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n'ai vu nulle part une* femme musulmane -^n prière. Les femmes turques ne peuvent recevoir un imaa ou un prêtre de Tislamisme j les ministres delsk loi religieuse n'exercent ici aucun empire sur les femmes ^ et l'intérieur de la famille ne leur est pas moins interdit qu'aux autres hommes , musulmans ou chrétiens.
Ce qu'il y a de plus remarquable à Stamboul» au moins pour les étrangers qui arrivent de Paris, c'est que les femmes jeunes et jolies, sont celles qui ont le moins de crédit, qui ne se montrent pas et dont on ne parle point j il n'y a que les femmes , arrivées à l'âge où l'on peut paraître aux mosquées , à qui il soit permis de sortir souvent de leur maison, et de se mêler des affaires. Elles n'appartiennent plus à personne ; on ne les regarde plus comme une propriété, elles sont comme des affranchis. Les Turcs , pour expliquer la considération dont jouissent ainsi les femmes d'un certain âge , ont coutume de dire qu'on aime ce qui est nouveau , et qu'ipn respecte ce qui est ancien.
Quoique l'éducation des femmes turques, comme je vous l'ai dit, soit en général fort négligée, il en est cependant quelques-unes qui se distinguent par leur esprit ; les Francs, qui ont été à portée de voir quelques dames bien élevées de Stamboul , sont charmés surtout de la manière dont elles parlent leur langue j leur accent est doux et harmonieux^ leurs discours sont remplis d'images , elles plaisan-
tent avec un naturel;, avec un goût exquis. Un Français de mes amis demandait a l'une d'entre elles pourquoi les femmes turques riaient souvent aux éclats lorsqu'on les regardait. C'est, répondit-elle , que les femmes de ce pays ont les cheveux longs et l'intelligence courte. Je veux vous citer un autre trait d'esprit , quoique je l'aie vu imprimé quelque part. Un Turc, fort laid de figure, avait un nez si long, qu'il ne pouvait toucher la terre avec son front dans la prière du namaz. Il épousa une femme qui était aussi fort laide, et comme it ne voulait point la regarder, celle-ci le pria de supporter sa vue et de prendre pitié de sa laideur, ouvrage de Dieu. --- Je n'ai pas assez de résignation pour cela , lui dit-il. — Comment donc, reprit la dame , avezvous fait pour supporter jusqu'à présent le vilain nez que vous avez? Je pourrais nommer, parmi les femmes d'esprit de cette capitale, la sœur du sultan Mahmoud, dont je vous ai parlé plusieurs fois. On m'a montré un recueil de chansons turques copiées de sa main : la renommée lui attribue plusieurs de ces compositions légères et gracieuses.
Si on en croit certains docteurs de la loi, les femmes n'auront pas le mêrne paradis que les hommes, parce qu'elles ont pratiqué sur la terje des vertus différentes et rempli d'autres devoirs. On consent néanmoins à enterrer les femmes dans les mêmes cimetières, ce qui devrait scandaliser
les morts ^ puisqu'ils conservent dans la tombe les opinions et les sentimens de eette .vie. Dans la croyance musulmane, les femmes qui seront jugées favorablement par les anges du Sépulcre, resteront toujours jeunes et jolies ; au moment de la résurrection elltts seront comme à l'âge de seize ans, et elles n'auront que seize ans pendant toute l'éternité ; on leur promet en outre d'autres maris que ceux qu'elles ont eus dans ce monde. La Turquie a sans doute beaucoup de femmes qui se contenteraient d'un semblable paradis , et qui renonceraient volontiers^ pour cela au bonheur d'habiter les soixante-dix pavillons faits de la main des anges. Je voudrais pouvoir vous apprendre comment les réformes de Mahmoud sont jugées dans les harems : il serait difficile de satisfaire sur ce point votre curiosité. Il est probable d'ailleurs que les femmes turques ne s'occupent pas beaucoup de la réforme ottomane , d'autant plus qu'elle a respecté tout ce qui les concerne , et qu'elles les a laissées telles qu'elles étaient. Les femmes musulmanes ^ qui semblent être restées en dehors de la résolution présente, ont quelquefois figuré dans les émeutes de Stamboul. Au moment d'un incendie ou de tout autre désastre , ce sont quelquefois les femmes qui expriment les plaintes du peuple. Les femmes turques ont pu applaudir jusqu'ici à des innovations qui semblaient réserver^ exclusivement aux harems les riches étoffes , le& fètwrures et les dia-
mans. Comme aux yeux de la plupart des Turcs, , la réforme ne consiste qu'à imiter les costumes d'Europe, on pourrait croire que les Osmanlis n'ont rien voulu changer d,ans les harems, par des raisons d'économie ; car il y aurait peu d'effendis assez riches pour faire suivre à leurs femmes nos modes européennes qui changent sans cesse ; et puis ce ne serait pas une petîle affaire que de mettre les dames de Constantin ople au courant des nouveautés de Paris ou de Londres, de Vienne ou de Pétersbourg; ne faudrait-il pas alors que le beau sexe de Stamboul eût ses instructeurs comme les nouvelles milices, et que sur les rives du Bosphore la mode eût aussi ses ambassadeurs? Si la réforme venait à pénétrer dans les harems^ combien elle pourrait amener de changemens dans les mœurs et les habitudes du pays ! Qui pourrait prévoir les efr fets d'une révolution qui s'emparerait pour ainsi .dire des sanctuaires domestiques , de ce qu'il y a de plus intime et de plus sacré dans la nation, de - ce qui touche le plus au cœur et à la vie de la société? En attendant que \és dames de Stamboul suivent les modes de France ou d'Angleterre, nous avons vu, il y a peu de jours , les jeunes princesses, filles du sultan, se promener dans les rues avec des vêtemens et des parures qui paraissent être une nouveauté venue d'Occident j je dois vous dire que cet essai n'a point réussi, et qu'on ny a vu qu'un travestissement grotesque. Il est probable qu'on en restera là.