‹ Correspondance d'Alexis de Tocqueville, publiée en 1860Chapitre 48 sur 67 · A MADAME S W E T C 11 1 N E · texte numérisé non relu

A MADAME S W E T C 11 1 N E

ToLijucvillc, 10 sL'jileniljrc 1656.

Vous m'avez écrit il y a près de trois semaines, madame, la lettre tout à la fois la plus aimable et la plus intéressante, et je ne vous ai pas encore répondu. Je voudrais que vous trouviez dans votre cœur, qui contient tant (rindulgence, quelque raison pour m'excuser. Pour moi, je n'en trouve point; et je n'ai rien àr dire, si ce n'est que j'ai toujours été le plus mauvais correspondant du jiionde, le plus irrégulier, le plus intermittent, et que mes lueilicurs amis, qui se sont toujours plaints de ce défaut, me l'ont toujours pardonné, par la considération que ce n'est point l'oubli ni l'indifférence qui m'empochera jamais d'écrire, mais une sorte de paresse d'esprit dont je ne suis pas le maître. Je ferais volontiers comme un compatriote que j'ai rencontré en Amérique, qui, quand il avait quelque chose de pressé à dire à ses amis, faisait cent lieues plutôt que d'écrire une lettre. Bien différent en cela d'un mien voisin qui, au contraire, était si peu maître de sa parole et si habitué à sa plume que, si dans la conversation on lui poussait un argument un peu vif, il vous quittait aussitôt, montait un petit cheval qu'il avait laissé à la porte en venant, et retournait au galo}) dans sa gentilhommière pour écrire ce qu'il aurait dû répondre. Je suis aux antipodes de celui-là, mais je me rapprocherais volontiers de l'autre.

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