LETTRE CXLIV
ITUnÈRAimS DE BEXROUT A BAÊUkÉ.
Mai 4 83i.
Ma première entrée dans le territoire de Beirput m^avait offert une nature toute différente de celle quje j'avais trouvée en Pal^in^^j le3 belles régions du Liban et de DamaS| qiie je viens de traverser , ont a<lievé de me séparer d'une mamère plus complète dcis mornes solitudes de Juda. Accoutumé à vous pdotdre naïvement ce que je vois^ j^ai toujours montré la nature telle qu'elle est en réalité ; je n'ai point fait couler des ruisseaux et des cas-
cades dans les vallons arides ; je n^ai point mis des bosquets à la place d'un sot rocailleux, je n'ai point fait fleurir le désert ^ vous pouvez ainsi vous expliquer la teinte pâle de la plupart de mes peîn« tures, datées de la Judée. Désormais d'autres couleurs, d'autres images se rencontreroat dans mea lettres; au lieu d'une terre à face lugubre, il me faudra retracer la magnificence- et la gloire des montagnes et des vallées , toutes les spleadeurs de la création «.
J'ai pris à Beirout le costume musulman , parce qu'aucun voyageur ne peut se montrer à Damas avec l'habit européen ; une calotte blanche sous un fez rouge surmonté d'un long flot de soie bleue , a remplacé sur ma tête le chapeau franc \ le reste de mon costume se compose d'une large veste de drap, rouge, d'Un ample pantalon blanc à la manière arabe. Autour de ma ceinture sont roulés les con-^ tours nombreux d'une étoffe de laine blanche et giîse; mes pieds, chaussés d'une étroite et fine babouche jaune, sont emprisonnés en outre dans des bottines rouges , comme les cavaliers du pays ont coutume d'en porter. Pbur mettre ma tête en harmonie avec la coiffureturque^ un barbier de Bei-* rout a fait tomber sous les ciseai^c et le rasoir vci^% cheveux et mes favoris. Vous diraî-|e que j'ai senti d'abord une impression pénible , œi véritable ennui pendant qu'on me dépouillait de ma chevelure. J^ai maudit un moment le fanatisme des Damasquins y
qui. m'obligeait à un tel déguisement ; le barbier ^ à qui je livrais ainsi mes cheveux , était un musul^ mau; il éprouvait une joie secrète à humilier de la sorte UQ giaour du pays des Francs > et, forcé de m'incliner sous sa main , il me semblait l'^itendre me dire^ parodiant un mot sublime : Courba ta tête, fier Sicambre. JLe costume oriental, qui m^em-barrassait le premier jour , est déjà devenu pour moi Un vêtement que j'aurais porté toute la vie. Avec mon habit de nazan , et deux gros pistolets suspendus aune ceinture de cuir^ avec des mous-*taches et un visage bruni par le soleil de la Palestine, on me prend pour un cavalier arabe, et cette méprise pourra me sauver de plus d'un accident à travers les pays de Syrie qu'il me reste à parcoupir. Je me suis pourvu aussi d'un jeune trucheman catholique appelé Louis Béraut , appartenant à une famille d'origine franque, qui demeure à Bei<rout.
Je vous ai dit dans ma précédente lettre qu'une caravane part de Beirout pour Damas , deux fois par semaine. Ayant à suivre un chemin qui n'est I^oint sans péril, je me suis joint à la caravane qui est partie le i6 mai; elle était formée de négo^ clans de Beirout et de Damas. Pour ne pas être obligé de traîner partout avec moi mes bagages, je les ai laissés au consulat de France à Beirout , me bornant à n'emporter avec moi que quelques livres indispensables , et les choses de première nécessité j
avec peu de bagages et d'appareil y on voyage plus 4ibrement et avec plus de sécurité.
. . La route de Beirout à Damas va de l'ouest à i'eàtf c'est un voyage de trente heures. Le territoire de Beirout^ vu dès hauteurs du Libaii^ présisnlb un beau spectacle ; au sud > la forêt d'oli- ->Kiers; près de Beirout^ la forêt de pins ^ et cette Tiste étendue^ couverte de mûriers et de palmiers^ et la. terre rouge de la côte / et la ville et la mer im*ménse à l'horizon ; tout cela offre une succession de: tableaux attachans^ avec des teintes et des coulevM .d'une variété infinie.
En entrant dans le Liban ^ on est frappé de la culture qui se déploie de toutes parts ^ au milieu d'un terrain rocheux; il n'est pas un pouce de sol susceptible d'être remué ^ qui n'ait été travaillé par le fer agricole des montagnards ; ce sol pierreux , devenu terre féconde , est planté de vignes , d'oliviers et de mûriers; les épis mûrissent à côté des rocs escarpés. Les villages de la montagne ^ avec leurs églises et leurs clochers , annoiicent au voyageurs que le catholicisme habite le Liban ; le fanatisme musulman n'a pu empêcher les maronites d'avoir des cloches. Je n'avais point entendu la doche depuis notre départ de France ^ excepté à Constantinople /et la voix: de l'airain religieux, retentissant dans la montagne, était pour moi comme une voix amie qui me parlait de mon pays. Les che^ mins sont âpres et continuellement difficiles ; il
n'est pas rare qu'un mulet ^ posant mal son pied> s'abatte avec son fardeau sur la pente des rochers, et le cavalier distrait court souvent risque de se rompre le cou. Aussi les caravanes s'avancent lentement, et ïe voyageur a le loisir d'admirer les grands paysages qui s'étendent defvant lui.
Nous étions partis de Beirout vers le milieu du jour, et nous sommes venus coucher dans un café entouré de quelques -cabanes dont je n'ai point retenu le nom. Mon drogman Béraut et moi^ nous avons soupe avec les provisions dont M. Henri Gkiys avait eu l'extrême obligeance de nous munir pour la route ; je voulais dormir en plein air au lieu de m'ensevelir dans une petite cabane noire ; mais un enfant avait été dévoré la veille par un loup, et les habitans des cabanes m'ont engagé à m'enfermer.
Le 17 mai, à mesure que j'avançais dans l'intérieur du Liban, la nature m'offrait ses plus sublimes spectacles; un jour du mois de mai dans les montagnes du Liban est un bien beau jour. Il y a xm mois que je vous décrivais le printemps à Jérusalem , printemps sans fleurs et sans ombrage , lugubre sourire d'une nature morte ; mais un printemps dans le Liban c'est quelque chose de solennel et de magnifique comme le premier lendemain de la création. J'ai vu les rayons du soleil naissant empourprer la neige du sommet des monts , et pardessus toutes ces cimes à la fois blanches et do-
rées/ lexiel étendait un riche pavillon bleu. Le» bulbuls chantaient sur les cabanes des Druses ou des maronitiQs y les huppes voltigeaient à travers les braadbes des mûriers , et les oiseaux surtiommési numgeurs, d'abeilles ^ au long bec effîlé , au d.o3u gri-^ sàtre y aux, ailes azurées ^ couraient sur le sol ver^ doyant.. Les ruisseaus^ nés de la fonto des neiges descendaient en murmurant^ et se précipitaient ea cascades dans le creux des vallons. Délicieuse ma-^ tinée d'un des plus beaux printemps que l'hominQ ait jamais salués ! L'air était si doucement frais ^ si pur^ qu'en le respirant il me semblait respirer et boire la vie. J'aurais voulu jouir avec vous de cet enivrant spectacle , pour vous demander si les ma-t tinées du Jura étaient aussi belles , alors qu^ vous» chantiez le printemps dans les mtontagnes où vpu$ étiez proscrit.
\Nous avons vu plusieurs petits khans ou cafés placés au bor4 du chemin. Après cinq heures de marche depuis l'endroit où nous avions couché ^ nous sommes entrés dans une grande vallée appe-* lée Bekaa, qui va du sud*ouest au nord-est. En entrant dans la Ouadi-fiekaa, j'ai remarqué à droite sur une éminence les restes d'un château bâti par l'émir Fakr-el-Eddin , auprès d'un village nomme Ab-Elias , entouré de hauts peupliers. La vallée de Bekaa qui , du côté du nord-est , prend le nom de vallée de Balbek'^ est ce que les anciens appelaient la Cœle-Syrie (la Syrie creuse) j 1^
chef de notre caravane m^a cité onze rîvièiaes qui arrosent la Syrie creuse ; les principales de ces rivières sont le Nahr* el-Litani et le Nahr-el-Gzaïl ; le Litani mêle ses eaux aux eaux du Gzaïl , à trois lieues à Fouest d'un pont où nous avons couché ^ et les deux rivières ainsi mêlées vont joindre le. Nahr-Kasmieh qui «e jette dans la mer à deux heures au nord de Tyr.
Le pont auprès duquel nous a^'ons passé la nuit; est construit sur le Nahr-Gzaïl. Notre, moukre ou chef de caravane nous a fait camper sur le gazon ^ en plein air, plutôt que de nous loger dans un des villages voisins > parce que les Druses qui habitent ces villages passent pour inhospitaliers. Au lieu de nous éparpiller autour du pont , nous nous sommes groupés à côté les uns des autres derrière les bagages et lés marchandises; à quelques pas de nous, paissaient nos nqiùlets attachés à des pieux de fer enfoncés dans la terre; les conducteurs ont veillé toute la nuit : il fallait, ne se point laisser surprendre pjar lea, Druses pill^rd^. Commie la nuit était belle et que la lune invitait à Ja causerie , les marchands de Damas , avant de s'd>andonner au sommeil, ont voulu converser avec moi. Ces marchands étaient musiulmaqs / mais JI^ m'avaient dit plusieurs fois qu'ils ne partageaient pas les absurdes préjugés du peuple de Damas, contre les Francs. « U y a des hommes bons chez toutes » les nations de la .terre , me répétait V\m d'eux;
» fils ^' un même père qui est Dieu ^ nious devons 1) chercher à nous faire du bieii tes uns aux » autres » --« « Qu'allez- vous faire à Damas? me » disait celui-ci ; est-ce pour voir nos jardins qui » s'étendent aussi loin que le regard peut se por- » ter , nos eaux si abondantes ^ si belles > qu'elles » font envie au reste du monde ?»--*- Celui-Jà inë demandait si j'allais à Damas pour acheter dé riches étoffes; un autre me pressait de lui expliquer quel plaisir je pouvais trouver à cotuir ainsi les régions lointaines.
Est-ce à vous ^ bons Damasquins ^ ai-rje r^^oiidu, qu'il faut prouver Futilité des voyages ! vos sages n-ént-ils pas dit : Tant que tu demeures attaché au seuil de ta maison^ tu ne peux devenir un homme; sors de chez toi> parcours le monde ^ apprends à le connaître avant d'être oWigé d'en sortir; -r^ Taieb^ taieb (bi^n^ bien)^ s'écriaient les Diamaâ* quins. * — U est vrai qoô vos sages ont dit aussi que les voyages ne devraient être permis qu^à cinqspi^tes de gens ^ i<^ Jéà lEnarchands ïiohes qui ^ grâce à leur oty nésont^lfangers dans'suicun pays; s^Ies savans qu'on aime et qu'on acciieille partout $ 3^ ôëux qui sont beaux , parce que toujours chacun s'empres^ autour de la beauté-; 4^ «eux qui chantent bien> parce que pili homme e^t insensible au charme de jfharmonie ; 6® leç ^i^ti^ansy p^rçe qu'ils ne manquent jamais de trouvei^'àir bout de leurs bras de quoi souffenii' leu»vie*^i Je ne suis ni riche^ ni savant,
' Sady.
ni beau^ ni chanteur> ni artisan ; mais^^jJ est une sixième classe de gens à qui tos •sages auraient di( permettre de voyager ; c'est celle des hommes ^ui bravent les fatigues, leis privations et lési périld pour éçhaper^ la monotonie de la vie, pôUr ad^ mirer les œuvres de ÏMed et de rb^mihè dans tôtfs les lieux oii le solepil btiUéy pôàr ehewiiei» dâift l'étude de rhumanité toui emière utt i^txlède (H| une consolation ati^^misèt^s }>rësentéé, ^un peu âé lumière pour éclairer le ténébreux bwizôW-defTà-î" venir. — Telles étaient «i6§ causeries dàiis^ la' tbîféé de Bekaa par une belle nuit du mois^e Mai, tàn«di^ que la lune errante se mirait eh' passant dafi^ les eaux du Gzaïl , tàtidis qtle 3up mes (êtes s^îitttll^ laient les étoiles, ces fleurs brillantes semées dahs les jardins du ciel. ; f •
Le i8 mai, au soleîMei^nt?, nèt*è eara-reitte s^ëi tait remise en roulé j lé thatik*ë'ttéiisa^aitpi^ve^^ que fiçus allions traverser d^ montagnes dange^ reuse; <i Mârèhons ensemble, ttoud à-t-îr dît, serrons-nous autour des roârcbaiidises et déë^ba^-^gages, et qpe chacun se tienlie sur ses gardes.' à Nous avons laissé à l'est, à uiiè heure environ ^ pont du Gzaïl , les restes d'une cité que les gens tfa pays appellent Anjar y W; qu'ils regardent comhîé une cité d'origine française ; ces mines aippartiennent probablement à quelque château franc du temps àes croisades ; ce nom de Anjar ne serait-il point la corruption du mot Anjou? Foulques d'Aa^
jou, le cinquième de ce non\, qui en f i3i remplaça Beaudoin II sur le trône de Jérusalem^ n'aurait-il point fait bâtir cette forteresse? Cette cQpjecture me semble d'autant plus probable que^ de tous les rois latins > Foulques d'Anjou est celui qui fit construire le plus de diàteaux. Les montagnes de l'anti-Libai^ par où nous avons passé ^ présentent de$ vallons pierreux avec de lim-^ pides ruisseaux ^ n^ais ces vallons sont incultes^ et l'qsil n'y découvre ni village ni cabane , aucun vestige d'habitation ^ aucune tracé d'existence humaine; seulement parfois vous apercevez un Druse au frpnt pâle^ à l'œil menaçant > portant un fu^il sur l'épaule > épiant lé passage d'un étranger sans défense. Après quelques heures de,mai*<^^ cette sauvage nature a fait place à de rians vaflpn^; j'ai remarqué une suite de rochers élevés percés de tombeaux semblables à cfux dont j'ai eu tant de fois occasion de vous parler. C'est là aussi que j'iâ rencontré la rivière de Barada o\iBaradi, qui vient abreuver la sainte ville de Damas ; sur la rive gauche de la rivière est un village appelipiSbu-iBie-rada. A une heure au--delà de$ grottési sépulcrales , nous nous sommes arrêtés au villagls de Kafar-Zeta^
où nous avons passé la nuit ; c'est le village du
moukre qui conduisait notre caravane y et nous ayons été traités avec honneur. Kafar-Zeta s'élève sur les bords du Baradi^ au penchant d'une colline^ entouré de jardins délicieux. Les rives du
Ëaradi^ depuis le lieu où je les ai vues pour liei première fois jtis(|u'à Damas , jjont couvertes de jpeùpliers et de saules y de platanes et de nôyéts / é€ présentent une ^uîte d'agréables tàblëabx.
t)e Kafar-Zéta à Damas > cinq heures de liiârChe. En quittant ce village nau^ avons suivi un cheMin nu et pierreux sur un vaste plateau Jaunâtre^ et ce n*e$t qu'après un espace de deux liettes et détnie qu« nous avons retrouvé de rians paysages; on revoit alors le Baradi ^ mais plus large ^ pliis beau qU^^ Sôu-Baradâ ou à Kafar-Zeta^ car il s'est accru d'une rivière nommée Figi. On passe là sur uri pont y laissant à gauche les restes d'une mosquée; Un quart •« d'heure plus bas , les eaux du Bàradi se précipitent d'une cascade d'environ vingt pieds de hauteur danâ un ét^it vallon rempli dé jpetipliers et de platanes, et le bruit de là cascade se fait en-tendre âu loin. Je causais avec un de nos marchands daiûâsquins y du fleuve Baradi et de la belle nappé argentée quMl déploie en tombant dans l'étroit vallon ; j'ai appris de lui que la source du fleuve se trouve à dix lieues de Damas, au nord-ouest, près d'un village appelé Zeb-Dani. Ali-Bey donne à ce village le nom de Barradi ou Barrada , nom moderne substitué, dit-il, à l'ancien nom d'Ârfana.
Il était onze heures du matin quand nous sommes arrivés sur les dernières montagnes qui dominent, à l'ouest, la plaine de Damas ; des nuages couvraient le ciel, et la matinée avait été pluvieuse. Cette lé-
VI, lo
gère pluie et ces nuages m^ont fait plaisir ; je ne crois pas. qu'on puisse se lasser d'un beau soleil ^ mais les splendeurs de l'Orient ont aussi leur monotonie; la pluie ^ si rare dans ces régions^ ne gâte .paç le paysage. La vue de Damas et de ses jardins , magnifiques n'a rien perdu sous un ciel voilé. C'est un des plus ravissans spectacles que j'aie vus en ma vie. Le premier aspect de Gonstantinople est plus pittoresque^ plus oriental ; le mouvement des sept collines et le voisinage de la mer donnent à la ville des sultans quelque chose de {^us varié ^ de plus nouveau i mais la vue de Damas a un charme grandiose qui plaît Hen plus à l'imagination ; c'est une grande cité blanche , avec des minarets «t -des coupoles > étendue en forme de mandoline^. au milieu de vastes jardins semblables à un lac d'azur 5 vous diriez des milliers de tentes groupées avec art dans une plaine étincelanté de verdure 3 cette nature , si unique dans son éclat et sa fraîcheur^ me semble un vrai sourire de Dieu sur la terre. Le prophète Mahomet^ dit une légende musulmane^ lorsqu'il vit Damas du hautdes montagnes, frappé de la beauté de ces lieux ^ s'arrêta tout-à-coup et ne voulut point descendre vers la ville. « 11 n'y a qu'un seul paradis destiné à l'homme, » s'écria Maliomet; pour ma part, j'ai résolu de ne » point prendre le mien dans ce monde. » On doit présumer que le prophète conquérant redoutait le séjour de Damas comme pouvant amollir ses compagnons d'armes.
A un quart-d'heure de la ville de Damas, on prend un grand chemin pavé à la manière des routes d'Europe 5 ce grand chemin pavé est le seul de ce genre que j'aie rencontré en Orient. Avant d'entrer dans la ville, on m'a prudemment conseillé de descendre de cheval et d'oter me3 pistolets de la ceinture 5 un giaour ne doit entrer dans la sainte ville de Damas qu'avec des airs d'humilités Le gardien de la porte par où nous sommes entrés a exigé de moi un tribut. Je me croyais ainsi quitte avec le fanatisme des Damiasquins, et j'espérais que tout serait fini là, lorsque mon drogman a entendu des gens du peuple dire entre eux en me voyant passer : Voici un consul franc y brûlons-^ le. Mon costume de cavalier musulm^ m'eût infailliblement évité l'ennui d'un tel accueil -, mais j'avais dit quelques mots d'italien à mon drogman Béraut , et ces paroles ont trahi mon déguisement. Je me suis bien gardé de répondre à l'apostrophe menaçante des Damasquins ; je me <suis sauvé 'en toute hâte du côté de la maison de notre agent consulaire M. Beaudin , pour lequel M^ Henri Guys de Beirout avait eu Tobligeance de me remettre une lettre de recommandation. M. Beaudin m'a reçu avec une cordiale politesse qui me console, et j^'aime à penser qu'on ne viendra point me chercher ici pour m'entrainer sur un bûcher,