C'était son prénom
LETTRE CCCCLXVI1
A Chanteloup , ce 13 avril 1773.
Que la paix soit avec vous, tous vos péchfs vous sont remis. Voilà un style, ma chère enfant, qui a toute la bonne odeur des fraîches Pâques. Je suis bien aise de vous édifier. La traduction de cette sainte citation est que vous n'ayez plus de remords de m'avoir si longtemps négligée. Les deux lettres que le chevalier de Bouteville m'a apportées de vous , vous ont fait rentrer en grâce avec moi ; le plaisir que j'ai eu à les lire vous a fait pardonner un silence qui m'était insupportable. Je vous dirai seulement en passant que je ne trouve pas juste que vous ne m'écriviez pas, parce que vous n'avez rien à me dire; on n'a besoin de penser qu'avec ses connaissances, il ne faut que sentir avec ses amis. Pour moi, qui n ai jamais rien à dire, il me suffit de sentir que je vous aime; je vous le dis et je crois avoir tout dit. Je n'imagine pas avoir rien de mieux à dire, et je ne vous soupçonne pas d'avoir plus à exiger. Faites de même avec moi; vos lettres seront plus fréquentes et vous coûteront moins, nous y gagnerons toutes deux.
Tant mieux si vous avez été contente du portrait de madame de Chabannes. Je suis bien aise, puisqu'il en est ainsi, que l'abbé vous l'ait montré, mais je n'aurais jamais imaginé de vous l'envoyer, parce que je ne croyais pas qu'il en valût la peine. Je ne peux pas faire le vôtre, je vous aime trop pour vous peindre; la peinture est un art de détail, le sentiment ne détaille pas, il lui faut des masses. Détaillez une passion, vous lui ôterez sa chaleur, ou plutôt son existence ; point de passion sans chaleur. La chaleur de la pantomime sera dans un seul geste, dans une convulsion peut-être; la chaleur de l'éloquence dans un cri, dans une exclamation ; la chaleur d'une