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Sire, vous entendrez (s’il vous plaist) de la Royne l’occasion qui me [force] de m’esloigner de Voz Majestez qui ne sera touteffois en lieu où vous n’ayez plus de puissance de commander que là où vous estes ny en autre vouloir et intention que de venir représenter et jetter à voz pieds pour vous rendre compte de toutes mes actions aussitost que je sçauray que Vostre Majesté et celle de la Royne ne seront point forcées comme elles sont aujourdhuy et que absolument et librement elles commanderont. Voulant cependant demourer en vostre obéissance autant ou plus que jamais, ce que, Sire, je supplie plus que très humblement Vostre Majesté de vouloir croire, comme ung de voz plus humbles, obéissans et fidèles subjectz et serviteurs, et vous soubvenir en attendant de l’estât paisible et tranquille en quoy fut trouvé vostre royaume et les affaires
1. Cette lettre et la suivante furent interceptées par les ennemis du cardinal. (Voy. le manuscrit dont nous extrayons l’une et l’autre.)
d'icelluy aveq espérance grande d’aschever de jour à aultre de bien en mieulx, s'ilz eussent esté conduictz et maniez de la façon et manière que la royne et le roy de Navarre les avoient acheminez loursque ceulx qui sont aujourdhuy près de vostre personne 1 s’en entremirent, ensemble vous mettre en mémoire l’estât misérable et calamiteux auquel depuis leur venue ilz ont réduict en vostre royaume, toutes choses n’ont jamais cessé depuis qu’ilz ont esté à vostre court de faire à l’appétit de votre mécontentement, qu’ilz se sont donnez d'eulx-mesmes tant de praticques et menées avec les ambassadeurs des princes estrangiers et aveq lesdicts princes, mesmes qu'ilz ont mis les gens de guerre estrangiers dans vostre royaulme pour leur ayder à exécutter leurs desseings et entreprises qui sont assez notoires et mesmes à la Royne qui voz pourra dire quels ils sont et monstrer par lettres et mémoires qui luy en furent baillés l’hyver passé, ce que se brassoit par ceulx de ccste heure-là, à ce que vous puissiez, Sire, faire jugement là dessus et devoir des ungs et des aultres, ce que j’espère bien, attendu le jugement naturel et grandes vertuz dont Dieu a donné vostre jeunesse, que vous sçaurez bientost cognoistre et que j’auray cest heure de veoir ce temps là auquel pourrez faire la différence d’entre [c]eulx qui n’ont jamais regardé que leurs passions particulières et les aultres qui n’ont jamais eu aultre but ne intention que doibvent avoir les très humbles et loyaulx subjects de Vostre Majesté à vostre service, ce que sera guerres difficile quant l’on mettra en comparaison le département de l’une et l’aultre partie ; car d’ung costé ne s’y treuvera que toutes forces et violences et de l’autre toute loyaulté et obéyssance par lesquels marques dernières sont ceulx qui les portent, tellement deschassez que la pluspart n’oseroient comparoistre en vostre royaulme quoy que ce soit, qu’on ne les poursuyve en leurs biens et personnes, qui me contrainct de me retirer comme beaucoup d’aultres.
I. Le duc de Guise, le connétable et le maréchal de Saint- André, qui avaient formé une alliance connue dans l’histoire sous le nom de triumvirat, destinée en apparence à défendre les intérêts catholiques, en réalité à dominer le trône et à s’emparer de la puissance gouvernementale effective.
Suppliant le Créateur vous faire de bonne heure la grâce que à chacun vous en puissiez rendre le salaire qui luy appartiendra, et après avoir présenté mes plus que très humbles recommandations à la bonne grâce de Yostre Majesté, je prieray Dieu qui vous doint, Sire, en très parfaicte santé plus que très heureuse et très longue vye.
De Chastillon, ce xx e jour d’aost i5Ô2.
Vostre très humble et très obéyssant subject et serviteur,
Le cardinal de Chastillon.
[Copie du temps]. B. N.. /, français , 10193. fc* 192 et U )3 r«>.
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[.4 h 'Heine-mère ].
Madame, m’estant retiré en ma maison suivant la permission qu’il avoit pieu au Roy en vostre faveur me donner avecques seureté pour mes personne et biens, je n’y ay pas esté presque plus tost arrivé que, comme je vous ay desjà mandé, l’on ne m’ayt adverty de toutes parts où j'ay du bien que l’on me le faisoit saisir; et encore depuis quelques jours ne cessent de me venir advertissemens l’un sur l’autre que la Court de Parlement, à la requeste des gens du Roy doibvent décerner adjournement personnel et prinse de corps contre moy dont désire rien mieulx que mes actions, tant du passé que celles qui peuvent regarder l’advenir fussent congnues par tous les gens de bien. Je ne me donneroys pas beaucoup de peyne et mesmes cognoissant que de vostre naturel vous este tant juste et raisonnable que vous ne vouldriez jamais souffrir que une injustice fust faicte à ung de vos subjeetz qui vous est si fidèle et affectionné serviteur que vous sçavez que je l’ay esté,
1. Imprimée dans les Mémoires de Coudé (III, p. 60 5-frr) et depuis par M. Delaborde (of>, cit .. Il, p. 5 ~ 5 ).
que je suys et seray toute ma vie, avecques ce que moy et les miens nous sommes par trop apperceux de la faveur qu’il vous a pieu nous porter jusques icy, pour recepvoir quelque mauvais traitement à vostre sceu et contentement où vostre volunté et puissance seroyent libres. Mais cejourd’huy ne sont point si petitz que chacun ne voye bien qu’ilz ausent entreprendre et comme tout ce royaulme s’en treuve et vous-mesmes, Madame, qui ne faictes sinon ce qu’ilz veullent, voyant aussy que mesdictz ennemys, comme il est notoire à chacun, ne cherchent rien tant que la ruyne de moy et toute ma maison, et mesmes qu'il y en a l’un d'eux qui n’a point eu de honte de ce faire nommer pour l’un de mes principaux juges dans ung rescript du pappe que l’on m'a dict qu'il a faict venir de Rome pour me faire mon procès, et dont le pappe a esté tellement sollicité ou plustot importuné par l’espace de plus de six moys que, pendant lesdictes sollicitations et importunitez , il luy est echeu de dire que encores qu’il ne trouvast bon ni raisonnable de l'accorder, il veoit bien qu’il seroyt à la fin contraincte de le bailler malgré luy comme il a faict, ainsi qu’il m'a esté donné a entendre par des gens de bien dignes de foy, il m’a à ceste cause semblé, Madame, qu’il seroit plus tôt trouvé bon de Vos Majestéz que aultrement que je me retiràsse, comme je fais, en quelque lieu de seûrité et hors de leur puissance pour préserver mon honneur et ma vie de leurs maulvayses intentions en mon endroyt, jusques à ce, s’il est possible, que le Roy soit en aage de commander, qui ne sera jamais si tost que je le désire, et que je puisse veoir Sa Majesté juger de laquelle des deux partyes il aura esté plus fidèlement servy pour incontinent m’en aller jetter à voz piedz et vous rendre compte de moy, ensemble me submettre à vos bons playsirs et commandemens, vous rendre aussy le service que je suis tenu et obligé, vous suppliant touteffois cependant, Madame, ne treuver maulvaise cette retraicte que je fay, qui ne sera en lyeu où n’ayez sur moy toute-puissance pour en estre servye et obéie autant que vous ayés jamays esté : Car je ne prétendz rien moins que me retirer de vostre obéyssance mais seullement de la force et violence de mesdictz ennemys h ce
qu’ils ne me puissent fayre le mal qu’ilz me pourchâssent et aussy peu me excluire ny excuser de vous aller trouver avant que le Roy soit en aage, quant il vous plairoit que je feisse ainsy, moyennant aussy qu’il vous pleust me donner telle seureté de mesdictz ennemys qu'ilz ne sceusscnt mettre à exécution contre moy la maulvayse volunté qu’ilz me portent. Et ce qui m'a donné encores du tout plus grand argument et courayge de prendre ce party et en croire le conseil que mes amys me donnent, c’est, Madame, l’exemple que j'ay veu de monsieur et madame de Crussol \ lesquelz, quelque prestz de Vostre Majesté vous ne avez peu garantir du pouvoyr et violence de leurs ennemys, s’ilz ne se feussent eslongnez et absentez comme ilz sont, ce que je ne fay point de doubte que vous ne eussiez consenty ny permis, si vous les eussiez peu tenir près de vostre personne sans dangier. Or les occasions pour lesquelles on leur en veult comme aux aultres, il n’est besoing que je vous le dye, pour ce que on sçait assez, et qu’elles vous seront ung jour et au Roy encore plus manifestes qu’elles ne sont, Dieu aydant; lequel sur ce je supplieray mettre Voz Majestés en voz premières libertéz à ce que lors, si plustost ne peut estre et Dieu me preste la vyc jusques là, je puisse joyir de l’heur et bien de voz présences; et après avoir présenté mes plus que très humbles recommandations à vostre bonne grâce qu’il vous doint, Madame, en très perfecte santé plus que très heureuse et très longue vie.
De Chastillon, ce xx c jour d’aoust i5Ô2.
Vostre très humble et très obéyssant subject et serviteur,
Le cardinal de Chatillon.
[Copie du temps], B. N., /. français , 10193, 193 verso et 194 recto.
1. Antoine de Crussol, comte de Crussol et vicomte d’Uzès, créé duc d’Uzès en i562, mourut, après avoir pris une part assez large aux troubles de la Réforme, le i 5 août 1573, sans laisser d’enfants de Louise de Clermont-Tonnerre, qu’il avait épousée le 10 avril i 556 . (P. Anselme, III, p. 768 et 769.)
A Madame, Madame la connectable.
Madame, si je n’ai faict si bon devoir de me ramentevoir par cy-devant à vostre bonne grâce et souvenance, comme je scay bien qu'il eust été raisonnable si j'en eusse eu le moyen et la commodité, je veulx croire que, vous remettant en mémoire l'obéissance et servitude que j’ay tousjours rendue et désiré de* rendre plus que jamais à monsieur le connestable et à vous, vous aurez bien voulu, madame, attribuer ce défault à la malice du temps et à la difficulté des chemyns qui ne m’ont permis de m'en acquitter, comme je l’eusse bien désiré, et non à faulte de bonne volonté et affection de vous faire service à tous deux, l'ayant tousjours eu telle, quelque eslongnement qu'il y ait eu entre nous, que vous la pourriez souhaiter d’un de messieurs voz enfans, ainsy que de brief j'espère le vous tesmoingner moy-mesme plus amplement et de bouche et par les eff’ectz, Dieu aydant; auquel, après vous avoir cependant suppliée de me continuer en vostre bonne grâce et d’accepter mes très humbles recommendations que je présente à icelle, je suppliray vous donner, madame, en parfaicte santé très heureuse et longue vye.
De Lyon, ce second jour de juillet i563.
(man. propr.) Vostre très humble et obéissant nepveu, Le cardinal de Chastillon.
[Original], B. N../, français , 3cri, fo 47.
A ^Monsieur y I Monsieur le prince de Par ci an \ Monsieur, j’ay reccu la lettre que vous m’avez escripte par
1 . Antoine de Croy, né en i5|i. comte, puis (i56i) prince de Porcien
ce porteur par lequel, à toutes advantures s'il vous retrouvoit encores, je n'ay voullu faillir de vous faire ceste-cy pour vous dire le plus grand plaisir que ce m’a esté d’entendre de voz nouvelles et vous asseurer au demourant, monsieur, que vouz n’en départirez jamais à personnage qui de meilleur cueur vous face plaisir et service que je feray toute ma vye en toutes les occasions qui s’en offriront, ainsy que j’ay prié cedict porteur vous dire plus amplement de ma part, dont, me remettant sur luy à vous informer de l’estât et délibération en quoy il m’a laissé, je feray fin par mes humbles recommendations à vostrc bonne grâce, priant le Créateur vous donner, monsieur, en santé heureuse et longue vye.
De Chastillon, ce xxx e jour de juillet i563.
(man. propr.) Vostre humble serviteur et amy,
Le cardinal de Chastillon.
[Original], B. N.,/, français , 3iq 6, fo 29.