LETTRE CXCII
Adieux à la Syrie. — Chypre au mois de juillet. — Différentes localités de File. Mariage des villageois chypriotes. — Émigration des Grecs de File, — Mort du seigneur d’Anglure. — Retour en France.
Larnica (Cliypre), 7 aoûl 1831.
J’avais ouï dire à Beyrouth que des bâtimens de M^arseille, prêts à partir pour France , étaient mouillés dans la rade de Larnica; il De me restait plus rien à faire dans la Syrie et je lui ai dit adieu ; mon dernier regard sur les sommets neigeux du Liban s’est trouvé humide de larmes, car on ne quitte point sans tristesse les grandes régions qui ont frappé vivement le cœur et l’imagination. Or, parmi les régions que Dieu a livrées à la curiosité de l’homme, il n’en est aucune qui, plus que la Syrie, saisisse l’ame du voyageur; désormais, pas un de mes jours ne se passera sans que je songe aux pays de Jérusalem et d’Hébron , d’Ascalon et de Gaza , de Damas et d’Antioche ; les réminiscences, les images, les couleurs de la Palestine et du Liban se mêleront à toutes mes pensées ; la Syrie est devenue pour moi une terre de prédilection, une sorte de contrée natale d’où me viendront mes plus heureux rêves, mes plus douces impressions.
Un petit bateau sans pont, sans tente , sans aucune espèce d’abri contre le soleil brûlant, m’a porté de Syrie à Chypre. Dans ce trajet de quarante lieues, le moindre coup de vent auraitsuffi pour engloutir sous les flots cette frêle embarcation, conduite par deux pauvres mariniers arabes ; je me suis conflé à la grande mer sans réfléchir un seul instant au danger ; Dieu a voulu que la mer me fût propice et belle, et je suis arrivé en deux jours de Beyrouth à Larnica. Toutefois, je dois vous dire que, dévoré par le soleil dans ce caïque si étroit , si
P’ORTENT.
incommode, j’ai beaucoup souilert à la traversée. Il y a sept moisquand nous sommes venus à Chypre , il nous a fallu chercher l’hospitalité ailleurs que chez M. Pilavoine, notre consul, vu que son mobilier et ses effets n’avaient point encore passé les mers ; maintenant, M. Pilavoine vient de recevoir du gouvernement français ses lettres de rappel et de retraite, et les embarras d’un prochain départ ne lui ont pas permis de nous donner asile, comme me le donnaient naguère les fellahs et les bédouins. J’ai loué une chambre dans la maison d’un Franc de Larnica, appelé Antoine Béraut ; je me suis mis en pension chez lui en attendant le départ d’un navire français.
Voilà plus de quinze jours écoulés depuis mon arrivée à Chypre ; aucun navire n’est parti faute d’une suffisante cargaison. J’ai misa profit ce retard, et les notes que j’ai prises serviront à compléter ce que vous avez dit sur l’île de Chypre au mois de janvier dernier. Sachez d’abord qu’il ne tombe point des torrens d’eau comme à notre premier passage, mais qu’un déluge de feu inonde cette terre ; nulle part je n’ai eu si chaud qu’à Larnica depuis quinze jours; les langues n’ont point des mots pour exprimer l’étouffante chaleur qu’on éprouve ici aux mois de juillet et d’août; le terrain sans ombre et sans eau qui sépare Larnica de la Marine, n’est traversé par personne depuis sept heures du matin jusqu’à cinq heures du soir ; le thym, la bruyère et l’herbe qui croissent sur cet espace, ont pris une teinte à la fois brune et rougeâtre sous les ardeurs du jour; des fentes, des ouvertures en sens divers sillonnent partout le sol ; les rayons dévorans partis du soleil et se répandant avec violence de tous cotés, figurent à l’œil de longs serpens lumineux à la gueule toujours béante ; j’ai fait une fois , à midi, le trajet de Larnica à la Marine , pour mieux connaître ce que c’est qu’une journée de juillet à Chypre, et j’avais pitié des pauvres passereaux que je rencontrais à travers ce la'^* de flamme.
C’est surtout quand souffle le vent du nord qu’il fait chaud à Larnica ; les vents qui nous arrivent de l’est ou de l’ouest ont passé sur la mer et nous apportent quelque fraîcheur; le vent du nord a passé sur les terres embrasées de l’île et n’apporte que le feu. Des vieillards chypriotes m’ont raconté qu’en 1804 le vent du nord amena sur Larnica une chaleur telle, que les habitans furent contraints de s’enfermer chez eux pendant plusieurs jours, et que beaucoup de gens qui voulurent sortir tombèrent étouffés en chemin; les oiseaux cher-
chaient un asile dans les maisons, ceux qui restaient dans les champs mouraient; les lièvres périrent aussi , et des troupeaux tout entiers furent étouffés; les liabitans avaient soin de tenir les mains et les pieds dans l’eau. La population de Larnica et de la Marine s’échappe des maisons dès que le soir arrive, et se répand le long du rivage de la mer; la foule encombre le quai de la Marine; le côté septentrional de la rade est couvert de nageurs ; il s’écoule là quelques heures de soirée où femmes et jeunes filles, hommes jeunes et vieux, musulmans, grecs et Européens s’abandonnent, les uns à de molles extases,, les autres à de tranquilles causeries ; d’autres se promènent avec bonheur au bord des flots qui semblent s’endormir à l’approche de la nuit. Que de fois j’ai délicieusement rêvé sur les points solitaires de la plage, lorsque la première étoile brillait à l’horizon du côté de Paplios, et que le couchant présentait comme de larges barrières de feu î
Quatre navires de Marseille attendent dans la rade de Larnica que leur cargaison soit complète; le premier navire, nommé V Alceste^ est commandé par le capitaine Blanc de la Ciotat ; le second , la Bonne Sophie^ est commandé par le capitaine Coulonne; le troisième, le Saint-Tropez, par le capitaine Lieuiaut; le quatrième, la Confiance, par le capitaine Couture. Plusieurs fois je me suis rendu à bord de V Alceste ou de la Bonne Sophie pom échapper aux brûlantes journées; une tente dressée sur le pont nous couvrait d’ombre , et la douce brise des eaux venait aussi nous rafraîchir ; je ne perdrai point le souvenir des capitaines Blanc et Coulonne, de leurs procédés bienveiiians , de leurs affectueuses attentions pour moi ; j’ai passé de charmantes heures à leur bord, devenu pour moi une petite patrie.
,î’ai cherché à mettre à profit, comme il a été dit déjà , le retard que j’ai éprouvé dans mes projets de départ, et vous trouverez ici le résultat de mes courses et de mes observations nouvelles. Je donnerai mes notes sur les localités avant de m’attacher à la peinture générale des mœurs et de la situation présente des Chypriotes. Cythère, dont Fénélon a fait une description dans son Télémaque, est un bourg d’environ deux mille habitons, situé à deux heures au nord-ouest de Nicosie, à huit heures de Larnica; sa position au milieu de jardins d’oliviers, de mûriers, de citronniers et d’orangers , arrosés par un grand ruisseau, répond parfaitement aux riantes idées que son nom seul rappelle; les habitans de Cythère sont presque tous grecs et
d’orient.
î)araissent n’avoir point perdu les anciennes traditions ; plus qu’eu d’autres cantons de l’île, les habitans s’abandonnent à la mollesse et ^u\ voluptés; ils négligent la culture du sol riche qu’ils foulent; les jeunes gens et les jeunes fdles de Cythère passent encore aujourd’hui pour les plus fervens adorateurs de Cypris. Il y a quelques années qu’on a coupé un grand nombre de mûriers dans le vallon de Cythère pour faire place aux semences de coton ; c’est, m’a-t-on dit, parce que le prix de la soie a baissé et qu’il est maintenant beaucoup plus avantageux de cultiver le coton ; ceci explique la disparition des mûriers dans plusieurs cantons de l’île. Le ruisseau qui passe par Cythère fait tourner grand nombre de moulins; ils sont placés au-dessus du bourg. Les habitans du village d’Idalie, à quatre heures à l’est de Nicosie, ont une meilleure réputation que ceux de Cythère; les douceurs de leur féconde vallée les invitent au repos et aux plaisirs , mais ils ne connaissent que le travail. Le village d’Idalie ne renferme que cinq à six cents habitans.
Vous avez parlé de Limassol où débarqua le roi Richard; voici quelques détails sur cette vieille cité, appelée aujourd’hui LimissoL C’est un bourg d’environ trois mille cinq cents habitans, situé au fond d’un golfe à vingt lieues au sud de Larnica : la moitié de la population est musulmane, l’autre moitié grecque; les Turcs ont deux mosquées, les grecs trois chapelles. De hautes montagnes dominent LimissoL Le bourg a peu de ressources, peu de commerce, et la rade est presque toujours solitaire; les grecs de Limissol, soumis à un joug tyrannique, n’ont pas le courage de cultiver la terre. Quand l’espérance manque, peut-on travailler? Autrefois le territoire de Limissol produisait des cannes à sucre ; maintenant on n’en voit plus de traces. Parmi les seize cantons qui forment la division actuelle de l’île de Chypre, le coton n’est cultivé avec succès que dans les cantons de NIessagorée, de Carpasi, de Larnica, de Limissol, de Morphou et de Paphos. Le coton vaut cinq piastres l’ocque. Après le commerce du coton, vient celui du caroube, du sel, du lin : on recueille le caroube au mois d’août ; il se vend huit piastres le quintal ; on l’expédie ordinairement à Odessa. Il y a des salines à Larnica et à Limissol : celles de Larnica sont les meilleures; le sel vaut un para l’ocque : on l’expédie à Constantinople. Le lin, dont la récolte a lieu au mois de mars, est envoyé à Livourne. Les bâtimens de Marseille chargent du coton et des éponges. Tout le monde sait que le vin de la commanderie est une des principales richesses del’île de Chypre.
Des vestiges de la domination latine sont restés dans la langue grecque de Chypre et dans plusieurs noms de localités : un des plus channans cantons de Ttle, du côté de Paphos, porte le nom franc de Belpaïs (beau pays).
Dans une précédente lettre, j’ai retracé les curieuses cérémonies qui accompagnent les mariages des chrétiens de Damas. Voici quelques détails que j’ai recueillis sur la manière dont les grecs villageois de Chypre célèbrent le mariage. Les cérémonies des fiançailles n’offrent rien de particulier : c’est comme à Damas et comme chez les grecs de tous les pays de l’Orient; seulement ici les deux fiancés peuvent se voir dans les familles, et s’ils avaient de la répugnance run pour l’autre, le mariage n’aurait pas lieu. A partir du jour des fiançailles jusqu’à l’époque de la célébration du mariage, les deux futurs époux peuvent se voir sous les yeux des parens, mais ils ne se disent rien. Trois ou quatre jours avant la célébration solennelle, les parens invitent tous les amis, et donnent à chacun un cierge de cire jaune* Chaque invité offre un présent aux fiancés : un pàtie apporte un agneau, un cultivateur apporte de l’huile ou du vin, etc. Le jour du mariage, les papas ou prêtres grecs du village et les parens des fiancésse réunissent pour fixer la dot, et dresser le contrat. Après le contrat, on revêt la fiancée de ses habits de noces au bruit de la musique ; on chante une chanson à chaque vêtement dont on la pare : on habille le fiancé avec la même solennité. Quand tout est prêt, on se rend à l’église pour la bénédiction nuptiale : la nouvelle mariée porte dans le trajet un grand voile rouge sur la tête, et s’avance les yeux baissés à côté de son futur époux. La messe est célébrée, puis les époux sont bénis; au milieu de la cérémonie, on met sur la tête des époux une couronne d’olivier bordée de soie. Ceux-ci, accompagnés de deux témoins, font trois tours dans l’église ; le marié tient la mariée par le petit doigt. Pendant ces trois tours, les parens jettent à travers la foule des assistans des poignées de blé, de semences de coton, des paras, vœux et symboles de fécondité et de bonheur.
L’époux reconduit l’épouse à la maison paternelle, en la tenant toujours parle petit doigt; arrivé sur le seuil de la porte, il frappe doucement l’épouse du pied droit ; ce coup de pied apprend à la mariée qu’elle doit craindre et respecter son mari. Entré dans la maison, le marié jette par terre une grenade et la brise sous le pied î Alors commencent les danses, qui se prolongent jusqu’au dîner. On fait deux
d’ouiem.
dîners, le premier pour les hommes, le second pour les femmes. L’épouse ne prend aucune part à la fête : tout ce qu’on lui permet, c’est de s’asseoir au banquet. Après le dîner, les danses recommencent et durent jusqu’à trois heures après minuit. Le cortège des femmes accompagne avec beaucoup de pompe la nouvelle mariée à la chambre nuptiale; puis les voiles mystérieux sont tirés sur la fête, et tout retombe dans le silence. Vous connaissez la cérémonie du lendemain, et je me dispense même de vous l’indiquer. Ce n’est qu’aux villages que le mariage est ainsi célébré ; à Niocosie , à Larnica et dans les principales cités de l’île, on se marie à peu près comme en Europe.
Les grecs peuvent se marier sans en demander la permission aux autorités turques, mais il leur faut la permission du cadi pour rendre à leurs proches les devoirs de la sépulture ; le cadi ne délivre son permis que moyennant une forte somme. Il y a peu d’années qu’un des principaux grecs du pays étant mort, le cadi demanda trois mille piastres à sa famille pour le permis des funérailles. A force de prières et de recommandations, la famille du défunt parvint à le faire ensevelir pour sept cent cinquante piastres : horrible cupidité qui spécule sur la pelletée de terre que réclame un cadavre !
Vous devez vous souvenir que l’île de Chypre a un archevêque et trois évêques : après l’archevêque de Nicosie vient l’évêque de Paphos* puis ceux de Larnica et de Cérine ou de Chérigna. Quand l’archevêque de Nicosie meurt, c’est l’évêque de Paphos qui lui succède de droit, et l’évêque de Larnica est promu par droit de hiérarchie à i’évêché de Paphos. Le prélat de Paphos réside dans un gros village appelé Ktyma, situé à une demi-heure de l’ancienne Paphos ; près de Ktyma se trouve léros-Tipos ou le jârdin sacré, jadis sanctuaire de la déesse des amours. Les grecs témoignent pour leurs premiers pasteurs la vénération la plus profonde ; les dimanches et lesfêtes, ils ne manquent jamais d’aller offrir quelques présens à leur évêque respectif. Les dons des fidèles sont à peu près les seuls revenus des évêques. Dans la saison des récoltes, l’évêque envoie demander à chaque maison chrétienne sa part des moissons et des fruits, et cette part ne lui est jamais refusée.
La superstition du mauvais œil est plus commune à Chypre qu’en d’autres pays de l’Orient. Les jeunes filles grecques redoutent surtout le funeste pouvoir de l’œil des vieilles femmes. Une vieille qui passe^
dit à la vue d’une jolie enfant : Oh ! quelle charmante figure l oh ! quelle belle chevelure! ces mots -là et d’autres semblables peuvent frappt'r de maléfice la pauvre fille. Chaque fois qu’une jeune fille revient du bain, après avoir baisé et porté sur son front la main de son père et da®a mère, elle s’empresse d’allumer des feuilles sèches détachées des rameaux d’olivier bénits à l’église; pendant que les feuilles brûlent, la jeune fille amène la fumée vers elle en faisant des signes de croix et en prononçant les mots Kristos Pandïa ; elle se fait ensuite promener trois fois le feu sacré autour de la tète. Cette cérémonie est jugée indispensable pour échapper au mauvais œil après le bain.
Une particularité curieuse qu’il faut noter, c’est qu’un juif ne peut pas habiter l’île de Chypre ; si quelque Israélite voulait s’établir dans File, il en serait chassé sur-le-champ par les Turcs et les grecs qui sur ce point s’entendent parfaitement. Les gens du pays débitent beaucoup de contes à ce sujet, mais voici ce qu’il en est au rapport de Nicéphore et de Dion Cassius. Au temps de l’empereur Trajan, les juifs s’étant révoltés contre la domination romaine, s’emparèrent de File de Chypre, et, suivant l’antique barbarie du peuple hébreu, massacrèrent deux cent quarante mille personnes ; la population chypriote, molle et sans courage, n’opposa aucune résistance. Mais les juifs ne tardèrent pas à expier leurs horribles violences ; Trajan remporta une sanglante victoire en Syrie sur l’armée Israélite, et envo^^a dans File de Chypre un de ses capitaines, nommé Lucius, avec la mission d’en chasser tous les juifs; de plus, Trajan défendit par un décret que personne delà race juive s’établit jamais dans File; depuis Trajan jusqu’à nos jours, toutes les dominations qui ont passé sur File de Chypre ont maintenu rigoureusement ce décret.
J’ai beaucoup vu à Larnica les deux frères Yarda , deux grecs à qui j’ai trouvé de la bonté, de l’esprit, de l’instruction et un sentiment profond des misères de la nation grecque ; l’un est attaché au consulat français en qualité de drogman auxiliaire ; l’autre a entrepris de traduire en grec moderne le Tableau de V empire ottofnande Mouradgea d’Osson ; les hommes de sa nation qui liront un jour son oeuvre, verront que rien n’est beau comme la législation et la morale écrite des Turcs ; ils se diront que la pensée de la révolte ne leur serait probablement jamais venue, si la politique ottomane s’était toujours bornée à mettre en pratique ce qui est écrit dans les livres. Je
d’oiuent. 233
4iens des messieurs Tarda des documens inconnus en Europe sur une révolution qui éclata à Nicosie en 1803.
Il y avait à cette époque auprès du pacha de Nicosie un grec îiommé Hadji-Géorgagi qui remplissait les fonctions d’incerprète du visir; ces fonctions n’étaient pas très-importantes par elles-mêmes, mais Géorgagi était neveu de l’archevêque de Nicosie, et celui-ci l’avait chargé des affaires des grecs. On sait que les archevêques et évêques reçoivent de la Porte le droit de protéger les rayas de leur nation, et qu’ils ont pour cela le titre de procureur. Géorgagi, par ce double caractère dont il était revêtu et surtout par sa grande habileté, exerçait beaucoup d’influence dans les conseils du pacha ; les grecs trouvaient en lui un défenseur, et les Turcs un obstacle à leurs habitudes vexatoires ; la multitude musulmane, fatiguée de l’ascendant et du crédit de Géorgagi, s’en plaignit hautement et chercha l’occasion de le renverser; une disette qui se fit sentir à Nicosie, parut aux mécontens un assez bon prétexte pour se soulever. La foule turque se porta avec fureur sur la maison du favori, et demanda qu’on le lui livrât ; Géorgagi s’était caché d’abord dans un pauvre réduit de Nicosie, et puis, craignant d’être découvert par les révoltés, il avait quitté la ville, pour venir se réfugier dans une chapelle consacrée au prophète Élie, à deux lieues de Larnica ; pendant ce temps, les Turcs avaient livré à l’incendie sa maison de Nicosie, et le pacha était sans autorité.
Géorgagi écrivit de la chapelle d’Elie à un de ses amis de Larnica pour l’informer de sa situation et lui demander un bateau qui facilitât promptement sa fuite ; aussitôt le billet reçu, l’ami de Géorgagi mit â ses ordres un caïque qui le porta à Sélefkek en Caramanie ; Géorgagi se rendit de là à Constantinople par terre. Il resta plusieurs mois
dans la capitale ottomane, sans obtenir l’intervention qu’il sollicitait, et, durant ce temps, i’île de Chypre était abandonnée au caprice des révoltés; enfin, le gouvernement impérial ordonna au pacha de Tarsous de conduire trois mille soldats à Chy pre, et d’y remettre le bon ordre ; un second pacha , celui de Misigna en Caramanie , fut chargé de se joindre au pacha de Tarsous. Un autre évènement avait amené tout à coup le capitan-pacha dans les parages de Chypre; Djezzar venait de mourir à Saint-Jean d’Acre, et le plus violent désordre avait suivi la mort du boucher qu’on maudissait ; le sultan envoyait une flotte pour pacifier Saint-Jean d’Acre. La présence du