Du Barry
gens qui étaient ici ; ainsi nous allons rentrer dans le repos du père éternel. Ce que je dois dire pourtant de madame de Fleury, c'est qu'il est impossible d'être plus polie.
Nous avons M. d'Aix \ il est aimable, il a beaucoup d'esprit, mais dites-moi pourquoi je ne l'entends pas toujours. Je m'accommode mieux de M. de Toulouse *, en quatre mots il me lait voir ce que je sens et ce que je pense, et de cette manière qu'il me semble que je l'aurais dit. Le premier étouffe d'idées et quelquefois ses idées m'étouflent. Ce n'est pas ma faute, c'est que je n'entends rien en métaphysique. M. du Bucq , que j'aime et estime beaucoup, me produit le même effet. Dans les matières les plus terrestres, il m'élève au-dessus des nues, d'où je meurs de peur de tomber, et où il me semble qu'on me tient suspendu par les cheveux. Ces conversations me fatiguent tellement, qu'à présent même les racines des cheveux ■ne font mal.
le pense qu'on parle un peu a Paris de la réponse du grand-papa. On l'aura sans doute trouvée honnête et polie. Des motifs de prudence l'ont dictée et elle a épargné à la grand'maman le dégoût qu'une telle visite lui aurait procuré. Dans tous les pays où les femmes ne sont pas renfermées, on ne vient pas dans une maison sans en prévenir la maîtresse ; il n'y a pas de rang qui puisse dispenser de cette règle, et la légèreté ne serait point une excuse, puisque dans les occasions un peu importantes, la légèreté ne fait que mettre plus à découvert le défaut d'intérêt et de considération. D'ailleurs, pendant que la grand' maman a été à Versailles, elle a toujours été traitée par M. le duc de Chartres de la même manière , malgré
1. Raymond do BoisgClin, d'abord évéque de Lavaur, puis archevêque d'Ai< en 1772; archevêque de Tours lors du concordat, et peu âpre» cardinal. Né en 173!, mort en 1801. Caractère conciliant, esprit brillant et cuîtivé, il remplaça l'abbé de Voisenon a l'Académie française.
!. Ces deux prélats, qui parvinrent tous deux au cardinalat, suivirent deux lignes bien différentes lors de la révolution, et i! s'en faut que la comparaison ail été à l'avantage du second.
les avances et les attentions qu'elle croyait devoir à son rang.
Il me semble que je vous écris sur la pointe d'un clocher, car je ne trouve plus rien autour de moi dont je puisse composer une seule ligne. Je n'entends qu'une tempête affreuse et je ne vois que des ardoises qui volent dans les airs, les autres sens ne sont émus par aucun autre objet, et comme vous savez bien que nos idées ne viennent que par les sens, je ne pourrais vous parler que de vent qui ébranle le château, et que de cheminées qui tombent ou qui menacent ruine.
Je suis inquiet de M. le président de Cotle S je lui ai écrit, je n'ai point eu de ses nouvelles. Le voyez-vous quelquefois? Je lui récrirai au premier jour, et c'est ce qui fait que je finis. Gela n'est pas trop conséquent, mais vêla qu'est comme vda qu'est * !
LETTRE CCCCLVI
DE MADAME DU DEFPAND A L'ABBÉ BARTHELEMY
Ce mercredi , 24 février 1773.
Vous serez bien ravi d'apprendre le succès de votre persiflage ; j'y ai donné tète baissée; d'abord j'ai consulté Y Aimanach royal pour voir s'il y avait des instituteurs, qui ils étaient, et quel était celui dont la place était vacante ; n'ayant pas trouvé cette charge dans la maison de nos princes, j'ai demandé si elle existait dans celle des princes étrangers; on s'étonnait de mes questions, mais je ne m'expliquais point. Enfin quand j'ai vu que tout Paris savait la réponse du grandpapa à l'Altesse, et que vous ne m'en aviez rien dit, j'ai compris que , puisqu'on ne m'avait pas jugée digne de m'en faire la
1. De Cotte, président de la Cour des monnaies. Il était fort riche, fort recbef* ché dans la société, et généralement estimé. Il avait voyagé en Italie avec l'abbé Barthélémy.