‹ Correspondance d'Orient, 1830-1831 (volume 3)Chapitre 3 sur 33 · LETTRE CXL · texte numérisé non relu

LETTRE CXL

US mt i mvmii bt la misov vont dette. « la ville des morts

ou LES TOMBEAUX DES CALIFES ET DES SULTASS.

Le Caire, aTril 4831.

Nous avons visité le niékémé ou le tribunal du Caire ; on entre d'abord dans une grande cour environnée de hautes murailles ; c'est dans cette cour que se rassemblent les corps de métiers , lorsqu'on les convoque pour quelques affaires importantes , ou pour la répartition des impôts. Nous avons reconnu dans le voisinage quelques restes de porti^ ques qui paraissent avoir appartenu à un grand édifice^ lequel pourrait bien avoir été le palais des califes, si pompeusement décrit par Guillaume de Tyr.

Au fond de la i^cmr^est une galerie de boi^ ^ ou^ verte du côté du nord y à laquelle on monte par tin mauvais escalier ; cette galerie tst sans ôrnètlient , et n'a aucune àf^iarence; au-dessus de Péscalier sont les plaideurs et les témoins qui attendent qti^on les appelle ; on vend là des comestibles^ du caâé, des sorbets f au fond de la galerie> on «perçoit deux ou trois cabint^ts Vitrés où sont accroupis les hommes de justice/ des dieiks dbargés de porter les arrêts 9 des huissiers qui appellent les causes^ des kiatibs ou écrivains qui rédigent les sentences.

Le cadi était absent ^ parce que l'audience n'of«* frait point de causes importantes; il faut vous dire que le cadi du Caire est nommé par le divan de Stamboul ; il ne reste jamais en place plus de douze à quinste mois^ et quand ce terme est ^qpiré, il va à Gedah^ d'où il retourne à Constantinople ; les dieiks le remplacent dans plusieurs procès. Ce magistrat parait environné de beaucoup de respect ; les qua-*' tre-ying^rdix-^neuf attributs donnés par le Coran au grand Allah > ne sont rien à côté de ceux qui sont doonés à son excellence dans leiplacets où requêtes des pliûdeurs ; il est la joie des jouté et des nxdis ^ h pkénix du siècle, la fontaine du savoir , V étoile qui armonee aux hommes le bonheur y le meilleur des cadis de l'islamisme... En plongeant dans la mer des con*naissances humaines , il en retb^ les perles le$ pUks précieuses y et lorsqu^l prend lapkune, il fait jaillir les sources de la sagesse. Je vous ai dit que les câdi^ VI. 3

étaient changés tous les ans ^ mais la formule des complimens est toujoui*s la même; il ne faut pas croire néanmoins que cette magistrature ambulante se contente d'une pareille monnaie dans les procès qu'elle décide ; le cadi reçoit quatre pour cent sur la valeur de tous les objets en litige^ et c'est toujours la partie gagnante qui paie^ ce qui fait que la justice ne perd jamais rien ; le cadi a de plus un traitement qu'on payait autrefois sur les reTenus des mosquées^ et qui est payé maintenant par \e trésor du pacha; on m'a dit que cette justice du mékémé était fort dispendieuse pour ceux qui imploraient ses décisions^ Il n'y a point ici d^avocats m d^ gens d'affaires patentés et reconnus par la loi ; mais^ lorsqu'on a x\n procès^ il faut se procurer à grands frais des solliciteurs , et payer chèrement des témoins ; comme il n'est pas défendu aut juges de recevoir des présens^ l'usage d'en Êiire a dû s'établir , et les plaideurs ne se dispensent pas de cette obligation ; dans toute affaire importante^ il s'agit pour les parties de corrompre et non d'éclairer ceux qui doivent prononcer ; les meilleures raisons qu'on puisse donner dans un procès quel qu'il ;Soit , sont des sequins et des piastres ; en un mot 9 le mékémé du Caire passe pour être le plus vénal des tribunaux, et notre interprète ne l'appelfe jatnais que le bi^xar de la justice. J'aime à croire Ç^% y ^beaucoup d'exagération dans tout ce qu'on m'a dit.

NoUô avons vu juger plusieurs procès; c'était des questions comnl^erciales , des querelles^ des plaintes domestiques ^ des créanciers qui poursuivaient leurs débiteurs. Deux seuls de ces procès ont attiré mon attention^ et comme ils sont amusans ^ je veux vous en parler dans ma lettre. ^

Dans le premier procès il s'agissail d'un sairci>* phage trouvé à la plaine des pyramides^ dont on se disputait la possession ; l'une des parties prétendait avoir vu d'abord le sarcophage dans Thypc^ée ^ et l'avoir vu avant tout le moifidé; l'autre prétendait avoir payé des Arabes pour le faire sortir du sépulcre. Le juge a décidé que le sarcophage appartenait à celui qui l'avait découvert le premier. Je regrette beaucoup de n'avoir pu entendre tout ce qui a été dit dans ce singulier procès; car rien ne me^ semble plus curieux que de voir des gens qui se disputent devant la justice les dépouilles des. tombeaux, et qui plaident pour faire valoir leurs droits de propriété sur les ruines de la vieille Egypte.

Ce serait ici l'occasion , si j'en avais le temps y de vous rappeler quelques exemples de ce trafic honteux qui se fait dans ce malheureux pays sur tout ce qui a échappé aux ravages du temps. Combien vous seriez scandalisés , si je vous racontais lés ruses , les fraudes , les vicdences, qui se mêlent au coi;nmerce dés plus vénérables restes de l'antî-

qnité f Je tegrelte quelquefois que le pacha n'ait pas &it de la vieille Egypte ce qu'il fait de la nou- .velle y et qu'il n'ait pas établi de monopole sur le» statues y les colonnes et le» momies , comijne sur le .riz y les ikves et le coton ; au moins le pillage des s^ulcres^ le brigandage exercé sur les dépouillesdes générations ^ aurait eu quelque régularité ; on ^aufait TU régner dans la vieille Thèbes , dans les catacombes de Sakara ^ le même c^rdre tx la même pcdîce que dans les baaars du Caire.

Au reste , les procès tels que celui dcH^t je viens de parler^ sont fort rares ^ et j'espère qu'ils letlesviendront encore davantage dans ^avenir, car on a défendu les {buifles^ et Jes pierres des monu-^ mens sont maintenant pj^tégées par les menaces du i)acha.

Baos le second procès , une femme s'est présentée pour demander le divorce; elle s'est avancée devant le juge ^ et a ' déposé sa babouche en la plaçant sens dessus dessous; ce qui voulait dire ^qqe l'époux ne remplisssdt pas ses devoirs conjugaux dans la nuit du jeudi au vendredi^ et qu'il était incapable de laisser de postérité. Le juge a rproqoncé le divorce^ Dans d'autres causes^ le mari se, pliiignait de sa femme y et demandait au juge la permission de la renvoyer ; ce qpi était accordé très ftcilenient. Ce sont les époux qui plaident euxmèo9^ liÇur cause ; ces plaidoiries ne sont pas tou- ÎQurs très déceiites^ et s'il y avait au Caire une ga-

zette des tribunaux^ le scandale ne manquerait point à ses colbnnes.

Les mariages musulmans se font au mékémë; quelquefois un iman^ qui assiste à cette céléhTBÛon'y prononce up petit discours dont la formule est la; même pour tous ceax qui sepi^ésentent; Gé dS^ cours Commencé par des louanges k Bieu'^i kj fait du mofiagê m m&yetii de peipàiÊmif Pesfècerlm*\ inaine , et ffuià fait dépetidre Ifonke qi4 ^ne dàns'' ce mande de çeite union même. L'im&a cite- ensuite* ces paroles adressées aux fidèles par le Prophète ;i u Une des grandes merveilles de Dieu , c'est qu'U » vous a créés de sexe différenl ^de manière:àfTbu8/ » unir par couples ^ et il a fait naître . entre vous idel vr Tammir et de la sympathie. >i Lcfiasteur musubl* man finit par demander à Dieu que sa boulé daignel entretenir diàns le cœur de» deux épcaix une nffm^tioD rëciproqûe, et leiir accorder en* outi^ une: bonàe l^aée^ et sa ptotèâtton contre' les rigueurs du sort et les eitobûcbés dais^ madhata. l^ea n'est plus simple que lafermule^ da divorce , pronoNucée* par le cadi ou par le cheik qui le remplace ; eamém. les av0uUages^ abi m^^riage ifCcm^pi^sfiimUi&r enÊre wi tel la*. une telle ^ TépouiD m répudié; sa* fenànet une\ fois w tiws faià ; voua vaye4 pur VA qnH) y a 4etiK sortes de dirarces ^ le dii^orc^ sîixipie y ddns lequel^ le mari ne. jure qume fois qu'i| veuti ;se sépator de aa femme ; . «t le divorce- fiibscAn^ dâ3s iloquel FépoifK : annonce, ^uaqn'èf Misjfaipt sar iséstitutiion.

Dans le divorce simple^ le mari peut reprendre, sa femme ^ si elle y consent ; dans le divorce ab-' M)lu9 il faut que la femme répudiée ait contracté un autre mariage ^ pour être reprise par soit pieœiermari. IjCs cérémonies de l'hymen etdudivorcese renouvellent très souvent au mékémé. La, jdupart des Arabes n'ont qu'une femme à la fois ; mais ils ne restent jamais bien long-temps avec la ^ raéme^ ce qui n\& «donùe pas une haute idée des. moeurs de la famille. Ce besoin de changer de femmes a donné naissance à un établissement qui se charge de procurer « des épouses à ceux qui veulent se marier^ ou qui ne sont pas contens de la femme qu'ils ont choisie. Cet établissement a dès correspondans' dans les bains publics ^ dans les bamrs d'esclaves , et tient registre de la population, féminine du Caire. Tout le monde sait qu'il y a à Partis des gens qui font ainsi des mariages ; mais il me semble que ce genre d'industrie convient mieux à un 'pays tel que celui-ci^ où les femmes sont comme une marchandise qu'on vend et qu'on achète.

Le^ cheiks du mékémé ne remplissent pas seu- . lement les fonctions déjuges, mais celles de notaires publics; ils rédigent les contrats de mariage, les ' contrats de vente , toutes les transactions commer^ ciales et civiles; j'ai vu des formules de ces actes notariés ; ils sont rédigés avec beaucoup de clarté ^ et ne diffèrent gaère des nôtres^ si ce n'est que ki

présence des tëtxioins y est toujours indispensable^ et plus nécessaire méine que la signature des parties

contractantes.

Nous sommes restés une demi-heure au mékémé^ el nous avons vu juger plus^ dé trente causes^ ce qui prouve que la justice du Gaire est aussi expédîtive que celle de Staniboul ; la législation et l'ordre judiciaire établi en Kgypte^ sont a peu près les mêmes qu'eft Turquie. Le mékémé du Caire n'est pas la 8eoIe autorité qui rende la justice; le divan qui lient ses séances à la citadelle ^ juge les affairés les plus importantes ; le mékémé juge aussi au criminel > mais il ne juge* que les déKts ^ et né peut prononcer d'autre peine que l'emprisonnement où la biastonade. Les crimes sont déférés au divan , qui peut condamner les coupables à là peiâe capitale. Outre lajtistice des tribunaux^ il y à une justice administrative qui est exercée par les agens supérieurs du gouvernement ; comme la nature du despotisme est d^'bspirer la terreur^ il est assez

maturel que tous^ ceux' qui le représentent^ et qtii sô^t chargés d^ëxiécâter ses ordres^ aient le même pi:iviiége qiie liiî.' Il n'est point de ministre, dé kach^f ou de pachà, qui n'exerce en certaines occaiions lé droit de vie et de miôrt sUr ceux qui leur sont subordonnés; cette justice terrible se montre surtout • armée de toutes ses rigueurs , lorsique le pouvoir souverain est offensé, niais rarement pouf ce qui peut menacer la vie ou \t foAune des ci*-

tojens, car l'ordre judiciaire ne recoanaît point ici ce que nous appelons le ministère public^ çt personne n^ veille pour le compte de 1^ : .$a« ciété.

En sortant du mékémé, nous avons yi$it§. ji^ pjrison pour dett^.^ qui se trouve dans le.piém? quartier -, comme nous n'avions p$is de permissipa pour entrer , le drogman qui nous accompagnait; ^ s'est adressé à un baral:^ras ou commissioni^aire di| ix>in de la rue, çtl'a envoyé auprès du concierge ^ pour savoir si quelques piastre^ pourraient noi}$ ouvrir la portç. X^ bar^ras a fait la coipmissioii ^ et , peu de temps api*ès y il est venu noiu^ dire qu'oo nous atteiidait. La porte s'est ouverte iiussitot quo nous nous somIlle^ pré^enté^ ; jç vous rappelle cett0 circonstance^ peti iDpportanlç en ellç-même , p^ÇQ qu'elle peut vou^ dopnç^ i:me première idée 4^ r^*» gime des pi;isons dansi c^ paySt

Connue beaucoup d'autres prisons que nou$i avons visitées en Qri^nt^ cell^-^i n'a rien dan^ son abord qui puisse inspirer la crainte^ ou mémo un sentiment triste; point de .guiche(, point; 4^ verroux^ point de porte de fpr ^ point de garder lo geôlier a reçu poliment son bsikchis , et n'a point trop £ait valoir 1^ facilité qu'il nou3 donnait ; aprè$ avoir franchi }e seuil y on entre d^$ un giand cor-r ridor qui sert de parloir; la prison a deux étages ; pn Ifious a montré plusieurs salles ou sont les prison-^ Qiçrs } chaque secte religieuse a sa chambre ; d'ui)

côté sant les Arabes et les Tûtes , de fàutrq lésf Cdphtes^ les Grecs ^£. le$ Atméniens'; it y a aussi uDe siaUe à part poùi^ les }ûi&> et je dois ûitd qu'elle çst Ib lâoios remplie. Le ôwderge mous a dit qu^îl avait eai t0irt:(juati*e-^iiigt-dix prisonniers^ le gôoh* VernementiSieMeur donne que iè lôgeipent;^ ^Is sont visitée pi(]^ leurs paréos et leiuri am^s, Bdéoie pai« des fên^mes; 1^ dt^temu ^qi cnit des'esdaVes^ petiveikl de faire servir diana M ipniibn \ ce qui v^ous étonnera^ xî'est qu^il nVst pas pearmis à iai prison^ nier pour dette, de travaiJter de sofa' ibétibr^tni de $apr0feasi<iai. pendant: tout le tén^ilesà captivité^ GOriBitae' en Orieal ÛJoHy n ipaiftt dtf loii fdut eaasM temeai suivies que cdUesfqùi ordonnent aux^ gen^ de ne ji^fa l^ire^ personne ne travaillé et né paralf occi^péikiquoi que.oe sfnt,;En parcourant les charnu bfres'dea pHsoonjierÉ^y:|:eQ<a| vli quetqciçsKans qui fiimaiaiit }e:kasiiabeb>. d^autres qui prenaient ia^li-^ queur di| 4aQk9'$i)t>iàfci€ti6s| arvaieiit^llaîr' lôrt misé-' rablbi et nqitsi demaiida&eholdes^lpartef'jp n'af pourtantitromé: bulle |tairf;iËaba{teiû«iit'dnf4ése^ peÂf ) il; lègn^ um^4iid>'lsiDeaèeidânB«tb4te'la pr«4 soiij: tnab cesileneè h'a|qrieà'dé:^p:iiâ$te:qud celui de certains cafiés do (Seire. Jf ai demandé^ attf geâJî€s s'il gardât ses pipscmnÉrro ^lésfong^teibpir;^ iU ne relti^nt guère ici, m^a«i*t^n^Oilda^ qtfi trois QU^pjiatre mois ; au. bout de ce teiiips ; la pHi^ part sont remis en liberté, soit qu'ils aienft acquitte lueurs d^t^i o«t/qtt0)feuf insalvd}ili|té «tétépréiiT

vét par témoins. J'ai demandé aux geôliers quels moyens on employait en Egypte pour se faire payer. On envoie d'abord au débiteur un tchiaous chargé de faire les premières poursuites ; si le débiteur ne paie pas ^ on saisit ses biens lorsqu'il en a;. puis on le fait mettre en prison ; le geô^ lier ajoutait que le £sc employait quelquefois la bastoànade , mais qu'entre particuliers , il n'y avait que la détention. Cette juri^rudeUce de< Turcs et des Arabes m'a* paru un peu rigoureuse , et j'en ai fait l'observation au concierge ; j'ai même essayé de lui rappeler ce qui se passait à cet ég^rd dans la vieille Egypte. Diodorenous apprend que chez les anciens Égyptiens une dette était toujours une obligation sacrée ; on saisissait les bîens^ du débiteur; néanmoins on ne pouvait saisirsa.perw sonne; la patrie seule pouvait disposer d'un de se» citoyens. Celui qui empruntait dé Fargent pouvait engager lé corps de son père déc^d^^ le sien proprey pour garantie de sa foivvàprèsison tnépas ^ un dêinteur pouvait être privé de ia sépulture ;* vivant ^^on ne pouvais touofaerÀ^alibérté. Mon érudition historique ii!a pasiréâssâ auprès de notre concierge : je n'ai pu lui Ëiire comprendre un état de choses où.iln'y mirait point de prisonniers pour dettes. Des squelettes embaumés^ des momies lui paraissaient d'ailleurs une bien . pauvre garantie pour des créanciers.' jNous avons parlé des «lois relatives aux transac-

lions cQmmerGÎal^s. J'ai dit au geôlier musulman , que leGoran qui se réduisait a des maxiùï<es.grâérale^ n'ayaît pu prévoir toutes les transactions en-. Ire particuliers, et A'a?ait pu régler avec précision les . intérêts . si mobiles .et si chang^ns de l'industrici .et du négoce ; cela peut étre^ m'a-t-il répliqué ^ mais ddns Totre Europe où les lois sont aussi nombrauses qufiles étoiles du del etles grains de sables< de la mer, ètesrvous j^s: avancés que nous? n^avezvousipas aussi vosiprisonniera pourrdettes^ vos ban-, qué^ute^ vos liquidations frauduleuses, vos trom-^ perïes de toute espèce? Je n'avais rien4 répondre^ et \eïêm pu m'empêeber deconvenir -qu'il vaut mieuK/ quelquefois n'avojr pas assez de lois que d'en avoir tropoEoi.Qffety.dans les pays où il y a bieaucoup <le lois, il est mi*e qu'il ne s'en tcouvepas don( l'iniquité piiûsse tirer quelque parti ; en ce cas y ilsuf&t à ceux (pie de vains scrupides ne retiennent point, de faire paifler la loî^dansJeiursiiitércts,.!^ dèft^Jors,, on ne prend plus pour r^te l'équité naturelle; perf sonnene.veut avoir. plus de> probité qu'il n'y en a dans la lég^Iation : ^ la loi bonne ou mauvaise se met pou à, pieu à la place de l'honn^ir, à la place de:)t(]C9iiscimcef on se ré&igie, onse retranche dans h loi-contre l'opinion d'auimi ,; cpntre ses propres, remords; çnfin, )a jusdice est pour le mensonge et pour la fraude comme ces* lietix d'asîU où les coupables cherchaient autrefois l'inqpunité ; je connais. beaucoup. d'bonnét£& gei^) qui ont été

trompes^ dépoùiltct» ^ ruines au milieu de nos loié sans nombre^ au ibifieu de too^ nos codes de tatfi^ merce^ et qui se seraient ptat-étre mieux tirés 4'4|^ faire atet \^ hatham dU C^tW,

Au reste ^ le pacha n^est paé^tout-^-^falt dd Ta^is du coÀderge de la prison pour dettes ; il a ^déjài fait jrfusieurs tentatives pour remplit les lacunes de la législation ; le commerce du Caire a quel-« ques réglemens pour les Ittlres de étsaxïgQ i, w^^uè nous n'avons point vu à Stamboul;- oh a étabU unr conseil ou une ooor judi^^iaire pbiir lésiaillités^; pluH sieurs cominissions ont^^té liommëes dans^ lesqueilesï ont été admis desmarchandi turès, |f rabes , franco y arméniens ^ copbtels ; ces sortes ^e com missidna^' cfùi avaientpourbutdcrfisiire cesser les antlplithî^ eqtrcf les sectes diverses, «nnonçment évideruttiént fe des^ sein de Sonder une législation qui fiât ^gfife. pour tou^^ et qui fut commuât) à voM* 3e ne "^Otuf fap-* pellerai point en <MtaiNobt 4M (^^a teâté Méhémet^ Aly pour i'dméIïors[tiobr»â^}€^ $1 qi^4<uc lo^^-^^ intentions , mais il : foq^ire '€|i: mémid temps ifOi'H a rencontré der gmxd!^ dbétâfèles; et le plli^jgnmdb de toud, du màiê»-pb\sà^Cé(Q^ donceitie^ to |;dikf^ merce, était^ je-erob., éà qualité de preanWfK^o^ ciant da pajssiiliepateha/ en cette qualité^ «Ta paar tout . le ^désimtëresaeinefit ' i^a'on* pourrait soufaaiieiiï à un- législateur y et pour savoir' <;6- qu^oi) peut at<^ tendve^sbii esprit de réforme^ il faudrait peut« être imertogeiT' ceux qui ^ fait des affaires^ avec

lui et qui sf^ût restés ses créanciers ou ses débi^ teul«. ,

Réformer la législation comnnerciale , tenir la balance entre tous les intérêts^ sera toujours chose fort difficile dans ce pays , niais surtout pour mi chef absolu qui veut tout exploiter à son profit , qui a mis la main à toutes les entreprises du né-^ goce^ et qui, dans la distribution des richesses que produisent le commerce et Findustrie^ s'est toujours réservé la part du lion ; au reste , ce qui manque au commerce d'Egypte , c'est encore moins des lois, que de la cofifiance et du crédit. La circulation de l'argent est tout-à-fait interrompue ; depuis qu'on parle d'une nouvelle guerre^ la disette des valeurs n^étaUiqtles se fait encore plus sentir; toutes les caisses de Tétat sont vides ; aussi l'opinion publi** que pla^e-t'-elle le pacha à la tête de ceux qui n'ont point de «prédit ; au moment où je parle, le proprié*' taire de tout l,e territoire égyptien, le souver,^n d^ toutes les industries , le conquérant futur des pro^ yinces syriennes et dç la Palestine, ne trouverait pas à fSEÛre }e plus petit çmprunt ; je puis vous assurer qu'on ne lui prêterait pas volontairement cinq cents piastres, ni sur ses conqueteS| ni sur ses manufactures , pi- sur la foi du mékias annonçant la fécondité des terres.

Avant de terminer cette lettre, je veux vous par* 1er d'une promenade que j^'ai faite à la Cité des morts ; la Cité des morts, ou le cimetière des an-

cietis sultans et des califes d'Eg}^pie , est placée entre le désert et la capitale , au nord da Mokatan , à Toricnt de FosVat ; pour y arriveir, on traverse un terrain rempli d'excavations et couvert de décombres ; Fenceinte funèbre est pre^itjue aussi étendue que lé ^âeux Caire ; on trouve là des rues^ des places publiques ^ des mosquées^ des minarets ; en marchant à travers cette cité singulière^ on s'étonne de ne pas entendre le moindre bniît, et de ne rencontrer personne ; la ville des morts n'a de population vivante qu'un seul jour de la semaine; les familles musulmanes du Caire, et sur-' tout les femmes , y viennent le vendredi ; on ne rencontre là aucun reste de l'antiquité y mais des monumens qui appartiennent à toutes les époques des temps barbares et des temps modernes. On nous a conduits au monument funèbre qui est le plus près du désert ; les voyageurs européens visitent [quelquefois ce monument, parce qu'ils le croient consacré à Malek-Adel ^ frère de Saladin ; c'est une erreur que je dois relever, car le célèbre Malek-Âdel mourut et reçut les honneurs de la sépulture dans la ville de Dainas ; le monument d'ail-leurs n'est plus qu'une ruine, un amas de pierres. En revenant sur nos pas , nous avons remarqué la mosquée du sultan Barcouf , celle du sultan Bibars, les seules qui soient encore debout ; toutes les chapelles ou mosquées élevées dans le voisinage, sont à moitié détruites; chacun de ces élablissemens

religieux avait des revenus affectés à son entretien; à mesuré que les legs pieux ont été dissipés ou anémtis^ l'édifice a été abandonné aux ravages du temps 9 et personne ne s'est occupé de le réparer. Toutes ces ruines , tous ces mausolées les uns entiers, les autres à moitié renversés, offrent un spectacle fort pittoresque ; mais on ne rencontre nulle part l'image de la grandeur ; quelle différence entre les sentimens qu'ini»pirent cette ville des morts et la plaine des pyramides ! combien tous ces mausolées dès sultans sont petits et mesquins à côté des monumens élevés à la mémoire des Pharaons ! dans notre promenade, nous étions avec un Anglais qui avait vu à Égra les mausolées des empereurs mc^ols ; les monumens funèbres de rindoustan l'emportent de beaucoup en magnifi- <;ence sur ceux des sultans et des califes d'Egypte. En avançant vers le midi , on aperçoit une autre ville des tombeaux; les dévots musulmans y viennent adoi*er le mausolée de l'iman Schafey, chef de l'une des quatre sectes musulmanes ; plusieurs tombes de ce cimetière sont décorées avec une certaine pompe ; les voyageurs y remarquent sui'tout le tombeau d'Ali -Bey et de plusieurs autres chefs des mamelucs ; la dorure éclate encore sur quelques marbres ; autour de quelques sépulcres , la piété cultive encore des fleurs ; les cippes et les colonnes sont surchargés d'inscriptions arabes parmi lesquelles nous avons distingué celle - ci : La pensée

AS

survit h V homme d^ok ^lle est sortie ; elle dura plus: que les monuméns de pierre > que les tombeaux des rois.

Nous voilà au pie4 du MokaUin > dont la cime jaune et nue domine sur tout cet horizon de ruines ; ses flancs sont sillonnés par de profonds ravins ; on y trouve çà et là d'énormes cavernes, des blocs de ro^ cher détachés du mont par J'eSbrt de Thomme ou par des tremblemens de terre ; toUt le Mokatan est une carrière d'où sont sorties Memphis ^ Héliopolîç > le vieux Caire, le grand Caire. Jamais ces sonmietsari^ des ne furent habités ; jamais on n'y vit croître un ar^ bre , une plante ; c^tte montagne qui appartient au désert, n'apoitit d'histoire; les yieuisEgyptiens, les vieux Grecs, les Arabes, pronphcentli peine son nom; Jes traditions nous apprennent seulement que Tanttiquité allumait des feux sur le Mokatan en l'hou*^ tieur du soleil , dans le temps où le soleil était Dieu. On trouve sur la cime de la montagne quelques masures parmi lesquelles des voyageurs ont reconnu les restes d'un observatoire et d'une mosquée ; là le kalife Hakem allait chaque jour inter^^ roger les astres du firmament pour savoir le» se^ crets de Pieu et découvrir les trésors enfouis dans la terre j une trajition populaire répèle encore a^jou^d'hui que le vieux calife avait lui-même caché ces trésors dans une grotte, profonde , et qu'ils y restent sous la garde d'un crocodile , dont la vigilance ne peut être endormie qu'à l'aide d'un

talisman. Je vous cite ces fables ^ parce qu^elles nous font connaître la superstition des Arabes , et qu'elles sont en harmonie avec la physionomie triste y âpre et sauvage du Moka tan.

SQ

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