A MADAME C AUCH01S-LEMAIRE
22 août 1855.
^ otre mari m'écrit que vous serez à Venins1 jusqu'au 24. Je me hâte de vous y adresser un petit bonjour. Vous avez beaucoup d'affaires, à ce qu'il paraît. Tant mieux! Signalezvous. Les dîners vont-ils aussi bien? Il me semble que vous avez fait des observations très-approfondies sur les mérites de la Champagne. N'allez pas y puiser le dégoût des pauvres vins de la pension bourgeoise. Votre mari vient de m'écrire pour m'offrir à dîner chez lui. Je vous dénonce cette propension à la dépense qui le saisit en votre absence. Auriez vous deviné une pareille escapade de sa part? Si j'avais accepté, peut-être eût-il invité M. le directeur des Archives. J'ai coupé court à cette folie.
Devineriez-vous aussi que me voilà en correspondance avec mon fils Dumas, qui s'avise de vouloir parler de moi dans ses Mémoires sous le rapport politique à l'époque actuelle! Je crains qu'il n'en résulte des ennuis pour moi, car il me faudra sans doute répondre, et je pourrai y perdre le peu de crédit que j'ai su me conserver, vous savez pour qui. Nous verrons et bientôt sans doute. Je ne serai donc jamais tranquille!
J'ai écrit à l'ami Dupont. Il m'a fait répondre une bonne petite lettre où il me parle de vous. Quant à sa santé, vous savez ce qu'il peut m'en dire. Du reste, il ne me fait aucune invitation de l'aller voir. On m'a assuré qu'il devenait sourd. Je crois bien que c'est mademoiselle qui a tenu la plume. Je l'en avais remerciée d'avance.
1 En tournée d'inspection des écoles primaires et salies d'asile.
DE BÉRANGEU. m
Nous avons fêté ma naissance deux jours de suite, Perrotin et sa femme étant pour le vendredi. Malheureusement j'étais souffrant les deux jours et je donnais à baiser aux convives une lluxion et même deux. Ils ne devaient trop savoir ce que je leur présentais. Ils s'en sont pourtant tirés assez courageusement. 0 divine amitié! Me voilà enfin embarqué dans la soixante-quatorzième année.