‹ Correspondance d'OrientChapitre 59 sur 62 · SUITE DE LA LETTRE XCIII · texte numérisé non relu

SUITE DE LA LETTRE XCIII

Roule de Ramla à Jérusalem.

Février 1831.

Hier, nous sommes arrivés de bonne heure à Ramla ; nous avons parcouru la ville et ses environs ; aujourd’hui, nous voilà de nouveau sur pied avant le lever du jour. Nous allons franchir les montagnes de la Judée ; heureusement qu’au milieu de ces courses fatigantes, il fait le plus beau temps du monde, et que le soleil d’hiver de la Palestine nous donne des jours semblables à notre printemps de France !

En quittant Ramla, on marche pendant deux heures au milieu d’une plaine qui paraît fertile; on rencontre sur la route plusieurs villages, dont je n’ai pu me procurer les noms ; ils ne sont habités que par des Arabes. Après avoir parcouru trois lieues du pays, nous sommes arrivés à un village qu’on appelle Amoas. Plusieurs voyageurs trompés par la ressemblance des noms , ont placé là l’ancienne Emmaüs. Les caravanes s’arrêtent dans le village d'Amoas, pour payer un droit de passage qu’on appelle le caffar , cafarum : ce tribut avait été imposé par les anciens rois de Jérusalem, pour la réparation des chemins de la terre sainte ; l’usage en a été conservé ; on n’entretient pas les routes, mais on fait toujours contribuer les pèlerins. A mesure qu’on approche, on voit accourir des cavaliers arabes qui demandent le caffar ; les uns sont armés de fusils, les autres portent une lance ou un long bâton où flottent quelques crins de cheval ; semblables à des loups affamés, ils se précipitent au-devant des caravanes, que personne ne défend, et qui s’avancent comme des troupeaux de brebis sans pasteur. Malheur au pauvre pèlerin qui n’a pas de quoi payer son passage, ou qui voudrait échapper a cette barbare exaction ! Toutefois, on nous a laissé passer sans rien exiger de nous, grâce aux gardes du pacha et à notre attitude guerrière.

A trois ou quatre milles d’Amoas, on aperçoit sur une hauteur à droite un amas de ruines avec quelques pauvres cabanes; ce lieu se nomme dans le pays Attroum ou Lairoum ; les traditions rapportent que celui des deux larrons qui fut crucifié à la droite de Jésus-Christ, était le seigneur de ce village, et qu’il y attendait îespassans pour les dévaliser ; II est rare , néanmoins , dit le père Nau, quun seigneur de marque se fasse voleur de grand chemin. Quoi qu’il en soit, le village de Latroum est encore redouté des voyageurs, et ses habitans, que l’exemple du larron de la droite n’a point convertis, passent pour être des gens adonnés au brigandage. A peu de distance de Latroum, on trouve un petit village, appelé Deriou. Ce village, situé à l’entrée des montagnes, est la gauche du chemin de Jérusalem.

On entre alors dans une vallée étroite, que les Arabes appellent Ouadi-AU. Il m’est arrivé là un accident qui aurait pu me devenir funeste. Pendant que je regardais les précipices et les rochers déserts, ma mule a fait un faux pas, et m’a laissé tomber sur des pierres; j’ai été blessé au bras et au côté gauche, mais très-légèrement. Yoiîàma troisième chute dans le pays d’Orient, sans que ma santé et mes forces en aient trop souffert; si les Sarrasins m’avaient vu, ils auraient peutêtre jugé que j’appartenais à cette nation de fer dont parlaient les émirs de Saladin. Quoi qu’il en soit, ce dernier accident était un avertissement du ciel pour le reste de la route que nous avions à faire, et qui devenait toujours plus mauvaise.

Les montagnes qui s’élevaient à notre droite et à notre gauche , sont désertes et d’un aspect sauvage. Quoique les sommets elles revers des monts soient couverts d’arbustes et de plantes verdoyantes, on n’y voit point néanmoins des fontaines et des cascades, comme le dit l’abbé Mariti. On nous a montré des cavernes où les Arabes se tiennent quelquefois cachés, pour attendre les caravanes et les dépouiller. Tout ce qu’on peut désirer en de pareils chemins, c’est de n’y rencontrer personne ; en plusieurs endroits, la route est presque impraticable; le chemin est l’ouvrage des torrens, qui tantôt y font rouler de grosses pierres, tantôt y entassent des amas de sable, tantôt y creusent des trous et des fondrières. L’aspect de ces chemins et des montagnes qui les environnent, attriste le voyageur, et lui rappelle cette prophétie, qui ne s’est que trop accomplie : Même V étranger qui viendra de loin » sera étonné des misères répandues sur ce pays. Laissant à droite, à une demi-heure du chemin, un village appelé Servis, nous avons gravi

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une montagne un peu moins triste et moins sauvage que celles qui dominent la vallée d’Ali.

Notre caravane a fait une halte de quelques minutes sur le sommet de cette montagne ; on découvre de là, en regardant du côté du couchant, les belles plaines de Ramla, les collines rougeâtres de Joppé, et les rivages de la mer. Après une marche de trois quarts d’heure à travers un pays boisé, nous sommes entrés dans la vallée appelée en arabe Il-Hasié ; plusieurs coteaux y sont couverts de vignes et de figuiers.

Les voyageurs s’arrêtent au village d’Anathot ou de Saint-Jérémie, à cause de sa fontaine. Nous sommes descendus de cheval devant une ancienne église , dont il reste encore la nef et le toit ; cette église, bâtie au temps des croisades, était dans le siècle dernier desservie par les pères latins du Saint-Sépulcre; mais ceux-ci, en butte à la barbarie des habitans, ont été forcés de l’abandonner. Les traditions nous apprennent que dans une seule nuit, quatorze prêtres furent égorgés. Nous nous sommes assis sur des nattes devant la porte de l’église, et nous avons dîné avec nos provisions. Pendant que nous prenions notre modeste repas , il est arrivé un grand nombre d’Arabes ; plusieurs se sont accroupis par terre à quelque distance de nous ; ce sont presque tous des hommes forts et robustes; ils ont dans la physionomie quelque chose de fier et de menaçant ; ils regardaient nos armes , ils regardaient notre escorte sans dire une parole, et leur curiosité inquiète cachait mal le dépit qu’ils avaient de nous voir si bien armés et si bien accompagnés. Au milieu d’eux , était le fameux Abou-Ghos, depuis long-temps la terreur des pèlerins, et dont le nom est connu de tous les Francs qui ont traversé la Judée ; cet Abou-Ghos, qui depuis vingt ans ouvre ou ferme à son gré les chemins de la ville sainte, et qui a fait tour-à-tour la guerre et la paix avec les pachas de Damas, n’a rien qui le distingue des autres Arabes, ni dans sa physionomie, ni dans ses vêtemens. J’ai demandé à notre interprète en quoi pouvait consister J a puissance d’un chef aussi redoutable. — Ses soldats sont tous les Arabes de la vallée, et beaucoup d’habitans des montagnes voisines, avec lesquels il s’est mis en rapport ; ses trésors sont les dépouilles de ceux qui passent, les tributs qu’il fait payer aux pauvres caravanes ; ses places de guerre sont les ruines de Modin et les cavernes du voisinage, — jqq prié notre interprète de saluer de notre part le seigneur Abou-Ghos ; celui-ci a répondu à notre salut d’ua ton assez poli ; il

ne serait pas si poli, nous a-t-on dit, si vous étiez seuls et désarmés, car l’appareil de la force est à peu près la seule chose qu’il respecte dans ce monde.

J’ai demandé à l’interprète d’Abdallah, si le pacha d’Acre était bien avec Abou-Ghos, et si la révolte de Sanour avait gagné les montagnes de la Judée. — On n’a jamais cessé de craindre ce pays, et pour ne pas se brouiller avec une population brave et turbulente, on n’y exerce aucune autorité, on n’y exige aucun impôt. — Notre interprète nous a donné quelques détails assez curieux sur ces montagnes, si peu connues des voyageurs ; les vallées où il y a des eaux et quelques terres propres à la culture sont habitées; les autres , et c’est le plus grand nombre, sonttout-à-fait désertes ; les vallées habitées forment comme autant de petits États, séparés par des intérêts différens , et surtout par des querelles de familles ; ces diverses peuplades se font souvent la guerre, et s’attaquent avec toute la fureur que peut inspirer une haine héréditaire. Les mœurs paisibles des temps primitifs s’y mêlent quelquefois à tous les excès du brigandage ; comme ce sont les passions qui gouvernent cette population dispersée, il n’y a rien de fixe dans la conduite des habi tans envers les étrangers ; aujourd’hui, yous y trouverez une hospitalité patriarcale ; demain , vous courrez le risque d’être maltraité, dépouillé, égorgé ; ce qui caractérise le plus ce peuple des montagnes, c’est une répugnance invincible pour tout espèce de joug étranger ; aussi les montagnes de la Judée sont-elles encore ce qu’elles étaient au temps des Hébreux, ce qu elles étaient au temps des croisés, qui n’avaient jamais pu y faire adopter leurs lois.

L’armée des premiers croisés s’arrêta pendant deux jours dans le village de Saint-Jérémie , que les chroniqueurs ont appelé Emmaiïs. Pendant qu’ils étaient dans la vallée, les pèlerins virent une éclipse de lune, et furent très-effrayés ; les plus savans de leurs clercs, dit Albert d’Aix, les rassurèrent en leur disant qu’une éclipse de lune était un signe certain de la destruction des infidèles ; le même chroniqueur ajoute qu’on ri aurait pas pu en dire autant d’une éclipse de soleil * G’est du village de Saint-Jérémie que Tancrède partit, avec sa troupe, pour délivrer Bethléem.

En quittant cette vallée, nous n’avons eu à remarquer que les ruines de Modin , qui couronnaient à notre droite le sommet d’une montagne ; après une heure et demie de marche, à travers de mauvais chemins, nous sommes entrés dans la vallée de Thérébinthe, que

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les Septante appellent la vallée du Chêne. Cette vallée est une des plus riantes de la Judée. C’est là que se livra le fameux combat de Goliath et de David. Nous avons traversé le torrent dans lequel David ramassa les cinq cailloux avec lesquels il devait terrasser son redoutable adversaire. Nous avions, d’un côté, la montagne sur laquelle campait l’armée d’Israël, de l’autre, celle où campaient les Philistins. Les croisés avaient bâti une ville appelée Kalonia , en mémoire du triomphe de David; il ne reste plus rien de Kalonia; mais un petit village bâti au même lieu, porte encore le nom de Kaïoni.

Nous n’étions plus qu’à trois milles de Jérusalem ; le pays commence ici à être moins inculte; la vigne et le figuier, ces anciens arbres de la Judée, couvrent çà et là le penchant des collines. Des couches de terres végétales qui s’élèvent en gradins parmi les rochers, reçoivent les semences de la moisson, et nous montrent de temps à autre le laboureur conduisant sa charrue. Nous avons remarqué en plusieurs endroits des bois d’oliviers, mêlant leur pâle verdure à la teinte rouge des coteaux et des vallées.

Notre caravane était impatiente d’arriver; à chaque instant, nous espérions atteindre quelque hauteur, d’où nous pourrions découvrir Jérusalem; mais de nouveaux sommets s’élevaient toujours devant nous. Plusieurs femmes arabes descendaient des montagnes avec des paniers et des urnes sur leur tète, comme les anciennes filles deSion. Nous étions comme attristés de ne point découvrir Jérusalem; nous nous sommes adressés à quelques-unes des femmes qui passaient par notre chemin, et qui semblaient venir de la grande cité; nous les interrogions par des signes : El-kods ! el-kods ! (la sainte), répondaient-elles; et en même temps elles nous montraient de la main que la ville que nous cherchions était derrière la montagne ; en effet, un quart d’heure après , une décharge de fusils et de pistolets de nos cavaliers arabes nous avait annoncé la vue de Jérusalem.

LETTRE XQV.

Première vue de Jérusalem; le mont Sion; la voie Douloureuse; l’église du

Saint-Sépulcre; le mont des Oliviers.

Jérusalem, le 11 février 1831.

Nous sommes logés dans un édifice qu’on appelle le Couvent-Neuf ; cet édifice n’est séparé du monastère de Saint-Sauveur que par la largeur d’une rue ; il n’est destiné qu’à recevoir les pèlerins, et n’offre ni la solidité ni l’aspect imposant des couvens latins de la terre sainte. On trouve dans cet hospice comme deux départemens, dont l’un est réservé aux voyageurs d’Europe, l’autre aux catholiques orientaux. Les chambres ou plutôt les salles qu’on a mises à notre disposition, donnent sur une galerie de pierre ; le soin qu’on a mis à les garantir des rayons du soleil, les rendent un peu tristes. Chaque chambre a deux ou trois lits. J’étais très-fatigué quand je me suis couché, et le besoin extrême du repos m’a fait trouver mon lit doux et commode. Mon premier sentiment, à mon réveil, c’est la joie d’être arrivé à Jérusalem ; et j’avoue qu’à ce sentiment de joie se mêlait encore un peu de cette surprise que la pensée de mon lointain voyage avait donnée à mes amis, et que j’ai partagée quelquefois moi-même sous le ciel étranger de l’Orient 1 .

Je suis monté sur une des terrasses de l’hospice, afin de promener mes regards sur cette Jérusalem pour laquelle j’avais traversé tant de pays, bravé tant de fatigues, cette Jérusalem dont le nom s’est trouvé si souvent sous ma plume , sur laquelle ma pensée s’est arrêtée si long-temps, et qui, toujours présente à mon esprit, dans mes travaux et mes veilles d’historien, semblait être devenue pour moi comme une ville que j’avais habitée. Le spectacle de la cité sainte n’a rien changé d’abord à l’idée que m’en avait donné nos vieilles chroniques, les relations des voyageurs, les plans qui ont plusieurs fois passé sous

1 Cette première rue de Jérusalem est tirée de différentes lettres écrites à Mme Michaud, à Mme Berryer, à M. Laurentie, à M. Kauîin, à. d’autres de mes amis et à quelques-uns de mes confrères de l’Institut*

b’oriem.

mes yeux. C’est à cette première vue que j’ai pu reconnaître combien était exact le panorama de Jérusalem qu’on montrait, il y a quelques années, sur le boulevart des Capucines, à Paris; j’ai reconnu tout ce que j’avais vu dans cette fidèle image, jusqu’à la terrasse où je me trouvais, jusqu’à la galerie de pierre qui sert comme de vestibule à nos chambres.

C’était bien là cette cité si pâle, si triste, bâtie sur une terre montueuse, inculte et brûlée. En parcourant des yeux l’enceinte de Jérusalem, je remarquais au milieu de la ville le dôme élevé de l’église du Saint-Sépulcre ; sur le côté oriental, la mosquée d’Omar, dont le croissant de plomb brillait sous le soleil ; à travers cet amas de maisons surmontées de terrasses uniformes, quelques vastes édifices arrêtaient mon attention ; c’étaient d’abord le couvent de Saint-Sauveur, la demeure de nos religieux latins, puis le couvent grec, le sérail du mutselin, bâti sur l’emplacement du Prétoire; à notre droite, le château qui porte encore le nom de la tour de David; vers le midi, sur la partie du mont Sion, enfermée dans la ville sainte, le beau monastère des Arméniens. Du haut de ma terrasse, je montrais du doigt les différentes portes de Jérusalem ; au nord, la porte de Damas ; au couchant, celle de Bethléem ; au midi, celle de David ou de Sion ; à l’orient, celle de Saint-Étienne ; de ce côté, mes regards s’arrêtaient sur la belle montagne des Oliviers, et son aspect jetait une teinte douce et mélancolique dans le grand et sévère tableau qui se déroulait devant moi.

J’étais ainsi préoccupé de l’intéressant spectacle de Jérusalem» lorsqu’un des pères est venu me demander comment nous avions passé la nuit, et quels étaient nos projets pour la journée ; nous ne pouvions avoir d’autre pensée que celle de visiter Jérusalem. On nous a donné pour guide ou cicérone un catholique arabe appelé Joseph* attaché au couvent de Saint-Sauveur en qualité de drogman. Nous avions de plus Y Itinéraire de M. de Châteaubriand, qui ne nous quitte point; je ne connais pas de description des lieux saints plus exacte, plus complète, plus attachante; ce n’est pas seulement un guide qui nous conduit bien, mais un compagnon de voyage qui nous charme par son esprit et son éloquence; on aime à suivre dans ce pays les traces de l’illustre auteur des Martyrs, comme on suit celles de Jérôme le Cicéronien, et son passage à Jérusalem est devenu comme un des souvenirs de la terre sainte.

Notre guide Joseph nous a conduits d’abord au mont Sion, ce mont sacré dont la gloire a été tant célébrée par les prophètes ; une moitié de cette montagne est enfermée dans les murs de Jérusalem. Pour arriver à la porte de Sion, nous avons traversé le quartier des Arméniens, le plus propre et le plus beau de tous les quartiers de la ville ; on nous a montré, à gauche de notre chemin, remplacement du palais d’Anne le pontife. Sortis de la cité, nous avons vu le Cénacle, jadis une église, maintenant une mosquée, le lieu où les apôtres rassemblés reçurent le don des langues et se partagèrent le monde qu’ils allaient évangéliser ; nous sommes entrés dans l’édifice qu’on appelle la maison de Caïphe; on nous a fait voir le lieu où Jésus-Christ passa une nuit de douleur, la cour où Pierre renia son maître avant que le coq eût chanté.

Le mont Sion n’est pas, comme on pourrait le croire, une montagne détachée du sol de Jérusalem ; cette montagne n’en est une que par rapport aux vallées voisines, car elle est à peu de chose près au niveau du terrain sur lequel est bâtie la cité sainte. Le mont Sion présente l’aspect d’une esplanade déserte ; ces lieux qui ont répondu à la harpe de David, qui ont vu la splendeur de Salomon, ne sont plus traversés que par quelques étrangers qui passent, et par des morts qui viennent y reposer en attendant le dernier jugement ; le mont Sion est devenu le cimetière de toutes les nations chrétiennes de Jérusalem. Nous avons vu de la montagne sainte, à l’ouest, les hauteurs de Saint-Georges, le champ du Foulon, le chemin de Bethléem et

plus loin le monastère de Saint-Elie; au sud, la colline d’Aceldama ou du champ du Sang, à l’orient, la vallée de Siloé, le mont des Offenses; il y a là, comme vous devez le juger, bien autre chose qu’une belle vue, qu’un beau paysage ; chaque colline, chaque vallée, chaque coin de terre qu’on découvre, nous rappelle un souvenir de notre éducation, un souvenir de ce que nous avons appris dans notre enfance. Je dois vous faire ici une remarque que d’autres voyageurs ont pu faire comme moi ; c’est que l’impression que fait d’abord sur nous le spectacle de toutes ces merveilles saintes, nous ramène naturellement sous le toit paternel, et nous reporte aux premiers jours et aux premières études de la vie; elle tempère ainsi, elle adoucit en quelque sorte ce que les images de cette Jérusalem désolée ont d’amer, de triste et de douloureux.

Après avoir parcouru le mont Sion, nous avons demandé à visiter

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la voie Douloureuse ; nous avons passé le long des murs extérieurs de Jérusalem, laissant à droite la vallée de Josaphat, et nous sommes rentrés dans la ville par la porte de Saint-Étienne ; cette porte se trouve dans la direction de la rue du Prétoire. Assez de voyageurs ont énuméré et fidèlement décrit toutes les stations de la voie Douloureuse, l’arcade de YJEcce Homo , le lieu de la flagellation, l’endroit où Marie rencontra son fils marchant au Calvaire, les différentes chutes de l’homme-Dieu accablé sous le poids de l’instrument de son supplice, la place où Simon le Cyrénéen se chargea de la croix, la maison de Véronique qui,' pleine de compassion, essuya avec son voile le sang, les crachats et l’ordure, qui couvraient la face du Christ, action touchante à laquelle la nature elle-même semble s’ètre associée, et dont le souvenir nous est conservé par une fleur des champs. Dans les villes de la Grèce et de l’Asie, c’étaient des colonnes de marbre qui conduisaient notre marche à travers les ruines ; ici ce sont des masures, des pierres brutes, ou des bornes grossières, et leur aspect annonce assez que ce ne sont point les grandeurs de la terre qui ont passé par ce chemin ; l’humilité chrétienne se révèle jusque dans les dernières traces de l’homme-Dieu ; aucune inscription ne vous fait reconnaître la route que vous suivez, mais tous ces lieux sacrés restent dans la mémoire des petits enfans, car ils sont devenus l’héritage des générations chrétiennes de Jérusalem ; ils sont aussi dans la mémoire des pèlerins, et si la dévastation passait encore sur la ville sainte, on verrait des fidèles accourir de tous les coins de l’Orient, de toutes les régions de la terre, pour indiquer les vestiges révérés de la Passion.

Moins je vois de monumens, plus mon imagination est frappée ; si les arts étalaient ici leur pompe, qui pourrait se défendre de quelques distractions! Pour moi, je craindrais que le marbre sorti de la main des sculpteurs, ne me fît oublier ce que je viens voir ; tout ce que je

veux savoir sur les lieux que je parcours, est dans l’Evangile, et je ne veux avoir d’autres souvenirs et d’autres témoignages que ceux du livre divin.

Je ne suis ni un apôtre , ni un docteur , je ne suis pas même un disciple bien fervent ; je suis venu à Jérusalem, je dois l’avouer, non pour réformer les erreurs de ma vie, mais pour corriger les fautes d’un livre d’histoire. L’objet de mon voyage lointain pourrait bien ne pas trouver grâce devant une piété sévère, et si j’avais la dévotion et les scrupules de nos vieux pèlerins, peut-être me faudrait-il revenir une

seconde fois aux saints lieux, et faire un nouveau pèlerinage, pour expier ce qu’il y a de mondain et de profane dans celui que j’achève maintenant. Mais quels que soient les motifs qui m’ont conduit, je n’ai point traversé cette voie Douloureuse sans éprouver une vive émotion et sans m’élever à de religieuses pensées.

L’antiquité païenne, dans son Olympe, n’avait point vu de dieu humble, de dieu pauvre, de dieu souffrant; aussi dans ce temps les prières étaient-elles boiteuses, et l’humanité cherchait en vain des sympathies dans le ciel. C’est dans ce chemin que nous parcourons maintenant, qu’il s’est fait un mystérieux accord entre la faiblesse et la toute-puissance, entre la misère et la grandeur, entre le ciel et la terre; c’est là que la Divinité est descendue jusqu’à l’homme, et que l’homme a pu monter jusqu’à la Divinité , qu’un Dieu s’est associé aux douleurs humaines, et que les douleurs humaines ont pris à leur tour quelque chose de divin. Pour connaître cette religion d’un Dieu souffrant, il n’est pas nécessaire d’avoir un grand génie ni une grande science ; il suffit d’avoir souffert et d’avoir bu au calice amer de la vie. Or, qui n’a pas souffert ici-bas; qui n’a porté aussi sa croix dans ce monde, et qui n’a passé par cette voie qui mène au Calvaire? Yoilà ce qui nous explique pourquoi le christianisme üt d’abord des progrès si rapides , car tout le genre humain souffrait ; voilà ce qui nous explique pourquoi la religion du Christ s’est étendue partout , car partout il y a de la douleur ; et pourquoi aussi elle vivra toujours, car il y aura toujours sur la terre des souffrances, des misères et des pleurs.

En sortant de la voie Douloureuse, nous nous sommes trouvés à peu de distance de l’église du Saint-Sépulcre, mais l’église était fermée et me devait s’ouvrir que le lendemain matin. Les musulmans qui en ont la clef, nous ont fait dire qu’ils nous ouvriraient, si nous voulions, la porte du temple. Nos religieux nous ont engagés à ne pas accepter l’offre des gardiens musulmans , et ce n’est que ce matin que nous avons visité le Saint-Sépulcre avec la foule des pèlerins. Je suivais le bon père Placide, qui nous servait de guide ; tous les objets m’ont paru d’abord confus , car j’étais singulièrement troublé. Ce qui m’a frappé en entrant dans l’église, c’est la vue de plusieurs musulmans, assis à la porte sur une estrade élevée, armés d’une pipe et d’un bâton, et quelques-uns jouant aux échecs. En avançant dans l’enceinte, nous avons vu une foule d’hommes avec des physionomies et des costumes différens, qui paraissaient ne point prier de la même manière et s’unir

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de cœur dans leur dévotion. Il s’élevait de toutes les parties du temple des bruits de voix, comme dans un bazar ou une place publique. Nous suivions notre respectable guide sans l’interroger , et nous sommes entrés dans une petite chapelle ou espèce de catafalque, placé sous le dôme de l’église et au milieu d’une grande nef. « Nous voilà dans » la chapelle de l’Ange, nous a dit notre guide; c’est là qu’un ange » annonça aux trois Maries que Jésus était ressuscité. » La chapelle de l’Ange est un étroit réduit revêtu de marbre , au milieu duquel est un pilier de porphyre. On entre delà par une porte basse dans un autre réduit plus étroit encore; c’est le saint tombeau. Une table de marbre blanc couvre la place du sépulcre ; une quantité de lampes d’argent brillent dans ce sanctuaire.

C’est à ce tombeau qu’ont afflué toutes les nations depuis dix-huit siècles. C’est là qu’on a loué Dieu dans toutes les langues qui se parlent sur la terre ; c’est pour cette enceinte qui n’a pas quatre pieds carrés, ut que Deshaies appelle un simple cabinet taillé dans le roc , que le monde entier s’est ému, et que l’Occident et l’Orient se sont plusieurs fois ébranlés pendant le temps des croisades. En venant d’Europe à Jérusalem , nous avons vu d’autres tombeaux qni avaient reçu les hommages de l’antiquité; nous sommes arrivés ici à travers une avenue de glorieux sépulcres; mais quels monumens funèbres pouvaient nous toucher, comme celui où Dieu lui-même s’est enfermé, ut qui, selon la belle expression de M. de Chàteaubriand, est le seul tombeau qui n’aura rien à rendre au jour du dernier jugement !

Sortis du saint tombeau avec notre guide , nous avons poursuivi notre visite des lieux saints renfermés dans l’église de la Résurrection ; nous avons vu d’abord la chapelle de la Yierge et celle de la Madeîaine ; c’est là que le Sauveur avait apparu à Madelaine après sa résurrection , et qu’il avait dit: Femme, ne me touchez point ; Millier, noli me tangere . Nous avons vu ensuite la chapelle de la Division des vêtemens , celle de Y Invention de la Sainte-Croix , la Pierre de V Onction, le tombeau de Joseph d’Arimathie, la chapelle de Marie Syrienne, et le vaste sanctuaire des Grecs, qui est le chœur de l’église , et dans lequel on montre un marbre circulaire qui marque le centre ou le milieu du monde; tous ces lieux révérés ne se rencontrent point sur un terrain toujours égal ; il faut quelquefois descendre dans des souterrains profonds ou dans des grottes obscures ; il faut quelquefois monter des escaliers et gravir des roches. Il est des endroits qu’on

visite à la clarté du soleil , d’autres où l’on ne pénètre qu’à la lueur d’un flambeau. Toutes ces chapelles , tous ces sanctuaires appartiennent aux latins, aux grecs, aux arméniens, aux abyssins, aux syriens, aux coptes; un esprit de rivalité qui ressemble presque aux ambitions du monde, sépare toutes les sectes chrétiennes; et ces mots , qui ont enfanté tant de discordes , le tien et le mien , se sont fait entendre aussi dans l’église du Saint-Sépulcre.

Nous avons terminé nos stations par le Calvaire ; on y monte par un escalier de douze à quinze marches ; des autels ont été élevés aux lieux où la croix fut plantée , où le Christ expira , où le rocher se fendit au dernier soupir du Fils de l’homme; toute cette montagne du Calvaire est couverte de marbre, de porphyre, de lames d’argent, de pierres précieuses; quantité de lampes y sont allumées. Lorsqu’on arrive pour la première fois, on ne voit point cette magnificence, car on a l’esprit tout préoccupé de ce qui s’est passé en ce lieu ; que de grands mystères se sont accomplis sur ce Golgotha et autour de ce Golgotha ! Là, c’est un Dieu qui marche accablé de sa croix; ici, c’est un Dieu qui expire en présence de la nature qui s’émeut , et de la roche qui se fend. Dans cette divine association aux douleurs humaines, voilà donc le dernier sacrifice; voilà la dernière chaîne qui doit lier l’homme à Dieu , et qui sera plus puissante que cette chaîne d’or avec laquelle le Jupiter d’Homère se vantait d’enlever tous les dieux , et avec les dieux , la terre , la mer , le genre humain et toute la nature !

Il n’y a guère que vingt ans que les voyageurs , en descendant du Calvaire , pouvaient visiter encore les tombeaux de Godefroy de Bouillon et de Beaudoin , rois de Jérusalem. En 1808 , quand l’église du Saint-Sépulcre fut incendiée , des mains jalouses brisèrent, au milieu du désordre , les tombes des rois libérateurs ; deux bancs de pierre , recouverts de nattes , ont remplacé les deux sépulcres. Avant cette profanation barbare , chaque fois que les pères latins faisaient leur procession dans l’église, un acolyte allait offrir l’encens devant les tombeaux des deux héros chrétiens. En portant mes regards sur la pierre muette et restée sans inscription , je me suis rappelé que Godefroy avait refusé de porter une couronne d’or dans la ville où Dieu avait été couronné d’épines; je me suis rappelé le prodige de miséricorde qu’avaient fait éclater dans le saint lieu Godefroy et ses compagnons, lorsque , après la prise de Jérusalem, ils suspen-

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dirent tout à coup leur victoire, cessèrent le carnage, et laissèrent leur part du butin pour venir s’agenouiller au pied du Calvaire. Ce spectacle d’une armée victorieuse qui , avec son chef, s’humilie et vient arroser de ses larmes le lieu où mourut le Sauveur , ne périra point dans la mémoire des hommes ; un si touchant souvenir se présentera toujours à la pensée des voyageurs qui s’arrêteront devant la place où fut le tombeau de Godefroy.

En quittant cette place , le père Placide nous a conduits dans une chambre attenante au couvent latin; il a ouvert devant nous un vieux coffre du temps des croisades , et nous a montré l’épée et les éperons de Godefroy ; l’épée, qui est très-grande et très-pesante, est tant soit peu rouillée ; le bon père a pris un air mystérieux pour nous la laisser voir et nous la laisser toucher. Les Turcs , nous a-t-il dit , ne savent pas que nous avons cette épée; s’ils le savaient, ils ne manqueraient pas de nous l’enlever ; car ils sont persuadés qu’avec cette épée , les chrétiens doivent un jour reconquérir Jérusalem. Lorsqu’on reçoit un chevalier du Saint-Sépulcre, il ceint l’épée, il revêt les éperons de Godefroy; mais tout se passe sans bruit, et les prières qui se font dans la cérémonie , surtout le serment de combattre les infidèles , se prononcent à voix basse.

Après avoir visité l’église du Saint-Sépulcre , nous avons voulu faire une course à la montagne des Oliviers; nous sommes sortis de Jérusalem par.la porte de Saint-Étienne. En descendant à la vallée de Josaphat , les pèlerins ont coutume de s’arrêter à l’endroit où, selon la tradition , saint Étienne fut lapidé. Le torrent deCédron, presque toujours à sec, passe au fond de la vallée, et va du septentrion au sud ; deux ponts sont jetés sur le torrent , l’un aboutit au chemin qui mène à la porte de Saint-Étienne , l’autre au chemin qui mène au mont Sion. Sur le côté septentrional , nous avons visité l’église souterraine qu’on appelle le tombeau de la Vierge, dans laquelle on descend par un large escalier de marbre de cinquante marches ; à la voûte sont suspendus une infinité de lampes et d’œufs d’autruche , et lorsque dans les solennités toutes ces lampes sont allumées , le temple souterrain doit être tout rayonnant de splendeur et le disputer à la voûte étoilée. Ce lieu est vénéré par toutes les nations musulmanes ou chrétiennes qui habitent Jérusalem. Non loin du sanctuaire de la Vierge , on montre la grotte où Jésus versa une sueur de sang , et , près de là , toujours dans la vallée , le jardin des Olives

ou le jardin de Gethsémani. Les oliviers qu’on remarque dans cette enceinte ont assisté à toutes les révolutions de Jérusalem. Ils sont mentionnés dans les relations de nos vieux pèlerins; on en comptait neuf au dix-septième siècle , on n’en compte plus que huit ; ils ne sont défendus que par une simple clôture de pierres ; personne ne songe à dérober leurs fruits , dont on fait de saintes reliques , et tout le monde les respecte comme les témoins de Dieu et les contemporains de Jésus. Quelques écrivains ont objecté que Titus avait fait couper tous les arbres aux environs de Jérusalem ; mais on sait que l’olivier renaît de sa souche et de ses racines.

Plus bas , vers le midi , nous avons été frappés de la vue des sépulcres d’Absalon , de Zacharie et de Josaphat , taillés dans le roc avec un art admirable. À peu de distance de ces tombeaux , du coté du midi , s’étendent au penchant de la vallée les sépulcres des Israélites ; non loin de là , la fontaine de Siloé s’échappe du pied du mont Sion , et ses eaux , qui ne coulent que tous les trois jours , sont recueillies dans un bassin. Tels sont les lieux qu’on remarque dans la vallée de Josaphat. Tous ces lieux si remplis des souvenirs du passé , offrent aussi les grandes images du dernier avenir du monde. Dans toutes les langues le mot de Josaphat exprime l’idée d’un tribunal suprême où doit être jugé le genre humain ; avec cette pensée qui nous est familière dès le berceau , je ne pouvais traverser le Cédron sans me représenter ce grand jour où Dieu , selon la parole des prophètes , assemblera tous les peuples et entrera en jugement avec eux .

En avançant sur la montagne des Oliviers , nous avons vu la grotte où les apôtres rédigèrent le symbole de la foi chrétienne , le lieu où le Sauveur composa pour ses disciples l’oraison dominicale. Quelles paroles ont été plus souvent répétées que celles qui sortirent alors de la bouche du Christ ! quel chef-d’œuvre du génie a été plus répandu parmi les peuples que le crédo sorti de cette humble grotte de la montagne ! L’Occident et l’Orient ont redit la prière de Jésus ; dans les cités et les bourgades, il n’est personne, femme, enfant, vieillard, qui chaque jour n’ait répété le matin et le soir , Notre père qui êtes aux deux; ces paroles ont été entendues partout où il y avait une voix d’homme , et la solitude les a connues comme elle connaît les hymnes des bois et le bruit du torrent. Il n’est pas non plus de lieu sur la terre où des voix n’aient dit : Je crois en Dieu le père tout-puissant; et les doctrines que renferme le symbole de douze pauvres pé-

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cheurs se sont mêlées aux sociétés humaines, au cœur et à l’esprit des nations, comme le sel aux eaux de l’immense Océan. N’est-co pas là le miracle des miracles î

La montagne des Oliviers se divise en trois parties, dont chacune est traversée par un sentier; au nord, la montagne des Galiléens [mri galilei ) ; au midi , celle du Scandale ou de l’Offense ; au milieu, celle de l’Ascension ; sur cette dernière élévation , est une petite chapelle gardée par un santon musulman , dans laquelle on nous a fait voir une pierre avec l’empreinte d’un pied d’homme 1 ; Jésus- Christ , d’après les traditions populaires , laissa ce vestige sur la terre en montant au ciel ; notre cicérone nous a dit, au sortir delà chapelle : Âquesto lo crede qu voglio (quant à ceci, le croit qui veut). Beaucoup de pèlerins ont cru et croient encore à la vérité de la tradition ; mais

l’Eglise n’en fait point un article de foi. Pour moi , si je voulais me représenter par la pensée l’ascension miraculeuse , je ne m’enfermerais point dans un étroit réduit , dans une chapelle obscure , et je ne tiendrais pas mes regards attachés sur une pierre qu’un santon me fait voir pour de l’argent. Pour ne pas affaiblir le souvenir du divin spectacle, ne serais-je pas mieux placé sur cette hauteur des Galiléens, où se trouvaient la Yierge et les apôtres, lorsque le Sauveur retourna aux deux? Quel marchepied plus digne d’un Dieu que la belle colline où nous sommes î Et si nous regardons ce radieux firmament, n’y reconnaîtrons-nous pas la route azurée du Fils de l’homme ? Oh î combien j’aime à m’arrêter sur cette colline des Olives qui n’a point connu les malédictions du ciel , et dont l’aspect riant contraste avec l’austère solennité du pays de Jérusalem ! Lorsqu’on voit , d’un côté , la montagne du Calvaire où le deuil semble habiter, de l’autre, la montagne des Oliviers où brille un jour si pur , n’est-il pas naturel de penser que l’homme-Dieu a dû choisir la première pour y mourir, la seconde pour y accomplir le miracle de son ascension?

Je viens de mettre sous vos yeux une première vue , une vue générale de Jérusalem ; M. Poujoulat a parcouru les alentours de la ville sainte ; il va nous parler de Bethléem , de Béthanie , du désert de Saint-Jean , du village de ce nom , et de Modin , patrie des Machabées.

1 Je me rappelle d’avoir lu dans la Chronique de Mathieu Paris, qu’en 1227 des. frères prêcheurs emportèrent en Angleterre un marbre blanc sur lequel était empreint un pied qu’on disait être celui du Sauveur.

LETTRE XCY.

Bethléem, saint Jérôme, les Bethléémites.

Bethléem , février 1831.

La petite cité où naquit le Christ, est à deux heures au sud de la ville sainte; la route que j’ai suivie se trouve décrite dans une foule de

relations; je ne vous citerai que le couvent de Saint-Elie, aujourd’hui solitaire, situé à mi-chemin des deux cités, et le petit édifice qu’on appelle le tombeau de Rachel, à une demi-heure de Bethléem; le prophète Élie s’assoyait quelquefois sur la colline qui domine ce monastère, et ses regards se portaient tour-à*tour vers Jérusalem et vers Bethléem ; il était triste, et pleurait à l’aspect de la cité malheureuse et coupable ; il était consolé quand il regardait la future patrie du Rédempteur. Je pourrais me dispenser de vous dire que ce qu’on appelle le tombeau de Rachel est tout simplement la sépulture de quelque santon, car plusieurs voyageurs ont déjà fait cette remarque. Le monument est également vénéré par les juifs et par les disciples de

l’Evangile et du Coran; il est couvert de noms et d’inscriptions arabes et hébraïques; à l’entour se voit un cimetière musulman. L’antique sépulture de la compagne de Jacob ne devait pas être loin de là ; mais qui pourrait nous dire ce qu’elle est devenue? C’est là aussi qu’on doit placer Rama la noble, qu’il ne faut pas confondre avec Ramla, l’ancienne Àrimathie. 11 ne reste plus qu’un champ de pierres, à la place où fut Rama. La plupart des innocentes victimes d’Hérode appartenaient à Rama, voisine de Bethléem ; aux jours de ce désastre, on entendit Rachel gémir du fond de son sépulcre; elle pleurait ses

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en fans , et ne voulait point se consoler, parce qu’ils n’étaient plus , quia non sunt.

Il m’a fallu peu de temps pour bien connaître la petite cité appelée Maison de pain ou Maison de chair. Je suis déjà devenu comme un habitant de Bethléem, et je puis vous donner là-dessus toutes les descriptions que vous me demanderez. Une chose que je dois d’abord vous dire, c’est que j’éprouve ici des impressions tout-à-fait différentes de celles que me donnait Jérusalem. Pendant que j’étais dans la ville sainte, m’on esprit n’était rempli que de sombres idées, une douleur indéfinissable me poursuivait partout , et chaque objet se feignait à mes yeux des couleurs du deuil; ici, au contraire, mon esprit ne me présente que de riantes images ; la nature semble m’inviter à une douce joie, et je respire plus à mon aise; cette différence d’impression, que j’attribue d’abord au changement de paysage, provient sans doute aussi des souvenirs austères ou joyeux que réveillent les deux cités ; à Jérusalem, on trouve toutes les douleurs, toutes les calamités qui peuvent tomber sur un peuple, et, pour dernier malheur, on voit le juste condamné à la croix et à l’ignominie; Bethléem, au contraire, nous offre tout ce qui peut enchanter l’imagination; c’est une jeune Nazaréenne qui met au monde celui que les siècles attendaient; ce sont des rois de pays lointains qu’une étoile conduit vers le sacré Berceau , des pasteurs qui laissent leurs troupeaux pendant la nuit pour venir adorer un enfant ; j’entends les chœurs des anges , les symphonies du ciel , je sens la terre tressaillir d’alégresse ; à Jérusalem, la mort et la dévastation; à Bethléem, la vie et l’espérance.

Quand le voyageur rencontre le berceau d’un grand homme , il s’arrête et s’agenouille avec respect, car le berceau et la tombe des grands hommes ont le privilège de devenir des autels ; à la vue du berceau du Christ, mon cœur pouvait-il ne point battre d’une religieuse émotion ! Ici naquit le juste, qui, selon les paroles d’Isaïe, eut la gloire du Liban , la beauté du Carmel et de Saron , le législateur qui ouvrit au genre humain un avenir de paix.

Après l’histoire merveilleuse de la naissance du Christ , ce qui frappe le plus mon imagination à Bethléem, c’est le souvenir de saint Jérôme. Qui n’aimerait à se représenter cette ame ardente, d’un côté, poursuivie par l’image de Rome, de ses plaisirs et de ses fêtes ; de l’autre, entourée du désert et de la pauvreté, cherchant à racheter par des pleurs pénitenset des macérations les fautes de sa jeunesse! Sou-

Vent, je descends dans la grotte où ce grand homme écrivit et pria, et je repasse sa vie toute pleine de souffrances, de travaux et de larmes; il me semble quelquefois le voir se lever devant moi ; il me semble le voir calme , silencieux , et comme las d’avoir si long-temps gémi. Jérôme, nourri dans l’étude des chefs-d’œuvre de Rome et de la Grèce, après s’ètre séparé du monde , n’avait pu se séparer de Cicéron et d’Horace, de Virgile et de Platon ; il lui fallait lutter sans cesse avec son penchant pour la littérature profane , et son cœur se troublait , ses yeux se remplissaient de larmes à l’aspect d’un de ces génies qu’il chérissait; le saint anachorète nous apprend lui-même qu’il jeûnait avant de lire Cicéron, qu’il n’ouvrait Platon qu’après bien des pleurs et des nuits passées dans les veilles, et qu’en quittant leurs ouvrages, il trouvait les livres saints rudes et grossiers. Dans le délire d’une fièvre dévorante qui ne lui avait laissé qu’un souffle de vie, Jérôme se crut un jour transporté devant le tribunal du grand juge ; « Qui es-tu? lui demanda une voix terrible ; Je suis un chrétien , répondit-il ; Tu mens , répliqua le juge suprême, tunes qu’un cicéronien. » Le génie de Jérôme était devenu son démon.

Lorsque je visite, dans le couvent de nos franciscains, l’école où un pauvre Bethléémite apprend à une cinquantaine de petits enfans la lecture de l’arabe et du latin , puis-je ne pas songer à saint Jérôme , qui enseignait aux enfans de Bethléem l’Évangile , l’histoire sacrée , les langues et les belles-lettres? Rufin , prêtre d’Aquilée , qui , après s’être montré l’ami de Jérôme, mérita, par ses noires trahisons, que notre illustre solitaire l’appelât son Catilina, accusait le grand docteur de faire à Bethléem une œuvre de grammairien profane 9 d’expliquer aux enfans les auteurs païens , au lieu de leur inspirer la crainte du Seigneur. D’autres personnages contemporains, sans mettre dans leurs reproches toute l’amère dureté du prêtre Rufin, se plaignaient de ce que Jérôme n’eut point renoncé aux souvenirs de l’antique littérature , et qu’il mêlât V ordure du paganisme à la pureté des doctrines chrétiennes ; le docteur, pour répondre à ces accusations, citait l’exemple des prophètes, des apôtres, de beaucoup d’écrivains des églises grecque et latine, qui n’avaient point dédaigné les études profanes, et disait , dans son style figuré , qu’il fallait , comme David , trancher la tête de Goliath avec sa propre épée; il comparait l’éloquence païenne à une belle étrangère dont il avait fait sa captive et son épouse, après l’avoir purifiée de ses erreurs et de ses idolâtries;

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pour ce qui est des attaques anti-littéraires du prêtre Rufin, Jérôme lui fit dire qu'étant aveugle comme une taupe , il ne devait pas se moquer de ceux qui avaient des yeux de chèvre.

Vous savez que c’est ici que le grand docteur traduisit ou commenta les livres saints ; ses commentaires sont restés dans l’Église comme un recueil d’oracles. Jérôme fut de son vivant le flambeau du monde chrétien ; on venait le consulter de tous les pays soumis à l’Évangile ; le désert de Bethléem était devenu le grand foyer des lumières sacrées, un Orient nouveau d’où la vérité répandait au loin ses rayons les plus purs. La renommée de Jérôme peupla de cénobites cette solitude ; le monastère et l’hospice qu’on y avait bâtis étant devenus trop étroits pour la foule des solitaires, il fallut chercher à les agrandir ou à construire de nouvelles demeures , et Jérôme, manquant de ressources, envoya à Rome un de ses frères pour vendre le reste de sou patrimoine qui aurait échappé aux barbares. Lui-même fut appelé à Rome par le pape Damase, et son séjour dans la capitale des pontifes fut comme un continuel triomphe. L’envie qui , semblable à la foudre, aime à frapper les hauts sommets, les fronts sublimes, s’arma de tous ses mensonges et de tousses poisons contre cette renommée si pure et si belle ; et Jérôme , bientôt dégoûté du monde, songea à retourner dans son désert de Bethléem. Ï1 écrivit une lettre d’adieu du navire même qui le ramenait en Palestine ; après avoir réduit au néant tous les griefs dont on l’accusait : « J’étais un insensé, s’écrie-t-il, de vouloir » chanter les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère, d’aban- » donner la montagne de Sinaï pour mendier le secours de l’Égypte ;

» j’avais oublié ce que dit l’Evangile , qu’on ne peut sortir de Jérti- » salem sans tomber entre les mains des voleurs qui nous dépouillent, » nous blessent et nous tuent. »

Yous connaissez l’histoire de Paule et d’Eustochie, sa fille, qui préférèrent la pauvreté de la crèche aux grandeurs de Rome, et qu’une sainte amitié liait à l’anachorète de Bethléem. Après avoir visité toiis les lieux sacrés de la Syrie et de l’Égypte, la fille des Gracque et dés Scipion vint établir sa demeure à Bethléem. Paule y fonda un monastère pour les hommes, et trois monastères pour les jeunes filles. Jérôme, qui nous a laissé la vie ou l’oraison funèbre de la noble romaine , en parle comme d 'un riche diamant qui , placé au milieu d’ autres pierreries fies efface toutes par son éclat ; elle avait tout abandonné pour la croix , et s’était déshéritée sur la terre pour s’assurer

l’héritage du ciel; son panégyriste nous dit que vainement elle cherchait à se dérober à sa gloire, qu’elle était partout entourée du respect et de l’admiration des hommes, car la gloire suit la vertu comme l’ombre suit le corps. Quand la jeune Eustochie fut devenue orpheline, Jérôme lui écrivit des lettres pleines d’onction et de pur amour, où lui-même rappelle ses propres misères , ses combats , ses longues douleurs, et demande à Dieu qu’il lui abrège son pèlerinage. Maintenant les trois plus illustres hôtes du désert de Bethléem, ont leurs tombeaux à côté de l’étable qui recueillit autrefois leurs soupirs et leurs larmes; et s’il est vrai que parfois les ombres s’échappent de leurs sépulcres, sans doute que Jérôme, Paule et Eustochie, comme trois ombres amies, se réunissent encore la nuit, à la lueur des lampes d’argent, autour de cette crèche pour laquelle ils avaient tout quitté.

Bethléem n’a pour tout monument que le couvent latin, semblable à une forteresse, et une église qui remonte au temps de Justinien; les deux édifices se touchent , et c’est dans leur enceinte que se trouvent tous les lieux que les traditions chrétiennes ont rendu sacrés. Deux entrées conduisent à la grotte de la Nativité : ia première appartient aux latins, la seconde aux grecs; elles sont à l'opposé l’une de l’autre. L’entrée latine est à l’extrémité de la chapelle des franciscains; on descend quinze degrés, à la lueur d’un flambeau qu’on porte soi-même , et après avoir traversé ses grottes ou chapelles obscures consacrées aux saints innocens, à saint Joseph , à saint Jérôme, à sainte Paule et à sa fille Eustochie, on arrive au sanctuaire de la Nativité ; c’est une grotte taillée dans le roc, revêtue de marbre et de draperies de soie rouge , et soutenue par trois colonnes de marbre ; elle est illuminée par trente-cinq lampes d’argent suspendues à la voûte ; les plus belles de ces lampes proviennent de la munificence des rois du Portugal ; la place où Marie enfanta le Sauveur, est marquée d’un marbre au milieu duquel on a enchâssé du jaspe entouré d’un cercle d’argent formant comme un soleil ; autour du rayon de ce soleil , on lit les mots suivans gravés en gros caractères :

Hic de virgine Maria Jesus-Chrislus natus est.

C’est ici que Jésus-Christ est né de la vierge Marie.

Au-dessus de cette table de marbre s’élève un petit autel éclairé par trois lampes, dont la plus riche fut envoyée par Louis XIII. A

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quelques pas de là, à droite, deux marches qu’on descend vous mènent à la crèche; la véritable crèche a été emportée de Bethléem, et c’est Home qui a hérité de cette précieuse relique; elle a été remplacée par un bloc de marbre posé à un pied au-dessus du sol , en travers d’une petite voûte formée dans le roc. Tous ces lieux ont été décrits par les voyageurs, principalement par M. de Chateaubriand; mais je ne pouvais m’empêcher de vous en donner une idée , pour vous épargner la peine de recourir en ce moment à d’autres relations.

Beaucoup de voyageurs ont parlé de l’ancienne église attenante au couvent latin, et qui fut jadis un des plus beaux monumens de la terre sainte ; quelques inscriptions qu’on y reconnaît encore , annoncent que l’église fut réparée et embellie par les rois latins de Jérusalem. Les grecs se sont emparés de la partie du chœur de l’église, et en ont fait leur sanctuaire. Ce temple vénérable, où Beaudoin Ier fut sacré roi, et qui retentit pendant un siècle et demi des chants et des prières de nos croisés, est maintenant abandonné à la poussière et à la destruction, et n’est plus qu’un passage public pour les religieux du monastère et les Arabes chrétiens.

Les collines où s’élève Bethléem présentent un aspect assez riant avec leurs vergers d’oliviers et leurs figuiers , dont la verdure éclate davantage sur un sol rougeâtre et semé de pierres; le territoire de Bethléem mérite encore le nom d ’éphrata ( fertilité ). Les arbres fruitiers et les moissons donnent d’abondantes récoltes sans beaucoup de culture. Bethléem compte deux mille habitans, dont quinze cents catholiques, quatre cents grecs schismatiques et le reste musulman. Les mécréans ont toujours été en petit nombre dans ce pays , parce que les Bethléémites , hommes forts et courageux , ne supportent qu’avec peine la présence des sectateurs de Mahomet. Une remarque à faire, c’est que Bethléem est peut-être la seule cité d’Orient qui ne soit point gouvernée par un chef musulman ; il n’y a ici ni aga , ni mutselin. Les Bethléémites catholiques, dans leurs querelles et leurs affaires, ont recours au père gardien du couvent latin et au religieux qui remplit les fonctions de curé ; ils invoquent aussi l’autorité des principaux chefs des familles. Le pacha 11e peut guère obtenir d’eux que le paiement des impôts annuels; les taxes arbitraires sont toujours suivies de quelques révoltes ; les Bethléémites prennent alors les armes et se cantonnent dans le monastère comme dans un fort. II leur arrive souvent de mettre à contribution la charité de nos reli-

gieux, et quand ceux-ci se trouvent dans l’impuissance de les secourir, les pauvres pères sont maltraités et contraints de se réfugier à Jérusalem. On m’a raconté à ce sujet des anecdotes qui ne sont point à la louange desBethléémites; voici un trait de ce genre qui vous suffira: Il y a une vingtaine d’années que le chef du couvent, n’ayant pu satisfaire à des demandes d’argent qu’on lui avait faites, fut arrêté dans une rue de Bethléem, et entraîné vers un four pour y être brûlé ; pendant que le four chauffait et qu’on s’apprêtait à consommer le crime, un des Bethléémites, touché de compassion, sollicita la délivrance du pauvre père ; après une délibération de quelques instans, le religieux fut mis en liberté. La vie de nos cénobites, comme vous voyez, est mêlée d’assez de mauvais jours pour qu’ils ne puissent oublier qu’ils habitent une terre barbare.

Il est des Bethléémites qui s’imaginent que le couvent est obligé de payer pour eux , par la seule raison qu’ils sont catholiques , et quelques-uns n’embrassent la foi romaine que pour avoir part aux aumônes des latins. On en trouve pourtant un grand nombre dont la dévotion est vive et sincère, et qui , par leur ferveur, rappellent les chrétiens des premiers âges de l’Église. Ainsi le monastère franc est pour les Bethléémites un temple d’où leur prière monte au ciel, un tribunal où se jugent toutes leurs querelles, une hôtellerie où les pauvres trouvent du pain, et au besoin, comme je vous l’ai dit plus haut , une forteresse pour repousser toute espèce d’agression. Les troupeaux, la culture des champs et surtout le commerce des croix, des images de la Vierge, des boîtes en nacre , sont les ressources de Bethléem. Les trois quarts des habitans connaissent quelques mots d’italien, et plusieurs parlent cette langue comme leur langue naturelle. Je ne me promène pas une seule fois dans Bethléem sans être abordé par des Arabes qui me disent : Boun giourno, signor , comme cstate , bene?

La moitié de mes heures s’écoulent dans la société des Bethléémites ; ils aiment à m’entretenir de leurs misères et de leurs espérances, et la présence d’un Français est pour eux un signe prophétique de liberté et de bonheur; les traditions de Bethléem ont fidèlement conservé le souvenir de nos vieilles croisades, et rien n’égale l’amour qu’on a ici pour notre nation. Les Bethléémites nous regardent encore comme leurs libérateurs futurs; ils croient fermement que le roi de France se propose d’envoyer quelques milliers

d’oiueint.

d’hommes en Palestine pour reconquérir l’ancien royaume de Godefroy. Chaque matin, ma chambre est pleine d’hommes qui me demandent si l’heure de leur délivrance est prochaine ; depuis quelques jours , il n’est bruit à Bethléem que d’une descente des Français à Beyrouth ; hier on me répétait qu’on avait vu une troupe française occupée à rebâtir Ascalon. Je n’ose pas leur dire qu’ils sont mieux instruits que moi, et quand ils me pressent de m’expliquer à ce sujet, je me sauve par de vagues paroles. Il est impossible de se faire une idée de l’effet merveilleux qu’a produit dans ces pays-ci la conquête d’Alger ; la Palestine est remplie de la terreur de nos armes, et je crois bien que nous aurions peu de peine à nous en emparer. On ne parle ici que de la France; dans l’esprit de ce peuple, la France est tout l’Occident. Aussi les voyageurs de notre nation sont maintenant plus que jamais entourés de respect ; le titre de Français porte avec lui un caractère de grandeur et de gloire devant qui tout préjugé tombe et tout orgueil s’abaisse. Plaise à Dieu que les révolutions à Tenir ne gâtent point l’idée qu’on a de nous dans ces lointaines régions !

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