‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 70 sur 108 · La comtesse de Boufflers · texte numérisé non relu

La comtesse de Boufflers

vous est attaché, chère grand'maman; l'abbé et moi nous l'admettons en troisième. J'espère que j'apprendrai par la première gazette quel sera le choix que vous aurez fait. Cette gazette fait le bonheur de ma vie.

Ce n'est point la solitude qui cause mon ennui, je vois assez de monde, je suis rarement seule; mais tout ce que je vois m'est indifférent. Je suis séparée de tout ce que j'aime, et je n'ai pas le bonheur de m' accommoder de ce que j'ai, quand je n'ai pas ce qui me manque.

J'ai reçu hier les livres de M. Walpole; vous savez que ce sont les Mémoires de M. le comte de Grammont. L'avertissement vous dira pourquoi il a fait cette édition; que voulezvous que je fasse de votre exemplaire et de celui de l'abbé?

voulez-vous que je vous les envoie brochés ou que je les fasse

relier? vos livres ont-ils une reliure uniforme?

Je dirai à mon ami toutes les choses obligeantes que vous

me dites pour lui : je crains bien de ne plus le revoir.

Vous savez la mort de madame de Montblin. Je n'ai point

vu M. de Côte, je me suis fait écrire chez lui; on le dit très-

affligé.

Il y a mille ans que je n'ai vu la petite sainte; j'en suis

fâchée, car je l'aime beaucoup, et puis elle m'est une occasion

de parler de vous. Je les mets toutes à profit, et je dois vous

dire que madame de Luxembourg me procure souvent cette

satisfaction.

Le grand-papa veut-il bien que je l'embrasse? Parle-t-il quelquefois de la petite-fille? Permettez que je dise à l'abbé que ses gazettes me charment, et qu'il m'obligera infiniment s'il veut bien y employer ses moments de loisir; je sais qu'il en a bien peu, aussi ne doit-il attendre de moi que beaucoup de reconnaissance et jamais de reproches.

LETTRE CCCCXXXIV

DE MADAME DU DEFFAND A L'ABBE* BARTHELEMY

Paris, 8 janvier 1773.

Ah ! l'abbé, l'abbé, si j'avais écouté à la porte de la grand"maman depuis ma dernière lettre, j'aurais entendu de quoi rabattre ma vanité. «Mais, l'abbé, que dites-vous de la petitefille? — J'en suis surpris, madame. — Trouver cette lettre belle !, noble, avouer qu'elle en est contente; mais qu'est-ce que cela veut dire? Est-ce politique? — J'avoue, madame, que je ne sais qu'en penser, je sais bien qu'elle est quelquefois absurde, elle n'a sûrement point changé de sentiment, et s'il s'agissait de vos intérêts, elle porterait de meilleurs jugements; son esprit s'égare, mais jamais son cœur. — Ah ! l'abbé, vous dites bien, tout ceci ne fait rien au grand-papa, et que sait-on s'il n'en arrivera pas un événement heureux, du moins elle 1< peut penser. » Oui, chère grand'maman, c'est en effet ce qu< je pense, et je vais vous dire pourquoi je suis si contente d< cette lettre. D'abord elle me paraît fort bien écrite, et je soil — tiens qu'elle n'est point contradictoire; il y a des occasions^. ^ l'on ne conforme pas ses démarches à ses opinions, et quar^ d on veut prouver sa soumission par sa conduite, il y a de la vérité et de la noblesse à déclarer qu'on n'a point changé d'o \pinion. Des enfants avec leur père, des femmes avec leur me*. ri, des domestiques avec leur maître et des sujets avec leur roi, peuvent se soumettre à ce qu'ils désapprouvent, surtout qua.nd leur résistance serait de toute inutilité, qu'ils l'ont soute miue assez longtemps pour être convaincus qu'elle ne peut produire aucun bon effet, et je trouve alors de la loyauté à déclarer , en se soumettant, que l'on ne change point d'opinion; mais c*€sl,

Page 1