‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 88 sur 162 · A MONSIEUR ALEXANDRE DUMAS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ALEXANDRE DUMAS

21 août 1853.

Mon cher fils, je me suis mal exprimé ou vous m'avez mal compris. Je ne demande le sacrifice de rien de ce que peut contenir votre article. Je n'en veux pas même recevoir communication; mais, quand il aura paru, si je juge utile d'y répondre, je désire que M. de Girardin m'en accorde la facilité dans son journal. La faveur que je sollicitais de votre crédit se réduit à cela, et je vous remercie de me la faire espérer pour en user, si bon me semble.

Vous concevez qu'il m'en coûte d'occuper encore le public de moi, et que je ne veux pas me laisser remettre en scène par ceux qui n'ont pas cru devoir protester à la Chambre et dans les journaux lorsque j'ai été déclaré citoyen indigne et privé de tout droit politique. Le mieux, d'après cela, est de rester dans le coin où I on m'a repoussé, et où, du reste, j'ai passé toute ma vie.

En bon fils, arrangez-vous donc pour ne pas me forcer d'en sortir. Vous le ferez si vos témoignages d'attachement sont aussi sincères que je me plais à le croire. Ne m'envoyez donc pas M. Neftzer, parce que je ne veux même pas jeter les yeux sur les épreuves, quelques remercîments que je vous doive pour le bien que, dites -vous, votre article contient sur mon compte.

On m'avait dit hier que vous étiez à Paris. Tout souffrant que je suis, j'ai couru chez votre fils chercher votre adresse. Il était absent. Je lui ai laissé un mot. Sans doute on s'était trompé en m'assurant votre présence à Paris.

Aujourd'hui j'ai trouvé votre lettre à ma rentrée pour

dîner; je crains que ma réponse ne puisse partir que demain.

Tout à vous.

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