‹ Correspondance d'OrientChapitre 43 sur 62 · SUITE DE LA LETTRE LXXIX · texte numérisé non relu

SUITE DE LA LETTRE LXXIX

L’île de Samos.

A bord de la Truite } le 30 décembre 1830.

Nous sommes depuis deux jours en présence de Samos ; cette île n’est séparée de la côte d’Asie que par un canal large de vingt-cinq ou trente milles. Nous avons devant nous une montagne nue et affreuse à voir qu’on appelle Catabacte , ou la montagne des précipices et des orages. Notre pilote grec, qui connaît toutes ces côtes, nous dit qu’on voit quelquefois sur la montagne de Samos de grands feux allumés ; ces feux allumés ne sont aperçus que de la mer, et restent invisibles pour les habitans. Nous n’avons pu voir aucune de ces apparitions lumineuses, que les papas de l’île appellent le grand miracle. Une de nos bordées nous a portés jusque devant le port de Seitan , ou le port du Diable ; l’aspect de la rive, et les écueils qui en défendent l’approche lui ont fait donner ce nom ; ces lieux sauvages ne sont habités que par des caloyers, des bûcherons et quelques troupeaux de chèvres. On aperçoit ça et là des cabanes, des chapelles suspendues sur la pointe des rocs. L’île n’a point de lieux déserts, de gorges de montagnes , de profonds ravins , au milieu desquels ne s’élèvent quelques autels de la Panagia. Tout ce qui peut inspirer l’effroi a pris un aspect religieux. Ici, c’est Notre-Dame - du-tonnerre , là Notre-Dame-des-mauvais-chemins. On ne compte dans l’île que dixhuit villages, dont la population s’élève à peine à quinze mille âmes. Nous avons vu quelques-uns de ces villages, tels que Castagna ; leur aspect est sauvage et triste ; on ne voit là qu’un peuple tombé dans la misère, que la crainte poursuit dans ses retraites désertes, et qui implore le ciel du fond des abymes. Il y a loin, comme vous pouvez en juger, de l’état présent de Samos, à ce qu’elle était au temps do tyran Policrate, à ces temps où le poète Anacréon faisait entendre

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