‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 98 sur 108 · II · texte numérisé non relu

II

lérer la fin de mon rhume. Je me porte parfaitement bien à présent,

La petite sainte est émerveillée ; elle dit qu'elle n'a pas encore été si bien depuis deux ans; elle vous fait mille tendres compliments; le grand-papa vous embrasse. Je ne vous en dirai pas davantage aujourd'hui, ma chère petite-fille, parce que je compte vous écrire dans trois ou quatre jours par madame la maréchale, mais en attendant je fais comme le grand-papa, je vous embrasse de tout mon cœur.

LETTRE CCCCLXXXIX

DE MADAME DU DEFKAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce dimanche, £3 mai 1773.

Vous pensez bien , chère grand'maman, que je ne laisserai pas partir M. de Boufllers sans qu'il vous porte un mot de moi. J'ai vu avec un extrême plaisir qu'il vous aime beaucoup et de la façon dont il faut qu'on vous aime ; j'ai été si contente de ses sentiments pour vous, que j'ai pris une véritable amitié pour lui. Je regrette beaucoup de n'avoir pas fait plus d'usage de lui pendant mon séjour à Chanteloup. C'est dans ce temps-ci, chère grand'maman, que j'étais avec vous; ce souvenir ne me quitte pas et me dégoûte de tout ce qui m'environne. Je ne cesserai d'interroger la maréchale, et je jugerai si elle a été pour vous comme elle devait être. Oh ! ma grand'maman, que cet exil est long! C'est moi qui suis véritablement exilée. Je ne veux pas vous dire à quel point je suis affligée d'être séparée de vous. Hélas ! hélas ! pourquoi les derniers moments qui me restent sont-ils si remplis d'amertume? Mais changeons de propos.

Mesdames de Forcalquier, de Bourbon-Busset, de Chabrillan, accompagnées de la dame d'Aiguillon, furent hier à Versailles, pour faire aujourd'hui leurs remerciements, d'abord à

madame Du Barry et ensuite au roi. On ne revient point d'étonnement de l'extravagance de madame de Forcalquier; elle était indignée il y a trois ou quatre mois qu'on pût la soupçonner de prendre un tel poste, elle le disait hautement et se fondait en raison pour le prouver.

L'évéque d'Amis a dû donner hier au roi une lettre de son frère Saint-Omer, dans laquelle il déduit toutes les raisons qu'il a pour ne point accepter une place qu'il n'a jamais songé à demander : sa mauvaise santé, son état d'évéque, ses services dans l'administration de la province. Cette lettre est très-bien écrite; il est actuellement dans son lit. Je verrai M. d' Auras à son retour de Versailles, et je pourrai vous dire ce qui lui aura été répondu, si je le vois avant d'être obligée d'envoyer cette lettre. Ces prélats sont certainement, à ce que je crois, de très-honnêtes gens ; ils ne veulent rien tenir du ministère présent. Il est vrai que ce n'est point M. d'Aiguillon qui a fait nommer le Saint-Omer, il voulait M. de Cahors. J'ai soupçonné que c'était l'évéque de Senlis' qui avait fait agir Mesdames, car il croit que c'est elles qui l'ont indiqué au roi. Mats M. d'Amis dit qu'il est sûr que M. de Senlis n'y a point de part.

J'espérais apprendre des nouvelles du quinquina de l'abbé et que l'on me manderait que le seizième accès avait manqué. Je sais que vous n'avez plus de fièvre, que vous vous portez bien. Et la petite sainte, dans quel état est-elle? Combien la garderez-vous encore ?

Adieu, chère grand' maman, je finis sans vous renouveler toutes mes amours, vous savez à quoi vous en tenir.

Je sors et M. d'Arras n'est point venu chez moi. Apparemment' qu'il n'est point encore de retour de Versailles.

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