VII
» qu’on y adorât son nom, celui de la vierge Marie et de tous les » saints. Le 5 novembre, la veille de Saint-Léonard, au milieu de la » nuit, il accorda aux croisés une victoire miraculeuse : quelques » guerriers romains bien armés étaient montés sur les murs de la ville » avec beaucoup de crainte, car ils ne savaient pas si le Seigneur » combattait avec eux ; ils se battirent au-dessus d’une des portes » avec quelques Sarrasins, et s’étant emparés d’une tour, ils chan- » tèrent le Syrie eleison; aussitôt toute l’armée répondit, Gloria in » excelsis^ et le légat du pape, qui commandait l’attaque, entonna » le Te Deim laudamus; les hospitaliers et les templiers répétèrent » leur cri d’armes : Sainte croix ^ saint sépulcre ! Une porte de la ville » fut ouverte, une autre brisée avec le bélier, et Damiette se trouva » ainsi prise parla grâce de Dieu. »
Voilà comment les croisés prenaient les villes d’Orient, et comment on racontait leurs victoires : je n’ai rien voulu changer à ces bulletins, qui étaient envoyés du camp de Damiette. Je vous épargne ici l’horrible spectacle qui s’offrit aux vainqueurs en entrant dans une ville remplie de deuil, dépeuplée par la faim et par les' combats, spectacle que nos vieux chroniqueurs décrivent d’un air de triomphe et avec les couleurs les plus vives. Je ne m’arrêterai pas sur les historiens arabes, que vous connaissez mieux que moi, et qui ont aussi raconté le siège de Damiette ; j’ai voulu relire sur les lieux cette complainte en vers que vous avez traduite, et dans laquelle la cité musulmane parlant elle-même au sultan du Caire, déplore ses calamités. « Si l’on )) ne vient à son secours, sa dernière heure est arrivée : l’Évangile » va retentir dans ses murs, on y verra déployer l’image de la croix, » on y entendra le bruit des cloches. » îl faut croire que ce siège de Damiette frappa bien vivement l’imagination des contemporains, car s’il inspira les muses arabes, il inspira aussi les muses d’Occident, et je pourraisvous citer des hymnes et des poèmes latins qui célébrèrent les premières conquêtes des croisés en Égypte, et qu’on chantait alors dans les églises de France et d’Italie. Vous venez de voir, d’ailleurs, combien les récits les plus vulgaires de cet évènement sont remplis de poésie, et c’est bien ici qu’on peut dire avec quelque vérité, que l’épopée destemps modernes est toute dans les chroniques du moyen âge.
d’orient.