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vue extépieUrè dunionumciit présente des jforûies iet un'caractèrei quiTappeHent les grandes œuvres du :géiiie; grec ; le premier* âge de Ta foi chrétienne ii^a rien enfanté j vie plus reniarquabie. Combien j 'aufais pimé à: visiter riniérieur d'unf ^ saiic^ tuaùre,. mais jamais les^ pas* d-un voya^ur frafio ne retentiront daikis la grande mosquée de Damas ] et c'est à peine si Ton nous permet /à n^us^inffîdelc»^ <Ie jeter de ioin quelques regards mii* ce saint et redoutable monument. Le voyageur européen peut dire de cette religieuse enceinte ce que les livres saints. disent de la maison de Dieu : Terribilis est locus iste, ce lieur^la est ternble.
Pourtant la science est parvenue h. tromper le fanatisme ; votre curiosité et la mienne seront satisfaites. Ali-Bey qui se fit serviteur de Mahomet pour avoir son entrée dans les mosquées d'Orient , va nous parler d'une manière complète de la grande m osquée de Da mas : -
M La grande mosquée est magnifique par son » étendue ; avant d'y entrer, on remarque un su- » perbe château d'eau , avec une fontaine dont le » jet s'élève à plus de vingt pieds. Autour de cette » fontaine est un café sans cesse rempli des oisifs » de la ville. Dans l'intérieur de la mosquée, on )> trouve une grande cour entourée de galeries et )) d'arcs reposant sur des colonnes et des piliers )) carrés. Au milieu de la cour est une autre fon- >> taine, avec un berceau de chaque côté. De cette
^ cour on passe dans lie corps principal de la mos- » quée y qui contient Croîs ne& immenses dans la 9 direction E. O. ^ et composées d'arcs légènement » pointus^ appuyés sur de grandes oolcoines et des i> pilJQ^. On compte sur chaque rang^ quaranter » quatre colonnes^ qui ne sont pas .exaq^tement )» égales. Cc!s ne& ont près de quatre ceots pieds » dé loi^;iieur. Au milieu de la néf du ceotre qut » est la plus lai^9 quatre énormes piliers sup«- >i portent une grande coupole en pierre. Le reste » de la mosquée est couvert en charpente. Ces 3 neU sont transversales y c'est-à-dire que leur ioo^ » gueur est dans le sens perpendiculaire à la ligné n qui regarde le fond de la mosquée. Au milieu de » la nef <iu fond est un espace carré , fermé de ja*^ n lousies qui ne sont ouvertes qu'aux heures dis In j) prière. C'est dans cette espèce de presbytère » que se trouvent le mehereby le monbar, deux p€>- » tites tribunes basses^ avec de grands coran» » pour les lecteurs, et au-dessus , un chœur pour » les chantres. Cet endroit est particulièrement » affecté aux individus du rit hhaneffî, ^qui est » celui des Turcs. Le sol est décoré des plus » beaux tapis ; le reste du pavé est nu en partie, et » en partie couvert de tapis déjà usés. Dans cette » nef du fond vers la droite est placé le ineliereb » pour Fiman du rit sdaaffî. La nef du centre a n sur la gauche une ir>aîsoniiette en bois avec des » jalousies^ des moulures et des omcmens en or ^
w et des peintures arabesques ; elle tenfei*ftie le sé-^ }> pukrc du prophète Jedn^ fils de Zaeharie. Il y si n dans touie l'étendue de td mosquée un graùd I) nombre de carcasses de £er el do bote eii forint )> de càgeis.y. suspendues; au toity et- d^snifté^^ M » porter des: lainpions pendant les ^amté d'iUumU j) nation. .A . ^''■■'
D's^pTOs ce que nous veiions dé Iire-dan$ cette description y les musulmans damasqpins ^yoient poise^er le'.tombean de Jean-Barptiste > fih de Za-* charîe; i^freo un.péti d'attention et d0>crittqae> on peut reconnaître leur erreur.' C'est à Tibérîade que k précurseur dii Christ; eut la tête tranchée;; lei disciples! de Jean l'ayàni su ^ dit FÉvan^ile > viniiesit prendre son corps et le mirent dans un tombeau « II est donc bien évident qu'il faudrait isi^erehei* le sépulcre du- fils de Zaeharie dans te GtA'Aéey et non point à Damas* AU-t-Bey a oiâ]ilié de dire qtie led portes de la grande mosk^uée sont en htonze et d^une. grande beau^. tJn^ traditi<^ ntosil^iaiië annonce qu'à lai fin du movéè saint Jean dë^c^ôifidyii dans la grande mosquée de Damds, commC' J^^ùTii'^ d'j^rès là mémo û-adition / descendra dans le teM^ plé d'Om^ar à jTérosalem^ et Mahomet dans te teiii-^ pledeiàMec(|oe. ■'■•-^
Je désinds beaucoup être présenté aux principales autorkélBrinusuImanes, au grand mollah y au second pacha y en l'absence du pacha à trois queu^^s qui est maintenant sur le chemin de la Mecque. lia gra-
vile politique de la situation présente en Syriô^ une fpyle de ciroanstantes. intéreasanies mè faisaient noeitre du prix à une entrevue avec les hauts dîgni^ taip^sde Damas.. M. Bëaudia m'a dit queidleiest la po^i^ion cntiqu^ .des autorités vis^à-^i^sdes musulmaiiis daaiasquins> .qu'il y aurait presque. péril pour elles d'accueillir un voyageur franc. t< Le pacha^ ajoutait notre ageat^ aurait le plus gramd |dàisir à yous recevoir, mais: je n'ose pas le hii démandei*', parce que s'il y consentait^ vous lui rendriez un 1res mauvais service. » À Dieu ne plaise^ lui airjerépôndtivqueje veuille sacrifier à ma cudosHé le repos de ce bon visir ! Je prie lé puissant Ailafb de le défendre contré les cheiks et les dervîdies^ et de lui envoyer ses anges pour garder les avèmies de sou palais.
Le SeraSik ou palais du pacha est un vaste édifice dont je n'ai pu parcourir que la cour, vaste e^ce clos de murs, où .se Voient, à différent inlérvalles^ des tas dç boulets, de petites pièces de canon-, dé^ gardes albanais qui, les uns fument la. pipe, et les (lutres' exercent des chevaux;à la course. Le dbàteai» fait face au Séraia ; son immense étendue lui donné l'ajr, d'une cité à part dans la grande cité des Dà-f masquins. Ce château fut probablement l'ouvrage des conquérans arabes de la. Syrie. Le Séraïa et le château occupent le centre de la ville; c'est le plusi beau quartier de Damas. • ' ;
Dans tops les pays du. monde, les époques d'agi-
talion muliipliônl l43s obstacles sous les 1 pas du voyageur ^ mais dans tun pays semblable » celui que je parciEttirs '\, <^ai>d le flort popateim Ss'^iJaappe vic^f tomux de.sonilit; le voyageur européeit. voit* !se fcirmer.à chaque instant! pour lui le diaïKi^ ides pa*rr cifiqu€s3.recherches;lon prend sa cùriosî^lépoiur une machination 'perSdè^. les questioq&'les^ipkis innOr cenlesi. paraissent ioadier> des piégés ^^rd^s ge$^^$ insignifiant sont |ugéâ séditieux. C'est îce qui m'ar^r rivé à Daiaas; dijeni'arréteun peuArop lon^teiiipa devant un mur y si, dans unie pron»edade^ je. $^ia surpris ccayonnaritùnimot sur itti bout dé papief y ou t^egardànt quelque dioséavecklesyêiÉi;.attenjti€s^ vitiâ lés m'aIédietk>ns:ldhisage*^ortentr:déi»boucheei niuLidulmafites > et pom; pf3a.<î}ûè J'y misse dé Tenter tementy. je. m'engàgei^ais dans' de mauvais parlisw Aussi dirai-je avec raison que le peu4'obiservatioiifi que je fais soûl ^ de véritables . x:o^i|4iiête$.' \ •, CtSk comme une bataille continuelle entre mon.entri^edj^ savoir et > le fanatisme soupçonneux. .Damas ^e^, pour les Francis , un livre rd^elle à Ui main qui rvettf l'ouvrir; puissé-je'en détpukf qUelque^ps^cs-l > / Cette irritation religieuse de^Da^asquipsuat'^ fermé ies portes de quelques. étahli&3$a^nii;<|ii^ j'avais demandé à visites*. Sachant «qu'i) y a 4^M¥i)l4 ville des hospices pour les malades et ies:{QU$^ j/ni prié un vieux musulman^ assez boa hoqime^ dp vouloir bien m'en faciliter l'entrée. « Que dema^- » d6a:-vous là? mVt-il répondu; vous.ne pouvrea
» pas plus entrer dans un hôpital que dans une » moscjuée; les malades^ et les fous surtout^ Mnr 9 placés sous la garde partteuli^ de la religtmi^ n le^ cheiks des hospices vous traiteraient cMMne n un proSuiateor ; les mfiliades auraient peur de » vous comme de Fange de la mort} quant .aux 9 fous^ ^eax*«là^ Dieu les garde ^ et leurs pensées n ne sont'plus de la terre. D'ailleurs il serait ii»H 9 possible' dô ne pas se défier dd tous^ si vàim I» chet^iez à véus introduire jusque dans nos h6^ n pitaux. ^ A ces^ sortes de raisonnemens il n'y a rien à )*épliquer. Tout ce que j'ai pu obtenir^ q'e^ d'être conduit en face du pHndpàl ho^piee dç^Dan mas/ situé au couchant de la ville ^ près dû lieu appelé le pré vert (^EU-Merf) ; une dnquantainetde coupoles recouvertes de lames. ^d^ploml^ siirmoiw tent l'édiike , ouvrage du. sultan Sélini n. On m'a dit que les hôpitaux de Damas sont fort mal adnî« ntstrés. Les^^ seuls qu'on.' u'àit point abandonnés à 4o Ph)vidence sont les hôpitaux des fous. Ici , comme en d'âuti^ee villes d'Otient> là diarité musulmane veille Mirt<)tti^M^^l4 foHe) les tmitemens et les^omè pieux quVm pMdigue aux insensés o^dnt poinf peur but de les guérir^ mais de prévenir leurs besoins^ léuri déàir$i et jusqu'à leurs: caprices. En générai^ en ne cherche pas à guérir chez les musulmans ; dans leur opinion , celui que la raison abandmine devient un élu de Dieu^ un saint, un in^^; pourquoi donc chercher à lui faire perdre un si
précieux privilège ? lorsqu'un malade meurt ou recouvre la santé , c'est toujours Dieu qui Ta voulu; qui donc oserait aller contre les décrets de Dieu ?
Je pourrais vous parler longuement des bains publics de Damas ^ qui surpassent en commodité et en élégance ceux de Smyrne et de Constantinople ; mais vous savez ce que sont les bains turcs avec leurs lits de marbre, leur massage et leur brûlante atmosphère de vapeur; les cinquante -neuf bains publics de Damas ne désemplissent paâ chaque jour, depuis le lever du soleil jusqu'au soir. Les boutiques des barbiers , établies près des bazars , doivent être comptées au nombre des plus charmantes curiosités de cette ville; ces boutiques, tenues avec une admirable propreté, offrent sur leurs murs intérieurs des peintures arabesques, des figures de mosquées , des paysages , des versets du Coran tracés en beaux caractères revêtus d'or. Le barbier d'une ville turque est un personnage important ; son ministère a quelque chose de religieux pour les musulmans ; sa boutique est une espèce de sanctuaire.
Les cafés et les jardins sont la poésie de Damas ; je vous parlerai plus tard des jardins ; en ce moment je chercherai à vous donner une idée des cafés de Châm Beled. De vastes salles pavées de pierre blanche ou de marbre, dont la voûte est soutenue par des Colonnes, des divans circulaires placés dans vr. 12
Fintervalle de chaque colonne ^ des bassins d'eau bordés de narguillés en forme de couronne , une large niche où se prépare le nectar arabe , des estrades recouvertes de nattes ou de tapis , tels sont les meubles , tel est l'intérieur d'un café de Damas y au dehors^ des pavillons verdoyans^ auxquels une grande natte sert de toiture, s'élèvent au bord d'une y de deux ou de trois rivières provenant du Barrada j des peupliers , des saules et des platanes balancent sur vous leurs ombres, vous respirez la fraîcheu» des eaux , vous écoutez le murmure 'de charmantes cascades artificielles , vous suivez d'un œil rêveur les feuilles ou les débris de rameaux que les flots emportent; le narguillé qui se consume vous avertit seul de la marche du temps, et le calme dont on jouit est si profond et si par^ fait qu'on se croirait entré déjà dans la paix éternelle.
Damas a cent vingt-deux cafés, comme je l'ai noté ci-dessus ; les plus fréquentés et les plus rians sont le café des Roses, le café du Fleuve, le café de la Porte-du-Salut ; ce dernier, entouré de trois rivières et ombragé par de grands saules, fait les délices des Damasquins; là se réunissent chaque jour plus de deux cents personnes qui viennent fumer le narguillé, boire la liqueur amère, jouer aux échecs sur des estrades ou des bancs élevés, au bruit des eaux, à l'ombre des saules ou des nattes suspendues. Que de musulmans pour qui la viïe^
n^est qu'un long repos, arrivent sous les grands saules quand le soleil se lève , retournent à leurs demeures quand la nuit descend y et passent leurs jours entre le q^fé et la pipe , ne connaissant d'autre univers que cet aimable séjour ! Ceux-là ignorent les tourmens de Fambition, les dévorantes ardeurs d'une ame qui cherche la fortune ou la gloire; vents des passions, soufflez sur la pauvre humanité et multipliez vos victimes ; tempêtes politiques , balayez les trônes et les nations ; vaine et indifférente chose que tout cela ! le paisible habitué du café du Fleuve ou du café des Roses savoure le narguillé ou regarde passer sur Teau la feuille tombée^ avec un calme perpétuellement égal. En d'autres pays, souvent l'ame brûlante ronge et dévaste le corps, fragile demeure , comme un torrent orageux dévaste ses rives , mais l'ame de ce paisible habitué musulman ne s'est jamais plus émue que l'eau des bassins de marbre placés dans l'enceinte des cafés.
Nul doute que vous n'ayez souvent entendu parler des conteurs arabes , espèce de troubadours musulmans , poètes des traditions populaires et des souvenirs merveilleux ; c'est dans les café^ de Damas qu'on rencontre les pltis* habiles de ces narrateurs. Malgré ma passion ^our toutes les choses orientales , les contes des Mille et une Nuits ne m'ont jamais beaucoup amusé; je ne sais pas pourquoi , mais cela est ainsi ; je vous fais cette petite
confidence à vous qui êtes indulgent, mais n'allez pas, je vous en conjure , me trahir auprès de nos orientalistes de Paris. Si donc les Mille et une Nuits n'ont jamais eu pour moi un attrait bien puissant , vous pysez bien que j'ai dû d'abord me tenir en garde contre tout ce qu'on me disait touchant les conteurs des cafés de Damas. L'empressement des musulmans à écouter ces sortes d'histoires, le plaisir qu'ils paraissent y trouver, n^étaient point à mes yeux une garantie suffisante de l'intérêt de ces récits , car je sais que les orientaux ne sont pas difficiles à amuser. Toutefois il m'a fallu changer d'avis sur les conteurs arabes j comme je n'entends pas- assez la langue du pays pour suivre des narrations , j'ai pris le parti de me faire traduire deux histoires qu'on avait racontées devant moi ; je me hâte de vous dire que ces deux histoires m'ont charmé. La première retraçait la vie errante d'un derviche qui, en punition d'une faute, avait passé par toutes sortes de tribulations; il avait failli mourir de faim sur le chemin de Damas à Bagdad"; des voleurs l'avaient mis à nu et ne lui avaient pas même laissé son rosaire ; puis il arrive qu'il perd la mémoire, et tout, jusqu'aux choses de la veille, s'efface de son esprit. Dieu pi^d enfin pitié du pauvre derviche, il lui rend son Jbonnet de laine, sa robe , ses babouches, son rosaire, et aussi ses souvenir^; une dervicherie de Bagdad l'accueillit avec bonté^ et le moine musulman, ainsi rentré en grâce, passa dans
le bonheur Iç reste de ses jours. Cette première histoire, dont je voiis donne à peine une idée, a duré plus d'une heure ; je n'ai pas le temps de vous indiquer une foule de détails que les auditeurs musulmans recueillaient avec une incroyable avidité.
L'autre histoire est une espèce d'apologue entre un tapis et un étendard, placés tous deux dans le palais des califes de Bagdad. L'éteadard n'avait pu secouer encore la poussière de vingt -batailles , et sur le point de repartir pour une lointaine expédition , il disait tristement au tapis son voisin : Un même palaiis nous, enferme, mais nous n'avon3 point une même destinée ; la tienne me paraît bien digne d'envie. Tandis que , porté dans les airs, je livre mon front aux traits de l'ennemi, à la pluie, aux vents, au sable des déserts, toi, mollement étendu sur le marbre ou ]^s boiseries dans le palais de notre maître , tu passes ton temps avec les fleurs, avec les filles jeunes et belles, «avec les jeunes et beaux garçons j combien ton sort est heureux ! combien mon destin esj amer ! — Ma vie est douce, parce que je suis humble, répond le tapis à l'étendard j la félicité n'est point réservée à ceux qui comme toi élèvent fièi'ement la tête. — r
Ne trouvez^vous pas cette fable ingénieuse et poétique ? Il me semble avoir lu un récit à peu près semblable dans le Jardin des Roses de Sady ; si cela
est, on pourrait en conclure ou que les conteurs arabes récitent des histoires de Sady comme les Rapsodes chantaient les vers d'Homère ^ comme les gondoliers de Venise répètent les stances de Torquato, ou que le poète persan avait introduit dans son Jardin des récits populaires répandus encore aujourd'hui en Orient.
D'après ce que je viens de vous dire , pensez-vous qu'il y ait moins de poésie dans un café de Damas que dans un de vos brillans cafés de Paris ^ même les plus fréquentés par vos prosateurs et vos poètes. Pour moi, j'aime mieux les conteurs arabes que la plupart des nouveaux grands hommes dont Paris abonde. Parler de la mer et du jeu sublime de ses vagues, sans l'avoir jamais vue qu'à l'Opéra, chanter l'œil noir des Circ^ssiennes , la jalousie des pachas armés de kandjar où les pierreries étincellent , les amoureux n^stères du sérail tour-à-tour rians et sombres, sans jamais avoir connu cela que par les gravures des boulevards et quelques voyages modernes sans vérités 3 enfler une description de phrases sonores et prononcer souvent les mots de dague, de sérénade , de mantille , de madone; peindre enfin ou mettre en scène les hommes, les jeunes filles, 4es mœurs, la nature des pays lointains, sans être sortis de Paris ou de sa province : chez vous , on appelle cela l'Orient, l'Espagne, l'Italie, on appelle cela de la poésie, de la couleur locale, de la nature réelle , que sais-je ? Vos jeunes génies à qui l'îns-
tinct a tout révélé , ignorent donc que la poésie ne se trouve point comme ils trouvent de For au bout d'une page qu'ils ont barbouillée de noir, à. grand renfort d'images forcées et de barbarismes : ils ignorent que , pour parler de l'Orient , il faut avoir partagé la natte du Turc, du fellah ou du bédouin , avoir respiré à l'ombre des palmiers et des sycomores , avoir été porté sur les flots bondissans dans un caïque ou une tartane, avoir eu soif, le jour, sous le soleil brûlant, avoir veillé , la nuit, les regards attachés sur le firmanienl radieux. Chaque pays a une nature à part qui forme sa physionomie ; cette physionomie ne se devine point ; l'Orient n'appartient qu'aux pèlerins; avant de chanter l'Italie, qu^on aille se chauffer à «on soleil et méditer à Rome sur la poussière des Césars; qu'on aille boire de l'eau du Tibre ou de l'Éridan ; avant de chanter l'Espagne, qu'on prenne la peine de franchir les Pyrénées, d aller voir ce qui reste à Tolède ou à Séville des palais des rois maures, d'aller voir ce qu'est devenue la maison du Cid , à Burgos dans- la vieille Castille, de visitera Grenade l'Alhambra , merveille de l'architecture mauresque, de parcourir cette riche nature hispanique, d'interroger s,^^ peuples. Vous à qui Dieu donna une voix puissante, criez donc dans votre Babylone littéraire que les portes de l'avenir ne s'ouvrent point pour le mensonge et l'ignorance; la poésie n'est que la vérité parée d'une robe éclatante ;
dans toutes les œuvres d'art et d^intelligence ^ le vrai est la condition absolue sans laquelle, on n'échappe point aux froides et rapides ailes, de l'oubli.