‹ Correspondance d'Orient, 1830-1831 (volume 3)Chapitre 24 sur 33 · VI · texte numérisé non relu

VI

» vant Damiette^ et penomie ne put y entrer ni en

» sortir ^ la ville ^vaît quatre-vingt mille habitans ;

» )e Soudan y avait )aitté^ pour la d^ndre^ une

-» gamisofi de cinquante mille hommes d'élite, avec

1^ les plus braves des émirs et des fMrovisions pour

» deux ans ; les chrétiens avaient en abondance du

» biscuit y du fromage et de la cliair de porc ; le

m pain y le vin , la viande de bœuf et de mouton

» étaiopit rares 9 un mouton se vendait dix oncea

*» d'argent^ une poule trente sous , un ceuf deux

*« sous ; de même qu'un malade désire la santé^ de

'» ipême les croisés désiraient voir la verdure dea

'» arbres et des gazons ; mais il n'y avait autour

» d'eux que du sable; et dans les <»mpagnes , les

» drapeaux belliqueux ^'élevaient à la place des

9 pakpiem, Cependant le soudan du Caiie, au«^

« quel s'éUû.t ivéuQi le sultan de Damas > vint

». 4^ pouveau attaquer tes chrétiens ; ka Sacra"-

n sîns se présenlèrent devant le camp des cR»i-

ji ses 9 en leur disant : H faut que wms nmêmaieit

n oik Christ votre Seigneiàr et h su mère JUéfrie , oh

M . quemous nnoneions k notre prophète Midiomet / les ^

H princes musulmans dressèrent ensuite un pa^

w Villon devant le fossé des croisés , et là ils man«*

» gèrent deux coqs , en jurant de dévorer de même

» tous- les soldats de la croix. Bientôt la bataille

» (ipp^nmença ; mais les musiulipans nç purent sou-^

» tenir le choc des péleritis ; le^ chrétiens restèrent

» inébranlables comme un mur d'isiirain^ et leur

» tioutage était animé par ces paroles : Si Dieii est H. pMtnauSf ^ui stfu côritré nous? L'eiïfieirii enfre- » prit en Teliii dé htiilet iin porif de bateaux établi w sur le fleuve i Vàssistrtncé de Jfésils-Christ et la va- » lent de^ cbi^étiehsi parvinrent à éloigner Tincen- » éfte^v Lâ.tîllè lut jpressée de tous côtés; les chré- » tiens s'emparèrent de toutes lés avenues, et. leur » armée si'ét^^iSdit sur un espace de diit milles.

)i Le dimanche des Baineaux, le soûdan dii

M Ca«p0 et celui de Daihâs ^ sachant que les chré-

» ti^n© tdttlâlent clélébrer' l'entrée dû Christ à Jéru-

» B^em, ré^IttreM de les JËttaquer; ils tinrèîit par

>r le Nil avec soixante et ùtït/e galèi^ès^ et par terïe

» ârv^l; «ne miiltitade infinie de païens et de Sarra-

n sins. Ik a{iportè>ent âvecf etix des plaAchesr y des

>i tsdtiles ^ des pointés de ma^soA ^ et se firent suivre

» dfe bcttuCoup deiùulets cbstrgës de biràtiefaes (f âr-

)i bres^ pottt* réiiiplir le fossé du Cafnp; ils espé-

n rakrit chasser les chrétien de la rive droite du

» fleuve et délifvrer Dafnfiette. Le combat qui s>^én-

» gages^^ dora depim^ l-aurore jusqu'à lia ntiit ; le

»^ Seigneur favorisa tellement les chrétiens ^ qu'ils

» tfiè^nl^ plud de cinq ùiille ennemis , et pnVént

» trente galères. Les croisés célébrèrent ainsi le

n difmmchte de^ Rafmeaux. Ce jour-^là, ils Tic p'ôrlè*

n reAt d'adtrei» ipâknes que des épées et des( laùàes.

n Le jd» delaPeirtecôte, ïe légat dû jpa^e^ lé roi

M et le patriâi*efce de Jérusalem, firent consti'tfîrè a

)> la manière des ÉouA^rd^ , unf càmàHé Milr* \c({ht\

)) oii plaça l'étendard des chrétiens ; le caroccio fut » placé au milieu de l'armée. Les Sarrasins ne tar- » dèrent pas à recommencer leurs attaques ,- mais '> en voj^ant le caroccio ^ ils furent étonnés , et » cix>yant qu'il y avait là quelque chose des secrets » et de la puissance de Dieu^ ils n'osèrent powr- » suivre le combat.

>v Cependant les assiégés étaient parvenus à hrù- » 1er les machines des chrétiens dirigées contre » les tours de la ville ; les Pisans et les Génois se » vantèrent alors qu'ils prendraient Damiette avec )) quatre vaisseaux qu'on approcherait des rem- » parts. Ces guerriers avaient pour but de se faire » une grande renommée, et leur orgueil irrita. le » Seigneur. Ils s'avancèrent au bruit des trom- » pètes > élevèrent leurs étendards ^ attaquèrent » l'ennemi avec opiniâtreté; mais ils se virent à la » fin obligés d'abandonner leur entreprise, et » dès-lors on reconnut que la ville ne serait livrée M aux chrétiens que par la vertu divine. , •

» Le siège présentait toujours de grandes diffî-* /) cultes y comme le Nil était bas^ on ne pouvait ap* » prêcher des remparts ; la ville, du côté de la terre, » se trouvait epvironnée de fossés profonds et » d'un terrain marécageux. A chaque attaque des » chrétiens, les assiégés allumaient des. feux sur » une haute tour nommée TurcitCy et l'armée .du » Soudan venait à leur secours. Dans la plupart » des combats, la victoire semblait rester indécises

» entre les deux camps. Les petits commencèrent » à mtirinurer contre les grands ; on accusait lés » princes et les chevaliers de rester en repos sous » leurs tentes, et d'abandonner le pauvre peuple M au milieu des périls. Le légat, le roi et le pa- » triarche, tous les autres seigneurs furent troù- » blés de ces rumeurs populaires , et s'avancèrent » en armes contre te camp deis Sarrasins. Alors lie » malin esprit entra dans le cœur dès guerriers : ils » prirent tout-à-eoùp la fuite sans y être poussât » par l'épée d€^ ennemis. C'était la fétê de saint » Jean-Bapliste ; le saint, disaient les clercs ùe Vat^ M mée, avait voulu avoir dek compagnons de so^h » martyre ; il avait été décapité à cause de Dieu^ et » beaucoup de gué^érs chrétiens, dans ce jour » qui lui était consacré , furent décapités de même. » Le Soudan envoya cinq cents têtes dé chévtaliers » dans la Haute etBasse-Égypté , et fit partout an'- » noncer que si on voulait des esclaves, on n'avait » qu^à venir et qu'on en aurait autant qu'on » voudrait.

n Au mois de septembre suivant (121 8), lesen- » nemis ^Koarèrent de tous côtés l'armée des » dirétiens«Iie soudan harangua $ès soldats et leur » dit : O vous à qui la conquête du monde a été n promise^ ne voyez-vous pas que les chrétiens H sont presque tous morts ou repartis pbur leur 9 pays ; combattez vaillamment et vous aurez leurs dl tentes et leurs truies ! Il leur ordonna en même

» . s^ ayj^i^nt crei^sp g^itQur de leqr oamp* Aloï» le » légat 4u p?ipi&^ élevfnt les main^ ian eid et les » yeux tout fin l^M^Tm^f i prononça ce» mots d^ttne » voix liumble i Se^gpeur pieu, vov^ qui voyez tous )) les êtres à vos pieçls, \^ brçibis pt !#« bânifs , » tous les animaux dq^ ^er^e;» J^s^i^^u^ ^^ çiét )) et Iqs poi^spn? dç ^^ %^ j ypi^ qf» étm Y^Wk 9u >> moiide poiv t^q^s déliyçerr Sf^g?»?»?, fiMWcee » nos priè?:^s^ ejt pe jswijffrç?: p^s, qtjia noua perisr- >> §iop^ ;çpf|s lesj /çppps 4ç« SjSfrraisipsj mai^ faites^ j pîjp votirp )DOf}té^,fïup noiiif puisiÂiHIs Ifiompher » dç PÇ^ilïfl^pae?^ ip^s . Rt prviel* ^ qui ne eroîent ? PPW$^ftTOW?^,,^a??.^»P^ J^ ^overtisai^iis à » 1^ yraiç ^i! Apifès^t^ p^^cp^e^ le$ soldats chrét^ )) tîfifts fou.^irçiftjsur k^ inJiî^èfeft > • et iU m fifent )) wii gr^nd c^rWge. Çevffi-pi $f» ^tirèuwn; tw^tç- ))^ pf^iit dapf Jeqr c^mp^ ea ^ plaignant de jbtjfiif » ^«(ç et de la ip<fZ/çe 4e? pâ^ . .

}) , Les çrpisé^ f^YiP^ixt perd^ beaucoup 4ea lep»f }) plusieurs étaient retouniés en Europe;, oatia le » Pieu d'I^rfi^l ^nypyait c)^aquç jour, d^ nouveaux 9 coavbattans (jui d^arquai^^^iiiW JiAx4tj^.fft ae ^ jpj§;^*i?ft^ K V?riuée dbrptieïwe. Jl y eijt effie^Be î^ ajjtçw de |3iamiette pl^siewft grandes bataiâea-;

>> ft9ïî^î4'P^^PWait le Signal d'^ne ntfaque gépé- ;j ^al^,,pn ^'y pjr^p^ir^it pgf ijin jeunp de tfois >o«r«y », pfir unç pp:Çic;ef i^ofx c^'ofl ^imt mirpied» fit par >) Fadoration. de Ja içraiç çyo^i;. P^ki3 ïes cqœfa»ts>

w rés.cadàvr».des Sariraisiiis couvrîteiàt i»6ti^iMf là. » plaÛDe^ comme les gerbea cù^^feùt Wïè terre fer- » tile autraipB de ta mcns^oU; et les ihficfèlés qui 9 oomhaltaîeDt sur le Ni), périssaièM lùisërable- » ment dans }es flol9 , oémme 1%» sotdate de Pfaa^ M raott. Le Soudan vit écbmièr (cotes ses teiitsttî^ » ves pour secourir )a vîHé assise; les rîeîffards' >i et les enfanskde la cité se mif'ent à pleutër/ét » crïèrent sur les mors: O' Mifftàntetî pounjiioi noûsf » ubandantèeS''tHl Les hab^ans ataient maté plù- » sieurs des partes poQr que personne hé put sor- » tir; sfi) en échappait quelques-uns, iH pafràisr- » saie»t comme des fantômes- sortefnt d^* feursr » sépulcres. Enfin ^ le vrai Dkq \ouhit que BâM )) miette fol enlevée au euhe des p^ns et qu'oh^^ v^ adorât son nom, oetUi de la.vierge Marié et d'é^ M tous les saints. Le 5 novembre, la veille de Siàiiilf- » Léonard, au nûfietk de la nuit, il accorda' atir. » croisés une victoire miraculeuse : quelques gMt^ n rie» romains bien armés étaient mpntés sur' \eé )) murs de la viHe avec beaucoup de crainte^ car ils^ n tie savaient pas si te-Seig^eur combattait avec edx ; » ils s0 battirefit au-dêssus^d-une âts portes avéè n qtt^^ês Sarrasins, et^'étânt emparés d'une tour, » ite dbàii/threMle Kyrie eUeïsfm^; aussitôt toute f ar- » méè r^^^Midit y&lwia m eaxehiSy et le légat éà » paper<{uieomAiiaftdàit Fattaque, entonna lé *tè » Z>e«m bmdluiùàJ9; leis hospitaliers et les tetiipHëW » répétèrent leur) cri à'àvmeê : Saiht& Croix , SMÀi^

» Sépulcre! Une pprtede la ville fut; ouverte^ une » autre brisée avec le bélier^ et Damietté se » trouva ainsi prise par la grâce de Dieu. »

Voilà comment les croisés prenaient les villes 'd'Orient^ et comment on racontait leurs victoires : je n'ai rien voulu changer à ces bulletins , qui étaient envoyés du campdeDamiette. Je vous épargne \ç\ l'horrible spectacle quisîoffrit aux vain* queurs en entrant dans une ville remplie de deuil ^ dépeuplée par la faim et par les. combats^ spec^ tacle que nos vieux chroniqueurs décrivent : d'un air d^ tripmphe çt avec les couleurs les plus vives.: Je ne m'arrêterai pas sur les historiens arabes, qua vous connaissez m^ieux que moi , et qui ont . aussi raconté le siège de Damietté; j'ai voulu relire sur lés lie.un; celte coinplainte en vers que vous avez traduite, et dans laquelle la cité musulmane parlant elle-même au sultan du Caire, déplora ses cala* mités. « Si l'on ne vient à son^ secours, sa dernière » heure est arrivjée: l'Évangij[;e va retentir d^nsises » i^u^s, on y verra déployer l'image de la croiix, » on y entendra le brui( des çlochefiL- » Il faut croire que ce siège de Damietté frappa bien vivànentjl'i* magination des contemporains, car s'il inspira les muses arabes, il inspira ai^i les jrQpseJ$4'QGQident^ et je pourrais vou3 citer 4^ hymnça ;^t des poèn^es latins qui célébrèrent les première^ cojnquçtes des croisés en Egypte , et qu'oA chantait. alors, dan;^ 'les églises de France et dltaliei Vous venez de voir „

d'ailleurs, combien les récits les plus vulgaires de cet événement sont remplis de poésie , et c'est bien ici qu'on peut dire avec quelque vérité, que l'épopée des temps modernes est toute dans les chroniques du moyen-âge.

SCITE

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