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[l'ihuer, si cela est possible, et un peiicliant bien décidé à t'aimer plutôt en fille qu'en nièce. Voilà, chère Denise, le mérite des oncles qui n'ont pas d'enfants et qui commencent à prendre des années. L'ennui des agitations du monde commence à les saisir, et ne trouvant pas à côté d'eux, pour, s'en consoler, ces douces affections paternelles qui leur manquent, ils se prêtent mieux que d'autres à l'illusion que leur donnent des neveux et des nièces qui prétendent les aimer, et en attendant que cela se vérifie, ils les aiment tout de bon. C'est mon cas, je me suis attaché de tout mon cœur à toi et à ta sœur, durant le court séjour que j'ai fait à Baugy, et il ne tiendra qu'à vous que cela soit de plus en plus vrai à mesure que nous nous verrons davantage. Je vous ai trouvées toutes deux aimables en général pour tout le monde et en particulier aimables pour voire tante et pour moi; aussi me bornerai-je à vous souhaiter pour l'année 1848 démarcher dans la bonne voie où vous êtes. Continuez à penser aux autres plus qu'à vous-mêmes; songez à être aimables et bienveillantes plus encore qu'à le paraître; surtout et avant tout, restez simples, franches, spontanées et naturelles (notez tous ces points-ci); soyez ainsi parce que vous jugez que cela est bien, et quand vous aurez acquis Texpérience qui vous manque encore, vous découvrirez que cela était en même temps Irèsiiliki; vous vous apercevrez avec plaisir que vous êtes devenues presque sans le savioir des l'eunnes plus distinguées que la j)hipart de celles qu'on rencontre dans le monde, non-seulement plus respectées, mais plus
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prisées, mieux aimées, plus recherchées, pai" la raison, chère Denise, qne la véritable amabilité n'est pas dans les manières, mais dans l'esprit et surtout dans le cœur. Voilà ce que je vous souhaite à l'une et à l'autre pour l'année 1848 et pour toutes celles que vous verrez après celle-là. Ce souhait en vaut bien un autre, et après l'avoir fait je vous embrasse toutes deux très-tendrement.
Paris, 10 avril 1848
Mon cher monsieur Senior, j'étais absent lorsque votre lettre m'est arrivée, je Tai trouvée à mon retour qui a eu lieu seulement il y a trois jours. Je me suis aussitôt rendu chez M. Austin pour savoir ce qui vous avait empêché de venir à Paris. J'ai appris avec peine que votre santé était la raison qui vous avait fait renoncer à vos projets. Je regrette doublement votre absence, puisqu'elle tient à cette cause; j'aurais été d'autant plus satisfait de vous voir que j'aurais puisé dans votre conversation des lumières particulièrement utiles à la circonstance dans laquelle nous nous trouvons.
Il ne vous a pas échappé que notre plus grand mal ne vient pas des passions politiques violentes, mais de la prodigieuse ignorance dans laquelle la masse de la nation
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est plongée quant aux conditions vérilnbles de la production et de la prospérité sociale. C'est bien moins de fausses notions en politique proprement dite qu'en économie politique qui nous rendent si malades.
Je ne crois pas que la loi sur les pauvres dont vous me parlez soit le remède qui convienne, quant à présent du moins, au mal. La révolution n'a point été amenée par la misère des classes ouvrières. Cette misère existait bien sur certains points, mais en général on peut dire que dans aucun pays, ni dans aucun temps, les classes ouvrières n'avaient été dans une meilleure condition qu'en France. Cela était surtout vrai de la classe ouvrière agricole. Là, ce n'était pas le travail qui manquait à l'ouvrier, c'était partout Touvrier qui manquait au travail. Par suite de la division de la propriété foncière, le nombre des bras à louer était à peine suffisant. La crise qui tourmentait les ouvriers des grandes manufactures était passagère, et, quoique assez intense, ne dépassait pas les bornes connues. Ce ne sont jias des besoins, ce sont des idées qui ont amené ce grand bouleversement : des idées cbimériques sur la condition relative de l'ouvrier et du capital, des tbéories exagérées sur le rôle que pouvait remplir le pouvoir social dans les rapports de l'ouvrier et du maître, des doctrines ullracenti'alisanles qui avaient fini par persuader à des multitudes d'iiommes qu'il ne dépendait que de l'Etat lionseulement de les sauver de la misère, mais de leur (lonnei- l'aisance et le bicn-èlre. Vous couq)r('nez (pi'à (l'Ile nialiidie des esprils nue loi des jîauv'.e^ ne serait
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pas un remède très-efficaec ; je suis loin de dire qu'il ne faille pas y avoir recours. Je crois même qu'on aurait dû donner il y a longtemps cette satisfaction légitime au peuple; mais ce n'est pas à l'aide de cette loi que nous pouvons nous tirer d'affaire aujourd'hui, car, je vous le répète, nous avons en face de nous des idées plus encore que des besoins.
J'ai prononcé trois semaines avant la révolution un discours qui, reproduit par les sténographes, a été inséré au Moniteur. Je viens de le faire réimprime)* textuellement tel qu'il se trouve au Moniteur. Je vous en envoie un exemplaire; lisez-le, je vous prie; vous y verrez que, quoique la forme et le moment d'une révolution me fussent inconnus, j'appréciais avec une grande clarté qu'une révolution allait avoir lieu. Ce discours, qui fit alors murmurer violemment la chambre, m'a été rappelé bien des fois depuis par des gens qui reconnaissent que c'est eux qui avaient tort et moi qui avais raison. Je crois qu'en prononçant ce discours j'étais sur la voie qui ferait trouver les causes premières et profondes de la révolution. Ce qui l'a fait éclater ce ne sont que des accidents, des accidents bien singuliers et bien impérieux, je le confesse, mais enfin des accidents qui seuls n'auraient rien produit. Imaginez-vous d'une part les causes que j'ai indiquées, de l'autre notre cenlralisaliou qui fait dépendre la France d'un coup de main opéré dans Paris, et vous aurez toute l'explication de la révolution de 1848, telle assurément que l'histoire la donnera lui jour et que je la développerai moi-mcMii*', si Dini uie
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prête vie. Ycuillez, je vous prie, offrir un exemplaire de mon discours au marquis de Lansdowne en me rappelant particulièrement à son souvenir. Je ne vous ai parle que du passé dans cette lettre; pour traiter Vavenir, il faudrait plus qu'une lellre.
Nous sommes dans la situation la plus extraordinaire où jamais une grande nation ait été jetée tout à coup. Nous sommes témoins de grands malheurs et environnés de grands périls. Ma principale espérance vient du spec» tacle que me donne le peuple proprement dit. Il manque de lumières, mais il a des instincts que je trouve dignes d'admiration; on y rencontre, à un degré qui m'étonne et qui serait de nature à surprendre les étrangers, le sentiment de l'ordre, l'amour vrai du pays, et un trèsgrand sens dans les choses dont il peut juger par luimême et dans les matières où les rêveurs andjilieux auxquels on l'avait laissé livré ne l'ont pas trompé.
Adieu, mon cher Senior, etc.
Paris, mai 18i8.
Presqu'au moment où je recevais la lellre où vous m'exprimiez, ma chère cousine, le plaisir que vous donnaient les bonnes nouvehcs qu'on vous faisait parvenir de Louis, j'en recevais une de Louis lui-même daus
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laquelle il me parlait un peu de l'Allemagne et beaucoup de vous. Il me disait combien le temps lui semblait long- durant votre aljsence, comment vous étiez devenue nécessaire à son existence, le bonheur en un mot chaque jour plus sérieusement, plus profondément senti que lui donne votre union. Je ne puis vous dire, chère cousine, tout le plaisir que j'éprouvais en lisant à la fois ces témoignages de sentiments semblables. J'étais heureux de vous les voir donner à tous deux, heureux aussi de les recevoir de chacun de vous. Je mérite Tamitié que vous me montrez par l'amitié que j'ai pour vous deux.
Si les journaux que vous lisez, ma chère cousine, vous disent que nous allons de mal en pis, que la confiance publique achève de s'éteindre, que l'embarras des finances s'accroît, que la misère augmente, et que la confusion devient tous les jours plus grande en toutes choses, je vous avoue qu'ils me paraissent vous donner une idée fort juste de la situation. Tel est en effet pour le moment l'aspect de nos affaires, et si quelque grand homme ne nous tombe pas du ciel d'ici à peu de mois pour nous tirer du péril où nous sommes, j'ai bien peur qu'il n'y ait plus que la dure expérience de l'anarchie, de la guerre civile et de la ruine qui y parvienne. Or, comme le grand homme me paraît totalement absent, que je ne crois guère que les grands hommes s'impiovisent et que, d'autre part, les petits hommes malfaisants abondent et pullulent de tous côtés, je me sens fort inquiet et n'envisage l'avenir qu'avec de grandes