A MONSIEUR PAUL BOITEAU
10 aoOt 1849.
Vous avez bien fait, monsieur, de mettre votre nom dans le corps de la lettre que vous me faites Thonneur de m'écrire, car votre signature ne me l'eût certes pas fait deviner, et, après avoir lu votre prose et vos vers, je n'aurais pu vous remercier du plaisir qu'ils m'ont procuré.
Vos couplets sont très-piquants et très-faciles; l'esprit y abonde, et vous me semblez capable, monsieur, de faire un jour bonne guerre aux lâches, aux sots et aux corrompus, sous quelque masque qu'ils se présentent.
Conservez vos honorables sentiments, inculquez-les en bons vers à ceux qui vous entourent et ne désespérez pas de l'avenir.
A la fin du siècle, monsieur, vous aurez sans doute à peu près l'âge que j'ai aujourd'hui. J'espère que vous aurez alors un spectacle moins affligeant que celui qui me fait détourner les yeux; mais, fût-il plus triste encore, monsieur, n'en ré^jétez pas moins les paroles d'espérance que je n'ai cessé de redire depuis trente-cinq ans : quand Dieu aura besoin de la France,
il la réveillera.