DE LA LETTRE CL
UBAMlaUB WB DE BikUUBK. - UBS CteRBS BU LIBAB.
Juin 183^
Lë 3o mai ^ je sui» monté à cheval au premieD ra^on de l'aube ; les étoiles disparaissaient une à une du ciel ^ et quand le jour est venu , une dernièr^i étoile brillait encore^ suspendue an sommet du Liban comme un fanal sur un promontoire^ on comme un feu allumé par les pâtres de la mon-*' tagne. Après une.l^ourte marche , j'ai salué le soleil qui sortait resplendissant du désert de Palmjre, et j'ai tourné la tête du côté de Balbek pour voir ses
premiers feux étinceler sur lie faîte de son temple ; c'était peut-être à pareille heure que les eiifans de celte vallée se pressaient autrefois dans le sacré sanctuaire pour adorer le Dieu du jour. J'ai arrêté mon cheval pendant plusieurs minutes pour contempler, à un quart-d'heure de distance , les ruines de Balbek entourées des splendeurs matinales ; les grands noyers , qui s'élèvent à côté des monumens, au milieu de décombres de toute nature, les plantes sauvages qui tremblaient au souffle léger de la brise sur le sommet des tours et des colonnes, aux flancs des murs de granit; l'aspect général de ces vastes et beaux débris colorés par le soleil naissant , formait un spectacle empreint de suave majesté. Vues à celte dislance , les ruines de Balbek ressemblent à une cité, et, dans mon illusion d'un instant, je me demandais, malgré moi, pourquoi cette cité restait muette après le lever du soleil , pourquoi aucun habitant ne sortait de ses murailles, puisque l'heure était venue de reprendre dans les champs les travaux du jour.
La vallée qui^ de ce côté, prend le nom de Balbek, et en d'autres parties le nom de Békaa, est probablement ce que Strabon appelle la Vallée^ Royale; en la traversant une seconde fois pour venir de F Anti-Liban au Liban , je n'ai pu voir sans tristesse tant de terres nues, incultes, abandonnées; ce sol, naturellement fertile, paierait au centuple les sueurs de l'homme; donnez un peuple
à la vallée de Békaa, et vous en ferez une des plus riches vallées de Tunivers. Le pauvre village maronite appelé Dehati , situé à une heure au nord de Balbek^ ne vaut guère la peine d'être mentionné. Trois quarts d'heure au nord de Behati > au milieu de la \allée^ j'ai Vu une colonne isolée, debout* J'avais remarqué une colonne à peu près semblable en dehors des murs de Balbek, sur le revers oriental de l'Anti-Liban j lés voyageurs ne sont pas d'accord sur la destination première de ces colonnes.
Nous nous sommes reposés au pied du Liban, dans un village maronite aj)pelé Deir-Hamar (le Couvent Rouge); j'ai distribué aux enfans et , aux jeunes filles du Couvent Rouge de petites croix et des bagues de France; j'ai reçu en échange quelques jattes de lait, des bénédictions et des souhaits de bon voyage. On remarque à Der-Hamar une église abandonnée , ornée d^ colonnes que Pokoke croit anciennes. J'ai entendu parler d'un village appelé Ainato, situé dans le voisinage, renommé par la production d'une plante appelée ribasy d'où les gens du pays tirent un excellent sirop ; le ribas aux larges feuilles rampantes n'est cultivé avec succès qu'autour d'Ainato. Ce village paie le miri avec sa plante sans débourser un seul para. «
A midi , nous sommes entrés dans les montagnes
du Liban; nous avons marché pendant six heures
à travers des vallons aux aspects les plus variés,
couverts de pins et de chênes ; les perdrix rouges