La mère et sa tille
Je crois que vous n'avez pas grand monde présentement, et c'est là le temps où je regrette le plus de n'être pas avec vous. Paris va bientôt être désert.
On prétend qu'il doit arriver entre ci quinze jours trois grands événements; je n'en demanderais qu'un pour être parfaitement contente; vous devinerez aisément que ce serait votre retour. Quel bonheur ce serait pour moi! Je me distrais de cette idée pour ne me pas pendre. Vous ne savez pas, chère grand'mamanv combien je vous aima et avec quel plaisir je parle de vous. Si le grand abbé ne me donne pas de vos nou- • velles, il me mettra au désespoir.
LETTRE CCCCLXX1I
DE L'ABBÉ BARTHÉLÉMY A MADAME DU DKPFAND
1" mai 1773.
Vous vous plaignez de mon silence et je vais le justifier; j'arrivai ici un samedi, le lendemain je vous écrivis, le lendemain j'eus une indigestion, le lendemain j'eus un accès de fièvre qui dura quinze heures, le jour d'après je restai anéanti, le jour d'ensuite autre accès de fièvre avec frisson, et je fus atteint et convaincu d'avoir la fièvre tierce; le lendemain je pris médecine, le lendemain autre accès, le lendemain l'ipécacuanha; le jour d'après autre accès, dans les
intervalles d'un accès à l'autre, toux sèche, dégoût, ennui, faiblesse extrême; enfin, avant-hier que je devais avoir le cinquième accès, je l'attendais la montre à la main : une heure, deux heures, trois heures, je ne sens rien, point de frisson; le médecin et le chirurgien arrivent, ils m'assurent que je suis dans l'accès, mais il était si faible, si doux, que j'ai regardé ce petit mouvement dans le pouls comme une politesse de la fièvre. Elle n'a pas voulu s'en aller sans prendre congé: hier je fus très-bien, ce matin beaucoup mieux; plus de toux»
plus de dégoût. Si je ne ressens rien dans la journée, me voilà quitte de cette indisposition, et je vais travailler à la mettre à profit. Nous ferons avec mes docteurs un procès-verbal des réparations qui sont à faire à ma maison, qui, depuis quelques années, se trouve un peu ébranlée ; il faudra récrépir, mettre des étais, comme du petit- lait, des eaux de Vichy, des bains, etc.
Ah ! mon Dieu ! on frappe; je crois que c'est la fièvre. Point du tout, on vient m'avertir que mon cheval est près et qu'il faut le monter. Je vous quitte, et dans un moment je reviens.
Me voilà de retour; j'ai trouvé le monde bien grand et bien beau; je parle du monde physique. J'ai pensé, dans ma promenade, que tous les détails de cette fièvre vous excéderont, eh bien ! n'en parlons plus.
Vous demandez s'il y a bien du monde ici. M. de Boufllers, l'abbé Beliardi et moi, depuis cinq à six jours, voilà tout. Cependant, les jours passent comme à l'ordinaire. Oh! si vous aviez pu saisir ce moment ! Qu'est-ce qu'on fait toute la journée? on est ensemble et presque toujours dans le salon, car l'âpreté de l'air ne permet pas la promenade. A propos de l'air, je voudrais bien que les gens de Paris et de toutes ces provincesci, qui prétendent avoir un printemps, pussent répondre aux exemples multipliés du contraire ! On est vêtu comme au mois de mars, on se tient auprès du feu comme au mois de décembre; un vent continuel, un air froid et quelquefois très-aigre, voilà l'idée que l'orgyeil des Parisiens et des Tourangeaux se fait du printemps.
La grand'maman comptait vous écrire dès que je n'aurais plus la fièvre, et comme elle espérait, ainsi que moi, que le bruit de mon indisposition n'irait pas jusqu'à Saint-Joseph, elle comptait ne vous l'apprendre qu'avec la guérison.
LETTRE CCCCLXXÏ11
DR MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Paris, 1er mai 1773.
Je ne fais point de reproche, chère grand' maman. Je sais qu'on a des temps de stérilité, que notre âme peut se comparer aux arbres, qu'elle éprouve ainsi qu'eux, divers changements; mais je trouve que la vôtre est trop longtemps sans reverdir. Je voudrais qu'elle poussât des feuilles ou qu'elle en fit pousser à son grand chêne. Je vous envoie les miennes telles qu'elles sont, feuilles mortes en apparence, mais ce sont toujours des feuilles et le tribut de ma saison. Tout ce galimatias veut dire que je voudrais avoir de vos lettres, que je n'en reçois point, et que je vous accable des miennes.
Je vous félicite de l'arrivée de la maréchale de Luxembourg. Je me flatte de n'être point mal avec elle et elle est du dernier bien avec moi. Je lui dois le témoignage que vous êtes démêlée, jugée et sentie par elle aussi parfaitement que par qui que ce soit, et qu'elle me parle toujours de vous d'une manière qui me satisfait pleinement.
Vous croyez bien que je ne m'aviserais pas de vous écrire aujourd'hui des nouvelles; elle est bien plus à portée que moi d'en savoir. Je vous dirai seulement qu'on prétend que M. et madame de Bourbon-Busset s'accordent à vivre ensemble comme Joseph et Marie.
Vous êtes sans doute inquiète de M. de Beauvau ; les nouvelles d'hier au soir étaient que, si la lièvre qu'on attendait arrivait, et qu'elle fût un peu forte, il viendrait aujourd'hui à Paris. C'est ce que je ne saurai que cette après-dînée. Ce sera madame la maréchale qui vous apprendra ce qui sera arrivé.
Ne me laissez pas, chère grand'maman, dans l'abandon. Pourquoi, l'abbé n'a-t-il pas repris sa gazette? S'il n'a point de
DK MADA.MH Dl* DËFFAND. 395
faits à me mander, n'a-t-il pas des fariboles? pourquoi cette sécheresse, cette aridité ? Je me rappelle des vers que le président aimait à la folie et qu'il ne cessait de chantonner :
L'indifférence est pour les cœurs Ce que l'hiver est pour la terre; L'indifférence est pour les cœurs Ce que l'hiver est pour les fleurs.
Pourquoi veut-il que je sois fanée? C'est sa faute si je vous écris une lettre si plate. Le mieux que je puisse faire, chère grand'maman, c'est de la finir. Je vous dis donc, sans figure ni métaphore, que je vous aime passionnément, que votre amitié m'est nécessaire, et que je mourrais de chagrin si vous ne m'aimiez plus.
A 4 heures do l'après-midi.
Je reçois une lettre de M. de Beauvau. Voyez ce qu'il me mande de dix heures du matin :
« La fièvre m'a pris hier vers une heure et m'a duré « douze grandes heures, pendant lesquelles je n'ai cessé de « trembler, de brûler ou de suer. Après cela, j'ai un peu dormi « par intervalle et me trouve assez bien ce matin que com- « mence mon bon jour. J'attendrai encore ce qui doit se passer « demain pour prendre mon parti d'aller à Paris. »
Je vous informerai exactement, chère grand'maman, de la suite de cette maladie; elle m'inquiète beaucoup. Voici aussi ce qu'on m'écrit d'Angleterre du 27 :
« Nous avons été en guerre avec vous et nous venons de « faire la paix avec vous, sans, je crois, que vous en sussiez » rien. Mercredi passé on donna ordre pour qu'on équipât une « escadre de quinze vaisseaux, qui devait partir d'abord pour la « Méditerranée pour observer la vôtre et l'attaquer en cas que « la vôtre voulût attaquer celle des Russes. On nomma un chef « d'escadre qui n'est pas homme à rester les bras croisés.
« Voilà les actions qui baissent furieusement. Hier votre ambasu sadeur assura que vos vaisseaux ne partiraient point. Voilà « qui est fini, ce n'était qu'une guerre en parenthèse. »
Dieu en soit loué, c'aurait été un nouveau sujet de chagrin, si la guerre avait eu lieu.
On parle toujours du mariage de madame de M on tesson; madame la maréchale en sait plus que moi, ma pensée est qu'il ne se fera pas.
LETTRE CCCCLXXIV
A Chanteloup, ce 2 mai 1773.
Je mérite tous vos reproches, ma chère petite-fille, j'avoue mon tort et je vous eu demande pardon; il y a mille ans que je ne vous ai écrit, je m'en suis très-bien aperçu ; je vous en dirai toutes les raisons dans ma première lettre, mais je n'ai pas le temps aujourd'hui, parce que le dîner est servi, et que la poste va partir, et que je ne veux pas vous laisser plus longtemps dans l'inquiétude sur l'abbé, que vous aurez peut-être appris qui a la fièvre tierce. Cette fièvre est très-douce, ne le fait presque pas souffrir, et les médecins la regardent comme un grand bien pour sa santé; il était hier à son cinquième accès, qu'il n'a même eu que par sa faute, par l'imprudence d'avoir monté achevai; le précédent avait été si faible qu'on croyait que ce serait le dernier. C'est aujourd'hui son bonjour, il en a profité pour prendre médecine; il vous donnera peutêtre de ses nouvelles lui-même la première fois, mais je ne vous en laisserai sûrement pas manquer. En attendant, ma chère petite-fille, je vous embrasse de tout mon cœur.
LETTRE CCCCLXXV \
DE L'ABBÉ BARTHELEMY A MADAME DU DEFFAND
Mardi , 4 mai 1773.
Madame la maréchale de Luxembourg arriva hier au soir avec madame de Lauzun, puis M. d'Onezan. M. le marquis de Gontade, qui était arrivé la veille, est parti ce matin. On attend aujourd'hui ou demain M. de Gambray, ensuite M. et madame du Châtelet, ensuite M. l'archevêque d'Aix et madame de Boisgelin.
Je croyais que ma fièvre avait pris congé ; elle avait apparemment oublié quelque chose, elle est revenue, j'en ai eu deux accès après ma dernière lettre; j'attends le huitième demain matin; mes docteurs disent qu'il n'y a pas grand mal, et que rien ne purifie plus le sang. Je n'en sais rien, mais toute cette purification est bien incommode et bien affaiblissante; il est triste de passer sa vie comme Phèdre à transir et brûler. On dit que M. le prince de Beauvau a aussi la fièvre tierce : je le plains. La grand'maman compte vous écrire demain; je finis, car j'ai tant de bile dans le corps que mes pensées en sont jaunes. Cependant, j'ai de la patience, j'en aurai jusqu'au douzième accès, après quoi savez-vous ce que je ferai? Je prendrai patience.
LETTRE CCCCLXXVI
A Chanteloup , ce 5 mai 1773.
C'est aujourd'hui le jour de la fièvre de l'abbé; elle lui a pris à six heures du matin, mais presque sans frisson ; l'accès a été court et doux, l'abbé se flatte à cause de cela que ce sera
le dernier; mais les médecins prétendent que cette maudite fièvre lui durera tant que nous aurons ce vilain vent du nord qui dessèche, qui brûle et qui perd tout; c'était aujourd'hui son huitième accès. Je vous en avais compté un de moins dans ma dernière lettre, parce qu'il y en avait eu un, dans le nombre, si faible, que l'abbé ne l'avait pas compté lui-même, et depuis, il l'a repris dans son compte. Je ne crois pas qu'il y ait de fièvre tierce qui se passe plus doucement que celle-là, cependant il commence à s'en ennuyer et moi aussi, parce qu'elle l'attriste et l'affaiblit, et que quelque médiocre que soit la souffrance, c'en est toujours une, et il m'est impossible de ne pas partager par le sentiment toutes celles de mon pauvre abbé; cependant je vous assure, ma chère petite-fille, qu'il n'y a pas moyen d'en avoir la plus légère inquiétude. Les médecins prétendent, au contraire, que cette fièvre fera grand bien au fond de sa santé quand elle sera passée. Je voudrais bien que celle de M. de Beauvau fût aussi douce. Les nouvelles que nous en avons eues depuis celles que vous m'avez données, portent qu'elle était toujours aussi violente, mais de nature à ne donner aucun sujet d'inquiétude. Cependant, je le trouve trop délicat pour supporter des attaques violentes, de quelque nature qu'elles soient, et celle-ci me fait beaucoup de peine. Quoique madame de Grammont m'ait promis de ne pas laisser ignorer à madame de Beauvau l'intérêt que j'y prends, je vous serai bien obligée, ma chère petite-fille, de vouloir bien lui en parler encore.
J'ai attisé le feu de vos amours avec madame la maréchale, en lui disant comme elle était bien avec vous; il me semble que vous n'êtes pas moins bien avec elle; quant à moi, j'ai toujours eu à me louer de son indulgence. Cependant, quelque désir que j'aie de lui plaire, il me semble que je ne suis pas en droit de me flatter du succès; je passe fort bien toute une après-dinée auprès d'elle sans proférer une seule parole; la conversation se soutient entre elle et madame de Grammont.
et elle est si vive, si animée, si piquante, si éloquente, qu'il ne me reste rien à y mettre.
Je trouve ce qu'on vous a mandé d'Angleterre extrêmement plaisant, cela fait honneur à la force et à la dignité de notre ministère; mais je trouve que ces messieurs ont raison, ce sont de grands philosophes qui préfèrent un peu plus de tranquillité à un peu plus d'honneur.
Les trois grands événements dont vous me parlez dans votre lettre du 28, me paraissent arriver. Voici l'explication que je leur donne : c'est madame Boucault déboucautée, M. de Bourbon - Busset emboucauté et M. de Bourbon - Buse encanaillé. Cependant, madame la maréchale soutient que le mariage n'est pas fait. Mais on a beaucoup de peine à déraciner cette opinion de la tête de nos Tourangeaux qui y sont fort attachés.
Il me reste à présent à me justifier, ma chère petite-fille, du long silence dont vous avez la bonté de vous plaindre. Depuis assez longtemps, nous sommes absolument seuls, et par conséquent, il n'est parti personne d'ici, et je n'ai pas eu d'occasion d'écrire; vous savez que je n'aime point à écrire par la poste, quoique je n'aie jamais rien de bien important à dire, mais je ne veux pas que M. d'Ogny, que je ne connais pas, que le roi à qui je n'ai plus rien à dire, que madame Du Barry, qui n'est point à mon ton, lisent mes lettres. Cependant, j'aurais franchi mon aversion pour la poste, si Ribot, depuis huit jours, n'avait dû partir tous les jours. De sorte que tous les jours je comptais vous écrire ; enfin on assure qu'il part demain, et j'en profite, comme vous voyez. De plus, je vous envoie un fromage par lui pour me raccommoder avec vous ; d'ailleurs, j'ai su que l'abbé vous avait écrit, ce qui m'a un peu ralenti sur ce devoir, car je regarderai toujours comme le premier devoir de satisfaire à l'intérêt de ce qu'on aime. Vous avez bien raison, ma chère petite-fille, il y a des temps de stérilité pour l'esprit, je l'éprouve plus que personne, c'est
mon état habituel, mais il n'y en a pas pour le cœur. Je le sens bien, le mien est toujours rempli de vous, et vous me feriez une cruelle injustice, s'il vous arrivait un seul moment d'en douter.
LETTRE CCCCLXXV11
DE MADAME DU DKFFAND A L'ABBE BARTHELEMY
Ce mercredi, 5 mai 1T73.
Rien n'est plus surprenant, il n'est que deux heures après midi, je suis levée, ma toilette est faite, je suis établie dans mon tonneau, j'effile mes chiffons et je vous écris en attendant... devinez qui?... Un notaire! Pour placer de l'argent, me direzvous? Oh ! pour cela, non. Pour en emprunter? Pas davantage; mais pour faire mon testament. Je vous jure que je n'en suis point attristée. Je l'ai été bien plus en apprenant hier, par une lettre de la grand'maman, que la lièvre vous avait repris; vous m'avez dit dans votre lettre que vous aviez monté à cheval, cela m'avait déplu en me rappelant votre clavicule. En vérité, l'abbé, vous augmentez beaucoup mes regrets de n'être point à Ghanteloup ; je me ferais votre mie, nous nous soignerions mutuellement. Ah ! qu'on passe ridiculement sa vie, séparé de ce qui plaît, recherchant ceux dont on ne se soucie guère et qui, le plus souvent, ennuient! Que ne venez-vous ici? me direzvous; hélas! hélas! je le voudrais bien, et il faut que je le trouve impossible, puisque je n'y vais pas, car je ne manque pas de confiance dans l'amitié de la grand'maman, dans la bienveillance du grand-papa, et dans la tolérance de madame de Grammont ; mais mon abbé, croyez-moi, on ne saurait se déplacer à mon âge; l'idée de n'être point chez soi inquiète et tourmente. Je n'ai d'espoir que dans quelque événement qui vous ramènera tous à Paris; quel sera-t-il? je n'en sais rien,
mais tel qu'il puisse être, s'il vous ramène avec mes parents, il me sera infiniment agréable.
Vous savez que dimanche dernier le feu prit au Raincy ; chacun vous aura mandé cette nouvelle. Gomme il est fort question du mariage, on dit que ce sont les flambeaux d'hymen et d'amour qui ont mis le feu partout.
Si la maréchale est aussi aimable à Chanteloup qu'elle l'était le jour de son départ, je vous félicite de son séjour. Madame de Grammont ne se résoudra pas à la quitter; cependant, je pensais que la maladie de M. de Beauvau pourrait accélérer son voyage ici ; je dois souper chez lui ce soir, c'est aujourd'hui son bon jour. Je ne fermerai ma lettre que demain matin, et je vous rendrai compte de son état.
L'abbé, je voudrais vous avoir avec moi, même au moment où je vais faire mon testament.
Je souperai demain chez la petite sainte pour recevoir ses adieux ; j'imagine que l'évêque d'Arras y sera; il arriva dimanche sans queje l'attendisse. Je lui demandai s'il me venait prendre pour aller à Ghanteloup. a Très-volontiers, me dit-il, je suis prêt à partir. » Voulez-vous que je vous le dise, l'abbé? si cet exil-ci ressemblait aux autres, ma vieillesse et toutes les autres circonstances ne m'arrêteraient pas; je me laisserais aller à croire queje pourrais être un peu utile et agréable, que, privée de toute compagnie, je pourrais en tenir lieu ; mais aller à Chanteloup, c'est aller à la cour, c'est chercher le grand inonde, les divertissements, se mettre au bon ton, acquérir le bon air. Une pauvre vieille comme moi, qui n'y serait conduite que par l'amitié, quelle place pourrait-elle y avoir? Voilà les raisons morales qui ne me retiendraient peut-être pas si les physiques n'étaient encore plus fortes.
Ce jeudi 6, à midi.
L'accès du prince lui a pris hier à minuit. Je restai auprès de son lit, avec madame de Beauvau, jusqu'à trois heures
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passées. On me mande qu'il a bien passé le reste de la nuit.
J'oubliais de vous dire que notre baron1 est parti le 27 pour l'Angleterre. 11 doit être un mois à Londres, ensuite à des eaux qui sont dans la province d'York un autre mois, puis un troisième en Hollande. Il sera, dit-il, de retour ici dans le mois de septembre.
On dit que le grand mariage* ne sera qu'au retour des eaux, où la dame doit aller incessamment.
Je me suis enrhumée hier parce qu'il faisait très-froid dans la chambre du prince.
J'écrirai demain à la grand' maman.
LETTRE CCCCLXXV111
DE MADAME DU DEKKAND A LA DUCHESSE DE CH01SËUL
Ce samedi, 8 mai 1773.
L'abbé m'avait annoncé une lettre de vous; elle n'est point encore arrivée. Je la préviens pour la hâter. Je sais que vous vous portez bien, que vous avez bon visage, que vous ne maigrissez point, que vous n'êtes point enrhumée, malgré le bizarre dérèglement de la saison. Fait-il aussi froid à Chanteloup qu'à Paris? tout le monde ici s'enrhume, tout le monde a la fièvre tierce, et ceux qui ne sont pas malades, malgré les frimas et les glaces, se disposent à partir pour leur campagne. C'est dimanche que la petite sainte se met en marche, vous ne la verrez pas avant vendredi ou samedi ; j'aurais bien voulu pouvoir m'embarquer avec elle, lui tenir compagnie, jouir de la sienne, arriver avec elle auprès de vous, nous trouver l'une à votre droite, l'autre à votre g<iuche, et avoir le grand abbé visà-vis de nous. Mais ce n'est pas ainsi qu'on passe sa vie, elle