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LETTRE LXXXIX

Nicosie.

Larnaca, janvier 1831.

Le 27 janvier, nous sommes partis pour Nicosie ; nous avions avec nous deux cavasis du consulat de France , à qui M. Pillavoine avait permis de nous accompagner, bien entendu qu'il n’entrerait en rien dans les frais de leur voyage. Deux ou trois Européens établis à Larnaca étaient partis avec nous ; notre itinéraire n’a rien ici qui mérite d’être rappelé. Après avoir traversé le village d’Aripe et des terres à moitié cultivées, nous sommes arrivés à la source qui donne de l’eau au bourg de la Marine. Là, notre caravane a fait une halte, car dans les contrées où nous sommes, il est d’usage pour les muletiers et les animaux qu'ils conduisent, de s’arrêter lorsqu’on trouve le moindre filet d’eau ; dans les chaleurs de l’été, on s’arrête ainsi pour se désaltérer et se rafraîchir ; en hiver on s’arrête encore par habitude , et comme pour saluer l’urne de la fontaine, et montrer son respect pour l’humide élément : cette station faite devant la source d ’Aspera, au milieu de deux ou trois troupeaux de chèvres, a été le seul évènement de la première journée de notre voyage. Après trois heures de marche dans un pays sillonné par le lit des torrens , à travers des collines couvertes de bruyères, nous sommes arrivés au village à’Athiène, situé à moitié chemin de Nicosie. Notre projet était d’y passer la nuit, et comme le soleil n’était pas encore couché, nous avons parcouru le village et ses environs. Athiène n’est habité que par des Grecs ; chaque maison a sur la porte une croix ; quelques débris d’anciens édifices ont frappé çà et là notre attention ; nous avons vu sur les murailles d’une chaumière deux lions attelés ; ailleurs des fragmens de statues, et dans les masures d’une chapelle ou d’une église , des peintures rouges et bleues, représentant la Vierge et les apôtres. Nous avons

fait quelques pas dans la plaine, couverte au loin de blés verdoyans; le village d’Athiène et ses environs ressemblent tout-à-fait à nos villages de la Beauce ou du pays chartrain; en revenant au gîte où nous devions coucher , nous avons trouvé un fort bon pilau , et nous y avons fait honneur ; puis chacun de nous, s’enveloppant de son manteau, a cherché dans la maison, dans l’écurie ou sous des hangars, le réduit le moins incommode pour attendre le jour.

Le lendemain , au lever de l’aurore, nous avions déjà traversé la longue plaine d’Athiène, et nous étions au-delà du torrent auquel le village de Margo donne son nom . Le pays que nous traversions ressemblait à celui que nous avions vu la veille ; un chemin montueux , rempli de pierres, quelques broussailles sans verdure, et ça et là des habitations avec des plantations de mûriers; arrivés enfin sur la plus haute des collines, nous avons découvert la vaste plaine au milieu de laquelle se trouve la ville de Nicosie. Cet immense horizon était borné au nord par les montagnes de Buffaventi , qui traversent fîle dans toute sa longueur.

Le premier aspect de Nicosie est celui d’une place de guerre très-

bien fortifiée ; nous sommes entrés par la porte de Famagousie ; cette

porte mérite de fixer l’attention des voyageurs; elle est telle que

l’ont construite les ingénieurs vénitiens ; on y retrouve sur les murs

intérieurs des croix et des lions. Nous ne sommes pas descendus de

cheval pour entrer dans la ville ; mais c’est un privilège que n’ont

point les Grecs; nos conducteurs ont quitté leurs mules, et payé aux

gardes leur droit d’entrée. Notre caravane s’est fait conduire au palais

de l’archevêché ; nous avons reçu un très-bon accueil de Y archevêque

et de son clergé ; le palais épiscopal est un édifice considérable , mais

fort mal entretenu ; de longs corridors , des chambres qui n’ont que

les quatre murs, une petite cour, un jardin planté d’orangers, une

chapelle ou une très-petite église, voilà ce que nous avons remarqué

au premier abord. L’archevêque de Nicosie est un des personnages les

plus considérables de l’île ; il a trois suffragans, les évêques de Paphos, »

de Larnaca et de Cérines. Le gouvernement s’adresse ordinairement à l’archevêque pour la levée des tributs ; aussi le prélat est-il souvent associé à la haine que les Grecs portent à leurs oppresseurs ; le poste de l’archevêque de Chypre n’est guère moins périlleux ni moins embarrassant que celui du patriarche grec de Constantinople; il répond auprès des Grecs de la tyrannie fiscale des Turcs : auprès des Turcs,

de tout ce que peut tenter le désespoir des Grecs ; il y a dix ans, qu’on craignit un soulèvement dans File de Chypre ; cette crainte rendit les Turcs barbares, et fit tomber plus de deux cents têtes ; l’archevêque de Nicosie, l’évêque de Larnaca et cehù de Paphos, furent étranglés dans la cour du mutselin ; depuis cette catastrophe, plusieurs prélats se sont succédé sur le siège épiscopal ; les jalousies du clergé grec, les soupçons et les défiances des Turcs, ne les laissaient en place qu’un moment ; le prélat qui nous a reçus , passe pour avoir une grande modération , beaucoup de désintéressement , une prudence consommée, ce qui lui a mérité la confiance des deux religions, et le fera rester sans doute plus long-temps sur son siège que ses derniers prédécesseurs. Je le souhaite du moins pour les voyageurs qui descendront comme nous au palais archiépiscopal.

Après avoir pris nos logemens à l’archevêché, nous avons fait demander au mutselin, à quelle heure il voulait nous recevoir; on est venu nous dire qu’il nous attendait ; le gouverneur de Nicosie habite un palais bâti au temps des Vénitiens ; le lion de Saint-Marc se voit encore sur la porte; nous sommes entrés dans une grande cour, au milieu de laquelle est une fontaine ; tout autour sont les écuries ; au-dessus des écuries est une galerie de bois, qui conduit aux appartenons du mutselin et dans les divers bureaux où se traitent toutes les affaires de l’administration ; il est d’usage que les étrangers soient d’abord conduits chez le kiaia, car, en bonne police, il faut avant tout qu’on sache qui vous êtes; le kiaia vous fait des questions et vous étudie ; dès lors on a sur le compte d’un voyageur une première opinion, et le mutselin sait comment il doit le traiter ; nous avons donc été présentés au kiaia, qui nous a questionnés fort adroitement, qui a vu nos firmans ou nos passe-ports, et dont l’accueil a été on ne peut pas plus flatteur; nous avons traversé ensuite une troupe nombreuse de gardes et de serviteurs, pour arriver au mutselin ; son excellence était assise au coin de son divan, et ne s’est point dérangée à notre approche ; sa réception a été froide, mais à mesure que nous échangions des paroles, cette réception est devenue plus polie ; elle a fini par être presque affectueuse.

D’après ce qu’on nous a dit du mutselin de Chypre, il appartient à la classe des gens de cour ; c’est parmi les gens de cour qu’on prend ceux qui occupent les grands emplois de l’administration. Le grandseigneur ne donne rien à ses courtisans, pas même à ceux qui sont

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attachés au service de sa personne, mais il leur permet de prendre de l’argent partout où ils en trouvent, et c’est le peuple des provinces qui se trouve chargé de payer les flatteurs, et le plus souvent d’acquitter les dettes du sérail. Voilà comment on peut expliquer la fortune de la plupart des pachas, des mutselins, des beys, et des agens supérieurs de la Porte : tous ces gens de cour n’ont pas toujours tout ce qu’il faudrait pour gouverner ou réformer un État; mais ils étonnent quelquefois les étrangers par leur politesse et leurs bonnes manières. Les pachas que j’ai vus jusqu’ici m’ont paru parfaitement élevés, et celui de Nicosie pourrait être pris pour modèle par tout le pays. S’il exerce le despotisme le plus difficile à supporter, le despotisme fiscal, il le fait du moins oubliera ceux qui l’approchent, par l’élégance et la douceur de ses formes.

Vous pensez bien que la conversation n’a pu rouler que sur des choses vagues et générales; je n’ai point osé faire des questions ni sur Mahmoud, ni sur la réforme, en présence delà multitude d’esclaves qui nous écoutait. Pour ne pas rester muets, nous nous sommes rejetés sur l’histoire ancienne ; nous avons parlé au mutselin des antiquités de l’île ; toutes nos paroles n’ont été écoutées qu’avec un médiocre intérêt, car un gouverneur turc, comme vous avez pu en juger, ne vient pas en Chypre pour étudier les ruines de Cithium, de Paphos ou d’Àmathonte. Nous aurions été mieux écoutés sans doute, si nous avions donné au mutselin l’idée d’une taxe nouvelle, de quelques moyens ingénieux de puiser dans la bourse du peuple, de quelques découvertes financières empruntées à notre Europe. Après avoir étalé notre érudition sur les temples de Vénus et d’ Adonis, nous avons parlé du temps où régnait la famille de Lusignan, et nous avons beaucoup vanté les richesses de l’île à cette époque ; c’était un bon temps, nous a dit le mutselin, pour ceux qui gouvernaient l’île et qui levaient les impôts. Voilàuntraitde caractèrequeje recommande à votreattention.

J’ai dit au mutselin que nous allions en pèlerinage à Jérusalem; l’idée d’un pèlerinage plaît toujours aux musulmans : — Peki,peki. La conversation est alors tombée sur l’état de la Syrie, et sur les guerres civiles qui désolent maintenant ce malheureux pays. Un voyageur ne peut le traverser sans quelque danger ; le mutselin m’a offert une lettre de recommandation pour le pacha d’Acre , qui est son ami. Si je savais, a-t-il ajouté, qu’il pût vous arriver quelque malheur, je vous accompagnerais moi-même avec mes soldats. Il y avait sans doute

de l’exagération dans ces paroies, mais cette exagération meme était de la bonté; j’ai remercié le mutselin, et je lui ai promis de prier pour lui 1 e prophète Issa ; c’est ainsi que les Turcs appellent Jésus-Christ. Si j’avais accepté l’offre qui m’était faite, n’auriez-vous pas ri de me voir entrer à Jérusalem sous l’escorte et dans la compagnie d’un pacha?

Lorsque nous avons pris congé du gouverneur, il nous a permis de voir tout ce qu’ii y a de curieux à Nicosie, et nous a donné deux de ses gardes pour nous accompagner dans nos courses. Nous avons visité d’abord la grande mosquée, autrefois l’église cathédrale ; elle fut bâtie en même temps que l’église de Sainte-Sophie à Constantinople. Les Turcs l’ont consacrée au culte de leur prophète, et n’ont eu pour cela qu’à dépouiller le sanctuaire de ses ornemens, et à remplacer les tours qui servaient de clochers par deux minarets. Telle est l’idée que les musulmans se font des lieux saints, que, dans l’intérieur d’une mosquée, rien ne doit jamais attirer les regards et l’attention de ceux qui prient; vous ne trouvez là ni autel, ni tabernacle, ni décoration d’aucune espèce ; on voit seulement dans un mur latéral une niche où le livre du Coran est déposé, et la chaire destinée à la prière du coubé, qui est adossée à l’un des piliers. Le muézin, vieillard vénérable, qui nous conduisait, nous a montré le lieu où se réunissent les vrais croyans, et la place réservée au gouverneur ; le gouverneur ou mutselin vient tous les vendredis à la mosquée, et très-souvent son excellence entre dans le saint lieu à cheval, ce que j’ai quelque peine à concilier avec l’esprit religieux des musulmans. Il faut dire toutefois que l’intérieur de la mosquée a, dans sa nudité même, quelque chose de solennel et d’imposant dont l’imagination est frappée. Quoique la construction de l’édifice n’ait rien de gothique, il me semble néanmoins qu’on pourrait le comparer à nos belles églises du moyen âge; je me suis rappelé que Louis IX assista souvent au service divin dans cette église de Sainte-Sophie. J’ai cherché à deviner la place où priait le saint roi; c’était sans doute près du coubé, ou près de la niche qui renferme aujourd’hui l’Alcoran ; que de révolutions il a fallu pour faire de cette belle église une mosquée! Combien en faudra-t-il pour que la mosquée redevienne une église, et pour que les prédictions populaires s’accomplissent?

C’est dans l’église de Sainte-Sophie que les rois de Chypre venaient recevoir la couronne ; c’est là aussi que furent ensevelis Guy de Lusignan et quelques-uns de ses successeurs ; en soulevant les nattes qui

d’ouient.

couvrent le parvis, nous avons remarqué plusieurs pierres sépulcrales qui portent encore des inscriptions et des images à moitié effacées. L’opinion générale est que cette mosquée renferme un trésor caché par les Vénitiens ; on a fait plusieurs fois des recherches, dont on ne connaît pas le résultat ; les Turcs persistent à croire que le trésor existe et qu’un jour on le découvrira. Ce pauvre peuple de Chypre ne rêve que des trésors enfouis ; si on en croyait les opinions populaires, il y a des richesses cachées dans toutes les parties de nie. Ne serait-ce pas ici le cas d’adresser aux Cypriotes le conseil du laboureur de la fable à ses enfans qui cherchaient un trésor :

Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place Où la main ne passe et repasse.

Ne suffirait-il pas en effet de creuser , de fouiller , de bêcher cette terre de Chypre, pour y trouver des trésors? Toutefois, il faudrait que les Turcs ne fussent pas là pour amasser tout ce qu’on aurait trouvé et plus encore.

En sortant de la mosquée de Sainte-Sophie, nous avons été conduits dans une église des Arméniens, bâtie sur l’emplacement de l’ancienne église de Saint-Dominique. Dès le commencement du seizième siècle, l’église des dominicains devint la sépulture des rois et des reines, ainsi que des grandes familles du royaume de Chypre. Le premier édiûce n’existe plus, mais le parvis de l’église a été en grande partie conservé ; nous avons pu y lire plusieurs épitaphes en latin et en vieux français. La pierre sépulcrale nous a fait voir des princes et des chevaliers couverts de leurs armures; des reines, des princesses sont là , représentées les mains jointes sur la poitrine, avec leur tunique flottante, avec leurs cheveux partagés sur le front et tombant en tresses sur les épaules. Ces tombes ont conservé divers attributs de nos monarchies chrétiennes, des armoiries, des fleurs de lis, des croix, des couronnes; les inscriptions que nous avons vues en ce lieu, et que nous n’avons pas eu le temps de copier, pourraient servir à l’histoire du moyen âge ; c’est là, c’est dans cette étroite enceinte et dans ces caveaux funèbres, que vint finir tout ce qui restait des royaumes ^chrétiens de Chypre et de Jérusalem, des principautés de Jaffa, de Tripoli, de Beyrouth et d’Antioche.

L’histoire nous apprend qu’il y avait à Nicosie jusqu’à trois cents

églises : on ne sait plus ni leur nom, ni le lieu où elles étaient bâties. En parcourant la ville, nos guides nous ont fait voir une petite mosquée, et nous ont dit que cette mosquée avait été autrefois l’église de Sainte-Catherine ; nous avons traversé un bezestan où se vendent toutes sortes de comestibles, et qui occupe remplacement d’une ancienne église dédiée à saint Nicolas.

On trouve encore dans Nicosie beaucoup de maisons dont les façades annoncent la magnificence, mais derrière ces façades il n’y a que des masures. Nous avons parcouru plusieurs quartiers où sont entassées des cabanes, des rues où il n’y a point de maisons, mais seulement des murailles qui servent de clôture à des jardins; le palais du mutseîin, le khan bâti au milieu du principal bazar, le couvent des moines latins du Saint-Sépulcre que nous avons visité : voilà, après les mosquées, les édifices les plus remarquables de la capitale. Nous avons fait le tour des remparts , la ville n’a pas trois milles de circuit ; les bastions se dégradent de tous côtés, et jamais il n’est venu un ordre du divan pour les réparer, car les sultans redoutent encore plus ceux qui gardent leurs forteresses, que les ennemis qui pourraient les attaquer. L’artillerie destinée à défendre la place se compose des canons pris aux Vénitiens, et de quelques pièces formées avec les cloches des églises; tout ce bronze ne tonne plus depuis la conquête, et ne s’est fait entendre que dans les guerres civiles qui ont troublé ce pays au siècle dernier. La ville était gardée autrefois par des janissaires et des spahis; nous avons trouvé tous les postes occupés par des soldats albanais, et quelques milices nouvelles qu’on essaie de former à l’européenne; toutes ces milices, armées d’un simple bâton, affectaient de s’aligner, et de faire l’exercice en notre présence, comme si nous fussions venus à Nicosie pour les inspecter et les passer en revue. I! faut avouer que leurs progrès sont loin de répondre à l’empressement qu’ils paraissent avoir de s’instruire, et que si un voisin puissant, un pacha ambitieux, un chef de parti, voulait s’emparer de la capitale, une pareille garnison n’y mettrait pas un grand obstacle.

Voilà notre première journée dans Nicosie ; lorsque nous sommes rentrés à l’archevêché, le soleil était encore sur l’horizon ; on nous a proposé de monter sur la terrasse qui domine le palais archiépiscopal. Là, nous avons pu voir d’un seul coup d’œil , et dans un ensemble très-imposant tout ce que nous venions de voir en détail ; une plaine immense, des chaînes de montagnes et de collines qui bornent au

d’orient.

loin l’horizon , tels sont les premiers objets qui s’offrent aux regards ; pous avons découvert autour de Nicosie plusieurs villages qu’on nous a nommés, et que la ville renfermait dans ses murs, avant que son enceinte eût été diminuée de moitié par les Yénitiens. On nous a montré les positions qu’occupaient les Turcs dans le siège mémorable de 1570, les lieux où le terrible Mustapha avait placé ses tentes et ses batteries. L'espace qu’occupe la cité renferme une grande quantité de jardins; ces jardins paraissent tous assez bien cultivés, et se montrent tout couverts d’orangers avec leurs fruits d’or; comme les toits des maisons sont en terre, et que les pluies y font germer les plantes et les herbes, la ville, lorsqu’on la voit d’un lieu élevé, paraît comme un grand tapis de verdure; des kiosques élégans, à côté desquels sont bâties de misérables chaumières , donnent à la cité l’aspect d’une campagne qu’on aurait entourée de bastions et de remparts. Au milieu de tous ces jardins, et du sein de cette capitale qui n’est habitée qu’à moitié, s’élèvent ça et là les cimes élégantes des palmiers; c’est la première fois dans mon voyage que j’ai remarqué cet arbre qui orne si bien un paysage. Le palmier, qui appartient aux côtes brûlantes de l’Afrique, commence ici à remplacer le cyprès à la forme pyramidale, le cyprès dont s’enorgueillissent Stamboul, Smyrne et tant d’autres villes musulmanes. La vue de ces palmiers nous annonçait que nous approchions de l’Égypte, que nous touchions à la Syrie, et que nous n’étions pas loin de la terre promise.

Dans ce spectacle si pittoresque, il n’y avait ni bruit, ni mouvement; seulement nous voyions voltiger au-dessus des maisons, une multitude de corneilles, dont la voix rauque et le plumage grisâtre semblaient ajouter encore à la physionomie agreste et même un peu sauvage de la capitale de Chypre ; le beau panorama que nous avions sous les yeux , était éclairé par les derniers rayons du soleil ; j’ai peu vu de perspective aussi ravissante ; nous n’avons quitté la terrasse de l’archevêché, que lorsque les sommets de Buffaventi se sont perdus dans l’ombre, et que la nuit est venue effacer les tableaux qui nous avaient charmés pendant plus d’une heure.

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