‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 104 sur 116 · A MONSIEUR ARTHUR ARNOULD · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ARTHUR ARNOULD

14féTrierl857.

J'espérais vous voir, mon cher Arthur, et vous dire de vive voix tout le plaisir que m'ont fait vos Cœiles\ Mais vous n'êtes pas venu, et moi je suis encore confiné pour longtemps au boulevard du Temple. J*ai de plus eu la maladresse de voir une fois ou deux madame Blanchecotte, et n'ai pas eu l'esprit de lui remettre un mol pour vous. C'eût été pourtant un plaisir pour elle.

Grâce à tous ces contre-temps, je ne vous ai pas encore dit tout le plaisir que m'a fait votre volume, ce premier volume toujours si précieux aux débutants.

Je vais donc laisser sur ma table un mot pour vous, qui vous certifiera du plaisir, de la joie que m'a causé votre début littéraire, et j'attendrai un bon vent qui vous porte mes félicitations; car, bien que ce certificat ne vous puisse servir, jetions à honneur qu'il vous arrive.

Courage, mon jeune ami ! il y a du bonheur pour toute votre famille, et elle mérite si bien de vous en devoir!

Encore une fois courage!

P. S. Je vais attendre quelque colombe pour vous porter mon message. Il doit m'en venir de votre côté.

ceci

A MONSIEUR DK MEUCEY

2 mars 1857.

C'est encore moi, monsieur, qui viens vous tourmenter pour mon pauvre et excellent graveur. D'après tout ce que

< Les Contes humouristiqties (in-18, 1857,Dentu).

DE BËRANGER. 3S5

Yous en pensez, je sais n'avoir pas besoin d'insister pour votre appui, que noire cher Pascal sollicite de nouveau. Grâce à vous cette affaire va sans doute se terminer, et vous parviendrez, je Tespère, à la faire régler à 25,000 francs, qui me semble un prix bien convenable. Mais vous, cher monsieur, en jugerez-vous ainsi? Je le souhaite bien pour mon pauvre Pascal, qui ne compte que sur vous.

Si je n'étais malade depuis trois mois, j'irais vous assaillir de mes sollicitations ^

Rendez grâce, au ciel d'en être quitte pour mes lettres, et recevez l'assurance, cher monsieur, de toute ma considération et de toute ma gratitude.

A. MADAME BLANCUECOTTE

Mercredi, 11.

Ma chère enfant, on ne se porte pas mieux ici que chez vous.

La force me manque pour marcher. Je ne pourrai pas aller chercher de vos nouvelles. Tenez-moi donc bien au courant de votre maladie, qui, je l'espère, ne sera pas longue. Surtout, prenez le temps de vous soigner raisonnablement, et point d'imprudence.

Quant à nous, nos maux semblent augmenter. J'ai été plu-

' M. Pascal était le grayeur de prédilection de Béranger; mais ce n'est pas Béranger seul qui estimait haut le talent si particulier de cet artiste. Lamennais en faisait aussi le plus grand cas; et voici ce qu'Àry SchefTer écrivait sur la marge d'une de ses gravures : « Dans un temps où les œuvres consciencieuses deviennent si rares, la gravure de M. Pascal mérite une double admiration : une exécution aussi parfaite qu'originale et une interprétation si heureuse des maîtres feraient honneur aux époques les plus brillantes de Tart. »

M. Pascal, après avoir gravé la Madeleine de Greuze, le portrait de Cervari' tes, et la Vierge, Jésus, saint Etienne, saint Ambroise ei saint Maurice du Titien, s'occupe de Tune des plus belles pages d'Ànnibal Garrache, la Madeleine du Louvre, qui n'a pas encore été gravée, et qui est un si fier morceau de peinture-

sieurs jours fort malade. Judith est encore plus maltraitée que moi ^ Je crains beaucoup pour elle; elle ne quitte guère plus le lit.

Dépéchez-vous de vous guérir, et venez nous rassurer et nous consoler. Tout à vous.

A UOnSIEUR CHARLES BERNARD

2Q avril 1857.

Mon cher Bernard, viens au plus vite me voir et me tirer de peine.

CGCIV

A UOISSIEIR PROSPER VERNET

Paris, 5 mai 1857, trois heures du matin.

Mon cher Vernet, je vous écris au milieu d'une nuit sans sommeil, comme à peu près toutes mes nuits maintenant. Hier, j'en ai eu une remplie d'hallucinations pendant laquelle je vous ai écrit ou ai cru vous écrire un volume de philosophie et de règles morales, qui n'étaient que des songes, et qu'heureusement la plume n'a pu confier au pa* pier, ce qui n'a pas empoché l'écrivain, à la sortie de son rêve, d'en chercher le produit matériel. Tout s'était envolé : tenez-moi toujours compte d'un volume.

Aujourd'hui, deux heures du matin, je veux vous remercier du petit mot que j'ai reçu de vous. Grâce au ciel, Fanny et ses enfants ont fait bon voyage et sont auprès de vous, ce que je désirais tant. Merci de vous être hâté de me l'apprendre. J'étais fort inquiet. Si vous le pouvez, vivez quelque temps en province, quelque privation que cela nous impose.

' Hademoisellc Judith est morte le mois suivant.

DE BÉRA^GER. 327

Un an est bientôt passé, et je crois que le minisire ne vous y tiendra pas beaucoup plus. Nous nous écrirons, si je le puis; car je ne m'en sens plus la force, bien que ma santé physique ne soit pas des plus mauvaises, si j*en crois les médecins. Mais je n'ai plus courage à rien, et tout m'est difficile.

Je voudrais aller rejoindre ma pauvre Judith, mais...

Adieu. Embrassez pour moi notre bonne Fanny et ses charmants enfants.

Tout ù vous de cœur.

Ne m'oubliez pas auprès de votre tante. Oh ! la digne femme I

A MONSIElIIl TnOUSSEAU

11 mai 1857.

Mon cher Trousseau, si vous pouvez me venir voir aujourd'hui, venez. Tout à vous de cœur.

A MONSIEUR ÉDOl'ARD PLOUVIEU

14 mai 1857.

Mon cher Plouvier, vous désirez que moi, pauvre vieillard, assis sur le bord de la tombe, j'écrive ici quelques mots pour vous exprimer le regret de ne vous avoir pas offert ces volumes, lorsqu'il m'eût été si doux de vous donner un témoignage de toute l'amitié que je vous porte et de la part que j'ai prise à vos profondes douleurs, si bien justifiées par la perte affreuse que vous avez éprouvée*.

Ces mots, je les écris d'une main tremblante, mais qui serre la vôtre de tout cœur, et je vous souhaite toutes ces

^ Madame Plouvier (Lucie-Mabire) venait de mourir des suites d*une dmte faite au théâtre.

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consolations qu'à votre âge on peut espérer, mais qu'on n'attend plus au mien. À vous pour toujours.

A UOKSIEDR TROUSSEAU

Vendredi soir.

Mon cher Trousseau, je vais' de moins bien en moins bien. Les fameuses pilules de Tours ont jeté un grand désordre dans ma pauvre carcasse. Je vous conterai tout cela si vous pouvez me donner un moment. Je ne mange plus, je ne bois plus, mais j'ai constamment envie de dormir. Mon sommeil est très-mauvais. Que faire? Je ne prends plus rien en vous attendant. À vous de cœur ^

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