‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 21 sur 162 · A MADAME B RIS S OT - T H I V A R S · texte numérisé non relu

A MADAME B RIS S OT - T H I V A R S

12 décembre 1849.

Est-ce vrai, mes chers amis? C'est dans le National que je lis votre mise à la retraite; un moment avant, Bernard et

moi nous nous félicitions que vous fussiez à 1 abri du coup qui a frappé M. T**\ Qu'allez-vous faire ?

Nous sommes bien affligés et nous vous prions de nous faire savoir, aussitôt que vous le pourrez, le parti que vous vous proposez de prendre dans cette triste circonstance1. À vous de cœur, Béranger.

P. S. Nous nous portons bien; mais nous ne sommes qu'émotions. Nous avons tremblé pendant six jours pour Brelonneau, qui a été à la mort. Il est sauvé!

A MADEMOISELLE BÉGA

Pas*y, 24 janvier 1850.

Ta mère a fait dernièrement une bonne action qui lui sera comptée là-haut. Elle a découvert une malheureuse mère qui, privée de linge, de feu, de chandelle, a passé toute une nuit auprès de l'enfant qu'elle venait de voir expirer, dernier de sept qu'elle a perdus en peu d'années, et cela, après avoir vu le choléra lui enlever, il y a six mois, un mari, compagnon de misère. Combien il y a de gens dans les classes pauvres sur qui s'accumulent d'effroyables calamités! Rarement leurs cris de douleur vont jusqu'au riche qui peut-être ne demanderait pas mieux que de se montrer secourable ! Les intermédiaires manquent. Ta mère en a servi à la malheureuse veuve. Grâce à ses démarches, une petite somme a été recueillie avec quelques vêtements et un peu de linge. L'enfant a eu un linceul et a été enterré aux frais de la commune.

Tu vois que sans être riche on peut faire beaucoup de

1 La nouvelle donnée par les journaux n'était pas exacte.

bien. Ceux qui ont donné leur argent ont fait bien moins que madame Béga, qui a pourtant aussi voulu y mettre son denier. Si tu avais été là, sans doute aussi tu aurais ouvert ta bourse. Tu as le cœur généreux : on dit même que lu es assez portée à la dépense.

Prends-y garde! J'ai dit quelque part que, lorsqu'on n'est pas égoïste, il faut être économe, car c'est le seul moyen de venir au secours des autres. Sois donc économe, chère enfant, pour n'avoir pas à regretter de folles dépenses quand tu rencontreras une misère à soulager. Mais je te fais là une leçon dont tu le passerais peut-être bien. Tu es trop pauvre pour qu'on te parle d'économie.

Si tu ne peux pas donner, tu peux prêter, et je te rappelle que tu m'as promis le second volume de madame de Sévigné, que j'en suis réduit à t'emprunter, tant ma bibliothèque est bien montée. Un autre que moi rougirait de n'avoir pas ce livre un peu trop vanté, je crois, bien que je l'aie lu souvent. Il me manque bien d'autres ouvrages, vraiment !

LU

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