HERMITE A STIELTJES
Paris, 29 mars 1887.
CuEa Monsieur,
M. Mittag-Leffler a pris pour sujet de ses leçons à l'Université de Stockholm, le Mémoire de Riemann sur les nombres premiers qui a été l'objet des excellentes recherches dont vous avez donné les résultats dans les Comptes rendus de i885. Le théorème merveilleux que le nombre des racines de l'équation ^(;) = o, dont la partie réelle est comprise entre les limites o et T, est
— log j
a naturellement appelé son attention et il m'écrit qu'il lui a été impossible de le démontrer, en faisant appel à mes lumières. Vous ne serez pas surpris que j'y ai répondu par le conseil de recourir aux vôtres, qu'il a suivi avec empressement. M. Mittag-Leffler se trouve cependant arrêté à un point, il ne peut voir comment vous établissez que la série
220 CORRESPONDANCE d'iIERMITE ET DE STIELTJES.
est convergente tant que la partie réelle de s surpasse - > et c'est en
son nom que je viens vous prier de vouloir bien lui écrire pour le tirer d'embari-as. Vous lui ferez grand bien en lui donnant les éclaircissements qu'il attend, me dit-il, avec impatience.
Permettez-moi une remarque élémentaire et pédagogique sur les facteurs primaires à laquelle m'a fait penser le passage de l'expression
sina: = :r I | | i
/tTI
à celle-ci
cosa? = I I ( I— -^ J e'"'^
On y parvient immédiatement, au moyen de l'équation sin2a7 = 2sina7 cosa?
qui donne cos^r ^ -^^ — -. — ? mais on peut désirer d'y parvenir en changeant :r en [- x. Considérez plus généralement la formule
où les polynômes P«(cr) sont de degré quelconque. En changeante: en .r + ç, l'identité
permet d'abord d'écrire
on obtient ensuite, en divisant membre à membre avec l'expression
que je vais appliquer au cas de sinx. On trouve alors
qui ne donne point pour ^ == - la même formule que tout à l'heure.
La réponse à cette difficulté est dans l'expression plus générale que voici, où a désigne une constante quelconque, à savoir
sin(a^-+-n
. i Z± ;^ g — .i-col
Faites, en effet, en particulier «= '-■, avec ^= -, et vous
avez bien le résultat cherché. Enfin isolez le facteur qui correspond à « = o, vous avez la quantité
et comme cotrt s'annule pour a = o, vous parvenez à l'autre
formule .
Et tels sont les pauvres fruits de mes leçons.
En vous renouvelant, mon cher monsieur Stieltjes, l'assurance de mon amitié bien dévouée.