‹ Correspondance d'Alexis de Tocqueville, publiée en 1860Chapitre 12 sur 67 · PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

Tocqneville, 12 septemliro 4837.

Monsieur, la bienveillance dont vous m'avez donné tant de preuves me porte à m'ouvrir à vous dans une circonstance que je regarde comme principale pour mon avenir. Je sais que vous avez peu de temps à donner à dea intérêts privés ; aussi m'efforcerai-je d'être bref : il s'agit, comme vous pouvez croire, d'élection.

Plusieurs personnes avaient pensé à moi dans l'arrondissement de Cherbourg pour m'opposer à M. ***. L'idée de me porter est également venue à quelques autres dans l'arrondissement de Valognes. Quant à moi, qui désire arriver à 'a Chambre naturellement, je n'ai encore fait de démarches ni d'un côté ni de l'autre, ni indiqué par aucu ' acte que j'eusse fait un choix entre les deux candidatures qu'on veut bien m'offrir.

J'étais dans cet état lorsque je viens d'apprendre qu'à la dernière réunion du conseil-général, le préfet m'avait recommandé fortement aux électeurs de l'arrondissement de Valognes. C'est sur ce dernier fait que je désire attirer un moment votre attention.

Je vous dirai d'abord, monsieur, que dans un collège aussi nombreux (sept cents membres) et où les partis se balancent, il est fort douteux que l'action directe du gouvernement soit le moyen le mieux choisi pour r '"'''

sir. Mais je dirai surtout qu'il m'est impossible d'accepter une candidature officielle. Dans toute autre circonstance une pareille déclaration faite au principal représentant du pouvoir pourrait paraître fort extraordinaire. Mais je sais à qui je parle ; et si M. le président du conseil me blâmait, j'en appellerais hardiment à M. Mole, à l'estime duquel, qu'il me permette de le lui dire, je tiens encore plus qu'à son appui, et près de lui je suis sûr de gagner ma cause.

Vous savez bien, monsieur, que je ne suis pas l'ennemi du gouvernement en général, et en particulier de ceux qui gouvernent en ce moment. Mais je veux être en état de prêter un concours intelligent et libre; et c'est ce que je ne pourrais pas faire si je me faisais nommer par le gouvernement. Je sais bien qu'il y a des gens qui oublient, en arrivant à la Chambre, les moyen* par lesquels ils y sont entrés; mais je ne suis pas de ces gens-là. Je veux y arriver avec la position que j'y veux tenir, et cette position est indépendante. J'en aurais beaucoup plus long à dire sur ce point; mais je tiens à être court ; et d'ailleurs je suis assuré qu'énoncer devant vous de pareils sentiments, c'est les faire aussitôt comprendre

. . . Pardon, monsieur, de cette lettre encore beaucoup trop longue. Vous m'avez permis de vous considérer comme un parent et un ami ; je viens de vous parler coniuie à l'un cl à l'autre.

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