‹ Correspondance d'Orient, 1830-1831 (volume 3)Chapitre 7 sur 33 · VI. a · texte numérisé non relu

VI. a

et les bédouins sont toujours restés les mêmes. Ofi n'a jamais pu les soumettre à des lois; Méhémet- Aly sera-t-il plus heureux que ceux qui ont tenté

eette réforme avant lui ! On sait que tous les Arabes

qui vivent sous la tente regardent le temps préscfnt comme un temps de misère et de servitude» Its sont maintenant comprimés par la crainte , mais ii la* force qui les comprime vient à se briser , je tte doute pas qu'ils ne reviennent à leurs penchans naturels , à leurs brigandages accoutumés y senrblabies à* ces bêtes fauves qu'on a essayé d'apprivoiser, et qui , dès qu'elles peuvent s'échapper, ne manquent pas de reprendre leur instinct , et de retourner dans les bois.

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LETTRE CSLIL

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Ç1POV sovs-rAiT. • ommTiiiue slss coîms. • sir colmii

ATfiHSSi.

Notjs n'avolis pas &it quatre lieues depuis que nous sommes sortis du Caire • et dix fais no.tre carayane s'est trouvée au miliei^d'un désert, dix fois au milieu d'une plaine féconde. Nous avons cherché parmi des ruines la ville où Platon apprenait la sagesse; puis> comme si 4^^^ cepajs il nous fallait toujours marcher de contraste en contraste y une tribu de bédouins est venue nous offrir

le spectacle de la barbarie. Après le camp des Arabes ^ il nous a fallu traverser de nouveau des solitudes sablonneuses et arides ; enfin , nous voilà arrivés au village d'Abouzabel , où nous retrouvons une image de nos institutions et de nos écoles de l'Occident.

Abouzabel est un village assez considérable : il a ^ au midi et à l'ést^ une campagne déserte ; au nord y une plaine fertile ; tout près du village est un étang , qui se remplit dans les inondations du WF; a deux inîlîes, vèrsl*ouest, on aperçoit uii Kèu élevé 4{ue ie$ habitans appellent la m(mtagné des Juifs ; au sùd-nest^ se'trouve le gros bourg de Kan^ kah; l'école de médecine est séparée du village d'Abouzabel; l'établissement est vaste et se compose d'un grand nombre de bàtimens ; il renferme des logemens pour les professeurs et pour beaucoup d'élevés; 'des salles pour les cours. On y trouve^ de plus, un hôpital et un jardin de botanique. Nous avons été reçus par MM. les professeurs, ayant à leur tête le docteur Clôt , que son zèle et ses travaux ont placé à la tête de l'établissement. Après ilotre arrivée , le chéik d- Abouzabel et les notdtiles

•du pfays soiit venus noUs compti^inèilteF, et nous ont àcctieillis comme les représentant du pays ^s lumières. Nous avons pris notre place ai tm banquet

•préparé 'pour fïàns ; ' jj^ls sont Vèfûues plusieurs cotnjfïagnîés d-âhnées, tàr - il ' h'y ^ point 4ie tféte èiiùs Af ruées Vtans ce pàjrs ; n'être ^irée' sf'esf |»assée

lour-à-tour en spectacles , en conversations sur la France et sur FEgypte. Les professeurs d'Abouzabel nous ont paru moins graves que ne Tétaient autrefois les docteurs d'HéiiopoIis ; aussi instruits que les prêtres du soleil , ils ont tout ce qu'il faut pour rendre la science aimable , et , dès le premier abord^ on voit qu'il y a quelque chose de français dans cette école établie au milieu des Arabes , et sur les confins du désert.

L'ouverture des cours devait se faire le lendemain de notre arrivée, et je n'étais pas sans quelque inquiétude pour la tâche que je devais remplir. J!aî oublié de vous dire qu'il y a dans l'école d'Abouzabel une chaire pour la langue française y et que j^ai.été chargé d'examiner les progrès des élèves. Cette mission , quje m'avait donnée le pacha , avait pour moi quelques difficultés , et je dois vous avouer' qu'en cette occasion j 'aurais volontiers changé tous , mes livres de voyage contre une grammaire de Domergue ou de Vailly. Comme Montaigne , je n'ai jamais trop su ce que c^est que, le vocatif j et je n'imaginais pas qu'on mettrait ainsi mc^ji peu de sayoilr à l'épreuve parmi les. peuples d'Orient. Pour sortir d'embarras, j'ai emprunté la syotaxe de Lhomond, qui est à l'ysage de l'écolçr,^ et je jçne suis retiré à l'écart, pour remettre d^s^ mojr^ eiprit dei^ règles^ que j'avais trop oubliées, ^y fieu de voir. danser le> aimées , au lieu de suivre d'intéressantes conversations sqr les n^eçveilles du pays^ il m'a fallu rer

passer les chapitres de Y article, de Yads^erbe, An pronom , Taccord de V adjectif avec le substantifs les conjugaisons, les déclinaisons y \t participe présent et le participe passé^ le participe coûté et valu , etc. J*espère, mon cher ami , que vous n'abuserez pas de l'aveu que je viens de vous faire , et que vous ne partirez pas de là pour lancer quelque mordante épîgrammc contre le corps illustré auquel j'ai l'honneur d'appartenir ; je dois vous déclarer que sur les quarante fauteuils qui composent l'Académie, nous ne sommes tout au plus que deux ou trois à qui puisse arriver une déconvenue semblable à la mienne; nous ne sommes que deux ou trois, vous dis-je, qui, dans un cas difficile, soyons obligés d'emprunter une grammaire ; tous les autres , vous pouvez en être sûr , vous expliqueront les plus grandes difficultés de la langue, aussi bien qu'un livre, et sans s'y être préparés.

J'ai passé ainsi toute ma soirée, et je ne me suis couché, qu'après avoir su à fond tout ce que ' Lhomond nous enseigne. Le lendemain, on est venu me réveiller en me disant que tout le monde était réuni dans la salle des cours, et que la séance allait commencer. J'ai suivi le directeur de l'école, et j'ai pris là place qu'on m'avait destinée parmi les professeurs; le spectacle avait quelque chose d'imposant; près de deux cents élèves, tous en uniforme, étaient assis devant nous sur les gradins d'un amphithéâtre ; le docteur Clôt a prononcé en

français un discours sur les études d'Âbouzabel j puiâ rexamen des élèves a commepcé; on les a interrogés Miccessivemeat sur Tanatomie, ]a physiologie et l'hygiène ; la • plupart ont répondu de manière à étonner tous les médecins qui étaient présens.

On en est venu au cours de langue française ; des questions ont été d'abord adressées aux élèves sur les principales règles de .la syntaxe ; les réponses ont été &ites sur le tableau avec une précision qui vous aurait surpris. On a. écrit ensuite sur le même tableau ^ des phrases françaises^ et deux ou trois des élèves les ont analysées ; ils ont expliqué le genre , Je nombre^ le rôle, le sens propre ou figuré dé chaque mot ; j'étais ravi de tout ce que je voyais écrit sur l'ardoise; j'ai voulu complimenter les

élèves; je me félicitais de voir enfin la langue fran^

çaise devenue une des langues de l'Egypte; mais quellea été ma surprise, quand j'ai vu que personne ne m'entendait, et que mes paroles^ étaieqt comme la voix du désert.

Voici comment se fait l'enseignement de notre iangue; le professeur de français, cpui est un Piémontais, adi*esse en italien chacune de ses leçons à un professeur qui la transmet en arabe aux élèves ; la réponse des élèves est traduite en italien et transmise ainsi au maître de français ; au milieu de toutes ces traductions , il y a du miracle qa'on s'en^tende comme on le fait sur les règles de la syntaxe, UKiis comme la langue française uc figure que sur

le tableau où slnscrivent les demande^ et les i^ ponses^ personne n'apprend à la parler^ pas même le maître qui s'est approché de moi pour m>xpli^ quer sa méthode^ et qui me Fa expliquée comme il ^ pu^ non sanâ faire quelques fiaufes^ de prononciaA tion.

Cet examen, comme vous voyez , n'a pas été tcNità-£ait satisfaisant } toutefois il ne faut désespérer de rien ; on doit croire que l'étude de notre tangue (evÉt plus de progrès , quand la langue de la France et celle des Arabes seront seules en présence l'une de Fautre^ et qu'elles n'auront plus besoin de l'idiomè^ italien pour communiquer entre elles; au reste^ ce mode d'enseignement par tmchemens et par interprètes y a moins d'ii^convéniens pour la médecine et les sciences naturelles que pour la langue fraiï-^ çaise; tous les médecins qui ont assisté à la séance^ dont je viens de vous parler, s'accordent à dire^è Fécole d'Abouzabel a vingt ou trente élèves qû^on peut comparer à tout ce que nous avons de plus instruit dans nos écoles de médecine : je dois ajou-^ ter que l'école a tous les instrumens nécessaires pour les opérations chirui^icales ; on nous a mori'^ tré plusieurs modèles en cire, représentant touteii les parties du corps humain ; les professeurs ont aussi des cadavres à disséquer, ce qui est înoui dans des pays où il y aurait moins dé danger à tuer uh homme qu'à le soumettre ail scaljpel ajprès sa mort f dans plusieurs villes de Turquie , on aurait brûlé

ime ëcole qui aurait fait la moitié de ce qui se fait à Abouzabél ; il y a bien eu quelques rumeur parmi les musulmans; mais pour les apaiser, on leur a dit qu'on n'avait disséqué que des Cophtes , des Grecs ou des Juifs. *"

Pour compléter rétablissement d'Abouzabel, une chaire de médecine vétérinaire vient d'y être établie ; elle doit être occupée par M. Jiamont, un d^ élèves les plus distingués d'Alfort ; je ne doute pas t]ue cet habile professeur ne fasse des disciples dignes de iui^ il ne faut pas croire néanmoins que l'art vétérinaire ne rencontre pas aussi des préventions y des préjugés qui contrarient ses progrès; M. Hamiont m'a raconté lui-même qîi'Abas pacha, petit-fils de Méhémet-Aly ne lui avait point permis de voir ses chevaux, dans la crainle de ce qu'on appelle ici le mauvais xsil; vous voyez par là combien l'esprit du pays est peu préparé à recevoir nos sciences-^ quelque manifeste que s'oit leur utilité.

L'école d' Abouzabél a éprouvé et elle éprouvera encore long - temps , tous les obstacles , tous les inconvéniens attachés à l'introduction de nos connaissances et des différentes branches de notre industrie ; personne en Egypte ne s'intéresse véritablement à l'école d' Abouzabél , et beaucoup de gens voudraient la voir tomber; elle a contre elle, outré l'ignorance et le fanatisme ennemi de toute nouveauté^ les jalousies du pays et les jalousies qui ont traversé les mers ; ont peut dire qu'elle n'a d'appui •

solide qiie dans la protection de Méhémet-Aly ; encore faut-il chaque jour persuader au pacha , qu'il lui est aussi utile d'avoir des savans et des médecins que d'avoir des soldats ; qu'il n'y a pas moins d'avantage pour lui à fonder une école qu'à bâtir une caserne, ou à former un régiment.

Puisque nous voilà sur le chapitre de la médecine, et que cçttie lettre est datée de l'école d'Abouzabel , je veux vous dire quelques mots sur la médecine égyptienne dans les temps anciens et dans les temps modernes. Les premiers législateurs de l'Egypte, dont on avait fait des dieux, n'étaient point étrangers à M science de la médecine ^ et les premières lois du pays furent des lois d'hygiène ; il y avait chez le peuple égyptien des règles , des formules consacrées pour tout ce que peut embrasser le génie de l'homme , et l'art de guérir, comme toutes les scieiices, comme tous les autres arts, avait sa marche tracée, ses doctrines prescrites par la législation ; il n'était pas permis aux médecins de s'écarter des méthodes reçues ; ceux qui voulaient innover , répondaient de tous les acci* dens fâcheux, et la loi les punissait sévèrement ; dans une société où tout était prévu ainsi , où d'avance tout était enseigné , réglé par la loi elle-même, les connaissances acquises ne pouvaient plus se perdrej mais l'expérience n'y ajoutait jamais rien^ et tout progrès semblait interdit à la science.

Une iiutre cause dut nuire chez les anciens aux

progrès de la médecine, c'est Tignorahce de Fanatomie ; je sais que des savans modernes ont prétendu que dans l'antiquité on disséquait les morts; on a cru même reconnaître dans les ruines de Thèbes l'image d'un insti*ument semblable à notre scalpel ; on ne saurait tirer aucune induction de cette découverte, car il est évident qu'on a pris pour notre scalpel l'instrument avec^ lequel les anciens Egyptiens faisaient une incision aux corps pour en retirer les intestins et pour y introduire* des aromates. Celui que la loi chargeait de faire cette, incision , nous dit Hérodote , était obligé de fuir après l'avoir faite , comme s'il eût commis une action impie ; or , cette circonstance ne prouvet-elle pas sans réplique que la dernière dépouille de l'homme était regardée comme* un objet sacré , et que la science elle-même n'en approchait qu'en détournant la vue.

Les Grecs, qui avaient pris tant de choses aux Egyptiens, ne paraissent pas en avoir rien emprunté pour la médecine. Alexandrie eut une école de médecine qui jeta quelque éclat ; mais cette école ne , subsista qu'un moment ; che2 les musulmans , la science de l'anatomie ne. fit pas plus de progrès que chez les Egyptiens et par la même raison , à cause d'un extrême respect pour les morts \ on lit dans Abdalatif qu'un médecin arabe avait coutume de conduire ses élèves dans une plaine voisina du lac Mensaleh , et que là , parmi des monceaux d'osse-

mens blanchis , il Içur enseignait la structure du corps humain ; l'Orient n'avait point d'autre école d'anatt^mie.

Cependant la médecine des Arabes a\ ait eu ses Avicenne, ses Rhasès , ses Aboul-Cassem. Dans le temps des croisades , les médecins égyptiens l'emportaient de beaucoup sur les médecins venus de l'Occident ; vous savez que saint Louis, au moment de sa captivité, était attaqué d'une dyssenterie qui menaçait ses jours; Geoffroi de Beaulieu , dans ' l'histoire du saint roi, remercie la Providence de l'avoir fait tomber entre les mains des infidèles qui seuls pouvaient le guérir; Joinville nous dit que lorsqu'il fut fait prisonnier à Mansourah , il était si malade, que ses gens le croyaient mort;. un médecin sarrasin lui donna un remède qui le guérit en deux jours , a(?ec Vaide de Dieu. Prosper Alpin , qui habita l'Egypte au seizième siècle , nous apprend que la médecine était à cette époque dans une grande décadence ; toutefois, on y conservait quelques traditions des anciens ; on y avait encore des livras où se trouvaient indiqués un grand noin« bre de médicamens ; la médecine y connaissait des préparations , des remèdes pour toutes les infirmités , pour toutes les maladies ; Alpin nous donne la nomenclature de ces préparations , sans oublier celles qu'on employait ad augehdam venerem, et qui sont encore fort employées aujourd'hui dans les harems : il n'oublie pas non plus la thériaque, que les

croisés apportèrent en Europe, et qui a si bien conservé sa réputation en Egypte ; depuis le seizième siècle, les voyageurs ont donné peu de notions sur l'état de la médecine dans cette contrée; j'ai lu ce qu'ont écrit les savans qui ont suivi l'armée française sur les bords du Nil j ils ontparlé assez longuement des maladies qu'ils ont vues en Egypte, mais fort peu de la médecine et des. médecins du p^ys.; si j'en crois les voyagèurslesplus'écîaîrés, la médecine égyptienne est maintenant beaucoup au-dessous de ce qu'elle était au temps de Prxisper Alpin^ et-Baémer mx t^an^ps de Pexpêdidon desTrarhçâîr; la médecine dés Francs qui s'accrédite chaque jour davantage dans toutes les contrées d'Orient, a fait abandonner toutes les écoles qui restaient , et dans l'art de guérir, ainsi qu^en beaucoup d'autres choses, les esprits, comme si un découragement subit leur était venu, se sont arrêtés* Un cheik; du- Gaive^ homoaeffrfein' tie ^ns, dénotait avec moi* cette décadence .générale : 'il ;se piaigaait aurtoul^el^j^ptei eut perdu «tes Immèreaianciecmés; sans^cn recevcÂP dernouveHbsi;fStous sommes, disaiCHÎl, xoaime tme'cibravàâe<qûiiaf:n»ir- ^hé une I paxtieT ide Ob nutt .«véc èesi tordies qu'elle avait .allufBées, et qui/tt ttxBp impnidennaeiffe éteint «esflambeaux, avant qoele-soieil adtrparu.

^e<serait«^il' pas possible qiieèesfnoQTeUos; lumières qoi^flwdt^ atljeniities {xmr>I'Eg(jpie, sortissent un joor de If^coled'ibouzabel?

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