‹ Correspondance d'Alexis de Tocqueville, publiée en 1860Chapitre 30 sur 67 · VI. li · texte numérisé non relu

VI. li

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ainsi (|ue ju le disais luiil à llieuiv, de plus I'ccoikIs, iii qui expliquent mieux loul à la fois ce qui est arrivé aux Anglais et ce qui n'est pas arrivé aux autres nations féodales de l'Europe. Si vous rencontrez par hasard M. Macaulay, veuillez, je vous prie, lui poser respectueusement de ma part ces questions. Mais dites-moi ce (|ue vous pensez vous-même sur ce sujet et si vous connaissez des auteurs éminents qui l'aient traité.

Ce qui se remarque pour les personnes des deux côtés de la Manche, se fait voir aussi pour les biens. Eu France, la teinwe roturière est restée jusqu'en 1789 dans un grand état d'infériorité vis-à-vis le fief proprement» dit. En Angleterre, la tenure in free socJaige (qui était exactement la même ciiose dans l'origine que notre tenure en roture, comme le remarquent avec raison vos plus anciens auteurs), s'est rapidement élevée dans l'o- })inion au même niveau que le fief militaire; à ce point que, comme vous le savez, dans le milieu du dix-septième siècle, sous Charles II, on a pu abolir le fief militaire et le coiifondi-e avec la tenure in free wcka(je. Si dans le même temps, en France, on avait voulu faire une loi semblable, on aurait bouleversé tout l'ordre social d'alors. Louis XIV lui-même n'eût osé le tenter, s'il en avait eu l'idée. 11 serait bien curieux de savoir comment il est arrivé que chez vous une révolution semblable à celle qui avait lieu pour les personnes, s'est produite j)our les héritages, de telle sorte que des deux parts, l'inégalité naissant de l'origine a à peu près dispai'u pi>ur faii'c place à des inégalilc's d'autre espèce.

Mais vraisemblablement ce travail du temps est eiiveluppi' pour vous dans l'obscurité des âges, et vous n'eu savez sans doute pas plus que nous sur ce curieux problème de votre histoire.

Encore une question et je finis : celle-ci peut facilement obtenir une réponse. Le caractère des redevances féodales dans les deux pays était la perpétuité, soit qu'il s'agît de services ou d'argent. 11 en était de même j)our la dîme. Toutes ces servitudes des fonds de terre ne pouvaient se racheter. Le débiteur ne pouvait se libérer en olfrant un capital en argent ou une compensation quelconque. Je crois même que le possesseur du fond dominant (qui dans le système féodal n'était quune sorte d'usufruitier), n'aurait pu accepter une compensation semblable. Ces lois existent-elles encore aujourd'hui en Angleterre? le débiteur de rentes féodales ou de services peut-il obliger celui auquel il doit cette rente ou ces services de le libérer moyennant un certain prix? la libération peut-elle même avoir lieu par Taccord de ces deux hommes '.' la législation a-t-ellc varié sur ce point et quel est l'historique de ses variations? Je crois que ce renseignement peut m'être très-aisément donné. Remarquez que j'entends par rente ayant une origine ou un caractère féodal, celle (pii est fondée à perpétuité et n'admet pas le rachat, qu'elle ait été fondée ou non dn temps de la féodalité, qu'elle porle ou ne porte pas le litre de féodal.

Vous allez, mon cher ami, me trouver bien ennuyeux avec nies questions et dissertations. Mais de quoi voulez--

VOUS que je vous parle, si ce n'est de ce qui m'occupe? Je mène une vie de bénédictin, ne voyant absolument personne et travaillant lout le temps que je ne me promène pas. J'attends beaucoup de bien, el pour mon corps et pour mon esprit, de celle retraite claustrale. Ne croyez pas pourtant qu'au fond de mon couvent j'oublie mes amis. Nous parlons souvent d'eux, ma femme et moi, particulièrement de vous et de notre chère madame Grole. Je suis en train de lire vos manuscrits qui m'intéressent et m'amusent infiniment C'est mon délassement. J'ai promis à Beaumonl de les lui porter dès que j'aurai lini.

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