LETTRE LXXXVII
Larnaca.'
Larnaca, janvier 1831.
Nous étions partis de Rhodes le 16 janvier ; le vent était favorable. Le 17 au soir, nous sommes entrés dans le golfe de Satalie ; le passage du golfe a toujours été regardé comme dangereux. Rien de plus effrayant que les relations de nos vieux pèlerins qui ont passé par cette mer, et qui tous ont eu une tempête à décrire. Nous avons eu aussi notre orage ; il ne tiendrait qu’à moi de vous faire à mon tour une poétique description , et de - vous peindre dans cette lettre tous les vents du golfe déchaînés contre nous; je pourrais vous montrer les matelots grimpant le long des mâts , courant sur les cordages pour ployer toutes les voiles, et notre pauvre gabare tristement dépouillée de sa misène et de sa brigantine, abandonnée à la merci des vagues, ne ressemblant pas mal à un grand cercueil flottant sur les eaux. Cet orage a duré trois jours; le troisième jour, les vents étaient calmés; cependant, la mer, remuée dans ses profondeurs, continuait à s’agiter et à gronder; toutes les incommodités du roulis se faisaient encore sentir ; il n’y avait pas dans notre navire une poutre , une planche , une corde, un morceau de cuivre ou de fer, qui ne prît une voix pour gémir, pour crier et faire un bruit à nous étourdir ; le gros de la tempête était passé , mais il s’en fallait de beaucoup que nous fussions tranquilles; c’était comme le lendemain d’une révolution.
Dans la soirée du 22 janvier, nous avons aperçu la pointe septentrionale de l’île de Chypre ; bientôt nous avons pu distinguer les côtes de Paphos et de Limissoi ; le cap Blanc, le cap des Chats, ont tour-àtour dirigé notre marche; la montagne de Sainte-Croix, dont la cime paraît toujours dégagée de nuages, nous a montré à l’est la position de Larnaca, où nous devions nous arrêter.
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Nous avons jeté l’ancre dans la rade ; il n’était pas aisé de descendre à terre ; une des embarcations de la Truite s’est brisée , et peu s’en est fallu que des matelots n’aient été noyés. La chaloupe du navire, dans laquelle nous étions, a failli éprouver le même sort, et pour aborder , nous avons eu besoin qu’une vague propice nous jetât sur le sable de la rive ; j’ai demandé pourquoi on ne faisait rien pour rendre l’approche de la terre plus sure et plus commode ; on m’a répondu que l’autorité turque ne s’occupait guère de Ta marine que pour percevoir la taxe des douanes , et que de plus, on n’oserait faire la moindre réparation, dans la crainte de déplaire aux gens qui se tiennent là pour recevoir les barques, et qui se font ainsi payer un tribut par les étrangers. Ne reconnaissez-vous pas là l’histoire de tous les abus ! D’après cela, tentez de réformer les empires.
Le bourg dans lequel nous avons débarqué s’appelle la Marine. Au moment de notre arrivée , il tombait des torrens de pluie ; les rues étaient inondées ; nous venions justement de lire dans un livre qu’il ne pleuvait jamais dans l’île de Chypre, et qu’au temps de Constantin, on y était resté sans pluie pendant plus de trente années. Nous nous sommes réfugiés dans le consulat de France , dont le pavillon flotte sur le bord de la mer ; nous avons été reçus par M. Pillavoine , le doyen de tous les consuls. Après avoir été employé dans les consulats
du levant, à Alep, à Saint-Jean d’Acre, en Egypte, il avait été envoyé, il y a quelques années, je ne sais dans quelle ville d’Amérique, et le voilà maintenant revenu en Orient pour être consul à Larnaca. Jeté ainsi d’un monde à l’autre, il n’a pas encore repris son assiette, et dans sa maison solitaire et démeublée, il a un peu l’air d’un homme qui vient de tomber des nues. Je n’ai rien à dire de la manière dont il exerce ses fonctions de consul ; mais il m’a semblé que sa grande affaire était de n’y pas mettre du sien, et lorsqu’il lui faut dépenser une piastre ou un para , il se demande d’abord s’il sera remboursé. Comme nous appartenions au chapitre des dépenses imprévues, nous avons été reçus médiocrement et sans trop de cérémonie. Croiriezvous que M. Pillavoine n’a pas même les ustensiles nécessaires pour l’acte d’hospitalité le plus indispensable dans ce pays : je veux parler des tasses de porcelaine dans lesquelles on sert la liqueur de Moka ! avant de se procurer ces premières commodités de la vie, il a cru devoir écrire à son gouvernement.
Cette diplomatie, un peu trop sans façon, n’a pas, dit-on, réussi à
Larnaca ; le mérite personnel de M. Pillavoine , son grand âge , sa réputation d’intégrité, et par-dessus tout cela, le pavillon de France qu’il vient de remettre à neuf, n’ont pu le défendre contre les mauvaises plaisanteries des Grecs , des Francs , et même des Turcs. On s’est rappelé malignement une maxime orientale dont on lui a fait l’application ; V arbre ne doit pas garder pour lui les fruits quil a reçus du ciel, et la fontaine n a pas été placée sur le chemin pour dérober ses eaux à ceux qui passent. Après avoir joui un moment de la conversation de M. Pillavoine, car ses paroles sont la seule chose dont il ne soit pas avare, nous avons pris congé de lui, pour nous rendre chez. M. Guillois, chancelier du consulat de France. M. Guillois, bien que son traitement soit très-modique , reçoit à merveille les voyageurs , et surtout les Français. Il ne s’inquiète pas de savoir si le chibouc et la liqueur hospitalière qu’il présente à ses hôtes, seront mis au budget et votés par les deux chambres. Je dois ajouter que M. Guillois nous a sauvé tous les embarras qu’on rencontre en arrivant dans ce pays, et qu’il n’a rien négligé pour nous faire connaître Larnaca et i’île de Chypre.
Le bourg où nous sommes descendus s’appelait autrefois le bourg, des Salines ; on ne l’appelle plus maintenant que la Marine ; le voisinage de la rade et le passage des navires lui donnent quelque mouvement ; la Marine a son bazar, sa mosquée et sa forteresse qui tombe en ruines ; la ville est peuplée de Grecs et de Turcs ; quelques marchands européens y sont établis ; la ville a pour gouverneur le chef de la douane, Grec renégat. Je n’oublierai point de vous dire que nous avons vu ici des voitures qui, à l’élégance près, ressemblent à nos cabriolets et à nos calèches de Paris ; on s’en sert à Larnaca, non pour étaler un vain luxe, mais pour se garantir de la boue pendant l’hiver, de la poussière et de l’ardeur du soleil pendant l’été* Toutefois, ces sortes d’équipages ne peuvent aller bien loin, car les chemins, même ceux qui conduisent à la capitale de l’île, ne sont faits que pour les piétons et les mulets.
Larnaca est situé à un mille et demi du bourg de la Marine ; à moitié chemin, on nous a montré l’emplacement de Cithium ; des fondations et des ruines s’aperçoivent encore sur un terrain élevé. Du côté de la mer, on remarque un fossé large et marécageux, qui fut sans doute autrefois ce que Strabon appelle le Port fermé. Cithium, dans la haute antiquité, était le rendez-vous de toutes les nations
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maritimes, le point de communication entre la Syrie, l’Asie mineure, l’Archipel, la Grèce et l’Égypte. L’Écriture nous parle souvent de Lithium, et donne ce nom à toutes les îles de la mer. Cithium fut d’abord ville phénicienne, puis elle devint une ville grecque ; on ne sait point comment et à quelle époque elle a fini; seulement, elle existait encore dans le troisième siècle de l’ère chrétienne. On nous a fait voir plusieurs antiquités trouvées sur l’emplacement de la ville , telles que des anneaux , des médailles, des grains de colliers, des statues de deux pieds , représentant des femmes ; on découvre souvent des sarcophages, qui paraissent appartenir aux temps les plus reculés.
Le gouvernement turc ne permet plus qu’on fasse des fouilles, de sorte que les recherches ne peuvent se faire qu’à la dérobée. M. Guillois nous a parlé de deux compagnies d 'antiquaires, qui, dernièrement, sont arrivées la nuit et à la même heure, dans un lieu réputé pour renfermer de précieuses ruines; comme on s’est pris de part et d’autre pour des ennemis, fi y a eu des coups de fusil tirés, et même des gens blessés. N’allez pas croire toutefois qu’on ne se fusille ainsi que pour des inscriptions grecques ou phéniciennes ; on s’est persuadé dans ce pays qu’un grand nombre de générations n’ont pu se succéder sur le même coin de terre sans y laisser quelques trésors, et voilà ce qui fait quelquefois prendre les armes aux érudito de Larnaca et de la Marine ; voilà aussi ce qui rend les Turcs soupçonneux, et ce qui les porte à défendre les fouilles sur l’emplacement des vieilles cités.
La place qu’occupe Larnaca était, dit-on, la nécropolis de Cithium. En effet, Larnaca (Aapvo|) signifie en langue grecque, un tombeau, un lieu de sépulture. Larnaca compte à peu près mille familles, moitié turques, moitié grecques.LesTurcss’yoccupentprincipalement du commerce du coton, et laissent aux Grecs celui des vins. La ville a quelques négocians riches; beaucoup d’habitans sont misérables. Nous avions des lettres de recommandation pourMM.LapierreetMatthéi, l’un attaché anciennement au consulat de France, l’autre consul de Prusse, tous deux grands propriétaires de l’île. Leurs habitations offrent toutes les commodités de nos maisons bourgeoises d’Europe ; nous y avons trouvé l’hospitalité avec les soins et même avec les recherches des pays les plus civilisés ; nous avons fait plusieurs visites au couvent des franciscains ; c’est un édifice vaste et spacieux , avec une belle église, de grands corridors, de beaux jardins, une bibliothèque assez
peu fréquentée et fort mai en ordre ; le monastère latin de Larnaca, qui a cinq ou six religieux, dépend du couvent de Saint-Sauveur de Jérusalem ; il peut être regardé comme un des avant-postes de la milice sainte, consacrée à la garde du tombeau de Jésus-Christ.
Les campagnes qui environnent Larnaca paraissent assez fertiles ; elles sont couvertes de blés, mais on n’y aperçoit aucun arbre ; on trouve dans la ville et hors de lsç ville beaucoup de jardins où croissent des orangers, des flguiers et quelques légumes ; nous croyons généralement en Europe que la plupart des contrées et des îles de FOrient produisent toutes sortes de fruits exceliens ; je n’ai pas tardé à être détrompé sur ce point ; les belles contrées où nous sommes peuvent être citées pour les oranges, les citrons, les figues, les raisins et surtout les abricots, que l’île de Chypre compte au rang de ses merveilles; mais, du reste, nos -jardins d’Occident, où mûrissent tour-à-tour la groseille, la fraise, la cerise, la pêche, mille espèces de pommés et de poires, n’ont rien à envier à ceux que nous voyons ici ; il en est de même des légumes ; les asperges, les artichauts, la laitue, n’v croissent qu’avec peine, et n’ont point le même goût ni la même qualité que dans nos climats ; les seules plantes potagères qui réussissent dans les jardins de Larnaca sont le concbmbre, la pastèque et le chou, le chou que nous avons retrouvé dans tous les pays, et qui, semblable à l’homme, dont il est une des nourritures favorites, peut croître et vivre partout.
Nous avons visité plusieurs villages des environs ; leur aspect est triste et laisse voir dès le premier abord que la misère y habite. Il y a des villages où la population est toute grecque, d’autres où les Grecs se trouvent mêlés avec des Turcs; les familles musulmanes et chrétiennes s’unissent quelquefois par des mariages; dans certains endroits, m’a-t-on dit, des musulmans font baptiser leurs enfans, jeûnent avec les chrétiens, et fréquentent tour-à-tour les églises et les mosquées. Quelques familles grecques se feraient turques assez volontiers, mais le gouvernement encourage peu ces sortes de conversions dans la crainte de perdre le karatch. Toutes les parties de Fîle produisent du froment et de l’orge ; le coton de Chypre, qui est une des richesses du pays^est plus estimé en Europe que celui de l’Égypte et de la Syrie. La canne à sucre fut dans les temps anciens une des productions de Fîle. Elle a été remplacée par la soie; des plantations de mûriers couvraient naguère les campagnes ; on en trouve beaucoup moins
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aujourd’hui, par suite du découragement ou de l’émigration des habitans. La vigne de Chypre, célébrée par Salomon, n’a rien perdu de son antique gloire; elle couvre encore, comme aux premiers temps, les coteaux voisins de Limissol.
Les paysans cypriotes, surtout dans les plaines, n’emploient que les bœufs au labourage. Rien n’est plus touchant que leur respect pour ces compagnons de leurs travaux; les. musulmans et les chrétiens regarderaient comme un grand péché de les tuer et de se nourrir de leur chair; heureuses les campagnes de l’île, si l’autorité turque respectait de même les pauvres laboureurs qui fécondent la terre par leur travail et par leur sueur !
Les plus grands fléaux des campagnes après l’énormité des taxes, sont la sécheresse et les sauterelles. On cite plusieurs époques, nonseulement dans l’antiquité, mais dans des temps plus rapprochés de nous, où l’île a été abandonnée par ses habitans, parce que la terre n’y donnait plus ses moissons accoutumées; on faisait autrefois la guerre aux sauterelles, soit en détruisant leurs nids, soit en arrosant la terre d’une eau qui empêchait les œufs d’éclore, mais le fatalisme musulman a prévalu ; on ne doit pas, disent les Turcs, s’opposer à la colère de Dieu et prendre des précautions contre sa justice; les Grecs ont adopté à cet égard l’opinion des Turcs, car la misère aussi dans son désespoir croit à la fatalité ; à quoi bon d’ailleurs conserver des moissons qui vont devenir la proie du fisc? pourquoi disputer à la sauterelle ce que doit dévorer la chenille?
Chypre n’a ni fleuves ni rivières , mais seulement des torrens qui ne sont, en été, que des ravins secs et poudreux; des citernes, des fontaines, quelques ruisseaux, fournissent l’eau nécessaire aux habitans des villes et des campagnes ; quant aux fruits de la terre, les laboureurs les attendent des nuages du ciel et des pluies de l’hiver, comme l’Ègypte attend ses moissons de la crue du Nil. En parcourant l’île de Chypre, on n’y rencontre nulle part, même dans les hautes montagnes, ces bois touffus, ces forêts profondes, qui, dans nos climats, entretiennent la fraîcheur et Fhumidité du sol. Àu printemps, les fleurs telles que la renoncule, la jacinthe, l’anemone, donnent aux lieux les plus sauvages, l’aspect d’un parterre et d’un jardin ; puis, au mois de juin et de juillet, on ne'voit plus qu’une poussière ardente, des herbes brûlées sur un sol aride et nu. Une remarque que j’ai pu faire dans tous les pays où nous avons passé, c’est que chaque contrée
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a des vents ou des courans d’air qui lui sont particuliers, les uns dont le souille propice apporte la santé et la vie, les autres qui, semblables» à de mauvais génies, sèment sur leur passage la disette et toutes sortes, de maux; le limbat, que nous avons vu à Smyrne, visite aussi l’î!ede Chypre ; il y rafraîchit l’air pendant l’été, et ranime à la fois les hommes, les animaux et les plantes. Dans toutes les parties méridionales de l’ile, c’est le vent du nord qu’on regarde comme le plus malfaisant des erifans d’Éole ; il embrase l’air qu’on respire, dessèche les monts et les vallées, tarit les sources des fontaines, apporte sur ses ailes de feu des nuées de sauterelles, répand au loin les germes de la fièvre et les maladies contagieuses. L’île de Chypre n’a aucun de ces animaux qui désolent les campagnes, tels que le loup, le tigre, l’hiène; les troupeaux de chèvres, qu’on y entretient en grand nombre, peuvent, errer en paix sur les monts et les coteaux les plus déserts. Les lièvres,, les perdrix, les francolins, les bécasses, toutes sortes d’oiseaux de passage abondent dans les plaines, et la chasse est un des plaisirs favoris des Cypriotes. L’excessive chaleur du climat enfante beaucoup de reptiles et de serpens, parmi lesquels on cite l’aspic ou le couphi. Cette espèce de serpent, long d’une coudée, est jaune et noir; il a deux bosses sur le front ; sa piqûre est mortelle ; comme il se tient ordinairement dans les blés, il fait beaucoup de mal au temps de la moisson ; j’ai entendu parler d’un remède dont le secret se conserve depuis long-temps dans une famille grecque: la guérison s’opère, dit-on, par le seul attouchement, quelquefois même par une parole prononcée en l’absence des malades. Je m’informerai de ce qu’il y a de vrai dans toutes les merveilles qu’on débite à ce sujet; je vous dirai ce que j’aurai vu ou ce que j’aurai pu savoir.
J’aurais bien voulu faire un voyage au mont Olympe ou mont Sainte-Croix, que nous voyons de Larnaca, et qui n’est qu’à une distance de sept à huit lieues : le mauvais temps nous a retenus jusqu’ici, Dans la haute antiquité, l’Olympe de Chypre passait pour être le séjour des muses, et Vénus, qui avait des autels sur cette montagne, porta quelquefois le nom d ’Olympie. Dans les premiers temps du christianisme, une chapelle consacrée à l’archange Michel remplaça le temple de Vénus; l’Olympe devint une montagne chrétienne, et, comme le mont Athos, elle se couvrit de monastères et de cellules. Depuis le règne de Constantin et le voyage de sainte Hélène à Jérusalem, un des sommets du mont Olympe, qui fut appelé Sainte-Croix s
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avait toujours été un lieu de pélérinage pour les chrétiens d’Orient
et de l’Occident; le seigneur d’Angleure, vers la fin du quatorzième
siècle, s’y rendit avec d’autres' pèlerins; on y conservait la croix du
hon larron ; « Icelle croix, nous dit le pieux voyageur, est de moult
» grande vertu, et c’est chose merveilleuse à voir. Un chevalier avait
» voulu .emporter un morceau de cette croix, et le vaisseau sur lequel » il s’embarqua pour revenir en France, ne put jamais gagner la haute » mer, et fut toujours forcé par les vents de revenir au port de Li- » missol , jusqu à ce que ledit chevalier eut restitué la relique dérobée. » On raconte à peu près la même chose d’une image enlevée au temple de Junon la Samienne; le vaisseau ne put s’éloigner du rivage de Samos, et fut obligé de rapporter au temple l’image de la déesse. Il subsiste. encore, sur la montagne Sainte-Croix, une chapelle desservie par des caloyers, et plusieurs couvens ou colonies de moines cultivent les vallées de la montagne sainte, employant leurs journées au travail, les nuits à la contemplation et à la prière.
Nous avons profité de quelques heures de soleil pour faire une promenade au lac des Salines : le terrain sur lequel se trouve la saline est maintenant découvert et presque entièrement à sec ; le bassin ou le lac se remplit au commencement du printemps, et se cristallise pendant les chaleurs de l’été ; à mesure qu’on enlève la partie cristallisée, on l’entasse en grosses meules sur la rive; le sel est vendu ensuite à des marchands qui le transportent en Syrie, dans l’Archipel et jusqu’à Constantinople. Le terrain où se forme le sel paraît n’avoir pas toujours été couvert d’eau, car nous y avons reconnu des ceps de vigne, encore attachés au sol. Au midi, on aperçoit les restes d’une chaussée; les gens du pays, après les grandes pluies, y ont quelquefois trouvé des médailles ou des objets d’une haute antiquité, ce qui prouverait que ces lieux n’ont pas toujours été sans habitations; n’est-il pas permis de croire que, dans le temps de sa grandeur, ,1a ville de Cithium a pu s’étendre jusqu’à l’endroit qu’occupe maintenante saline?
Au nord du lac, sur une élévation, est bâti un fort beau téké qu’on appelle le tombeau de la sultane. Les Turcs racontent que dans ce lieu fut ensevelie une tante de Mahomet. Ce fait n’est pas bien prouvé , mais il y a si peu de monumens élevés aux femmes dans les contrées musulmanes, qu’il faut noter celui-ci. Le téké de la sultane est occupé par un seul derviche, qui appartient à l’une des plus nobles familles
turques de Nicosie. Il a des manières fort polies, la conversation
enjouée , et ne ressemble en rien à ces grossiers santons dont nous parle l’abbé Mariti. Je lui ai adressé quelques questions sur la tante de Mahomet, il a évité de me répondre ; si j’en crois mon interprète, le cénobite des Salines n’en sait pas plus que moi sur la sultane dont il surveille la tombe. Les musulmans, d’ailleurs, lorsqu’ils se trouvent avec des chrétiens, parlent fort rarement du prophète et de sa famille.
P. S. Il est arrivé dans la rade plusieurs bâtimens, les uns partis de la Syrie, les autres de Smyrne ; les nouvelles de Beyrouth et de Saint-Jean d’Acre disent que la guerre civile est dans le pays de Napîouse, que tout est en feu dans la Galilée, et que la peste fait des ravages dans la Palestine ; ces nouvelles nous donnent de véritables craintes pour notre pèlerinage, mais elles ne changent point notre résolution. Un des bâtimens arrivés de Smyrne a relâché à Rhodes ; je vous donne à deviner la nouvelle qu’il nous apporte ; deux jours après notre départ, il est venu à Rhodes un capidgi avec un fîrman du grand-seigneur ; ce capidgi avait à peine mis le pied dans la ville, que les habitans ont appris que leur bey venait d’être étranglé ; l’envoyé du sultan a fait saler la tête du bey, et l’a emportée à Constantinople, où elle doit être exposée devant la porte du sérail. Les nouvelles de Rhodes ne disent rien de la joie du peuple; pour se réjouir, il ne suffit pas d’être débarrassé d’un fléau, il faut savoir si un autre fléau n’est pas en route, et si Dieu n’a pas tiré des trésors de sa colère un nouveau bey aussi méchant que celui dont le règne est passé.
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LETTRE LXXXYIÏI.
Histoire de Chypre pendant les croisades et dans les temps modernes.
Larnaca, janvier 1831.
L’île de Chypre, comme la plupart des pays d’Orient, a commencé par des merveilles ; les premières pages de ses annales sont des fables, et comme ces fables sont pleines de poésie et d’images riantes, elles se sont conservées dans la mémoire des hommes; cette île, comme elle était féconde et de facile accès, dut être souvent envahie, et son histoire se trouve confondue avec celle des plus grands conquérans de l’antiquité ; nous y retrouvons Cyrus, Alexandre, Sémiramis, les plus grands monarques de la Perse et de l’Égypte. Les Grecs, les Phéniciens, les peuples du Nil et de l’Éthiopie, envoyèrent tour-àtour dans l’île de nombreuses colonies, avec leurs usages, leurs'îois et leurs divinités. Il résulta de ce concours de plusieurs nations que, dès les premiers temps, la population se trouva mélangée, que le territoire fut divisé en plusieurs États et que l’île eût des noms différens. Il n*est pas aisé de suivre son histoire à travers les révolutions des temps primitifs, et la magnificence de ses quinze cités, de ses neuf royaumes, est le seul fait qu’on puisse regarder comme positif ; dans les siècles moins reculés, Rome, Byzance, les croisés, enfin les Turcs, l’ont soumise à leur domination ; toutes ces révolutions , toutes ces conquêtes ont été racontées par les historiens ; je m’en tiendrai ici à l’époque des croisades et du moyen âge.
Je dois d’abord vous rappeler que l’île de Chypre fut, dès les premiers temps de l’Église, un lieu de passage pour les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem. Beaucoup de saints personnages, des princes, des prélats venus des contrées les plus reculées du nord de l’Europe, telles que le Danemarck et la Nonvége, s’arrêtèrent dans cette île,
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alors soumise à l’empire grec ; plusieurs y moururent et y furent ensevelis. Lorsqu’après la seconde croisade , les armées de la croix prirent la route de la mer, les flottes qui les transportaient sur les côtes de Syrie cherchèrent souvent à Chypre un abri, des secours et des vivres. La flotte de Richard-Cœur-de-Lion, après s’ètre arrêtée* comme nous l’avons vu, dans le port de Messine et dans celui de Rhodes, aborda à Limissol ; on sait que Richard fit alors la conquête de nie ; mais les circonstances les plus curieuses de cette expédition sont très-peu connues; je les trouve dans la chronique de Gauthier- Yinisauf, que je vous ai déjà citée ; je pense qu’un extrait de cette chronique vous intéressera; rien ne peint mieux, à mon avis, le caractère et l’esprit des chevaliers de la croix et des héros ou des conquérons du moyen âge; vous ne. serez pas fâché d’ailleurs de voir comment on fondait des royaumes et des empires au temps si merveilleux des guerres saintes.
Lorsque la flotte des croisés (je suis, en l’abrégeant, la relation de Gauthier-Vinisauf) eut quitté le port de Rhodes, elle essuya une violente tempête devant le golfe de Satalie. Un vaisseau qui portait Jeanne de Sicile etBérengèrede Navarre, fiancée au roi d’Angleterre, se trouva séparé du reste de la flotte, et vint chercher un abri dans la rade de Limissol ; plusieurs navires avaient échoué sur la côte ; ceux qui les montaient et qui s’étaient sauvés avaient été dépouillés sur la rive, arrêtés et renfermés dans un château fort. En ce temps-là, l’île de Chypre était gouvernée par un prince grec, nommé Isaac, qui avait usurpé la souveraineté et prenait le titre d’empereur ; Gauthier Yinisauf nous dit que l’usurpateur avait fait un traité avec Saïadin, et que tous deux avaient scellé leur alliance en buvant de leur
sang.
Les deux princesses, à peine arrivées dans la rade de Limissol, firent solliciter Isaac en faveur des croisés qu’on avait dépouillés et qu’on retenait captifs ; celui-ci leur répondit par les plus belles protestations d’amitié, et joignit à son message d’excellent vin de Chypre* qui ri a pas son pareil sur la terre. Il invitait les deux reines à quitter leur navire; les princesses craignaient de tomber dans un piège en descendant à terre, et craignaient en même temps de se faire un ennemi d’Isaac en restant dans leur vaisseau ; elle ne savaient quel parti prendre, lorsqu’on aperçut au loin deux vaisseaux qui s’avancaient à pleines Yoifes; on en vit bientôt deux autres; enfin parut toute la?
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flotte de Richard; cette flotte entra dans la rade, conduite par le secours de Dieu le jour de la fête de Saint-Jean .
Quand Richard eut appris tout ce qui s’était passé, il envoya des députés auprès d’Isaac pour lui demander la réparation des injures faites aux pèlerins, et déplus, la restitution de tout ce qu’on avait pris aux naufragés : l’usurpateur, que la chronique appelle Güenelon , ne répondit que par des menaces et des paroles de mépris, car il se croyait tout permis, puisque Dieu n avait pas fait éclater contre lui sa colère. Le roi d’Angleterre, au retour de ses députés, ordonna à ses guerriers de prendre les armes; lui-même, suivi de ses plus braves chevaliers, se jeta dans une nacelle et ne s’occupa plus que de débarquer, pour châtier l’insolence d’Isaac et des Grecs, que les Latins ne désignaient alors que sous le nom flétrissant de griffons. Ceux-ci firent tous leurs efforts pour empêcher le débarquement des croisés ; on entassa sur le rivage des obstacles de toute espèce, des portes de
maisons, des fenêtres, des tonneaux, des soliveaux, des bancs, des
marches d’escaliers, de grosses poutres, de vieux boucliers, de vieux casques, des carcasses de barques et de navires ; des archers et des balistaires montèrent sur quatre galères réunies dans le port ; mais toute cette défense ne put arrêter un moment le vaillant roi Richard et ses compagnons , qui , montés sur de frêles barques , s’approchèrent de la rive, se précipitèrent à terre, et furent, en quelques minutes, maîtres de la ville de Limissol et de son château ; le monarque anglais prit un mauvais cheval qu’il rencontra, et poursuivit V empereur Güenelon , l’appelant à un combat singulier; mais l’empereur fuyait comme s'il n eût rien entendu .
Le lendemain de cette victoire, Richard fit sortir les chevaux des navires, et se mit à la poursuite d’Isaac qui campait dans une vallée couverte de bois, à deux lieues de Limissol. L’empereur de Chypre avait autour de lui une troupe nombreuse de soldats ; les Grecs ou griffons , à la vue des croisés, jettent de grands cris et paraissent dis« posés au combat; les croisés s’arrêtent et se mettent en défense; Richard n’avait avec lui que cinquante chevaliers. Dans ce moment de péril, un clerc, nommé Hugues de Mar u, s’approche du roi, et lui dit : « Seigneur roi, il paraît prudent de ne pas se mesurer avec cette » multitude d’ennemis. — Seigneur clerc , lui répond Richard,, » mêlez-vous de votre écriture sainte, et laissez-nous faire la guerre.» Quelques chevaliers font au roi les mêmes représentations ; pour
toute réponse, Richard pousse son cheval, et suivi de quelques braves, il se jette dans les rangs des Grecs , et s’attache à combattre ïsaac, dont le cheval tombe renversé d’un coup de larice ; la victoire ne reste pas long-temps douteuse ; les Grecs et leur empereur fuient de tous côtés. Ici Gauthier-Vinisauf prend le ton et les couleurs de l’épopée pour décrire le champ de bataille couvert de chevaux tués, de débris de lances et d’épées, de casques et de cuirasses dispersés sur la terre; l’historien nous décrit aussi les richesses qui tombèrent aux mains du vainqueur, parmi lesquelles on remarquait la bannière des griffons toute brodée d’or et la magnifique tente d’Isaac.
ïsaac, plein de crainte, se retira dans la ville de Nicosie ; Richard rentra triomphant dans Limissol ; les fêtes succédèrent aux combats ; le mariage du roi d’Angleterre et de Bérengère de Navarre fut célébré avec une grande pompe en présence des Grecs et des croisés. C’était un dimanche, jour de Saint-Pancrace; toute la journée fut consacrée aux plaisirs, aux danses et aux festins ; la vieille Àmathonte sembla tout à coup sortir de ses ruines avec ses images riantes, avec ses anciennes voluptés ; s’il y avait eu alors parmi les pèlerins, des poètes, ils n’auraient pas manqué de comparer la jeune reine, jetée à Limissol par la tempête, à Yénus sortant de fonde, et son époux au terrible dieu des combats. Dès le jour suivant, Richard s’occupa de recommencer la guerre contre ïsaac ; mais, comme celui-ci ne se sentait pas la force de résister, il implora la paix par l’intermédiaire du grand maître des Hospitaliers ; il fut résolu, qu’avant de reprendre les hostilités, il y aurait une conférence entre les deux princes : on choisit pour cela une grande plaine voisine de Limissol. Ici le chroniqueur nous représente Richard , arrivant au rendez-vous , monté sur un cheval fauve, venu d’Espagne ; la selle était couverte d’étoiles d’or ; le sinople y brillait, mêlé à d’autres couleurs ; sur la housse, l’aiguille avait figuré deux lions qui se menaçaient, tenant leurs pattes de devant l’une sur l’autre ; le roi avait des éperons d’or ; il était revêtu d’une tunique de satin rose ; il portait un manteau rayé, parsemé de croissans d’argent et de cercles radieux avec la forme du soleil ; une épée pendait à son côté, la garde en était d’or, le baudrier et le fourreau garnis de lames d’argent ; le monarque avait sur sa tête un bonnet d’écarlate, où diverses figures d’oiseaux et d’animaux étaient brodées à points d’or.
Cette magnificence royale attirait tous les regards ; Richard s’a-
d’orient.
Tança, tenant son sceptre à la main ; Isaac, de son coté, étalait la parure des Grecs; mais on ne remarquait en lui que son air abattu et consterné ; la situation malheureuse où il se trouvait, était la seule chose qui attirât sur lui l’attention des spectateurs. A la suite de plusieurs propositions faites de part et d’autre , l’empereur de Chypre promit obéissance et soumission au roi d’Angleterre ; il offrit de remettre toutes ses places entre les mains de Richard, et de l’accompagner à la terre sainte avec cinq cents cavaliers; il s’engageait de plus à payer trois mille cinq cents marcs d’argent pour indemniser les pèlerins qu’on avait dépouillés après leur naufrage. Le roi fit examiner ces propositions par ses conseillers, et ceux-ci lui déclarèrent qu’elles convenaient à la dignité royale, ainsi qu’à l’honneur et au bien des croisés. Isaac jura qu’il observerait toutes les conditions du traité, et les deux princes se donnèrent le baiser de paix.
Cette paix jurée ainsi ne dura qu’un jour ; un des courtisans d’Isaac, nommé Païen de Caïphas, vint lui dire que Richard avait le projet de le faire arrêter et de le charger de fers ; Isaac crut ce qu’on lui disait, et n’écoutant que sa crainte, il abandonna ses tentes, ses chevaux, ses bagages, et courut s’enfermer dans Famagouste ; Juentôt la nouvelle de cette évasion parvient à Limissol ; Richard ne peut contenir son indignation ; une partie de son armée se dirige contre Famagouste, tandis que lui-même part avec plusieurs galères , pour assiéger la place par mer ; mais Isaac avait déjà quitté sa retraite, et, suivi de quelques-uns des siens , il s’était mis à errer dans des pays couverts de bois ; alors Richard marcha sur Nicosie, la capitale de File ; Isaac, avec quelques soldats, se présenta sur le chemin des croisés; mais n’osant les combattre, il alla se cacher dans le château de Candeyra, bâti au milieu des montagnes de Buffavent.-Les habitans de Nicosie vinrent au-devant du roi d’Angleterre, et le reconnurent pour leur souverain; Richard reçut leur soumission, et, pour gage de leur fidélité, il leur ordonna de se couper la barbe. Toute la noblesse qui n’aimait point Isaac, n’hésita pas d’obéir au roi des pèlerins.
Tandis que Richard poursuivait ainsi la guerre contre Isaac, Guy de Lusignan qui venait de perdre le royaume de Jérusalem , était venu au-devant des croisés ; le roi d’Angleterre le chargea d’assiéger plusieurs châteaux de l’île, entre autres ceux de Chermiesf de Didyme, de Buffacento ; tous ces châteaux se rendirent aux premières attaques ; dans le château de Chermies, qui fut assiégé par mer et par
terre, se trouvaient la fille unique et tous les trésors d’Isaac. Lorsque l’empereur fugitif apprit que sa fille, qu’il aimait tendrement, était prisonnière des pèlerins, il tomba dans un grand désespoir, quitta le château de Candeyra , et vint se jeter aux genoux de Richard ; il renonçait à toutes ses villes, à sa couronne ; il consentait à ne plus rien posséder sur la terre; il abandonnait tout; et, pour grâce unique, il demandait à n’être pas chargé de chaînes de fer. Le roi d’Angleterre le releva, le fit asseoir près de lui, lui rendit sa fille, et lui donna, non des chaînes de fer, mais des chaînes d'argent.
Telle fut la conquête et l’origine du royaume de Chypre ; Richard avait débarqué à Limissol , le jour de la Saint-Jean-Baptiste; trois semaines après, toute l’ile était en son pouvoir ; ce qui vous surprendra, c’est que tous les détails de ce grand évènement sont passés sous silence par les historiens de Chypre , comme par les historiens d’Angleterre; les voyageurs modernes, à qui les documens historiques ont manqué, sont tombés dans quelques erreurs que je dois relever. Je lis, par exemple, dans l’abbé Mariti, que Tremitus , et plusieurs autres bourgs et villages, voisins du mont Olympe , furent détruits par les croisés. Il n’y a pas un mot de vrai dans cette assertion ; un certain chevalier de Jauna , dans une longue histoire de l’île de Chypre, nous parle aussi de la destruction d’Amathonte par Richard, ce qui n’est pas moins hasardé. Lorsque les pèlerins anglais abordèrent dans l’île de Chypre, il n’était plus question d’Amathonte ; la ville, dont ils s’emparèrent à leur débarquement, portait déjà le nom de Limissol ; il s’est trouvé des savans qui ont imaginé que Guy de Lusignan fonda la ville de Limissol, et qu’il lui donna le nom d’une province de France, le Limosin. C’est ici qu’il faut admirer la science des étymologistes.
J’aurais voulu que nos chroniqueurs nous eussent donné sur Isaac, quelque chose de plus positif et surtout de plus impartial que ce que nous lisons dans Y itinéraire de Richard. On ne peut douter que cet ïsaacne fût un prince fort peu digne d’estime; les faits authentiques suffisent pour faire apprécier son incapacité et son peu de courage ; mais je ne crois point qu’il se soit entendu avec Saladin pour faire mourir les chrétiens ; je ne crois point, comme nous le dit Gauthier- Yinisauf, qu’il ait employé dans les combats des flèches empoisonnées, ou qu’il ait médité toutes les trahisons qu’on lui impute; le malheureux Isaac n’avait point à sa suite, comme le roi Richard, des histo-