‹ Correspondance d'Alexis de Tocqueville, publiée en 1860Chapitre 17 sur 67 · AU BARON DE TOCQUEYILLE (EDOUARD · texte numérisé non relu

AU BARON DE TOCQUEYILLE (EDOUARD

Tocqueville, 2 novembre 1840.

Je ne saurais trop te remercier, mon bon ami, de la longue lettre que j'ai reçue dernièrement de toi. Elle est véritablement admirable par l'élévation des sentiments et des idées qu'elle renferme. C'est une hygiène très-saliUaire pour l'âme que la lecture de pareilles lettres. Malheureusement le mal que tu veux guérir est peu guérissable, parce qu'il tient, en grande partie du moins, à l'organisation même de l'individu. C'est celte organisation qu'il faut modifier, mais qu'on ne peut espérer détruire. Elle fait ma force dans certains cas, ma faiblesse dans une multitude d'autres. C'est cette inquiétude d'esprit, cette impatience dévorante, ce besoin de sensations vives et répétées, que nous avons toujours vus chez notre père. Cette disposition me donne un grand élan dans certains moments. Mais le plus souvent elle tourmente sans cause, agite sans fruit et fait beaucoup souffrir ceux qui la possèdent. C'est bien souvent mon cas, je le reconnais sans peine. Je suis souvent malheureux sans raison, et je donne ainsi une raison trop bonne de l'être à ceux qui m'entourent. De ])lus, je sens très-bien que cette disposition pourrait me causer un grand préjudice dans Vaction. Elle m'ôte pour un temps la perspective exacte des objets et me fait paraître les faits extérieurs plus grands ou

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