II ERMITE A STIELTJES
Paris, 12 octobre 1888.
Mon cher ami,
Je viens vous remercier et vous dire que votre théorème
m'a fait grand plaisir; permettez-moi, en même temps, de vous prier de publier votre lettre dans le Bulletin de M. Darboux afin <[ne d'autres que moi en profitent. Les valeurs principales des intégrales définies dont Cauchy, qui en a donné le premier la notion, a été seul jusqu'ici à employer, méritent, comme vous le faites bien voir, la plus grande attention, el je pense que, à cet égard tout particulièrement, la publication de votre lettre rendrait grand service.
Permettez-moi de rapprocher votre expression
d'un résultat que m'a communiqué M. Lerch. Soit
QO) = / xa~le~x dx •j 1,1
la fonction holomorphe de M. Prym, on a
i r°° e«*xx-a ,
ewQ(a)=— / d.r.
r ( i — a ) J0 i-hx
Ces fonctions Q(a), Q(«) sont d'une nature très mystérieuse,
248 CORRESPONDANCE d'hERMITE ET DE S I IF.LTJF.S.
bien qu'holomorphes, et, quelque mal que je me suis donné pour v parvenir, je n'ai pas, à mon gré, réussi à trouver une expression suffisamment explicite pour Q(#). Il y a quelques mois, en ayant sous les veux le simple développement en série
Q(fl)=2c„fl" où c„= ] I
e-x\osncc ,
l'idée m'esl venue de chercher, en appliquant la méthode de Laplace, la ^ • 1 1 • 1 1 1- asymptotique de :?„. Voici ce que j'ai trouvé; écrivant d'abord, au moyen d'une intégration par parties,
e~x ïo"nx dx.
Je désigne par x-=\ la racine de l'équation xlogx = n et j obtiens
M. Bourguel a eu la bonté d'appliquer celle formule en supposant /j = i8, afin de voir l'approximation. On trouve alors
C17 = 0,0000 COOO OOOO 12. . .,
et l'une de ses Tables donne
c17 = 0,0000 0000 0000 is. . . .
ce qui esl un accord plus grand que je ne pouvais l'espérer. Mais mon expression avec la quantité ; ne fait que me confirmer dans mon sentiment de la nature analytique profondément cachée el abstruse de la transcendante. Comme ç est évidemment moindre que //. on reconnaît que la limite pour n infini de
it 1 ,
Vcn-\
est inférieure à l'unité, ce qui est d'un mince intérêt.
J'e pèi ■ que nous ne vous refuserez pas à la publication de ms le Bulletin de M. Darboux, à qui je la donnerai,
à moins d'avis contraire de votre part. Pensez-vous aux coupure des équations modulaires? Permettez-moi d'espérer que vous ne les oubliez pas, e1 veuillez agréer, mon cher ami, La nouvelle assurance de ma bien sincère et cordiale affection.
J'ai écrit avant les vacances à M. Bosscha qui avail eu la bonté de me demander si j'avais reçu le premier volume des Œuvres de Christian Huygens, pour l'informer qu'il ne m'étail pas parvenu. Pourriez-vous, si \<>ns en aviez l'occasion, faire savoir que la maison de librairie qui doit me le remettre ne l'a point encore fait.