‹ Correspondance d'Alexis de Tocqueville, publiée en 1860Chapitre 24 sur 67 · CORRESPO.\n\Nf:E · texte numérisé non relu

CORRESPO.\n\Nf:E

appréhensions pour mon pays. Si jo n'avais (an! de parents et d'amis au milieu de celte tempête, la rmiosilc efrintérêt qu'excilent en moi la singularité et quelquefois la grandeur du spectacle que j'ai sous les yeux me feraient peut-être prendre mon parti. Je me suis tant ennuyéau milieu delà monotonie de nos derniers temps, que je devrais ne pas trop me plaindre de la diversité orageuse de ceux-ci. Mais pour penser ainsi, il faudrait ne voir dans les affaires humaines qu'un spectacle, et

j'y vois plus

Ne soyez pas trop longtemps sans nous donner de vos nouvelles. Emhrassez Louis pour moi, je vous prie, s'il a eu le bon esprit de revenir près de vous, et croyez à tous mes souhaits affectueux.

A LORD R ADN OR.

Paris, 26 mai 1848.

Mylord, je ne veux point laisser partir notre ami, M. Senior, sans le charger de vous porter une lellre. Lu vôtre m'a causé beaucoup de joie et de reconnaissance. Vous savez quels sont les sentiments de respect et d'attachement que je professe pour vous, et vous jiouvez comprendre que ce n'est jamais avec indifférence que je reçois une marque de votre souvenir el un témoignage de votre amitié.

M. Senior vous ou dira sur l'élal présiMil do la Ki'ance

A LOUD RAD^OIt. - ir.ii

j il lis que je ne pourrais le faire moi-même en ce moment, pressé comme je le suis par les nécessites el les travaux de la Vie publique. Notre situation est assurément très-grave; toutefois l'honnêteté et le bon sens de la masse du peuple me rassurent. La conduite de cette partie de la nation a été jusqu'à présent au-dessus de tout éloge, et s'il se trouvait des chefs en état d'utiliser SOS bonnes dispositions et delà conduire, nous sortirions bientôt de toutes les théories dangereuses et impraticables pour asseoir la république sur les seules bases durables, celles delà lilierlé et du droit. Notre plus grand péril vient de l'absence de chefs. Les anciens hommes |)arlementnires qui ont paru sous la monarchie ne peuvent en ce moment pi-endre les affaires. Ils seraient suspects ; et ceux-là écartés, une grande pénurie se fait sentir; on ne sait à qui confier les hautes fonctions politiques.

L'Angleterre me semble le seul pays d'Europe où le sol en ce moment ne tremble pas. Je crois cependant, si je puis me permettre d'exprimer une opinion sur un pays étranger, que les hautes classes d'Angleterre auraient bien tort de s'endormir dans une sécurité absolue. Nous sommes au miheu d'une révolution générale des peuples civilisés, et je crois ({u'aucim d'entre eux à la longue n'y échappera. Il n'y a qu'un moyen d'éloigner et d'atténuer cette révolution, c'est de faire avant d'y être forcés tout ce qui est possible pour améli(H'er le sort du peuple.

Madame de Toc(juevillo vous remercie, mylord, de

14(1 CORRESPONDANCi:.

votre souvenir. Elle vous prie ainsi (jue moi de ne pas Toublier auprès de lady Jane Ellice. Faites aussi mes amitiés, je vous prie, à M. Edouard, cl croyez à tous mes sentiments de respectueuse affection.

Paris, août 1848.

Mon cher ami, comme vous me l'avez demandé, je vous fais part de ce qu'il me paraît utile que vous sachiez. Le gouvernement vous apprend les faits. Ma tâche à moi est de vous dire autant que possible le mouvement des esprits qu'on ne voit bien que hors du pouvoir

Ce qu'il me paraît essentiel avant tout de vous faire connaître c'est la disposition de la grande majorité de l'assemblée à l'endroit des affaires d'Italie

Si la résistance de Venise n'amène pas immédiatement la guerre, elle facilitera singulièrement la négociation, ce me semble, l'Autriche ne pouvant plus vous opposer que tout est tini. Je ne sais sur quelles bases vous négociez, ni môme si vous en êtes déjà à avoir des bases. Je me ra})pelle seulement avoir vu quelque part, dans ce que nous a laissé NapoltHtii, soit à roccasion du

A GUSTAVE UE BEAUMONT. 14L traité de Campo-Formio, soit dans une autre partie de ses Mémoires, cette idée-ci : c'est que la ligne de l'Adige dans les mains des Autrichiens est une défense pour l'Allemagne; mais que la ligne du Mincio dans les mêmes mains, c'est une attaque contre l'Italie; que l'une ferme l'Autriche, et l'autre ouvre la Péninsule. Je finis sur la politique extérieure par cet axiome napoléonien

AU MEME

Paris, novembre 1848.

Votre première lettre m'avait déterminé à accepter la mission qui m'était offerte ^ Je n'ai voulu cependant le faire qu'après avoir eu une conversation avec le général Cavaignac. Cette conversation a eu lieu avanthier

Mais d'abord y aura-t-il lieu à une médiation et à une conférence? Si la monarchie autrichienne tombe en dissolution, où et comment traiter? Si, ce qui est plus probable. Vienne est repris, et qu'une réaction monarchique ail lieu, voudra-t-elle, au milieu de ce

' De rejuvscnter la France à la coiiiï'rcnce do Bruxelles, (lour régler 1rs affaires dllalic, par suite do la iiR'diation acceplée par l'Autriche de 1;» Frauce et de l'Angleterre.

Ii2 C0RRES1'0M)A>CE.

Iriomphe, traiter? Si la gueri-e se ranimait (!ii llalic, ])ouri'ait-on Iraiter? Je pourrais faire ])lusieurs autres liypothèses, à la lèlc (lesquelles je placerais en première ligne celle de voir, avant même que la négociation soil L'ommencée, un autre homme au pouvoir que le général Cavaignac

Nous venons d'apprendre qu'une insurrection formidable ensanglante en ce moment Berlin. L'Allemagne est donc sens dessus dessous d'un boul à l'autre. Qu'en résullera-t-il pour nous? Je crains cpie ce ne soit rien de bon. xVprès ces violentes crises, j'appréhende une réaction passagère mais redoutable de l'ancienne société ....

J'accepte avec grand plaisir votre invitation d'aller à Londres... Les affaires gagneront à l'intimité des négociateurs... Mais plus j'y pense, plus je doute que la conférence de Bruxelles se réunisse jamais.

A M. Giwrn;, kso.

l'ai-is, '27 fV-viior ISi'J

Mon cher monsieur (jrote, j'ai reçu les livres «pie vous avez bien voulu m'envoyer. Je ne vous ai pas écrit aussitôt, })arce que je ne voulais vous écrire qu'après vous avoir lu. C'est ce que je n'ai pu faire que très-

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