‹ Correspondance d'OrientChapitre 44 sur 62 · R1ENT · texte numérisé non relu

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ses chants si gracieux, où Pythagore offrait cent bœufs au Soleil, pour la découverte du carré de l’hypothénuse ; Pile avait alors des flottes et des armées, qui donnaient de la jalousie aux rois d’Égypte, une capitale qui commandait aux cités d’Ionie, un temple de Junon, qu’Hérodote a placé parmi les merveilles du monde.

Pour s’expliquer ces prodiges de grandeur, il faut remonter ici à la plus haute antiquité ; il faut se rappeler que la civilisation du monde ancien arriva par la Méditerranée, et qu’elle porta d’abord ses bienfaits dans ces îles et sur ces rivages d’Asie, qui s’offrent maintenant à nos regards ; c’est là que l’Orient et l’Occident se rencontrèrent dans les premiers jours, et qu’ils échangèrent leurs productions, leur industrie, leurs institutions et jusqu’à leurs dieux ; c’est là que commencèrent, pour la Grèce, la religion, les sciences et les arts; alors les Cyclades durent jeter un grand éclat, et Samos s’éleva comme une reine parmi les Cyclades. Quand la civilisation, ainsi que le commerce, prit d’autres routes, toutes ces îles, toutes ces cotes, couvertes de cités florissantes, commencèrent à perdre leur prospérité et leur gloire ; figurez-vous un moment que l’Égypte a été délaissée par le fleuve qui la féconde, et vous aurez une idée de ce qu’ont pu devenir des pays par lesquels le commerce ne passe plus, et que la civilisation abandonne. Les déclamateurs vulgaires trouvent plus commode d’accuser la domination ottomane ; mais dans les contrées où nous sommes, que de ruines qui ne sont pas l’ouvrage des Turcs! Toutes les prospérités, toutes les grandeurs de l’antique Orient n’avaient pas attendu, pour disparaître à jamais, l’arrivée des barbares. Samos a été ruinée par les mêmes causes qui ont changé en déserts plusieurs îles de l’Archipel, les côtes de la mer Égée, les rives du Caystre et du Méandre ; Samos, dont l’antiquité vantait la puissance, a eu le destin d’Éphèse, de Milet, de Magnésie, de tant d’autres villes qui brillèrent autrefois, et qui dormaient déjà dans la poussière lorsque l’empire du croissant a commencé.

Cependant on s’est persuadé dans les derniers temps que la trompette de la résurrection avait sonné pour Samos. Quelques esprits exaltés par ce qui se passe en Morée, ont cru qu’on pourrait retrouver l’ancienne gloire de leur île comme on a découvert parmi les ruines quelques colonnes du tempie de Junon. Cette exaltation des Samiens est fortement échauffée par les proclamations d’un de leurs compatriotes qui s’est retiré à Nauplic , et qui , pour donner quelque

crédit à ses projets de réforme, a pris le grand nom de Lycurgue. Toutes les fois que la voix du nouveau Lycurgue se fait entendre, la fermentation est grande dans les dix-huit villages de Samos ; toutefois l’évêque de l’île, les papas et les caloyers, qui possèdent plus de la moitié des terres, voudraient temporiser, car il leur paraît plus raisonnable de mourir doucement avec les Turcs, que de vivre quelques jours et de périr ensuite violemment avec les Hellènes. Il faut vous dire, pour appuyer l’opinion du clergé, qu’il n’y a point de Turcs dans l’île , et que les habitans se régissent à peu près eux-mêmes ; ajoutez à cela que les impôts sont fort modérés, et que la Grèce régénérée ne peut donner des lois à meilleur marché que les Turcs ; mais toutes ces considérations n’arrêtent personne , car un peuple qui se passionne pour un changement ne voit jamais ni les biens dont il jouit , ni les maux dont il est menacé. Vive la vieille Samos ! disent les partisans de Lycurgue à tout ce qu’on objecte ; ressuscitons la vieille Samos ! Yoilà qui est fort beau sans doute ; mais la vieille Samos , répondêzmoi , sortira-t-elle du choc d’une révolution comme aux temps primitifs elle naquit d’un bouleversement du globe ? — lis en sont pleinement convaincus ; aucune voix humaine ne pourrait les détromper ; le sage Pythagore lui-même y perdrait son éloquence et son savoir. Puisse Notre-Dame du tonnerre et des mauvais chemins > puisse la Panagia dont nous voyons partout les autels sur cette rive, et qui est la seule puissance qu’on reconnaisse encore dans l’île , inspirer enfin aux Samiens des sentimens de modération et les préserver des désastres de Chio !

d’orient.

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