DE LA LETTRE CLI
VÉLERIHAOi: An MOBASTÈBE
FAUI- - mSUkTIOSS SV DB CQFFnr, SB VASSLBl ÉTAT ACWUBI. SBS
SAIMT^ABTOIliE BT DE SEIOVEUm S'»AVOI.UBE, IB, DU FÈBB nCARD.
Le Caire , avrH i^Si.
Dans les siècles qui plrécédèrent et suivirent les croisades^ les pèlerins qui se rendaietit a Jérusalem ne manquaient pas de visiter TÉgypte, renouvelée par la foi chrétienne ; ils ne manquaient pas de îi'enfoncer dans les déserts , et d'y suivre les pas d'Antoine et de Paul ; là s'élevaient des monastères consacrés aux illustres fondateurs de cette nouvelle cité de Dieu ; là se perpétuaient les traditions de la-.
pénitence, les prodiges et les vertus de la vie solitaire v jusqu'au dix -septième Siècle, les voyageurs ont toujours mis un grand prix à visiter ce qui restait des anciens cénobites et des monumens de leur piété.
Le seigneur d'Anglure, vers la fin du quatorzième siècle, vit les couvens de Saint-Paul Fermîte et de Saint-Antoine. Le premier monastère de Saint- Antoine était sur le Nil, à deux journées du Caire ^ ^ a il y avait là, dit notre pèlerin, une belle » petite église dass un grand pourprine tout clos » et bien fermé de murs à manière d'une forte- » resse 3 il y avait encore , attenant à ladite église » une tour de retrait ; si e&toien t céans en cette » abbaye bien trente frères demourans, faisant le » service de notre Seigneur, et sembloient être » moult bonnes et dévotes personnes. » C'est là qu'avait d'abord habité saint Antoine, quand il fut premièrement ermite , mais ce lieu était trop- 4électable pour faire pénitence; il était trop près du fleuve et des lieux fréquentés , et Dieu manda par un ange à son serviteur d'aller habiter un autre lieu dans le désert à trois journées du Nil. « Nous 9 allasmes (continue notre pèlerin Champenois)^ » à la seconde habitation de monsieur saint An-. » toine... Or sachez que illec y a belle, forte et
' Il existe encore en face de Benisoueif , à vingt-cinq lieues du Caire; Içs, rjuines d^un couvent appelé couvent de Saint-Antoine.
» grande maison^ et bien close de tours hauts et ^) épais comme- forteresse, et céans a très belle M église et moûlt dévote et belle demourance pour » les frères et pour loger les pèlerins, quand ils » viennent là. C'est grand noblesse de veoir le » beau lieu qui y peust estre, etîe beau jardin et » la belle et bonne fontaine qui est dedans, et qui » sert par aval ladite maison et abbaye.. . Quant au » jardin , c'est belle chose a voir icelui, et avec ce , » tout y est bien ordonné et labouré, et verdoyant » d'arbres et d'herbes, qui moult réjouissent, » quant on les veoit en si désert lieu... Dans cette » diste abbaye , sont résidens et d^niourans cent » frères et plus^ lesquels mennent très sainte et » très bonne vie , car en nul temps ils ne boivent » vin , ne jamais ne mangent chair ne poisson, ne » vestissent draps de lin ; et en vérité, ils montrent » bien qu'ils soient bonnes gens, car ils font très )) bonne chiere aux pèlerins, et leur donnent ce » qu'ils peuvent recouvrer de vivres très volontiers » et sans rien demander. »
Tels étaient alors les deux monastères de Saint- Antoine en Egj'pte ; les pèlerins du moyen-âge ne visitaient pas avec moins de dévotion le couvent de Saint-Paul l'ermite ; ce couvent était plus loin encore dans le désert; il était bâti au pied d'une montagne, du sommet de laquelle on voyait au nord-est les deux pointes du Sinaï, à l'est, la mer Rougè à l'endroit même ou le peupk d'Israël avait travet^
l'abiô^ des eaux; < passé ladite montagne (je cite mr le rédt du seigneur d'Anglure) ^ et près de la » Rouge mer est l'abbaye où monsieur saint Pol ^ .» premier hermite demouroit; cette abbaye est .n très bien close et bien fermée de bons murs , et D l'entrée d'icelle abbaye est par devers icelle mer .» Rouge... Là sont bien soixante frères demoun rans^ lesquels, à notre advis sont pareils aux » frères de Saint-Antoine^ c'est à sçavoir de bonté M et d'habits ^ car ils nous firent, très bonne chiere^ » et nous reçurent moult doucement etbénigne- » ment. Ces bons frères se levèrent au milieu de » la nuit y et estoient si diligents de ncms servir et )i de nous appareiller chaudes viandes ,. comme si » diacun d'eux deust gagner cent ducats. En icelle » diste abbaye y a belle petite chapelle, laquelle » est bas en dévalant plusieurs degrés sous une > roche. lUec demouroit saint Pol en fsdsant sa pé- D nitence ^ car autre habitation n'y avait que la » roehe pour icelui temps. — L'abbaye a de plus » très bel jardin et très belle fontaine. )v
Si je ne craignais d'être trop long, je suivrais ici notre bon pèlerin de la Champagne, dans son voyage sur le Nil, et au désert f d'abord il avait grand^peur des arabais robeurs ( les bédouins ) qui assaillaient et dévalisaient les passans; parmi les merveilles qu'il a vues dons sa route , il nous parle d'énèormes serp&ts qui étaient couchés sur la rive du fleuve, et qu'il appelle coquatrix (crocodiles), il
nous dit aussi qu'il a tu trotter sur le sable plusieurs ostruchesy aux plumes noires; du reste ^ il ne fait mention d'aucun monument ^ ni d'aucune ruine de la vieille Egypte, et le nom de Memphis et de Thèbes ne se trouve pas une fois dans sa relation.
Deux siècles après le passage du seigneur d'Ânglure, Jean Coppin, consul des Français a Damiette^ et syndic de la Ter re- Sainte ^ viisita avec plusieurs pèlerins le monastère de Saint-Antoine au désert; la manière dont il fut reçu est curieuse; le vicaire du couvent vint au-devant de la caravane , à plus de trois cents pas ; il salua les pèlerins et les baisa sur la joue, avec une si grande démonstration de joie qu'il ne pouvait retenir ses larmes. On conduisit ensuite les pieux voyageurs au monastère, dans lequel ils n'entrèrent qu'en $e faisant hisser sur les murs , à l'aide d'une grosse corde attachée à une poulie. Arrivés dans l'enceinte , ils furent logçs, ceux qui étaient prêtres dans des cellules , tous les autres dans une grande chambre , où ils se trouvaient pêle-mêle avec leurs bagages et leurs provisions; la nuit étant venue, ils se couchèrent comme ils purent sur des nattes; le lendemain matin les pèlerins reçurent la visite d'un frère du couvent , qui leur lava les pieds ; puis le vicaire qui tenait la place de Tabbé , suivi de tous les moines et portant la croix, vint prendre, les pieux voyageurs pouf les conduire à l'élise; il leur
distribua des aubes, des surplis, et tandis que ceux-ci s'habillaient , les cénobites récitaient des prièreseii langue syriaque ; ensuite le vicaire commença à chanter des hymnes dans la même langue , et pendant qu'il chantait, sept à huit religieux, pour accompagner sa Toix , tenaient d'une main <c des
» pierres noires longues de demi-pied, et de l'autre » de petits maillets de bois dont ils frappaient sur » les pierres , en mêlant leur chant avec ce bruit » qui avait je ne sais quoi de lugubre et d'austère. » Nous fumes, ajoute Jean Coppin, solennellement » conduits de cette sorte , au son des cloches et » avec le chant des hymnes , et la grande modestie ^ qui reluisait dans ces religieux avec leur vie pau-> » vre et leur simplicité pleine de zèle , me semblait » capable d'exciter à la piété les âmes les pluâ in* » dévotes. Quand nous fûmes entrés dans la nef de » l'église , ils nous firent ranger en cercle , et les » chantres qui s'étaient placés au milieu de nous » continuèrent assez long-temps leur harmonie de » voix et de marteaux. Après qu'ils eurent chanté » près d'un demi-quart d'heure , l'un d'eux fit lec- » ture de quelques épîtres , et cependant la plupart » ne cessaient de répandre des larmes ; je demaa- » dai l'explication de ce qu'ils lisaient^ ik répon-*^ » dirent que^ c'étaient des recommandations ins- » tantes que saint Antoine avait laissées pour la » réception des pèlerins qui arrivaient dans ces » déserts , et qu'ils pleuraient de tendresse et do
» ressentiment de voir que nous nous étions expo- 3) ses à tant de périls pour venit* les visiter. »
Lorsque les moines eurent fini leurs cérémonies ^ Fun des pèlerins entonna le Te Deum en actions de grâce, et récita les litanies de la Vierge , après cela on sortit de Féglise pour prendre un frugal repas. Les cénobites suivaient encore la règle des premiers anachoj*ètes ; ils ne mangeaient qu'une fois par jour, et ne vivaient que de fruits et d'herbes 3 l'eau pure était leur seule boisson ; ils n'avaient que des plats de bois qu'on ne lavait jamais; l'étoffe la plus grossière , de couleur noire ou gris obscur, formait leurs vêtemens ; la cellule de chaque solitaire ressemblait plutôt à un sépulcre qu'à une chambre. Le monastère avait toujours été fermé aux plus innocentes joies de ce monde, et tout ce qu'on y voyait, tout ce qu'on y entendait, avait quelque chose de triste. Les pèlerins ne pouvaient s'empêcher d'admirer une si grande austérité; mais à leur admiration se mêlait un sentiment douloureux , lorsqu'ils se rappelaient que ces enfans d'Antoine et de Paul étaient plongés dans les ténèbres de l'hérésie , et que tant de prières ^ tant de mortifications , tant de larmes, étment perdues devant Dieu.
Le seigneur d'Anglure avait trouve dans ce monastère jusqu'à cent religieux ; Coppin n'en trouva plus que vingt-deux ; plusieurs cellules étaient démolies et quelques-uns des murs du couvent tomb^içnt en ruines. Saint Antoine avait habité dajis 1q
Toisinage plusieurs grottes^ plusieurs lieux où la dévotion des chrétiens avait bâti des chapelles ^ des asiles pour les moines et les ermites y mais il n'en restait plus de vestiges.
Vanslebj, curé dé Fontainebleau^ qui voyageait en Egypte trente ou quarante ans après Jean Coppin y trouya le couvent de Saint^Antoine dans une , grande décadence^ il avait été plusieurs fois dévasté par les Arabes voleurs^ et abandonné par les moines pendant plusieurs années ; la plupart des anciennes cellules avaient été détruites et remplacées par des cabanes de terre qu'habitaient^ les solitaires. Le couvent ne comptait plus que dix-sept religieux ; la plupart^ nous dit Vansleb^ borgnes , ou sourds y ou estropiés y ou boiteua:, ou cassés de vieillesse. Us suivaient encore la même règle; ils menaient une vie dure et austère , mais ils étaient moins hospitaliers et paraissaient avoir oublié les recommandation5 de saint Antoine pour la réception des pèlerins.
Vansleb avait remonté le Nil jusqu'à la ville aux cent portes y dont il n'avait qu'une idée vague et qu'il appelait Luxor le vieux} dans tout ee pays, il avait vu , sans trop s'en rendre compte^ les temples de la vieille Egypte et les églises chrétiennes du moyen-àge^ mêlant ensemble leurs ruines ; parmi d'immenses débris , couverts d'hiéroglyphes et de signes inconnus^ il avait vu ^ çà etlà^ retracés sur la pierre^ tantôt l'image de la Vierge et des saints, tantôt une croix ^ ou quelques paroles de l'Evan-
gile ; le bon curé de Fontainebleau s^élonnait de trouver partout des cavernes , des grottes creusées au flanc des montagnes, et sdans ces grottes, dans ces cavernes, qui lui semblaient un ouvrage miraculeux, il ne cherchait point les restes des Pharaons et de Tantique Egypte , mais les traces des anachorètes et des serviteurs de Jésus-Christ. Le consul de France^ Maillet, qui se trouvait en Egypte
à la fin du dix-septième siècle, parle à peine des anciens solitaires^ et des souvenirs qu'ils avaient
laissés. Dès-lors, les solitudes consacrées à la prière et à la pénitence^ n'étaient plus connues que des missionnaires employés à la conversion des Cophtes. Le père Sicard , au commencement du siècle dernier, visita les monastères de Saint-Antoine et de Saint-Paul ; il visita plusieurs autres couvens dont il a laissé une description ; après cela , un voile s'étend pour nous sur l'Egypte chrétienne; de même que nos vieux pèlerins ne portaient point leurs regards sur les merveilles profanes de l'antiquité , de même les savans modernes n'ont point porté leur attention sur ce qui avait si vivement excité la euriosité des pèlerins * . Ainsi l'Egypte était vue sous un aspect tout différent, selon les préoccupations diverses des esprits, selon les opinions et les idées qui dominaient en Occident ; au dernier siècle , on
' Pokokc, Niebufar et d*aalrfs Toyageurs modernes ont parle de quelques couTens qa^ib ont reacontrés sur leur chemin , mais ils n''ont visité m ]i> monastère de Saint-Antoine ni celui de âaint-Paul.
lie demandait plus à ceux qui revenaient des bords du Nil y s'ils avaient visité les déserts , habités autrefois par un peuple de saints^ mais s'ils avaient vu les pyramides de Giseh ^ la plaine des momies ^ les palais et les tombes des Pharaons , les merveilles de la vieille Thèbes. Aujourd'hui même> tout le monde connaît l'Egypte du temps àil$i$ et à^Amounra y mais personne ne connaît l'Egypte du moyen-âge , FÉgypte des anachorètes et des solitaires.
Depuis que je suis arrivé au Caire, j'ai interrogé tous les voyageurs qui reviennent du Saïd, et je n'ai rien appris ; j'ai adressé des questions à M. Wilkin-^ son , qu'un zèle ardent pour la science retient depuis deux ans parmi les ruines de Thèbes : « On ne con* » naît ici, mâ-t-il répondu, que l'église des Cophtes » à Medinet-Abou, quelques chapelles bâties dans » l'enceinte des vieux temples , et quelques ma-^ » sures, dispersées sur les collines, quW dit avoir M été des couvens. » Voilà ce qu'a pu m'apprendre sur la Thébaïde chrétienne un voyageur qui connaîl à fond tous les monuiûens de la vieille Egypte. Tsd fait, comme vous le voyez ,> une véritable enquête sur le moyen-âgé et sur les cénobites égyptiens ; et cette enquête n'a produit ^que des reiiseignemens vagues, des faits épars qui vous fourni*ront peu de lumières; je vous les transmets tels qu'ils m'ont été donnés. Les voyageurs qui remontent le Nil peuvent voir à leur droite sur un roc élevé le couvent El-Baeara (le couvent de la
poulie); les moines d'El-Bacara reçoivent l'eau ^ quelquefois aussi leurs provisions à l'aide d'une corde attachée à une poulie qu'on voit de loin, et qui est suspendue sur le fleuve. Â quelque distance de là , près d'Antinoë , on voit ui^ autre monastère, appelé AboU" Hennis (le monastère de Saint- Jean), et plus loin sur la rive gauche du fleuve le couvent d^El-Maharrag (le couvent brûlé )5 la Haute-Egypte a plusieurs couvens dédiés à la Vierge, à saint Georges et à saint Laurent ; il existe un monastère à un mille de Denderah, un autre > près d'Edfou; parmi les lieux qui ont gardé le souvenir des premiers solitaires, il faut mentionner l'île de Thabenne , près de Tintirah : cette île a perdu ses hôtes pieux, mais elle conserve le nom que lui ont donné les légendes ; les ruines d'Oxyrhinchus sont encore habitées par des cénobites , qui appellent ce lieu la métropole des couvens ; le désert du Coizim a conservé aussi ses monumens, et les monastères de Paul et d'Antoine sont encore debout. Je vous ai parlé des couvens qu'on trouve dans la vallée de Natroun ; plusieurs voyageurs nous parlent d'un monastère situé près de Tanisy dans le voisinage du lac Menzaleb. Il existe en outre plusieurs monastères cophtes dans les environ* du Caire.
Vous me demanderez peut-être comment vivent les nouveaux habitans du désert ; les couven» que le temps a respectés jusqu'ici, n'ont ni terre»
ni revenus , ni industrie ; tous les moines cophles, à l'exceplion de ceux duFayoum qui cultivent la vigne, restent dans l'oisiveté et ne vivent que de ce qu'on leur donne; aussi sont-ils toujours sur les chemins pour solliciter la pitié des passans; lorsqu'un voyageur visite leur couvent^ les premières paroles qu'on^ lui adresse, sont pour lui demander l'aumône ; lorsqu'une kange remonte ou descend le Nil et qu'elle passe devant un monastère , on est sûr de voir un ou deux moines s'approcher du bateau et le suivre en nageant jus- ,qu'à ce qu'ils aient obtenu quelques pièces de monnaie.
La plupart des couvens sont entourés de hautes murailles ; et ces murailles qui doivent les défendre, sont chaque jour minées par le temps ; les pierres se détachent et tombent une à une sans que perbonne s'occupe de les relever; il n'est point de monastère qui n'ait été plusieurs fois assiégé , envahi , pillé par les Arabes ; chaque couvent a sa lamentable histoire qu'on raconte aux voyageurs en implorant leur charité. Les plus exposés aux incursions des bédouins, achètent la paix au prix de quelques provisions qu'ils distribuent aux Arabes du voisinage. Il s'en faut de beaucoup que. le désert soit aussi peuplé qu'autrefois; les couvens de Nitri ont encore, il est vrai, jusqu'à dix-huit ou vingt cénobites; mais celui de Saint- Antoine , celui de Saint-Paul , n'en renferment chacun que.
six ou sept; plusieurs cbuvehstia Mi n'en dut \[^ùe trois ou quatre, e^t mêîife^ quelquéfôib ils irestent abandonnés. '■ ' /
Cependant on Reçoit tpm eéiix qui 'se pi^éritelit^ La profession dei înoine n'exige aucun iiôviciat ; il suffit d'avertir Tévéque qu'on veut embrasser Fét^t monastique ; le néopbjf te est - conduit à l'élise ; oii étend sur lui \in linceul en récitant les {iHère^ defif imortis ; puis il reçoit le kcdoucieh ou lâf marque distinctive des moines cophtes; c'est june bandelette de laine bleue qu'on attache à la éolf-^ fure et qui descend sur la nuque; on ne fait j^as d'autre cérémonie. Un moine n'est pas ténu de 6a\roir autre chose que ses prières ; pour ceux qui exercent la prêtrise^ il suffit de savoir dire la messe ; depuis que la cour de Rome a voulu les ramener à la foi catholique, leur ignorance est devenue encore plus grossière , car dans leur aveugle obstination , ils se séparent tous les jours davantage des autres sectes chrétiennes , et se défient de tous ceux qui veulent les éclairer.
On m'a donné peu de détails sur la discipline et la règle des moines cophtes; dans les solitudes d'Antoine et de Macaire les cénobites se livrent encore à de grandes austérités ; ils travaillent de leurs mains ; ils prient la nuit et le jour ; mais dans les monastères voisins du Nil, je pense que toutes ces règles qu'avaient apportées les anges du ciel et qui faisaient l'admiration des saints , ont dû être oubliées
et tomber èa dësuëliide ; de» mornes vagabonds , qui passent lm}r vî^ à mendier^ ne peuvent ae IWrejt régulièrement aux exercices de la détotîoli ; Jat plupart, in'a<M;-on dit^ ne jeûnent guère <|Me lorsque la quête n'eat pas bonne, ^ sou?eat les do^i^r de la charité ne servenl qu'à entoeienir leur juiMiiK» pérance ; ainsi la misère se vaéle à la roimption > .c»t les {Meuses solituMles onrt connu iùus les f ioea des cités. Vous le dîrwh-jel rà a yu dans la Haulc^ Egypte des enfans de Paul vitre puMiqis&niatit ^owe des femmes el; jnème avecdies feauôœ musàsianes ! voilà ce tipit Teste de la sainteté et des vertaséik désert!
LETTJBLE GLH.
IXS UBRAIRES BU CÀlHE. - LE BAXAB BES ESCLAVES.
m Sir .fOBvirr v^ ;ibTABrRiuic^4i«OT9iiÉRT
Le Caire ) ayril 1831
J'ai visité rimprimeriedu pdc)ia àËonlac^ comme, j^avais visité llmprimene impériale de Stamboul ; j'y ai trouvé huit presses y qui viennient de Paris , des caractères européens, turcs, arabes, persans-,, fondus a Paris 5 le papier vient de Livourne et de Trieste. Cet établissement est dirigé par un Arabe qui a étudié à Milan. . Les livres sortis des presses de. Boulac, passent pour être imprimés assez correcte*ment; on les envoie régulièrement en France >
où ils doivent cire placés dans la bibliothèque du roi.
Je ne vous donne point ici la nomenclature des publications qu'on a faites jusqu'à présent ; ce sont pour la plupart des livres de médecine et de tactique, traduits des langues d'Europe et surtout de la langue française , des ouvrages de ^ammaire , parmi lesquels on distingue un dictionnaire arabe-italien ; on n'a imprimé que trois ouvrages de littérature ^ le Gulistan de Sady, un Manuel du style épisUh- Inire^^xne Antkoïx}giB arabe. J'ai acheté un eiéni^ plaire du Manuel ^^ et je m'en suis fait expliquer quelques passages ; iT est intitulé : le Jardin des se^ 'crétaires et ha^sins des personnes bien élevées. Ce manuel renferme des formules de lettres pour écrire aux gens en place, à des amis , à des parens, etc. On y apprend quels titres on doit donner aux grands personnages , et comment il faut commencer et finir une épîtye. Ceux qui veulent orner leur style de quelques citations trouvent dans le Manuel épistolàîre un choix de vers arabes qu'ails ^peuvent niéler à leur prose. Lé même volume renferme des modèles de contrats pour toutes sortes de transactions ou de marchés ; des formules de prières , des formules de discours pour toutes les occasions importantes. Ces sortes de nianuels ont pour bpt d'achever l'éducation d'un Turc ou d'un Arabe, et tout muslilnfian qui possédé à fond son Jardin des secrétaires j j^^eut se vanter d'être uA homme
bien appris. J'ai touIu oie faire éupli^uer'qiidque^ unes des lettcrs familières qù!on! nôu^ doiine- ea exemple ; le style oriental s'y montre dans le^ moini dres détails avcic sa pompe et ses exagérations^;' cbez nous, le naturel est dans la simplicité ; il faut croivik que y chez les Orientaux y Vé^ paturel •■ ne se troiite que dans la métaphore et dans l'hyperbole; Upt orientaliste y. qui a lu plusieurs fois Iç Jardin des sè^h crétairesy et qui connaît parfaitement la littérature arabe^ m'assure du reste que cette compilation est faite avec peu de goût et de discernement. . ? . î
U Anthologie arabe est un recueil de poésies'jûtrées des meilleure auteurs; ce sont- des* élégies ^^ .dé^ chansons, des tableaux.,. des moralités^ etc. Dans ce recueil dont ^-'aî une traduction sous les: yeux ^ se tr.Qu.vent des choses qui me charment > d'amor^ que je ne comprends pas ou qui ine; parai33eitjt étranges; pour apprécier cef^ poésie. (orieDtjalô^iîii faudrait avoir vécu loi^temps avec les, Arabe^y 1^ Fersans ou les Turcs : il faudrait .avoirrété daias leur intimité^ aimer ce qu>'ils aimeat et; l'ailier, çomvps/f^ çus^ sentir de la même manière l'àmouiiqurJa hs^ine, la tristesse ou la joie; vaindu.m^mei(»ili(e soleil et les- merveilles de la.nature.^ ; .. y y .
Xies poètes orientaux excellent sl peindre les sepy timens héroïques.; qa'y a-^-il de plus beau que (^t^ pensée dans la bouche d'un guerrier marchapt au combat : « Le manteau de la vie n'e^t pas toujours » un vêtement d!ho|nneur, c'est unç robe [d'igpQr
9 œiiiie pour le lâche et le pusillanime, n Lu poésie arabe ^ quand elle décrit^ abonde en: images vH^s^ brillantes^ quelqne£c»$ bizarres^ en rapptoehemeiia îngénieax et souvent forcés ; j'admire le poète Soyouti^ pfor exemple^ lorsque^ dans Une descrip^ tîoD du printemps j il compare la vapeur du soir qui pénètre dans le calîoe des fleurs , à la langueur dn sommeil qui s'insinue dans les yeox d'un «nfinat prêt à s'assoupir ^ mais je ne le comprends J^ins lorsqu'il compare le merle qui siffle, perché sw sa branche y à un derriche qui entonne un hynme du haut de la chaire de son couvent. On trouti^ d^ns FAnthologie plusieurs poésies galantes qui sù{^pfcttv teraient fort bien la comparaison avec qudqtM^ Uities de nos poésies erotiques. Les poètes d'Qri^iM^, comme les ndcres^ nous peignent l'amour àveé dM traits qui dédiirent^ avec des feux qui consufb€ttlt)$ yiais lés peintures qu'ils font de la beauté di0'|M^ mssent avoir quelque chose d*uti peu mbilidlxMM^^ lès joues d'une belle sont toujours des rbsesj, %éà denfs des peries^ sa taille un rameau ûeiàhXéyiiià yeux s6tit todjoUrs noirs comme là nuit , sa* héù brillante comme la lune j j'ai cru remarquer au^i que cette poésie galante exprime moins la tendress(ê qfte la vôrlùpt^^^fct que l'amour y parie plu^ aux sens Vjpi'à l'esprit. Je suis fôché que, dans toutes tes é!ë-^ gîes que j'ai lues, on ne dise jamais rien de la spn-»' pathie des âmes, de ce que le sexe a db plus doux et de plus délicat , de ce que la pas^oti a de "pluii
mortl, à& ploa pathéli^nie ^ de pfais ftttaM^ânt. On m'a montcé ces joatsi demiors une ckansott nourelle qui se chante inaiatxuiani esi Egypte y et ^e je prélèm 9 toutes les olumsoas anïoiEveueesi d« l'Aothologie ;, oe soi»t ks amours d'Hassaa de Gé-^ Uoiib^ eolevé'à sa cabonie^ à son çhanhuf Vet « fo bdle Fatma , pour servir dans rarmée de BftébciBfiK Aly • Hassan a fyitlm goerredu Heàjxfi où il est devenu caporal; il a vu la Mecque et Médine^ ce qui Itû à valu la qualité de hadji, Ni le pélerîiiage de« villes saintes, ni la gloire > ni le bruit des sffmes n'ont pu lui faire oublier lesoUil (h sa vis, sa chère Fatma h la peau dow»^ f&nn&e^frqUht^ aux ymm granéê cammei un flngean \ Après trots ans d'absence, 1^ lièvre du chagrin l'a pris ; il a été conduit à l'hôpital d' Abouzabel ; les médecins firandjU{fU0Buu lefmm^ disse) lui ont fait avaler des éro^ms wrcs qui n'eait point adouâ son mal; mais un beau matin, il a enr tendu sous sa fenêtre une voix cjpx disait : Hiuaan , Hassm, ya e»m ( ma vie ^ œes^yeux ); c'était lar voix de Fatma , ^t cette voix a guéri le inalade ooéoime par miracle ; il est sorti de l'hôpital , il a emporté en triomphe dans sa tente sa chère Fatma., et lenr union a été bénie par le cheik de Galioub. Cette ballade se termine par la foroiute sacramentftlise ; Dim est Dieii,^ et Mahomet est sim fffophktç.
' Machine dont on se sert pour tirer de Teau du Nil.
' ^inge^ , petite tasse de ioriae oyfle daiu:la«|ueUe on pifeÉdieitâfe.
Avant de quitter l'Anthologie arabe> je doi& tous dire que ce recueil n'est qu'une réimpression ; îl a déjà été publié à Paris avec une traduction latine et française ^ ; c'est une des singularités de l'Orienty dans le temps où nous sommes , que de recevoir dfau-delà des mers jusqu'aux cbe£s-d'oeuvre qu'il a lai-inême produits ^ et d'avoir besoin ^ pour multiplier les inspirations de ses poètes^ des exemples 4^ l'Occident.
Parmi les li\Tes imprimés à Boulao^ on troirre quelques livres d'histoire ^ la plupart sont écrits en langue turque , et font connaître quelques époques glorieuses de l'empire ottoman ; on a imprimé ausis» une vie de Catherine II . traduite du français ei> arabe y cette histoire traite fort durement Cathe*^ rine n et Pierre-te-Grand , que le traducteur n'ap-^ pelle jamais que Pierre le fou. On doit croire que ^v pour une pareille publication ^ le pacha n'aura paai consulté le consul de Ru^e ; une histoire ^ d'ailleurs^ qui ne trouve plus de lecteurs exi Europci^y nedoit pas en trouver beaucoup en Egypte. ^ '
L'imprimerie du pacha a publié jusqu'ici quatte ouvrages sur la religion musulmane; j'ai acheté on de ces ouvrages^ qui a pour titre : Des routes de V&npressement vers les rendet-^ous des nunans ^ ei le guide de la passion vers le séjour de la paix. J'es<père bien que notre ami M. Reinaud m'aidera sv
^ Cfiltfi Asthobgie a été publiée. far M. HumbciL, de GcQcve,
aa?
déchiffrer UQ'liyre aussi sôngulieir par. son iHre,que paroles. çiue$tion& qui y sont Irtiitées; il ne s^agit rien Vf oins q^e de la guerre, contre les infidèles. L'auteu^ nommé Badr^-Eddin y vivait yer9 la fin des croisades ; il se plaipt du refroidissement des tnu-f siilmans pour la guerre sacrée.. « Les glaives y diMI » en^commençant^son liTre^ sont rentrés dws Je n fourreau, iét k fiancée de la; guerre^. sainte. ne M trouve plus personne pour lui faire la^^çonr ; au » contraire^ chacun a replié *le tapis de la bonne » volonté^ et. préfère les jouissances de çet^e vie » passagère. » Le traité de Badr-Eddin est divisé ep. trente-trois chapitres 4 l'auteur parle de .la guerre sur mer et de la guerre sur terre ^ de Ifi conquête et de l'invasion^ de la discipline;^ de^y stratagèmes , de tous les. poyens qui peuvent assurer le triomphe et les succès des champions de la foi musulmane. Cet ouvrage arabe sur la guerre sacrée., on'a rappelé le fameux traité du vénitien Sanuti intitulé : Sécréta fideliwn. 11 est curieux, de voir qu'à peu près à la même époque ^ on cherchait également à ranimer le feu des croisades ou des guerres saintes chez les peuples d'Orient et diez les peuples de l'Occident. Ce qui vous étonnera , c'est que dans le Manuel du style épistolaire dont je vous ai parlé , se trouve aussi une prédication pour, une guerre contre les infidèles^ cette prédication est tout-à-fait semblable à ce qu'on prêchait dans les masquées du temps de Saladin; pourquoi toutes ccsej^hortations
a ia gtierre siénte sortent -dffes maftftetaCarit des presser du pacha ? Il est probable que ce fidatisme guerrier, que cette éloqaefiee belKqiïeti^é^ tf à pd être ainsi réreillée (Ju'à roccasion de là guéAré contre les Wsfeabitea ; car on ne ra plus dbercfter dés ennemis, au-delà des mers, et ce n'est plus certâfnement aux puissances chrétiennes quW eu veut. Toutes les publications faites à Botdac, remplis^ sent -elles le but qu'on a dû se proposer? Lei plus sages paraissent en douter; l'imprimerie du pacha aurait rendu peut-être de plus grands services, si elle avait reproduit des ouvrages élémentaire sur la géographie et sur l'histoire dé l'Egypte, des livres propres à l'instruction et à l'éducation du peuple, lès chefs-d'oéuvre lès plus renommés de la littérature arabe ; les hvres sttt lH tactique et sur la médecine, peuvent avoir lea^ utilité , mais ils ne s'adressent qu'à un très petit nombre de lecteurs; tous les autres, à qudqtiéss exceptions près, n'ont point de débit, poâàtdiB circulation, et ne sortent de la presse qui les iutil^ tiplie, que pour être entassés dans des magasins où ils paraissent condamnés à un étemel ou]bM ; i>crsonne ne les achète, personne ne les lit, parce qu'ils ne répondent nfaux besoins du temps présent, ni à l'esprit de la population qu'il s'agit d'ihstrriîre ^t d'éclairer ; il est aisé de voir au premier coupd'œil qu'il en est de cette imprimerie établie à grands frais, comme de beaucoup d'autres industries .
qu'on a iinpk>rtées d'Europe et qu'on a trop ne'gligé de mettre en rapport ûvec le pays. Je fia^âi^ ces observations à mon guide qui les û trouvées justes, mais qui m'a r^ondu qiie la pkis grakidb difficulté n'était pas d'établir une imprinierie ^eil Egypte > m^is d^amenèr la populatiiMt ^gyptieûne^ même la dasse élevée, à lire les ouvrages qœlà qu'ils fussent y qui y seront imprimés; dans ce cas^ il faudrait désespérer tout-à-fait du succès de Fem treprise, et comparer l'imprimerie de Boulac à une machine hydraulique qui verse ses eaux sur )<é sabte et sur la roche aride ^ Cette idée est trop affligeante pour que je puisse m*y arrêter jrfus long* temps.
Après avoir visité l'imprimerie de Boulaè^ j'ëî demandé si le Caire avait un bazar de livres; on m'a r^ondu que les libraires n'habitaient poii* titt ' quartier séparé comme à Stamboul ; la capitale dé l'Egypte n'a que huit ou dix boutiques de libttlires^i qu'il fnut chercheir dans p&iâieurs rues difSérenteIsi Il y a* ici 5: ciomme à CoUstÂntinople^ beaucoup d'é»crivai^b) employés à copier des livres ;• leâ 'copiste sont en quelque sorte comme tes imprimieurs dâfiià notre Eunope; car c'est par eux que se font les pt^ blications ; il y a en Orient des libraires copiâtes^ ^ comme à Paris des imprimeurs libraires ; le prist des.
' M. Remaud a tmblic uac nolice (Ittaillée de tons les ouvrages iinpl-iinéab à Bojilac.
ouvrages dépend de lamanière dont iFs sont copie^*^ comme chez nous il dépend souvent dé Ih teianière dont on les imprime. Pour compléter ce tableatr de la librairie orientale^ on doit y ajouter les relieurs; Mux'-ci habitent tous le même quartier^^ la reliure a son bazar : là, des ouvriers babires'fa^ briquent jour et nuit les étuis ou se renferment lès livres^ et donnent aux volumes leur enveloppe et leur couverture de basane; les livres qui sortent- de leurs mains s'ouvrent avec une grande facilité ; ils n^ont point d« dorure^ peu d'éclat^ mais ils sont préservés des ravages du temps ^ et surtout de la poussière qui , dans ce pays, si on n'y prenait gardei n'épargnerait pas plus les chefs-d'œuvre du génie/ qu'elle n'épargne les tapis et les. meubles.
Lorsqu'on entre chez un libraire, on n'y voit point de livres étalés ; si: votis demandez un eayrage, on va le chercher dans un coffre ou dàos une armoire, où il est soigneusement conservé ; les libraires du Caire vendent les livres imprimés à Boulac, mais ils en vendent peu et ne l^s vendï^nt guère qu'à des étrangers. U y avait autrefois aa Caire beaucoup de manuscrits précieux, maintenant ils sont rares ; tout ce qui a pu être acheté , et qu» avait quelque prix aux yeux des amateurs , est maintenant dans les grandes bibliothèques d'Europe ^
' Il n'*y a pas loug-temps qu'il en est arrivé un assez grand nombre à Ia Bibliothèque royale, à Paris.
J'ai demandé à tin libraire .diez.qui je me svlîp
arrêté 7 si on. composait maintenant des! ou vrageà^ nouveaux, — Quelques ti^i^tii!Otion$.dès langues européennes ^m'a-ft^il répondu >.nildâ rien autre; j'ai demandé s'il y avait à Ji'h^ure qu^ilest quelque^ poètes 4an^ h pi^ita}e de l'Egypte. *^ U n'y en à point 4'autres <|ue les <^haiisonnîers qui font de» cl^iansons.pour les aimées^ quicompo^e&t des mouaU pour lies occasions solennelles. — • Aves-r'vous des gen^ qui font profession de ctdtiv^ k Uâtérature f votre capitale a-t-elle des gens dtelettries ?: «-^fQuand^ j'ai parlé des gens de lettres^ c'est comm^si^j'avai» parlé d^es ibis^ des serjpens ailes oa.du!phénixde» anciens temps* Je n'ai jainais pu me faicq ehieaàre de mon libraire arabe y lorsque je lui ai dËt que mi» libraires tl'Occident avaient à leurs gages despoètei, des orateurs ; des philosophe», ties insforienay deii savans de toutes sortes ; quo chaque» jour il ^^Mfan tait à Paris des meiiveilles littéraires, ei^e tdW cela était acheté au poids, de rcprpâmos mardbatoiJ« de livres. Mon pauvre libraire tout interdît ètéii tenté de prendre xe /que je lui disais ^p0ur qu^ que addition aux Mille et une Nuits ^ -ëar péï*-^' sonne ne vit ici du produit de son esprit ni desf trésors de son intelligence ; aucun homme n'y vend à un autre le droit de publier sa prose ou ses vers , et la littérature ^unehranche d'industrie tout-À« fait îgndi^^) .\ .
On m'a conduit à l'Ockd ou httxar des esclaves ;
^*^U tttae vaste coulr^ avec des gal^ies circulaires et tdifféreDs logemens ; après oe que je vous ai dit du baisar des ^esclaves de Stamboul, j'ai peu dé <:lioses &TOUS dire de celui du Caire. Nous n'y avons vu que des négresses venues de k Nubie et de riûCérieur de l'Afrique ; les esdaves cireassiennes né sont jMis exposées publiquement; les prerxiiers ebjCfts qpoi ^ont feappé nos regards , ce sont ies gcospes ée petits garçons et de jeunes filles , souriant & tout ceux qui arrivent; dans les chambres des esclaves , |e n'ai pas non^j^Bs remarqué de tristesse sur les visages. C^iel* souvenir toutes ces pauvres créatures aubaient<i4s}les Gonserré des lieux qui les ont vues aaiipe! le passé n'a rien qui leur donne des regrets; i^aivetur rieaqui les effraie ; elles sont sans fai»S9e , i^lMUSiiqppui sî$x la terre/ et chacun de ceux qeà se fiçésentent pour Jes marchander leur parait un bértUeury un ami^ lui. parent même que le If^lir enyicwe. Xie sort* des esclaves est plus suj^ov^ tjll^ ieneore en Egjqfytè ^ surtout pour les fiémmn^ (f^A imyçsX en Turquie; La religion musulnàse r^^inmande aux fidèles d'affranchir leurs esda-* v^,, et le$ actes d'affrandlissemens sont rédigés en de^ ti^rmes qui m'ont touché ': « Chacun de vos » niembres^ a dit le Prophète à ses disciples^ sera » préservé du feu éternel pour chacun des mem-^ » bres d'un esclave devenu libre ; c^te bonne 7) action sera comptée devant Dieu^ carc^esi Dieu > 4iu$ cela regarde. » Ainsi s'exprime tout acte
par lequel un captif est affranchi ; où ne petit se îaire use fl^ iimite iàé^ ée ht liberté de l%onnne; comment se fait-il que dans tout FOrient une si noble inspiration soit îestée stérile pour les peuples , et qu'on n'ait pas même songé à Taffranchissement des sociétés ^ en des pays où l'opinion religieuse lâet tant de prix à l'affranchissement d'un esclave? Le monde ^^rious soinmes sera-t-il donc toujours rempli de contradictions ? Les sociétés humaines resteront-elles éternellement dans cette m4^> cojolwe ^w laur fui; rtraoée a kieis par le génie dû bien et 'pïtr le génie ,du mal*? Marcheront-elles toujours entre la liberté et le despotisme^ entre la justice et l'iniquité, comme notre globe qui tourne sans cesse sur lui-mêtne , et se partage inces^aofipient entre les clartés du jour et les ténèbres de la nuit? J'adresse toutes ces questions à ceux qui croient aux prodiges de la réforme.
"T iM, ■ csaaateaa
tETTEE CLUI.
CAmÀOTÈMB DU DBFTB&HAR , VlMmAMtM VACSA. ». T1^^fffft^r
ll^ABIBV A
Le Caîi« y atril 4 tfSI
Quoique mon séjour au Caire se soit prolongé assez long-temps^ je n'ai pu voir beaucoup d'hommes remarquables, et je ne puis vous raconter mes visites comme je l'ai faitàConstantinopIe. Parmi les grands personnages que j'aurais voulu voir, je dois placefr en première ligne Mohamed-Bey^ qui remplit les fonctions de defterdar ou de trésorier du pacha; il avait épousé une fille de Méhémet-Aly, qui est morte l'année dernière ; le defterdar passe pour avoir de la capacité dans les affaires ^ et même un certain goût
pour Pétude des antiquités , ce qui est fort rare chez lesTurcsj son caractère est bizarre, capricieux, et cruel ; tout ce qu'on raconte de lui nous le représente comme une tradition vivante des temps où passions les plus brutales du despotisme gouvernaient rOrient 'y il se plaît à raconter la guerre du Sennair dans laquelle il s'est distingué, et ce qu'il en dit fait frémir; toute cette guerre est une suite de cruautés et de faits horribles; la moitié de la population y a péri; quatre -vingt mille captifs ont été envovés au Caire, et soixante mille sont morts sur la route; dans le Sennar, on chasse au» hommes comme aux bêtes fauves: lorsqu'ils fuient, on leur tire des coups de fusil ; ceux qui sont tués , on les abandonne aux oiseaux de proie ; ceux qui ne sont que blessés , on les enrôle dans l'armée du pacha. Je veux vous répéter quelques anecdotes qtie raconte lui-même le dcfterdar. Parini les habitans du S^nnar, c'est un titre d'honneur que d'être appelé Ten/iinf du taureau^ et la plus grande injure est d'être appelé le fils de la vaclie; le defterdar faisait venir devant lui des prisonniers, et leur commandait de dire : Je suis l'enfant de la vache; tous répétaient : Je suis l'enfant du taureau; comme les récalcitrans recevaient la bastonnade , plusieurs ont mieux aimé périr sous les coups que d'obéir. Une autre anecdote nous montre que la justice même prenait dans les actes de Moharaed- Bey, un véritable caractère de barbarie. Une femme VI. 20
^ vient se plaindre d'un soldat qui a ba le lait de son zamous sans le payera le soldat est mandé à L'instant; il nie le fût qu'on lui impute; le defterdar^ pour connaître la vérité , ordonne qu'on lui ouvre le ventre , et le malheureux expire devant la femme qui l'accusait et qui recule épou* vantée. — Vous venez de voir la justice du defterdar ; voici sa clémence :TJn de ses serviteurs est accusé d'avoir conspiré contre lui; il l'inter-^ roge y il le fait mettre en prison y puis il consent à Ipi faire grâce , mais à condition que le coupable portera toujours sur sa tête un casque de plomb du poids de plusieurs livres ; Mohamet-Bey force souvent ce malheureux de raccompagner dans ses courses y et le fait courir au galop avec le poids énorme qui pèse sur son front ; il se plait à voir ainsi le supplice de son serviteur , et s'applaudit de l'avoir laissé vivre. — Pour achever le portrait du defter^ dar, il faut ajouter qu'il a toujours auprès de lui un lion^ et qu'il jouit de la peur que la présence de cet animal cause naturellement à ceux qui vont le visiter j je n'ai trouvé personne qui voulut me conduire chez ce redoutable ministre des finances ; on pourrait rire de cette singularité^ si elle n'avait pour objet que d'écarter les importuns ou les sol-
liciteurs ^ et de mettre les trésors de l'état soùs la garde d'un lion de Nubie.
J'ai voulu faire une visite au colonel Sèves , aujourd'hui Soliman pacha ; je regrette de ne l'avoir
pas trouvé; peut-être M-il redouté la présence d'un Européen^ l'apostasie de cet officier français a retenti assez long-temps dans toutes les gazettes de l'Europe^ pour que je n'aie pas besoin de vous en ^parler ici en détail ; on attribue ce changement de religion à deux motifs ; d'abord les philhellènes de Paris et de Londres avaient reproché très vivement au colonel Sèves^ d'avoir défendu la cause des Turcs contre les Grecs régénérés; son amourpropre blessé Ta poussé à se ranger parmi les disciples du Coran; son second motif parait avoir été l'ambition ; saiïs changer de foi , il ne pouvait s'avancer dans l'armée égyptienne^ et pour faire son chemin, il a renoncé au chapeau qui était, je crois^ la seule marque du christianisme qu'il eût conservée; en examinant la chose temporellement , on peut dire que le pacha Soliman n'a pas tiré de grands avantages de son apostasie ; ce changement a été fort mal vu parmi les Européens, même parmi ceux qui ne se piquent pas d'une grande dévotion ; les Turcs et les Arabes se sont mis aussi à le mépriser, car on n'a pas encore oublié dans ce pays la maxime de Saladin , laquelle disait qu'avec un mauvais chrétien on ne fsài point un bon musulman ^ ni avec un mauvais musulman un bon dirétien ; au moment où je parle ^ le pacha Soliman est dans une espèce de disgrâce ; et ce qu'il y a de pire y on ne lui paie pas exactement son traitement de padia; il vit relire au vieux Caire,
et pour se distraire dans sa solitude > il s'est mis à bâtir , ce qui lui fait dépenser plus d'argent qu'il n'en a; presque tous ses anciens compagnons d'arroes l'ont quitté; ceux qui le voient quelquefois le trouvent soucieux et triste ; il avait fait venir auprès de lui une sœur qui n'a pu s'habitu» à vivre dans un harem ; cette femme mécontente est sortie brusquement de la maison de son ffère, et s'est retirée dans le quartier des Francs^ qui retentit maintenant de ses lamentations et de ses plaintes. Le Gaire a quelques autres renégats qui sont restés dans le pays après l'expédition de'Bonaparte; on les appelle les Mameludis français ; ils vivent fort obscurément d'une modique pension qu'on leur fait.
Ibrahim pacha ^ fils de Méhémet- Aly ^ n'est pa^ maintenant au Caire; il s'est rendu depuis quelques jours à Alexandrie^ pour recevoir le capitanpacha^ qui doit arriver dans le mois prochain ,. et dont on redoute la présence en Egypte ; Ibrl^^m passe pour être au moins aussi barbare que le defterdar; il a fait la guerre avec cruauté^ et ses victoires ont toujours fait verser beaucoup de sang; il a montré quelque modération en Grèce parce qu'il éigiit en présence de l'Europe ; mais dans l'Arabie j dans le Sennar , sa barbarie naturelle s'est mise à Taise ; son caractère n'est pas moins violent dans la paix que dans la guerre; on n'a pas oublié le meurtre du cophte Ghdly qui lui représentait l'iBci-
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possibilrté pour les paysans du Délia y de payer la totalité du miri et surtout l'impôt sur les maisons et'les chaumières ; Ttiet c&chienj criait-il à ses gardes^ tuez ce chien. Lés gardes rest^aiienl interdits. — Quoi ! vous refusez dc| m'obélr ! — Alori Ghafy tomba pereé de balles ; son corps sanglant resta exposé aux outrages des fellahs y auxquels on persuadait qu'il avait proposé d'augmenter les impôts^ et son fils obtint avec peine la permission de l'ensevelir ; quoique ce fait atroce se soit passé , il y a quelques années^ le touvenir n'en est point effacé^ et tout ce qui porte un c«eur d'homme est encore révolté de l'action d'Ibrahim. Que deviendront les peuples que doit gouverner le fils de Méhémet-Aly ? Ordinairement l'espérance s^at tache aU noim d'un héritier«présomptif ; mais le nom d'Ibrahim n'inspire que la crainte^ et la seule pensée qu'il doit régner un jour, rembrunit tout l'avenir de l'Egypte. On m'a conduit chez le ministre de la guerre ; c'est un des personnages les plus importans de l'Etat y c'est dans soa ministère que les grandes affaires se décident^ et que vont se fondre -tous les trésors de l'Egypte; beaucoup d'écrivains y sont employés; le ministre a un très grand. train de maison ; on lui donne plus de cinq cent mille piastres pour ses dépenses ; il est magnifiquement logé ; nous avons d'abord traversé une cour spacieuse , de superbes vestibules ; la salle dans laquelle nous avons été reçus est splendidement ornée et présente
un aspect imposant ; Il ne manquerait rien, eh un
mot, à la magnificence de ce palais, si les colonnes
qu'on y trouve de toutes parts n'étaient pas dC: bois
de sapin. Le premier ministre du pacha , lorsque
nous, sommes entrés , était en conférence avec le
colonel Gaudin et quelques officiers français y. sur
les affaires de son département, qui est aujourd'hui
en grande activité ; l'accueil de son excellence a été
très poli et très gracieux^ après les complimens
d'usage, j'espérais que la conversation tomberait
sur quelques points de la réforme militaire , mais
elle a porté sur des questions peu importantes et
qui ne valent pas la peine de vous être rappelées ;
comme je lui ai parlé d'Abouzabel , le ministre a
cru d'abord que je pouvais être un médecin ; sa
santé est très altérée depuis quelque temps , et il
souffi*e, tn'a-t-il dit , de la gravelle ; il a voulu me
consulter sur sa maladie; je lui ai répondu qu'il y
avait d'habiles médecins français au Caire ^ et qu'il
pouvait leur demander des conseils; il n'a point
tenu compte de cet avis, et tout ce que j'ai pu lui
dire ne l'a pas empêché de mettre en moi l'espoir
de sa guérison. J'ai maudit mon étoile qui m'a fait
prendre si mal à propos pour un docteur ; j'avais
tant de questions à faire à un ministre de la guierre
en Egypte ; j'avais tant de choses à savoir pour mon
instruction de voyageur, mais le temps s'est écoulé
et je n'ai rien appris , si ce n'est que son excellence
£aiisait des graviers. Pour m'en débarrasser, j'ai fini
par lui promettre qu'à mon refctir en Ftèhte^^e consulterais les médecins , et que je lui énvei^ rais leur ôonsultation. Voilà tout ce qUe j'ai à vous dire sur ma visite au premier viisîf de Méhé* met-Aly.
J'ai vu pour la seconde fois le pacha d'Egypte ; il habite maintenant Schoubrah ; cette espèce -dé kiosque n'a rien de très remarquable^ et la demeuré de Méhémet-Âly ixe se £ait reconnaître qu^à la mûl-^ titude des gardes et des courtisans qu^on y rehcontre. J'ai cru d'abord que lé pacha mè parlet*ail de l'école d'Abouzabel , pour laquelle j'avais reçu de lui une mission ; mais il âe m'en a pas dit un mot y ce qui prouve que cet établissement n'est pas la première de ses pensées ; la conversation est tombée sur la Syrie; je lui ai parlé de ce qui m'était arrivé avec le pacha d'Acre ; et contre sa coutume^ Méhémet- Aly a gardé une phylsionomie sérieuse ; j'ai jugé à son attitude immobile , à son air taciturne et sombre, qu'il était plus occupé du pacha d'Acre que je ne l'étais moi-même; mais il s'efforçait de retenir ses pensées et de cacher ses desseins. Ou sont vos mille journaux de Paris , où sont vos tri^ bunes si retentissantes, qui ne laissent jamais rien ignorer au public et dont l'heureuse indiscrétion nous fait assister tous les jours au conseil des rois ? Ici y pour savoir à quoi m'en tenir sur la guerre qui menace maintenant la Syrie, il faut que je fasse parler le silence d'un visir, et me voilà réduit à
chercher mes nouvelles sur le front soucieux et dans le regard menaçant d'un pacha.
<^ependant Méhémet-Aly laisse toujours percer lessenlimens qui Taniment contre la Porte, et ces sentiroens hautement manifestés trahissent quel* quefois les secrets de sa politique ; si on en croit certains bruits qui circulent sourdement, ses plans de campagne s'étendraient jusqu'à Stamboul; tout est préparé, dit-on, pour le succès, et quoique Méhémet-Aly ait une armée supérieure à celle du sultan, il ne négUge ni les moyens de la séduction ni les ruses de la diplomatie; il cherche surtout à ^'assurer des amis dans le divan impérial et à se £aiire un pa:rti parmi les ulémas ; le pacha d'Eg^rpte, bien qu'il ait dépouillé les mosquées, el qu'il passe pour un disciple peu zélé du Coran, noumt le projet de donner à son expédition la couleur d^une guerre sacrée, et ne désespère pas de réveiller en sa faveur le fanatisme des osmanlis mécontens.
Ce que le pacha ne dissimule.en aucune circMiâtance , c'est son envie extrême d'avoir pour lui les puissances chrétiennes; il s'occupe fort peu de.sa* voir ce qu'on dit de ses entreprises sur les bords du Nil, mais il s'inquiète beaucoup de ce qu'on. en pense en Europe ; j'avais fait la même remarque pour le sultan de Stamboul ; il est certain que le sultan et le pacha ne négligent rien pour plaire aux cabinets qui peuvent avoir quelque influence sur les destinées de l'Orient; c'est dans ce but avoué.
c'est daos Tespoir d'obtenir les préférences des rois de rOfl^ident, qu'en certaines occasions^ ils adoptent rios costumes , nos institutions ^ nos libertés même y dont ils se soucient peut-être fort peu dans le fond. Souvent je suis tenté de croire que leur réforme dont ils font grand bruit ^ n'est qu'un spectacle donné au public européen , et je soup* çonne fort Méhémet-AIy et Mahmoud de jouer quelquefois la comédie de la civilisation pour attireir les regards de la chrétienté et pour en êtreapplaudi; le pacha d'Egypte surtout est persuadé que le yé<^ ritable moyen pour lui d^avoir des partisans au-* delà des mers^ et de prendre rang parmi les souverains de la génération présente , c'est de laisser voiiw une grande répugnance pour les vieilles barbaries y et de paraître l'ami zélé des lumières et des idées nouvelles ; bien des gens s'y sont laissé tromper; et de là sans doute sont venues toutes ces fables qui circulent chez nous sur une civilisation qui^ depuis quelque temps ^ serait tombée du ciel sur les bords du Nil.
J'ai pris congé du pacha ^ en lui disant que je partais pour Damiétte ; il m'a invité à repasser par le Caire , et m'a promis de me recommander aux kache& des provinces que j'allais parcourir ; on ne peut avoir une politesse plus affectueuse que Méhéraet-Aly ; jusqu'ici j'ai dit de bien dures vérités sur son administration ; il m'en coûté de les répéter depuis que j'en ai été si bien reçu , mais la
reconnaissance ne saurait aller jusqu'au mensonger magis umîca veritas.
Pourquoi Méhémet«Aly n'est-it pas né sbuverain de l'Egypte ! son règne eût été pacifique et heureux^ mais la plus brillante usurpation a toujours son mauvais côté ; ce qu'il y avait de pire poùt* un pays comme celui-ci^ c'était d'avoir un pacha qui vou^- Jût se faire indépendant ; voilà y je crois y la cause de la plupart des misères qui affligent les regards du voyageur; sans cela , je n'aurais peut-être qu'à vous parler des merveilles et des prospérités inoUiês de cette terre favorisée du ciel .
U se trouve maintenant au Caire beaucoup d'Européens distingués par leur talent et leur savoir ; j'ai rencontré plusieurs fois }/l. Mangin y auteur d'une histoire très détaillée de Méhémet-Aly ; personne mieux que lui ne connaît l'Egypte telle qu'elle est maintenant, et j'ai souvent profité de ses lumières ; je regrette de n'avoir pu voir encore M. Linan qui a fait le voyage d'Arabie avec M. Léon de Laborde ; M. Linan a le zèle, l'érudition et le ipdurage du voyageur Burkard ; il a. vécu longtemps avec les Arabes , il a pris leur costume , leurs manières et leur langage, ce qui lui donne une grande facilité pour voyager dans des pays regardés jusqu'ici comme inaccessibles aux Européens ; il a eu plusieurs fois le projet d'aller à la recherche des sources du Nil , et nul voyageur n'est plus propre ^ remplir une mission pour laquelle il semble dé-^
signé par toute l'Europe savante. Je vois souvent ici des Français , des Italiens^ dont la conversation est fort instructive pour les étrangers ; tous connaissent parfaitement ce pays^ et j'espère qu'un jour ils le feront connaître à l'Europe, qu'on trompe tous les jours par des descriptions mensongères.
Pour avoir une idée juste du gouvernement et de l'administration du paicha / pour connaître à fond l'Egypte et les misères de son peuple, on nedeitpas compter sur cette multitude de gens que l'ambition ou hi faim fait arriver chaque jour au Caire ; ces gens-là ne s'indignent guère contre les abus^ car ce sont les
abus qui les amènent sur les bords du Nil ; ils ont pour maxime que, lorsqu'on fait tant que de s'expatrier pour faire fortune , il faut aller dans un pays où il y a tout à la fois beaucoup d'abus et beaucoup d'argent, et c'est dans cette pensée qu'ils sont venus en Egypte 3 peut-être diraient- ils la vérité , si la vérité enrichissait ceux qui la disent j mais notre siècle des lumières n'en est pas encore là.