A MADAME AUSTIN
sons, madame de Tocqueville et moi, de tout notre cœur. Je voudrais bien pouvoir vous aller chercher, mais je ne sais s'il me sera possible de le faire, car nous sommes bien plus loin l'un de l'autre que vous ne seniblez le supposer, quoique habitant la même province. Il n'y a pas moins de quarante lieues d'ici à Trouville, et nous n'avons pas de chemin de fer dans cette direction
Je vous ai dû un véritable plaisir et un grand profit, l'été dernier, madame. J'étais sur les bords du Rhin lorsque le livre que vous veniez de publier sur l'Allemagne m'a été prêté \ Je l'ai lu avec un bien ^rand intérêt, et j'y ai appris beaucoup de choses que j'ignorais.
Je me suis occupé de l'Allemagne dans ces derniers temps ; et pour la mieux connaître, j'ai entrepris une chose qui n'était guère raisonnable à mon âge; j'ai entrepris d'apprendre l'allemand. Si je ne suis pas parvenu à le parler, je suis arrivé du moins à le comprendre et à le lire. J'ai donc pu mieux juger de la vérité de vos peintures et de la rectitude de vos jugements.
Adieu, madame. Rappelez-moi particulièrement au souvenir de M. Austin ; et surtout ne m'oubliez pas auprès de madame Reeve, que je serais très-heureux de revoir et de remercier, au bout de vingt ans, de l'aimable hospitalité que j'ai trouvée chez elle à Hampstead. Croyez à tous nos sentiments de véritable amitié.
' Germa»y from 17tiO to fSii, Irom the decay of llie Empire lo tlir expulsion of llie French. l vol. in-8, [Sol.
Tocqiieville, 16 scpleinlDrc 1855.
Le début de votre dernière lettre m'avait fort effrayé, cher monsieur de Circourt ; et, &i la suite m'a rassuré sur les conséquences de l'accident, je reste avec un vif désir de savoir ce qui s'est pas.sé depuis que vous m'avez écrit. Quel horrible danger a couru là madame de Circourt*! On ne saurait y songer sans frémir! Combien de femmes ont succombé de la manière la plus cruelle à la suite d'événements de la même espèce ! Jamais la présence d'esprit et le courage n'ont été plus utiles. Je me suis toujours figuré du reste qu'elle possédait ces deux qualités à un haut degré, et je suis heureux de voir que j'avais si bien jugé. Veuillez lui répéter, je vous prie, qu'ici tout le monde, et en particulier madame
* Tout le monde h Paris sait raffrcux accident auquel se rapporte cette lettre. Le 18 août 18£5, le soir, au moment où madame de Circourt se nitirait dans son cabinet de toilette, le bougeoir qu'elle portait à la main mit 1(^ feu à une garniture de dentelles qu'elle avait nouée sous le menton. La flannne gagna aussitôt d'un côté les cheveux, de l'autre la robe, et brûla profondément l'oreille, le cou et l'épaule. 11 en résulta une horrible lésion. Une contraction des muscles brûlés a succédé à la cicatrisation, et aujourd'hui, après plus de cinq années, madame de Circourt éprouve encore les plus cruelles souffraucos, qui, sans faire perdre à son esjirit aucun de ses charmes, ni à son cœur aucun de ses dévouements, mettent chaipie jour en lumière quelques traits nouveaux de son admirable caractère : le courage, l'énergie et la sérénité de l'âme dans la douleur. (Noie xle l'édition de 18G0.) — Madame de Circourt a succombé depuis aux suites de cet affreux nccideut.
A MADAME SWETCIIIM:. 297
de Tocqueville, l'a plainte et admirée, et désire vivement la savoir totalement guérie. Offrez-lui nos félicitations pour avoir échappé à un si grand péril et surtout ne tardez pas à nous donner encore de ses nouvelles.