‹ Correspondance d'Alexis de Tocqueville, publiée en 1860Chapitre 16 sur 67 · AU BARON DE TOCQIJEVILLE · texte numérisé non relu

AU BARON DE TOCQIJEVILLE

Tocqiieville, 11 mars 1859.

. Je n'ai que cinq minutes pour t'écrire, mon cher ami ; mais je veux en profiter. J'ai besoin de le dire combien je suis heureux du plaisir que t'a fait mon succès *. Tu sais que je suis habitué à mettre en commun avec toi toutes choses. C'est une habitude qui m'est bien chère et que je ne veux jamais perdre.

Je ne te dirai rien maintenant de ce qui s'est passé. Tu le sais aussi bien que moi. Le mouvement populaire en ma faveur a été complet, et j'en ai d'autant plus joui que, pour le faire naître, je n'avais fait appel à aucune mauvaise passion, mais qu'au contraire il était le produit des sentiments les plus nobles et les plus désintéressés du cœur humain. J'espère qu'on t'aura fait connaître le peu de mots que l'émotion m'a arrachés dans cette circonstance. Mes amis les ont recueillis et les ont fait imprimer. Mais j'en ai eu si peu d'exemplaires que je n'ai pu en envoyer qu'un à mon père avec prière de vous le communiquer.

Me voilà à Tocqueville où je suis /enu chercher un repos que je ne trouve guère; car les visites affluent ainsi que les lettres auxquelles il faut répondre. J'aurais cependant bon besoin de vivre un peu pour moi, car

* Voir la Notice, page 57, tome V

ma santé, sans avoir éprouvé de crise, est bien dérangée. Je crois que je serais déjà mort sans les soins physiques et moraux de Marie. Je t'avoue que de ce côté l'avenir me paraît noir. Je ne suis pas assuré de la première condition de tout succès qui est de vivre.

Adieu, je t'embrasse ou plutôt nous t'embrassons du fond de notre cœur.

A J. J. AMPERE

Tocqueville, 17 septembre 1859. ,

Votre lettre, mon cher ami, nous a fait le plus grand plaisir. Je dis ïious, car ma femme désirait aussi vivement que moi que vous vous trouvassiez passablement au milieu de nos ruines, et elle a vu avec autant de satisfaction que moi-même la manière aimable dont vous nous assurez avoir été satisfait de nous. Après tout, mon cher Ampère, vous n'avez pas tort de l'être. On doit toujours se trouver bien chez des gens qui vous voient arriver avec un plaisir extrême et partir avec le plus vif regret. Les bons amis sont plus rares que les bons gîtes. Voilà ce que, j'espère, vous vous êtes dit quelquefois en entendant les coups de pioche et de marteau qu'on frappait dans vos oreilles. Quant à nous, nous conservons le souvenir le plus agréable du monde de votre passage ; et tout ce que nous vous demandons,

c'est de revenir bientôt. Nous vous en avons déjà prié ; nous vous en prions encore et très-instamment. Ceci n'est poinL un compliment ; mais l'expression d'un désir très-vif et très-sincère.

Ce que vous me dites de mon livre me rend trèsheureux. Yons ne voudriez pas me cacher la vérité. Je vous crois donc et je vous relirai toutes les fois que mes accès de spleen me reprendront. Votre présence ici m'avait déjà fait grand bien sous ce rafiport. Vous m'aviez paru content de vos lectures, cela m'avait donné du cœur.

Je n'ai pas oublié la promesse que vous m'avez faite de revoir mon manuscrit. Dès le lendemain de votre départ je me suis procuré un copiste. Je ne puis vous exprimer, mon cher ami, combien je vous suis reconnaissant de la peine que vous consentez à prendre. Vous ne pouviez me faire une proposition qui me touchât et me plût davantage.

J'ai eu ce matin de grands embarras. En repassant un fort grand chapitre sur la façon dont la démocratie modifie Igh rapports du serviteur et du maître^ je suis tombé sur un long morceau relatif au caractère de la domesticité dans les siècles aristocratiques. Je crois que mes idées sur ce point sont exactes ; leur expression me semble seulement trop théorique. J'aurais besoin d'un ou deux exem})les tirés des auteurs de ces temps-là. Mais les exemples me manquent, bien que je me rappelle confusément en avoir rencontré un très-grand nomhre depuis Froissart jusqu'à madame de Sévigné.

Si votre mémoire vous en fournit quelques-uns, indiquez-les moi donc, je vous prie. Ce que je voudrais surtout faire bien comprendre, c'est ce qui arrivait souvent dans les temps aristocratiques lorsque les serviteurs transportaient pour ainsi dire toute leur personnalité dans leur maître, s'enorgueillissant de ses avantages plus que des leurs même. Caleb, dans la Fiancée de Lammermoo)\ est l'idéal de ce caractère : mais je ne connais pas sa réalité historique.

Pardon, mon cher ami, de vous poursuivre ainsi de moi. Je ne crains pas de le faire, parce que je sens que je m'intéresse vivement à tout ce qui vous arrive. Gela m'enhardit à croire que vous prenez aussi volontiers part à tout ce qui me préoccupe. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur.

AU MEME

Tocqueville, 2 novembre 1859,

J'aurais dû vous remercier plus lot, mon cher ami, de la bonne et aimable lettre que vous m'avez écrite il y a quelque temps. Mais la Démocratie ne l'a pas voulu. Vous savez qu'elle n'a jamais passé pour une maîtresse commode. Mon obéissance m'a porté bonheur; car je puis enfin déclarer que J'ai fini mon livre, sauf cependant ce que vous m'y ferez changer. Je suis

plus loin que jamais de vous tenir quitte de votre promesse. J'attache un grand prix à ce service, et j'en demanderai un autre encore qui sera d'être d'une extrême franchise. Vous verrez qu'il n'y a rien en moi de l'archevêque de Grenade. Je vous aurais envoyé une portion de mon manuscrit depuis quelques jours si je ne m'étais senti très-près de pouvoir vous apporter moimême le tout, ce qui vaudra beaucoup mieux. Je compte, à cet effet, quitter Tocqueville dans huit jours. Ainsi vous ne tarderez pas à me voir paraître dans la rue de Grenelle et me présenter à votre porte, à laquelle il faut frapper, et non sonner, si on veut être introduit.

Si je n'avais été sur le point de revenir, j'aurais également écrit à M. de Chateaubriand pour le remercier de ses bonnes intentions à mon égard. J'en ai été vivement touché, et je lui en conserve une aussi vive reconnaissance que si j'avais eu à en faire usage. C'est ce que je ne puis faire pour cette fois. Il m'a paru qu'à la distance où je suis il m'était très-difficile, sinon impossible, d'apprécier mes chances. Or, je ne ne veux me présenter qu'avec de belles chances. L'Académie française est une des choses les plus désirables que je connaisse, pourvu qu'on l'obtienne sans trop d'efforts et en ne revenant pas trop souvent à la charge. J'ai donc pris mon parti de rester tranquille pour cette fois, et crois que votre sagesse et votre amitié m'approuveront.

Je ne vous en écris pas plus long aujourd'hui parce que nous pourrons, dans quelques jours, causer tout à loisir. Mille amitiés des plus vives et des plus sincères.

Paris, 15 novembre 1839.

Voilà bien longtemps, mon cher Mil), que je n'ai entendu parler de vous, et je m'en afflige; car vous êtes un des hommes d'Angleterre dont j'ai gardé le plus agréable souvenir. Beaumont a entendu dire que vous étiez rétabli. Si cette bonne nouvelle est vraie, veuillez, je vous en prie, me la confirmer.

Je remets aujourd'hui à la poste et à votre adresse un exemplaire du rapport que je viens de publier <iu nom de la commission nommée par la chambre pour l'abolition de l'esclavage dans nos colonies. Vous verrez que, contrairement à la plupart de mes confrères, je n'ai point cherché à faire de \ éloquence à propos de ciette question. J'ai même évité avec soin d'irriter les passions coloniales, ce qui n'empêche pas les journaux des colonies de me dire beaucoup d'injures. Mais vous connaissez les colons, ils se ressemblent tous, quelle que soit la nation à laquelle ils appartiennent. Ils deviennent fous furieux dès qu'on parle d'être juste avec leurs noirs. Mais ils auront beau faire, ils ne parviendront pas à m'irriter et à me faire apporter de la violence dans une discussion où je crois qu'elle serait dangereuse pour le pays.

Je suis arrivé, il y a deux jours, à Paris, pour faire imprimer l'ouvrage auquel je travaille depuis quatre

ans el qui est la suite de l'autre. C'est V Influence de l'égalité sur lea idées el les sentiments des hommes. Je vous en enverrai un exemplaire dès qu'il aura paru, c'est-à-dire vers le mois de février prochain. Vous n'oublierez pas, en lisant ce livre, ([u'il est écrit dans un pays et pour un pays où l'égalité ayant triomphé sans retour, et l'aristocralie étant entièrement disparue du sol, la grande affaire est di'sormais de combattre les fâcheuses tendances que ce nouvel élat peut produire, et non de faire naître cet état. Je dis donc souvent à la société nouvelle, américaine ou française, des vérités rudes, mais je les lui dis en ami. C'est même parce que je suis ami que j'ose les dire et veux les dire. Chez nous l'égalilé a des ilatteurs de toute espèce ; mais de fermes et honnêtes conseillers, elle n'en a guère. Vous venez si j'ai bien rempli la tâche que je m'étais imposée. Croyez, je vous prie, à ma sincère amitié.

Paris, 5 février 1840.

Mon cher ami, je suis désespéré, humilié, de la manière dont j'ai agi vis-à-vis de voire ami M. Morley. il doit me prendre pour un véritable rustre. Il est venu me voir deux fois, il m'a écrit une. Je n'ai point répondu, el hier, quand j'ai été à l'hôtel de Canterbury

sur les quatre heures, il venait de quitter l'hôtel pour monter en diligence. Veuillez lui présenter mes excuses et les lui faire accepter. j"espère qu'il ne restera pas sur la mauvaise opinion que ce voyage a dû lui donner de moi.

J'ai ri de votre embarras à propos des idées générales ; je suis sûr que, quoi que vous en disiez, vous vous tirez à merveille des difficultés que vous signalez. Quant au fond même de votre opinion sur le sujet, je crois que vous avez tort. Je suis convaincu que les réalistes se trompent ; mais surtout je suis sûr que la tendance politique de leur philosophie, dangereuse dans tous les temps, est très-pernicieuse dans le temps où nous^ vivons. Le grand péril des âges démocratiques, soyez-en sûr, c'est la destruction ou l'affaiblissement excessif des parties du corps social en présence du tout. Tout ce oui relève de nos jours l'idée de l'individu est sain. Tout ce qui donne une existence à part à l'espèce et grandit la notion du genre, est dangereux. L'esprit de nos contemporains court de lui-même de ce côté. La doctrine des réalistes, introduite dans le monde politique, pousse à tous les excès de la démocratie ; c'est elle qui facilite le despotisme, la centralisation, le mépris des droits par- . ticuliers, la doctrine de la nécessité, toutes les institutions et toutes les doctrines qui permettent au corps socigl de fouler aux pieds les hommes, et qui font de la nation tout et des citoyens rien.

C'est là une de mes opinions centrales, auxfpielles beaucoup de mes idées viennent aboutir. Je suis arrivé

sur ce point à la conviclion complète, et le principal

objet de mon livre a été de donner cette conviction au

lecteur.

Adieu, mille amitiés bien sincères.

AU MEME

Paris, le 12 avril 18i0.

Mon cher ami, votre lettre que je reçois à l'instant, me prouve q\ie mon dernier paquet a été perdu, je ne sais comment. Heureusement, ainsi que je vous l'ai mandé hier, que la publication n'a lieu que le 20. Vous aurez donc le temps de traduire et de faire imprimer d'ici Ità ce qui reste.

Si j'étais Anglais, je ne verrais pas sans inquiétude l'expédition qui se prépare contre la Chine. En ma qualité de spcctaleur bienveillant, mais désintéressé, je ne puis que me réjouir beaucoup à la pensée d'une invasion du Céleste Empire par une armée européenne. Voilà donc aussi la mobilité de l'Europe aux prises avec l'immobilité chinoise! C'est un grand événement, surtout si l'on songe qu'il n'est que la suite, le dernier terme d'une multitude d'événemenls de même nature qui tous poussent graduellement la race euroj)éennc hors de chez elle, et soumettent successivement h son empire ou à son influence, toutes les autres races. I

se fait de nos jours, sans qu'on s'en aperçoive quelque chose de plus vaste, de plus extraordinaire que l'établissement de l'empire romain, c'est l'asservissement des quatre parties du monde par la cinquième. Ne médisons donc pas trop de notre siècle et de nous-mêmes. Les hommes sont petits, mais les événements sont grands.

Mille amitiés bien sincères.

A J. J. AMPERE

Paris, 21 avril 1840.

Je ne veux pas, mon cher ami, qu'il soit dit que vous receviez avec le public un livre auquel vous avez mis la main. Les trois premiers exemplaires avant la lettre ont été donnés au respect. Il m'en reste un quatrième que je veux réserver pour la bonne et franche amitié. Vous comprenez qu'à ce titre il aille tout droit à votre adresse. Acceptez-le, je vous prie, non pour le livre (vous le savez par cœur) , mais comme un- gage d'une tendre affection.

Paris, ce 23 mai 18i0

Mon cher ami, je vous remercie de tous vos envois. C'est entrer dans ma pensée que de me transmettre tout ce qui i)araît sur mon livre. Les critiques d'ailleurs ne m'effrayent pas. Je m'y suis grandement attendu. Il n'y a qu'une chose tout à fait fâcheuse pour un auteur, c'est le silence. Continuez donc, je vous en prie, de suivre ce même système et de m'envoyer tout ce qui paraît.

Je vous aurais écrit plus tôt, si je n'avais voulu pouvoir vous parler de votre Iradiiction. Je ne la connais pas encore tout entière, mais j'en sais assez pour pouvoir vous assurer en toute conscience qu'elle m'a extrêmement satisfait. Vous avez rendu mes pensées, jusque dans leurs moindres nuances, avec une fidélité et une clarté qui me paraissent complètes. Quant au mérite même du style, dont je suis moins juge, madame de Tocqueville m'assure qu'il est très-bon, ferme, net dans ses allures, tel, en un mot, qu'il convient à un livre de philosophie et de politique.

Adieu. Croyez toujours, je vous en prie, à ma bien sincère amitié.

A M. DE CORCELLE.

A M. DE CORCELLE

Tocqueville, 26 septembre 1840,

Je vois par votre lettre, mon cher ami, et avec une satisfaction extrême, que sans nous être écrit, nous sommes arrivés aux mêmes opinions à peu près sur la situation actuelle. C'est ainsi que dans la chambre nous votons ordinairement de même, sans nous concerter. Vous me demandez si je suis satisfait enfin de la grandeur des événements qui semblent se préparer. Non, parce que je songe à notre pays, pour lequel la grande question de la guerre se pose de la manière la plus défarable qu'on puisse imaginer. Mais si je ne songeais qu'à moi-même, je persisterais à dire que j'aimerais mieux cet avenir orageux que l'espèce de brouillard dans lequel nous vivons depuis notre arrivée à la chambre. Je ne crois pas d'ailleurs à la vitalité ni à la durée de véritables passions révolutionnaires en France. On s'exagère beaucoup ce qui pourrait se. faire dans ce. sens... Mais nous pouvons voir de grands désordres et l'abaissement de notre patrie. . . C'est bien assez pour faire réfléchir mûrement avant d'agir...

Je suis porté à croire que dans le principe on s'est exagéré l'importance du nouvel empire égyptien. Ce qui me fait juger ainsi, c'est l'âge du pacha. On ne fonde point d'institutions en Orient; tout tient aux honmies, et un système politique qui n'est appuyé que sur la vie

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d'un homme de soixante-douze ans n'a pas en lui-même une grande valeur.

J'ai plus d'une fois cherché à travailler depuis que je suis ici et je suis parvenu à bien étudier tous les documents officiels relatifs à l'xYlgérie. Je vous avoue que cette étude m'a confirmé dans mes opinions, mais en y ajoutant cependant un sentiment plus triste que celui que j'avais déjà. J'aurais un volume sur ce sujet et je veux finir cette longue lettre. Je ne vous donnerai donc que mes conclusions. Je pense que nous ne ferons jamais en Algérie toutes les grandes choses dont on nous avait bercés ; mais, d'une autre part, je demeure plus convaincu que jamais : 1° qu'il n'y pas de milieu entre l'abandon complet et je ne dis pas la conquête, mais la domination entière ; 2° que celle domination, à des conditions analogues à celle des Turcs, est très-praticable et qu'elle aurait lieu si, ce qui est possible, nous arrivons enfin à détruire Abd-el-Kader. Mais vouloir vivre dans une certaine partie du territoire de la régence en laissant derrière nous une grande puissance arabe qui ne peut se maintenir qu'en nous faisant la guerre et que nous séparons de la mer qui lui est nécessaire, voilà, mon cher ami, ce que l'examen des pièces du procès m'a démontré plus infaisable que je ne le croyais.

Nous passons très-agréablement nos soirées à lire votre Burnes^, qui malheureusement, comme tous les

• Voyage!^ de Vemhoiichure de l'Indiis à Lahor, Caboul, lialck et à Bonkhara, el retour par la Perse, en 1831, 1832 et 1833, par sir Alexandre Biirnos, lieutenant au service de la Compagnie des Indes.

A J. J. AMPERE \0l

voyageurs, parle plus de lui que des peuples qu'il visite. C'est cependant un bon esprit, simple, ferme, net, mais court. Dites-moi quels sont les livres, voyages ou histoires qui peuvent donner les notions les plus claires sur l'état des peuples de l'Orient et de l'Inde britannique entre autres. Je me les procurerai aussitôt, car c'est une nécessité de notre temps de savoir tout ce qu'on sait sur cet Orient qui doit désormais jouer un si grand rôle dans nos destinées. Adieu, je vous embrasse du fond de mon cœur.

Tocqueville, 27 septembre 1840.

Je ne puis vous exprimer, mon très-cher ami, combien je viens d'être ému et touché en lisant vos vers*, je crois que je les aurais trouvés très-beaux alors même qu'il n'y eût pas été question de moi et de mes idées. Cette circonstance n'a fait qu'ajouter un sentiment à l'admiration, celui d'une vive reconnaissance.

J'ai été plus heureux que je ne saurais dire de voir mes principales opinions si profondément comprises et exposées sous un si beau jour. C'est une véritable obli-

* 11 s'agit ici d'une charmante épitre en vers adressée à Tocqueville par Ampère, et qui parut à cette époque dans la Revue de Paris. Cette pièce se trouve dans le tome H de l'un des ouvrages d'Ampère, intitulé : Liltéi'a litre cl Voyages.

galion que je vous ai, et laissez-moi ajouter que je suis heureux de vous avoir ; car vous êtes pour moi du petit nombre des véritables amis, de ceux qu'on aime et qu'on estime également ; et après le plaisir d'obliger ceux-là, il n'en est pas de plus grand que d'en recevoir des services.

J'en reviens à cette profonde et complète entente que vous montrez de mes idées. Assurément cela ne m'étonne pas, mais cela me charme. Vous êtes à coup sûr du nombre de ces dix personnes dont parlait M. Royer-Collard quand il me disait : a Dans votre société démocratique que vous nous vantez, il n'y aura pas dix personnes qui comprendront complètement le sens de votre livre. » Je crois qu'il se trompait trèsfort, surtout si je pouvais trouver quelques interprètes comme vous.

Le courrier que je viens de recevoir était bon en tous points; car, indépendamment de vos vers, il m'a apporté une lettre de vous qui m annonce votre prochaine arrivée. Vous trouverez ici une maison qui n'est pas encore finie, mais qui contient une certaine chambre placée dans une tourelle et où l'on ne peut entendre de bruit ni par en haut ni par en bas. Ce sera la vôtre, et elle porte déjà votre nom. Venez donc, mon cher ami, venez pour longtemps. Celte dernière condition est de rigueur. Venez non pour vous amuser, mais pour vivre quelque temps tranquille et libre de tout souci au milieu de gens (jui seront heureux de vous voir et qui ont déjà l'habitude de vous traiter comme de la famille.

Apportez de quoi travailler. Je vous promets de la liberté et de la paix. Vous savez mieux que moi que ces deux avantages, dont vous montrez souvent que vous savez vous passer, sont cependant d'un grand prix pour l'homme qui veut vivre en dedans.

Je vous demanderai de me rendre un service qui, j'espère, tournera à votre profit indirectement. Nous venons de lire Burnes; cela nous a donné, à moi surtout, une grande soif de mieux connaître l'Orient. II doit y avoir d'autres voyages modernes, et non moins instructifs, voyages ou histoires, soit sur la Perse, le Turkestan ou la presqu'île de l'Inde... Est-ce qu'une bonne histoire ou description de l'empire des Anglais dans cette partie du monde n'existe pas traduite? Quant aux voyages, il y a celui d'Elphinston, auquel Burnes renvoie souvent, et qui doit être curieux. Si votre mémoire et vos connaissances vous suggéraient quelques idées sur ce point, vous seriez bien aimable de les communiquer à mon libraire, qui m'achèterait les livres que vous lui auriez indiqués.

Adieu, mon bon et cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur en idée, avant de pouvoir le faire en réalité. Je n'ai pas besoin de vous prier de me rappeler bien particulièrement au souvenir de madame Récamier et de M. de Chateaubriand.

Il est inutile aussi de vous dire combien ma femme se joint à moi pour vous prier de nous venir vite et de rester longtemps.

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