Dicton provençal déjà cité
onfidence, je ne devais pas penser qu'on m'en fit d'aueune orte, et que par conséquent ce que vous m'aviez écrit n'était u'un persiflage; mais j'avoue, à, ma honte, que je n'y aurais ien compris sans la sagacité de la petite sainte. Votre écolier st donc 8f . de Beauvau ; vous lui apprendrez le grec pour instruire à fond des étymologies. Cette petite sainte s'est bien îoquée de moi, surtout de la discrétion que j'avais eue de ne onfier votre secret à personne. Vous voyez, l'abbé, que si je uis bête je ne suis pas imprudente ; mais je ne suis pourtant as si bête; j'avais jugé que le grand-papa devait faire tout ce u'il a fait; c'est un joli garçon que cette Altesse, et son oubli e la grand'maman est un joli trait. Démocrite aurait beau jeu ujburd'hui ; il ne passerait pas pour fou, en riant de tout ce ue l'on dit et de tout ce que l'on fait.
Je vous envoie la chanson où nos princes sont célébrés, nos hansonniers n'ont pas la touche légère, mais elle est assortie ceux qu'ils chantent.
Adieu, l'abbé, je ne suis pas assez contente de vous pour ous écrire plus longuement. Je ne peux cependant pas m'emècher de vous dire que je serai bien aise de vous revoir.
Le chevalier de Boufflers est ici depuis avant-hier.
Je n'écris pas aujourd'hui à la grand'maman, parce que je e lui veux point faire de reproches ; je vais essayer de dissiper es petits nuages que j'ai sur le cœur.
LETTRE CCCCLV1I
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOÏSEUL
Paris, ce 84 février 1773.
J'ai écrit à l'abbé de grand matin et je lui ai mandé que je e vous écrirais pas, chère grand'maman, c'était dans ce molent ma résolution ; mais j'en ai bien changé et je n'ai rien de lus pressé dans celui-ci que de vous dire que je vous aime à
la folie, que je suis infiniment touchée de tout ce que vous me dites d'obligeant et de tendre dans votre dernière lettre.
Oui, certainement, vous m'aimez un peu, parce que vous savez que je vous aime beaucoup ; si je crois quelquefois avoir à vous faire quelques reproches, c'est qu'il ne vous échappe jamais rien dans vos lettres, vous ne dites que ce que vous voulez dire. L'usage où vous êtes de chercher à contenter tout ce qui vous environne, d'être attentive à éviter tout ce qui pourrait déplaire, est devenu en vous une habitude si forte, que quand vous m'écrivez vous ne pensez pas que je ne suis pas une dame du salon.
Toute contrainte, toute réserve de quelqu'un qu'on aime attriste et afflige. J'ai porté mes plaintes à l'abbé de ce que je ne sais jamais rien de ce qui se passe à Chanteloup ; les nouvelles que j'en apprends me parviennent par des voies toujours indirectes. Par exemple, avant-hier lundi, je reçus votre lettre du 19, la gazette de l'abbé et un petit supplément du 20. Qu'est-ce que tout cela m'a appris? Que l'on avait reçu la lettre de l'Altesse, et la veille j'avais appris chez madame de La Vallière que le grand-papa n'acceptait pas cette faveur. Hier on me raconta tout ce que contenait la lettre du grandpapa, et c'était à l'hôtel de La Rochefoucauld où Ton en avait été informé.
Je fais peut-être mal, chère grand'maman, d'entrer dans ces détails, mais puisque vous tolérez les injustices de l'amitié, vous devez à plus forte raison tolérer les reproches qui ne sont pas injustes. Mais ce n'est point de vous que je me plains, c'est de l'abbé. Je ne prétends pas assurément qu'il doive se contraindre pour m'écrire, mais quand il en prend la peine, 8 pourrait me mander les choses qui m'intéressent, ses gazettes en seraient encore plus agréables.
Voilà qui est fait, chère grand'maman, je vous ai dit tout ce que j'avais sur le cœur. Ne craignez point de m'avoir fait de la peine, gardez-vous bien d'en avoir la plus petite inquié-
tude; je connais vos bontés; je suis persuadée de votre amitié, elle seule me fait supporter la vie. Je ne doute pas que vous ne fussiez bien aise de m'avoir auprès de vous, et si je ne vous vais pas trouver, c'est que cela me sera impossible. Qu'est-ce que je peux faire qui me soit aussi agréable? Où pourrais-je être mieux? Voilà des vérités frappantes, joignez-y ma tendresse pour vous, elle est et sera toute ma vie le sentiment qui dominera dans mon cœur.
Je ne vous mande rien des fêtes de la cour, elles sont si fades, si plates, si bêtes, que le récit en est ennuyeux à mourir.
Vous avez vu M. de Guibert, vous a-t-il lu son Connétable? Je ne puis pas même savoir les lectures de Chanteloup et les jugements qu'on porte, il faut qu'on croie que je fais imprimer les lettres que j'en reçois.
LETTRE GCcdLviIl
A Chanteloup, ce 28 février 1773.
Ab ! vous êtes bien fâchée contre nous, ma chère petitefille, je le vois à votre douceur, à votre modération, à votre retenue bien plus encore qu'à vos reproches qui sont d'une modération touchante, et moi je suis bien fâchée de vous avoir fâchée; je vous assure cependant que nous ne sommes pas aussi coupables que vous le pensez, et quoique l'abbé le soit plus que moi, il est encore fort excusable. Vous savez que je lui ai abandonné le département de l'esprit et des nouvelles ; je ne me suis réservé avec vous que celui du sentiment, c'est le seul où je puisse lutter à force égale : j'ai donc cru qu'il vous manderait la lettre de M. le duc de Chartres, la réponse qu'a faite le grand-papa, tout ce qui s'est passé ici à ce sujet, et les motifs de la conduite que l'on a tenue. L'abbé a cru, de
son côté, que M. de l'Isle, sous les yeux duquel tout s'était passé, vous en rendrait compte en vous remettant ma lettre. Voilà, ma chère enfant, les véritables causes de ce que vous croyez être une réticence de notre part. J'ai été charmée de voir dans votre lettre à M. de Beauvau combien vous approuvez M. deChoiseul; les avis me. paraissent unanimes sur ce fait, et cette réunion me fait sentir encore plus vivement combien une conduite opposée aurait été dangereuse, puisqu'elle aurait été aussi généralement blâmée que celle-ci a été approuvée.
Vous voulez donc absolument mon baron, il faut vous le céder ; mais ce n'est pas sans peine, il a eu le plus grand succès ici ; il n'est personne qui ne le voie partir avec regret; il m'a promis qu'il reviendrait ici s'il n'allait pas en Angleterre; entretenez-le dans cette pensée , et lui , de son côté, je veux qu'il vous encourage à faire dans la belle saison le voyage de l'année passée; il serait charmant que vous vous trouvassiez ici ensemble. Ne dites point, ma chère enfant, où pourrais-je être mieux, mais dites où pourrais-je être mieux aimée?
Avez -vous remarqué dans la pièce de M. de Guibert deux vers de mademoiselle de Lautrec au connétable, qui devraient servir d'épigraphe à la lettre des princes ?
D'un tyran absolu la puissance exercée
Peut tout sur la démarche et rien sur la pensée '.
Le baron vous porte un fromage.
1. Si tous les vers de la pièce sont de la force de ceux-ci, on comprend le sort qu'elle éprouva aux deux représentations des 26 août et 30 décembre 1775.
LETTRE CGCGLIX
DE MADAME DU DEFFAND A l'ABBK BARTHELEMY
Paris, co 4 mars 1773.
Je vous aime beaucoup, l'abbé, je vous trouve un discernement exquis. Pourquoi en suis-je plus frappée aujootd'hui? C'est que vous jugez de tout comme moi. C'est être bien vaine, me dira-t-on. On aura tort, on n'estime l'opinion et les jugements des autres qu'autant qu'ils sont conformes aux nôtres; on se conformerait aux leurs si on les trouvait meilleurs. Faites-vous expliquer cela par M. du Bucq, il est certainement le grand sauteur et l'archevêque i n'est que le Gille. Nous raisonnerons sur mon neveu 2. Je veux savoir à fond l'effet qu'il fait à vous, à la grand' m aman, au grand-papa; ma curiosité se borne là, je sais par cœur ce qu'en doit penser madame la duchesse de Grammont.
J'interromps ma lettre pour en lire une de vous que je reçois dans cet instant.
La voilà lue ! l'abbé, l'abbé, vos justifications, vos explications me couvrent de honte. Je suis donc une épilogueuse, un petit esprit qui se formalise, qui se fâche sans raison 8. Non,