans le monde par une grande bmourc, qui ne l'empêchait pas d'avoir grand'pcur des revenants. Il Taisait alors profession avouée d'athéisme. 11 est mort à Dresde, pendant l'émigration , converti par la Révolution française à •des sentiments de grande piété.

Sarlabons, M. de l'Isle qu'il ne faut jamais citer, sans compter M. de Gambray. On attend à la fin du mois M. de Bezenval, et le mois prochain d'autres visites encore. M. de Schomberg ne restera pas longtemps. Je crois que madame de Tessé, M. d'Ayen et M. de Sarlabons partiront à la fin de ce mois, mais M. et madame de Beauvau et madame de Poix comptent rester jusqu'à la fin d'août.

Nous ne connaissons pas les couplets de M. de Lauzun; je le crois très-capable d'en faire de très-jolis.

Savez-vous pourquoi je finis? C'est que je n'ai plus rien à vous dire. Je vous demande pardon : c'est de ne pas parler du projet que j'ai d'aller à Paris.

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL

Paris, ce 15 juillet 1771.

Les intervalles d'une de vos lettres à l'autre s'allongent à tel point, qu'il m'est impossible, chère grand' maman, de ne pas retomber dans la défiance à laquelle j'ai tant de penchant, non pour le manque d'estime que j'ai des autres, mais pour la justice que je me rends. J'ai besoin de toutes les douceurs que vous me dites pour chasser de ma pensée qu'il est bien facile de m'oublier, bien extraordinaire de me désirer, et peut-être impossible de m'aimer. Oui, chère grand'maman, je désire d'être avec vous, et, dès que mon ami sera parti1, je me mettrai en chemin. Le temps où j'arriverai me convient extrêmement; dans ce moment-ci je ne causerais que de l'embarras, l'attention qu'on voudrait bien avoir pour moi distrairait des objets charmants et agréables; mais dans le mois de septembre, il

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