A W, P.. GREG, ESQ
dans les mains de la foule, el de subsliluer à l'idée de la garantie que donnent un grand intérêt de conservation et la sagesse supérieure des hautes classes, le pur dogme de la souveraineté numérique du peuple ; quand il s'agira non-seulement de savoir où est la loi, mais où est réellement le droit. Mais je me permettrai de penser qu'un tel événement ne peut être amené que par une résolution préconçue de la part des hommes politiques, et ne saurait naître que de circonstances et de faits nouveaux. Ces circonstances et ces faits se produiront-ils en Angleterre ? sont-ils déjà en partie produits ? Je ne. me ha sarderais à dire ce que je pense sur ce point qu'avec beaucoup de timidité et d'hésitation ; car qui peut se fiai ter de connaître un pays étranger? Les habitants du pays sont souvent placés trop près des détails pour apercevoir les idées d'ensemble ; mais les étrangers sont toujours plates trop loin pour apercevoir certains faits de détail qui modifient cependant les faits les plus généraux.
Paris, 22 octobre 18o8.
P. -S. J'ai commencé cette lettre il y a trois semaines. Il me semblait que j'en avais encore très-long à vous dire; mais je suis tombé malade. Je suis venu à Paris me faire traiter. Je vais mieux, mais suis encore trèssouffrant et prêt à partir pour le Midi, où les médecins m'envoient pour l'hiver. J'en reste donc là de ma lettre, .le vous demande j)ardon de l'avoir gardée si longtemps
dans mes mains. Peut-être un jour pourrai-je reprendre le sujet. Si vous me répondez, veuillez le faire à Cannes, département du Var.
Paris, 11 odobro 1858.
Mon clier ami, c'est avec beaucou}) de raison que vous avez pensé que ma santé était la cause du silence inusité que je gardais avec vous. Depiiis deux mois en effet je suis malingre. Je ressentais dans la poitrine des sensations qui m'inquiétaient. Je suis venu à Paris. Là on a découvert à l'instant que j'ai une bronchite : c'est ce que nos anciens appelaient moins savamment un catarrhe. Cette maladie, qui n'est pas fort grave en elle-même, s'étant cantonnée d'un côté de la poitrine qiii depuis huit ans a déjà subi l'épreuve de deux autres maladies, demande fort attention. Je suis donc ici à me traiter. Dans une quinzaine de jours je gagnerai les bords de la Méditerranée, Cannes vraisemblablement, pour y passer l'hiver. Vous comprenez que tout ceci me cause un profond découragement et un extrême chagrin ; mais il ftmt bien se soumettre aux conseils de mes médecins. Si je suis passablement portant à Cannes, j'y travaillerai d'une manière très-efficace : voilà le beau côté qu'il faut regarder. L'inconvénient de ma retraite de Tocqueville,
qui m'est si chère et où j'ai passé les plus doux moments de ma vie, est d'être trop agréable pour y très-bien travailler. Ce ne sont pas les grandes émotions qui rendent l'esprit improductif; elles sont comme le vent qui pousse de tous côtés la flamme de la pensée. Ce qui l'amortit, ce sont les petites occupations agréables qui détournent l'esprit et l'empêchent de se fixer. Vous voyez que je cherche à me dorer la pilule. Je vous avoue que j'y ai grand'peine.
Je ne vous en écrirai pas plus long aujourd'hui.. J'imagine que vous ne revenez pas ici avant novembre; ce n'est donc que le printemps prochain que je pourrai vous serrer la main, ce dont je m'afflige ; car je vous tiens pour un de mes meilleurs et plus chers amis. Aussitôt arrivé là-bas, je vous donnerai de mes nouvelles.
Cannes, 12 novembre 1858.
Cher monsieur de Circourt, je reçois votre lettre du 8, et je vous en remercie. Pardonnez- moi, je vous prie, de n'avoir pas répondu à celle que vous m'avez écrite à Paris. Les circonstances dans lesquelles je me Irouvais seront mon excuse. Ce n'est que six jours avant mon départ de Paris (où j'ai été retenu jusqu'au 18 octobre) qu'on a pu me débarrasser d'une fièvre qui me tenait
4(i0 CORRESPONDANGK.
depuis un mois, et qui, iiidépcndammonl do ce qu'elle aunonçait un bien mauvais élat des bronclies, épuisait rapidement mes forces. J'étais déjà fort affaibli quand je m(! suis mis en route. Le voyage s'est Ml dans les circonstances les plus contraires. Arrivé au bout du chemin de fer, il a fallu trois journées de voiturin pour arriver ici. Le voyage a duré en tout huit jours, pendant lesquels nous n'avons cessé d'être accompagnés par un vent violent et glacial. J'étais véritablement à bout de forces, et ma femme très-souffrante, quand enfin nous avons gagné notre gîte. Voici huit jours que nous y sommes établis. Je commence à me remetire des fatigues excessives du voyage. Mais je suis bien loin d'avoir repris mes forces; cl il far.dra, je crois, assez longtemps pour les reprendre entièrement. Nous sommes, du reste, établis dans la maison la plus agréable, en face du soleil et d'un pays magnifique. Mais le temps reste froid d'une manière inaccoutumée ; et les montagnes qui nous environnent sont encore couvertes de neige. Je ne puis et ne pourrai encore de quelque temps me remettre sérieusement au liavail. Maisjci n'en sens que plus le besoin de lectures intéressantes qui amusent mon esprit sans le fiitiguer. Qui mieux que vous peut m'indiquer s'il en existe? Y a-t-il quelques publications nouvelles ou récentes de quelque nature que ce soit que vous puissiez me recommander? J'aime beaucoup les bons Yoijagefy, et ce qui fait connaître les différenls pays de la terre. Mais il ne paraît guère d'ouvrages de celte espèce en français, et les livres andais sont difficiles à avoir et tiès-chers.
A 31. DE CORCELLi:. 461
I>es nouvelles découvertes en Afrique piquent vivement ma curiosité. Tout ce qui se rapporte à l'Asie orientale, à la Sibérie, aux nouvelles conquêtes de la Russie sur l'océan Pacifique, tout cela a un grand intérêt pour moi. De bons voyages en Sibérie avec de bonnes cartes m'amuseraient beaucoup. Je vous demande probablement de m'indiquer ce qui n'existe pas, mais je saurai du moins, après vous avoir consulté, à quoi m'en tenir.
Je suis désolé de ce que vous me dites de la santé de madame de Circourt. Quelle succession de souffrances et de misères est la conséquence de ce malheureux accident! Veuillez lui dire que personne ne la plaint plus que moi.
Je n'ai pas besoin de vous dire combien toutes les nouvelles publiques et particulières que contiennent vos lettres et les commentaires que vous y joignez ont de prix à mes yeux. N'épargnez, je vous prie, ni l'encre ni le papier en m'éciivant. Mais surtout croyez à mes sentiments de sincère amitié.
A M. DE GORGELLE
Ciinnos, 22 novembre 1858.
Mon cher ami, votre lettre et le soleil sont arrivés en même (emps et ont été tous deux très-bien reçus. Pour commencer par le soleil, je vous dirai que depuis ma
162 COKUESPONDAiNCE.
dernière lellreil s'est fait «ne révolution clans le ciel de ce pays. L'air est devenu serein et aussi doux qu'il était troublé et aigre. Nous nous sommes trouvés tout d'un coup en plein printemps. Ce changement est arrivé fort à propos. J'ai pu sortir, autant que mes forces encore très-épuisées ont pu le permettre.
En somme, je suis en progrès sensible; mais c'est un progrès très-lent. Comme mon coi'ps a un besoin extrême de se refaire, je ressens continuellement un appétit de naufragé; mais l'estomac a plus de désirs que de capacités. C'est ce qui n'arrive pas seulement aux estomacs.
Je n'ai jamais pu me procurer l'article de Montalembert. Je lui ai écrit pour le lui demander et lui exprimer ma sympathie... •
L'établissement du système représentatif en Prusse, s'il s'y établit ])aisiblement et y prospère, sera un grand événement, non-seulement pour la Prusse, mais peu à peu pour toute l'Allemagne; non-seulement pour la politique intérieure des Etats, mais pour la politique générale des affaires du monde.
Mais ce n'est pas à un pauvre malade reclus dans un petit coin retiré, à pensera ces choses ni à en parler. Je vous embrasse; mille souvenirs bien alfectueiix autour de vous.
\ .)..]. AMPEHE. 465
Cannes, 5 décemljre 1838.
Mon cher ami, j'apprends que les journaux de Paris, répétant un article d'un journal de Cherbourg, annoncent que mon frère est parti précipitamment de Nacqueville pour venir ici, où je suis très-malade. Je sais que cette nouvelle a mis en émoi mes amis, et comme je crains qu'elle n'arrive jusqu'à vous, je me hâte de vous écrire ce qui en est. Tout est faux dans la nouvelle, si ce n'est que mon brave Hippolyte, sachant le pénible isolement dans lequel nous vivons, a parcouru en droiture les trois cent cinquante lieues qui nous séparaient et est venu s'enfermer pour un mois dans notre trappe. Quant à ma santé, voici le vrai sur elle : un engorgement d'une partie des bronches est toujours une maladie grave et qui peut devenir dangereuse. Mais quant au danger actuel ou prochain, il n'y en a pas de traces. Ma santé, depuis un mois que je suis ici, n'a cessé d'être en progrès. Je ne pouvais faire cent pas en arrivant sans me reposer. Aujourd'hui, je me promène pendant plus d'une heure dans les montagnes qui environnent ma demeure. Le médecin prétend même qu'il y a déjà une amélioration visible dans l'état des bronches. De cela je ne m'aperçois pas beaucoup; mais, en tous cas, il n'y a pas progrès dans le mal. Voilà l'état vrai des choses. J'espère qu'un hiver dans ces lieux me guérira ; mais sur ce point, il
iU CORRESPONDANCE,
n'y a que ravcnir qui peut décider. Hipjiolyle est venu bien à propos pour interrompre notre profonde solitude cl jeter un peu de mouvement dans notre vie. Ce n'est pas une petite affaire que de supporter le seul poids du temps (indépendamment de celui de ses maux) quand on n'habite point chez soi, qu'on ne peut occuper sérieusement son esprit, qu'on ne peut faire faire au corps des exercices Irès-prolongés, qu'on n'a autour de soi ni famille ni connaissance, et qu'il faut vivre presque sans mouvement sur le fond de ses propres pensées. Les premières semaines ont été fort dures. Nous étions parvenus néanmoins h une existence supportable. J'avais fait venir des livres que je désirais lire depuis longtemps et qui n'étaient point tombés sous ma main. Le soir, où la lecture me faisait mal, j'y suppléais par un lecteur. J'ai découvert à Cannes un bon petit jeune homme, aspirant, je crois, au séminaire, qui vient passer une partie de la soii'ée avec nous, pour lire tout haut. 11 nous vient trèsrégulièrement, accompagné de sa mère, qui tricote dans l'antichambre. C'est une grande ressource. Mais la principale de toutes, c'est le retour des forces, c'est la possibilité de courir dans les montagnes, c'est surtout l'espérance de la guérison, qui fait accepter bien aisément l'ennui des remèdes... Nous ne sommes point du tout mécontents de notre existence actuelle, malgré qu'elle soit sévère... .fe ne vous en dis pas plus long, parce que j'ai à répondre à beaucoup d'amis qui m'écrivent pour savoir si, par hasard, je ne suis pas mort.
A J. J. .V.Ml'ÈliE. 41.5
AU MÊME
Cannes, 30 décembre 1838.
Je VOUS demande pardon, moucher ami, de n'avoir pas répondu plus tôt à votre lettre du 14. La cause en est surtout aux journaux, qui m'ont obligé à une correspondance longue, fatigante et fort attristante après tout. Quand on peut dire à des gens qui vous croient trèsmalade qu'on ne s'est jamais mieux porté, passe,encore. Mais quand il faut expliquer cinquante fois que, sans être très-malade, ainsi que l'ont dit les gazettes, on est cependant assez malade, cela finit par être mélancolique; et ce perpétuel retour sur ses maux finit par faire douter si les journalistes ont aussi menti qu'on le prétend'.
Depuis ma dernière lettre, les choses ont continué à marcher vers le mieux. J'ai, sous beaucoup de rapports, les apparences d'un homme bien portant. Je dors, en général, bien; je nange de bon appétit et mes forces sont assez revenues pour que je puisse, en me reposant seulement un peu entre deux promenades, parcourir i)endant trois heures mes montagnes. Le chmat est, en général, magnifique. Malgré tous ces progrès, j'avoue que
' Tous los journaux de Paris et de Londres avaient répété un article niallioureuscment trop vrai du journal de Cherbourg, qui, sur la nouvelle du brusque départ pour Cannes du frère aîné dAlexis de Toc(pieville, avait donné lieu de penser à tous ses lecteurs que celui-ci était dans le plus grand danger.
je suis peul-èlre plus préoccupé de la gravité de ma maladie que je ne l'étais en arrivant, bien que je fusse alors dans un si cruel état que j'ai jK'inc à en imaginer un pire. Ce qui m'inquiète, c'est qu'à tout ])rendre la maladie des bronches dure toujours, et que, comme mon estomac refuse les remèdes les plus efficaces en pareil cas, je ne sais trop comment cela finira. Le médecin me donne les plus fermes assurances deguérison; mais qui sait ce qu'il pense au fond? et d'ailleurs les médecins ne savent pas plus l'avenir que les astrologues.
J'en viens, mon bon ami, à ce qui fait le suj(!t principal de votre lellre. Je puis bien vous assurer en toute vérité que je n'avais pas besoin de tous les détails que vous me donnez pour être convaincu que si vous n'êtes pas déjà venu à moi, c'est que les raisons les plus fortes vous en empêchaient. J'ajoute, mon bon et cher ami, que non-seulemontjene vous ai pas attendu, sans pour cela vous en vouloir dans un degré quelconque, mais, je vous dis ceci du fond du cœur, que je vous prie très-instamment et très-sincèrement de ne pas venir. Je vous connais jusqu'au fond, et c'est pour cela que j'ai une affection si véritable pour vous. Je juge peut-être mieux l'état de votre àme que vous ne pouvez le juger vous-même. Je sais que si vous veniez ici, vous y vivriez dans un état d'agitation intérieure et profonde que rien ne pourrait dérobi.'r à mes regards. Cela vous ferait souffrir, et la vue de cette agitation détruirait de fond en comble tout le plaisir que me ferait sans cela votre présence. Il faut savoir prendre le temps comme il vient. Votre cœur est
le même pour moi, mais les eirconstances sont changées. Le moment de crise (et je ne crois pas en avoir éprouvé une pareille dans toute ma vie) est d'ailleurs passé. J'ai repris mes forces. Je puis m'occuper soit au dehors, soit au dedans. Je ne saurais me livrer à des travaux sérieux, il est vrai ; mais je puis lire non-seulement au jour, mais à la lumière, ce que je ne pouvais faire il y a quinze jours encore. Quant à la conversation, elle m'est encore peu nécessaire, puisque je suis condamné au silence. D'ailleurs, ainsi que je vous le disais, mon frère est avec nous, et y restera encore assez longtemps. Enfin, ma femme, dont la santé m'avait si longtemps désolé, va mieux. Elle peut reprendre la place immense que vous savez qu'elle occupe dans ma vie.
Cannes, 7 février 1859.
Mon cher ami, je profite des premiers commencements de ma convalescence pour rentrer en communication avec vous. Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit. Je vous assure que l'impossibilité de le faire était absolue. Ah! mon cher Lanjuinais, ({uel horrible mois de janvier je viens de passer! Il n'y a que le malheureux qui a dû supporter ces quatre semaines qui puisse s'en faire une idée. Mais [tardoniiez-moi de ne pas vous
4(J8 C01U;H81'0.MjA\€E.
faire l'historique des douleurs et des misères qui m ont accablé. Mon imagination cherche au contraire à s'en éloigner. Me voici, Dieu aidant, en pleine convalescence. Et à l'extrême faiblesse près, que je ressens enccTi'e, je pourrais dire que je me trouve bien.
Si l'état de faiblesse dans lequel je suis encore m'empêche d'écrire longuement à mes amis, il ne m'empêche pas de continuer à les aimer de bien bon cœur et de désirer qu'ils veuillent bien ne pasm'oublier dans cette passe critique de ma vie, et m'écrire souvent. Je ne puis encore ni lire, ni pour ainsi dire écrire, ni parler, par prudence. Cela me jette souvent dans des abîmes de noir à donner envie de pleurer. Priez donc tous ceux que vous savez s'intéresser à moi de me faire la charité de m'écrire. C'est le seul plaisir intellectuel qui me soit permis. Vous m'avez adressé une lettre bien intéressante il y a deux jours. Dans la lettre précédente, vous m'aviez enfin annoncé que vous aviez fait choix d'une terre. Cela m'a causé un mouvement de joie et le pays que vous avez choisi accroît encore ma satisfaction^ Mais vous ne m'avez pas fait une desciiplion des lieux; ne manquez donc pas de le faire, cela m'intéressera beaucoup. Je finis parce que ma main et ma tête sont fatiguées. Tout à vous de cœur.
* La IciTc t'I le cliitlcau de Sainl-Fraiiibaiil, près l.a SiiZ'', dans i,i Sarthe.
A M. LE co:\m': de crncnuRT. 460
Cannes, 9 février 1859.
Mon cher Mill, j'ai reçu liier votre livre sur la Liberté. Il est venu me trouver à Cannes, où ma santé m'a forcé de venir passer l'hiver. Je ne saurais vous .dire combien je suis touché de ce souvenir de votre part. Je ne doute pas que vous n'ayez donné à votre sujet la toin^nure originale de votre esprit, et que la vigueur rare dé celui-ci n'ait laissé son empreinte sur votre œuvre. Je vais vous lire, quoique je sois encore un peu faible, et je ne doute pas que je ne sente à chaque instant que sur ce terrain de la liberté nous ne saurions marcher sans nous donner la main.
Cannes, 9 n'vrier 1859.
Cher monsieur de Circourt, je ne saurais vous dire combien je vous suis reconnaissant pour les lettres que vous m'avez écrites dans le temps où je ne pouvais réj)ondre. Vous êtes certainement, de tous mes amis, celui qui a le mieux compris qu'un homme qui est incapable de faire courir sa main sur le papier, garde des oreilles poui- écouler ce qu'on peut lui mander d'intéressant, et
une intelligence pour comprendre et goûter ce qu'un correspondant comme vous peut lui écrire. C'est même quand on est dans le triste état dont je parle, qu'il est particulièrement précieux d'apprendre ce qui peut réveiller et amuser l'esprit. Grâces donc vous soient rendues, et ne vous lassez pas, je vous prie, de l'œuvre de charité intellectuelle que vous avez entreprise. Je commence, d'ailleurs, à pouvoir être un moins mauvais correspondant, et serai bientôt en état de répondre. Mes forces me reviennent rapidement, et si le climat de Cannes voulait bien tenir ce que l'on promet en son nom, je ne doute pas que ma santé ne fît sur-le-cliamp les progrès les plus rapides.
Maintenant arrivons sur-le-champ à ce qui me touche le plus près. Madame la duchesse de Rauzan m'a témoigné dans ces derniers temps un intérêt dont j'ai été profondément touché. Je vous prie de lui exprimer pour moi ce S".ntiment, qui est ti'ès-sincère. Ses deux petits mots témoignent d'un inquiétude réelle : je n'oublierai jamais cette marque d'une amitié qui m'est si précieuse. Je lui écrirai dès que je serai quelqu'un ; mais en ce moment je ne suis encore qu'un je ne sais quoi qui cherche à être.
Quoique ainsi réduit à une ombre, j'ai encore la faiblesse de m'intéresser aux choses })oliliques et même aux choses littéraires de ce monde; el tout ce que vous me direz ffur c(; double sujet sera reçu avec grand plaisir. A-(-il paru quelque livre nouveau que je puisse faire venir?