‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 25 sur 116 · IV · texte numérisé non relu

IV

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Et si mon nom vous revient en mémoire alors, ap|»renezle à Tos enfants. 11 est possible qu'ils vous répondent : En Tait de dhansonnier nous avons beaucoup mieusL, et que ce soit de vous qu'ils entendent parler.

Je le souhaite, je vous assure, et vous prie, monsieur, d*a* gréer Texpression de mes sentiments distingués^

* J'é(uis en rhétorique au lycée Charlemagne, et f ara» osé, sans le connaître, ei|Tojer à Béranger une cbaneon dont le refrain était ;

Quoi qu'on «ioni fait aittuenrt lu iiolilH|iM»f 11 ne faut pas désespérer de Dieu.

Béranger me répondit sur-le-champ, et certes je ne m^attendais pas à tant d*faonneur. Je me rappellerai toujours quel saisissement j'éprouvai en lisant son écriture et en vopnt son nom au bas de la page. Tétais toute cfaélÎTe personne, et ne conUais gu&re mes rètes d'avenir qu aux champs et aux bois. La résolution me Tint dès lors de faire ce que je pourrais pour m'élever aux travaux de la vie littéraire. Je n'o. ai (lourtant qu'au bout d'une année renvoyer de mes vers à riioinme célèbre qui m* encourageait. Je lui annonçais en même temps que j'allais entier à rÉoole normale. • Je suis à présent voisin de cette école, me répondit-il, venez me voir. > J'y allai tout tremblant, et j'y fus si vite à mon aise, que je me pris k pleurer de joie dans la petite chambre du poète. Quelle reconnaissance lui dois-je pour la bienveillance qu'il me témoigna dèt ce jour et pour les conseils de toute espèce qu'il n a cessé de nie donner, avec tant de libéralité, de simplicité et de ffice ! Au bout de lannée, il m'invitait à m*asseoir à sa table. Quand je quittai l'école en 4852, sans ressource aucune, et ne sachant vraiment si j'aurais le moyen de gagner ma vie, Béranger m'oifrit, et de quelle manière ! de regarder sa maison comme la mieme et son pain comme le mien, /ai été assex heu» reux pour n'avoir pas à recourir li lui, mais je sais, moi aussi, par cette expérience» quel était son cœur et combien sa charilc était inépuisable. . De 1 863 à 1857 il n'est guère de qmnsaîne où je n'aie va Déranger. Je pouvais donc rendre témoignage personnellement dans la grande cause instruite en sa fiiveur devant la postérité. Je le puis bien mieux encore, à présent qu'il m'a été donné, grâce à la désignation de son eiécuteui^testamentaire, de publier ses ceuvres posthumes et de recueillir toutes ces lettres, celles qui sont ici imprimées» celles qui ne le sont pas, et, è propos de ces lettres, tant de sonvenirs !

J'aurais voulu ne placer dans ce recueil aucune des lettres que je possède pour nu pai-t ; mais on m'a dit que je devais indiquer la trace des relations persénnelles que j'ai eues avec Béranger pendant quelques années. J'ai donc inséré k celte place la lettre qu'il écrivait au petit lycéen, et plus loin j'en ai mis trois ou quatre, non sans hésiter longtemps, parce que j*y suis traité avec une excès* sive bienveillance. Mais c'est mon titre peur ma mission, et je n'ai pas k m'es* cuser si j en suis 6er.

Béranger, qu*il m'eût enorgueilli, celui qui m^auraît dit qu'après dix années j'aurais oeUe charge è remplir, alors que j'allais lire et relire votre première IcUre, avec de tels tressaillements de coeur, sous les derniers ombmges, sur la dernière herbe verte du coteau de Bomainrille ! Je vois le sentier, la haie dé^ dépouillée par l'aulomiie ; il me semble que ma joie est fraîche encore.

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mil

A MONSIEUR GILHARD

!•' Mptembre 1840.

J'ai promis à Dupont d'aller passer huit jours avec lui , dans les premières semaines de ce mois. Il y a pour moi plaisir et devoir à faire cette petite course, qui me coûte beaucoup, car , % plus que jamais, j'ai besoin.de rester dans mon coin. Je me suis toujours gêné avec les autres, même chez moi; mais là, du moins, je connais les portes de derrière pour échapper à la contrainte, et puis sont survenues les petites habitudes dont se compose la vie des vieillards. Enûn, j'espère encore pouvoir m'acquitter de la parole donnée, mais ce voyage de Rougeperriers sera mon dernier, sauf accident.

Vous êtes bien heureux, mon cher Gilhard, dans le repos que vous vous êtes fait et que je vous enirie. Oh ! que j'échangerais bien aujourd'hui tout le vain bruit qu'a fait mon nom pour une retraite paisible comme la vôtre I Je ne cesse d'être rhômme d'affaires de tout le monde ; les pauvres de toute sorte s'attaquent à ma maigre bourse, que j'ouvre, dit-on, trop facilement, et je n'ose me déplacer, parce que nous vivons dans un temps où l'on ne sait trop où transporter sa tente. La terre tremble partout, et partout le ciel est orageux; il est sage d'avoir des voisins qui vous affectionnent.

J'ai fait part de vos compliments à Antier, qui est trèsoccupé avec notre ami Blaize, qu'on laisse au Mont-de-Piétc.

Judith vous fait ses amitiés ainsi que Fanny, qui est rêvenue avec nous après une assez longue absence. Passy (Antoine)^ m'a en effet parlé de votre rencontre et se félicite de vous avoir trouvé dans vos montagnes, d'où il est revenu en* chanté. Il ne vit guère qu'à la campagne; à peine arrivé

d'Aoyergne, il est reparti pour la Normandie, laissant son frère ^ se débattre contre toutes nos médiocrités intrigantes et contre tous les obstacles financiers de notre malheureuse époque, si pauvre en écus et en hommes.

A MONSIIOR TOGUBT

Rougeperrien, f 5 Beptembre 1849.

Voilà deux mois, mon cher Voguet, que je veux vous remercier de votre bonne et aimable lettre, et que le temps me manque pour le faire. Tout le monde a ses maux et ses contrariétés; mais puis-je me plaindre de la part qui m'est faite, en pensant à vous, qui vivez sous le poids de tant de souffrances et de douloureuses afflictions? Qu'est-ce que l'ennui que me cause mon temps mis au pillage par le premier venu, ou les préoccupations qui m'assiègent en pensant à ceux (|ue j'essaye en vain de tirer de peine, auprès des épreuves que vous avez à subir? Je viens d'être un peu malade; mon début dans ma soixante-dixième année n'a pas été de bon augure; mais, en vérité, est-ce qu'à l'âge avancé où me voilà, je puis tenir compte de quelques douleurs, lorsque votre force d'âme sait vous mettre au-dessus de tout ce que vous avez à souffrir? Ah ! cher philosophe, Dieu vous a donné en exemple, non aux Sybarites, mais à ceux qui osent prendre le nom de philosophes et qui, en prose ou en vers, se targuent trop souvent d'un courage dont vous seul offrez la preuve chaque jour. Dans le christianisme, quel saint a subi pareil martyre avec ptus de résignation ? Et ce cœur, qui a tant de vertu contre le supplice où vous vivez, a encore assez de force pour prodiguer l'amour à vos semblables. Je vous admire et

* M, Uippolyte Passy, iniiiMlre des (inanoes.

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me sens bien petit auprès de tous. Ne me rememez donc pas de l'intérêt si sincère que je vous porte et que je voudrais vous témoigner plus utilement. Je ne regrette jamais plus d'avoir peu de crédit que lorsque je pense à vous et à votre position. Croyez que, si jamais une occasion se présentait pour moi de tous assurer un sort plus supportable, j'en serais plus heureux que vous-même ^

Je conçois que l'égoisme vous révolte, et vous avez bien raison de dire que, si le Christ revenait sur terre, il serait crucifié de nouveau par les charlatans qui en font l'enseigne de leur boutique de foire. Ah ! mon pauvre ami, quel beau livre que l'Évangile I C'est le plus magnifique poème qu'il soit possible à l'homme de lire. Aussi est-il le plus simple de tous les poèmes. Lisez-le souvent; ce livre-là a été fait pour vous. Il vous fera pardonner même à ceux qui depuis dix-huit cents ans en ont fait un si détestable usage.

Je veux vous annoncer une nouvelle qui vous réjouira : La* pointe* s'est enfin remis à son état. Il a reconnu, sans ran cune pour les lettres, qu'il fallait mieux gagner son pain en faisant des souliers que d'user les siens à courir après des succès littéraires qui ne pourraient arracher à la misère ni lui ni ceux qu'il a devoir de nourrir. Son bon cœur lui a donné le rare courage de s'arrêtera temps. Que le ciel l'en récom* pense 'I

* Béranger parrint à obtenir un bureau de tabac pour le père de H. Voguet.

* M. Savinien Lapointe, <[ui était cordonnier.

' M. Voguet a reçu euTiron vingt lettres de Béranger, et nous les a toutes remises. Il n'est pas de consolations qu'il n*ait dues, dans sa vie de souiïrjnces et de tristesse, à la sympathique parole de Béranger. Suétone a dit d'Auguste : • PumillaSf atque distortos, ei omnes generis ^usdem, ut Ludil^ria naiurm maligue omnUs abhorrebat. > Béranger n'a? ail pas Tâme ouv( rie à ce mépris des maux qui accablent quelques hommes. Quand, un jour, U eut occasion de Toir M. Voguet, et que ses yeui furent frappés du spectacle de sa misère physique, il ne détourna point son regard, il alla à lui et Tembrassa avec une profinde émotion*

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