RÉPONSE DE M. LE COMTE MOLE
arriver sous l'un des drapeaux de nos adversaires. Ce métier, sachez*-le bien, est un des plus pénibles et des plus méritoires que l'on puisse faire. Il entraîne pour moi plus de sacrifices que pour bien d'autres, parce que les goûts de mon esprit, les penchants de mon âme, toutes mes habitudes y sont complètement sacrifiés. Mais je croirais manquer aux vues do la Providence sur moi, si je ne portais pas avec courage ma destinée. J'estime que, dans nos circonstances publiques, le pays courrait quelque risque, si le pouvoir passait actuellement dans d'autres mains. Si je ne me trompe pas, les cœurs honnêtes et les esprits sensés me doivent quelque estime, même quelque encouragement et quelque appui. En résumé, il sera fait selon votre volonté. Je vous avais porté dans l'intérieur du cabinet comme au dehors jusqu'ici à outrance, il faut que je m'en confesse. Je ne connais pas votre préfet, mais apparemment il m'avait deviné. Aujourd'hui même le ministre de l'intérieur va apprendre de moi que nous ne devons vous soutenir nulle part. Nos amis (car nous en avons) vous combattront ; car, en matière d'élection, la neutralité est impossible. Si vous arrivez, je m'en féliciterai pour vous, et d'autant plus, permettez-moi de l'ajouter, que la pratique des affaires et des hommes pourra vous rapprocher de ces malheureux ministres qu'il vous paraîtrait si fâcheux aujourd'hui de paraître appuyer. Dans quelques rangs que vous vous placiez, vous n'en serez pas moins pour moi un parent que j'aime et honore, l'un des esprits les plus élevés et
des talents les plus rares que notre époque ait produits.
Agréez l'expression de tous ces sentiments bien sincères.